E 15 N EST GODARD
Lo docteur Ernest Godard est mort en mission scientifique à Jaffa (Syrie), le 21 septend)re 1862. Il était né à Cognac (département de la Charente) le 6 janvier 1826. lia ainsi fourni une carrière de trente-six ans, huit mois et quinze jours; caiTière d’études et d’observations, de dévouement et d’épreuves dont nous allons préciser les phases diverses par des dates et des faits.
D’un esprit fin et pénétrant, sans méchanceté, d’un caractère enjoué et simple sans vulgarité, ferme sans entêtement, iacile sans faiblesse, complaisant avec intelligence et sage réserve, Ernest Godard plutôt homme de cœur qu’homme du monde devait aux soins de première éducation
X RENSEIGNEMENTS BIOGRAPIIIOUES
(jiie lui avait tendrement prodigués sa mère, le 1)011 sens et la droiture, l’amour de l’ordre et du travail qui furent sa loi de conduite et qui faisaient la joie des élus de son intimité.
11 n’en était encore, dans la vie, qu’aux premières années de l’enfance, quand sa famille quitta Cognac pour venir s’installer à Bordeaux. Cette circonstance qui le fit citoyen de la capitale de la Gironde, avant même qu’il sût, pour ainsi dire, prononcer le nom de sa ville natale, explique les préférences d’Ernest Godard pour Bordeaux, théâtre de ses premiers ébats et de ses premiers travaux, nux jours d’angoisses qu’il marqua de ses lihéralilés, de ses souvenirs et de ses adieux. ,
A l’automne de l’année 1845, il quitta sa famille et vint à Paris, il avait alors 19 ans. 11 prit ses inscriptions et suivit les cours à la Faculté de médecine.
En 1851 , il était élève externe à l’hôpital de la Chailté dans le service de M. le professeur Bouillaud.
11 fut nommé élève interne à la suite du concours de 1855.
Ce succès lui laissant sa liberté d’esprit, il profda du temi)s que les exigences du service ne lui enlevaient pas pour poursuivre avec ardeur les
sim I.IINFST GODARO.
reclierches qui, en lui préparant une place dislingiiée parmi les hommes d’étude et de science, appelèrent sur lui, par rinqiortance et la valeur des travaux qui s’ensuivirent, l’attention de l’Tnslitiil et les suffrages d’un grand nombre de sociétés savantes nationales et étrangères.
En 1857, l’Institut couronne un de ses mémoires (Comptes rendus des séances de V Académie des sciences. Paris, 1857, in-^", t. XLIV, p. 17.)).
En 1854, il est élu membre de la Société anatomique de Paris, et en 18.56, la Société de biologie l’admet dans son sein.
Le ‘26 août 1858, il reçoit le diplôme de docteur en médecine ap})iiyé sur un certificat d’aptitiule oii les examinateurs avaient unanimement consigné la rai’e et tlatteuse mention « Ealrêmement satisfait . »
bès le mois de juillet de la meme année, l’Académie de médecine et de chirurgie de Madrid l’avait nommé mend)re correspondant.
Le 10 novembre 1858, la Société impériale de médecine de Conslantiiiople le désigne aussi comme membre correspondant .
En juin 1850, la Société impériale zoologique d’acclimatalion Padmet au nombre <le ses membres litiilnires.
xn r.KNSKIGNKMKlSTS BIOGH APIIIQI'KS
Kii novembre 1859, il devient membre fondab'iir de la Société d’anthropologie de l^ii'is.
Le *25 mars 18G0, la Société Ibmtérienne ( Société de chirurgie d’Irlande), le choisit pour memhre associé.
Le 2 juin 1860, l’Académie de médecine et de
chirurgie de Barcelone lui délivre le diplôme de membre co rrespo nd au t .
Le 27 juin 1860, il est nommé membre correspondant de la Société d’agricidture , des belleslettres, sciences et arts de Rochefort-sur-Mer.
Dans sa séance du 21 mars 1861, la Société des sciences médicales de Lisbonne l’admet parmi ses membres correspondants.
Le 6 mai 1861, la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles lui décerne le diplôme de membre correspondant.
Le 14 juin 1861, l’Institut d’Égypte lui accorde le litre de membre correspondant.
Comme tous les hommes d’études, dont l’esprit vit de recherches et d’observations, Ernest Godard aimait les voyages, et il les praliquait avec une ampleur d’intention et d’action qui le poussait parlout et surtout aux investigalions les plus protondes, investigalions toujours profitables aux Sociétés savaules dont il était membre.
SUR ER^EST GOUAlUi.
Mil
En 1858, il visita l’Espagne et résida en Algérie pendant les mois d’octobre et de novendjre de la même année.
Chargé par le ministre cl’État de rechercher et d’étudier les causes physiques et morales qui maintiennent les populations de l’Égypte et de la
Syrie dans les savons,
l’état d’infériorité l’elative où nous il partit pour l’Orient le 1" lé-
vrier
11 aborda d’abord en Égypte, et n’en sortit (pi’aii mois de juin 186'2. Les seize mois qu’il pnssa dans cette contrée furent employés par lui à visiter les ruines historiques qui couvi’ent le territoire de la haute Egypte, à éludier de près et dans leur intimité les pcpulations arabes du bassin du Nil, à suivre sur lui- meme la marche de cette maladie particulière à l’Egypte, et connue sous le nom de « Boutoii du Nil, » (lu’il avait contractée au contact des populations, pendant ses diverses pérégrinations en Égypte.
Les travaux de l’isthme de Suez étaient dès lors en grande activité, Ernest Godard ne perdit point l’occasion (pü s’offrait à lui, de faire des études spéciales sur les circonstances parlicuUères qui devaient se produire dans une agglomération de popnlations réunies sur mi même point, dans des
HE.NSIÎIGINEMENTS lilOGRAPllIOUES
coluliliüiis l'orl peu sévèi*es de salubrilé, et il se rendit aux travaux de l’isthme.
Le lypluis dévorait alors les travailleurs; Eruest Godard, ne cousullaut que sou penchant à noblenient agir, se joignit aux médecins de la Compagnie et soigna avec eux les pestiférés des chantiers de l’isthme.
Lé typhus qu’il contracta en accomplissant cet acte tout spontané d’obscur dévouement le retint quelque temps à Damiette où, malgré son état maladif, il fit des recherches et des études sur l’éléphantiasis.
11 arrive enfin à Alexandrie, s’y embarque pour Jaffa ; le 12 juillet, il est à Jérusalem, et l’y voilà étudiant la lèpre.
Tant de fatigues et de sublime imprudence devaient enfin le perdre.
Dès le cinquième jour qui suit ses premiers Ira- ■vaux sur les lépreux, il est pris d’une fièvre intense. Le 51 juillet, des ulcérations se développent chez lui sur le côté droit de la bouche. Le 7 août , son mal s’aggrave. Le 28 août , il est anéanti presque jusqu’à la mort par des crises nerveuses. 11 qiiilte Jérusalem le 4 septemlire. Le G, après deux jours de pénible voyage en litière, une ])éritonite se déclare. Le 7, prévoyant sa mort
SUR KRNEST GODARD.
inévitable et prochaine, il écrit à ses maîtres et amis des lettres d’adieu qu’il trace au crayon. Le 10, il touche enfin à JalTa on, par les soins amis et dévoués du consul de France, M. Philibert, il est installé aussi convenablement que possible. Le même jour il informe ses frères de sa lâcheuse position, et meurt le 21 sans faiblesse et sans préjugés, fort de sa conscience et anobli par ses travaux.
Selon ses volontés, la famille d’Ernest Godard a rapatrié ses tristes restes.
Sa dépouille est arrivée à Bordeaux le 2 décembre 1862. Le surlendemain elle était déposée dans le tombeau de sa famille.
Ici viennent tout naturellement se placer les paroles d’adieu (ju’a fait entendre M. Ollivier Beauregard sur la tombe d’Ernest Godard dont il fut l’ami. Parties du cœur, ces paroles sont l’exacte peinture de l’homme de sentiment et d’études, du héros de dévouement dont nous venons d’esquisser la vie ; dans ces conditions, elles sont un utile complément aux lignes qui précèdent , et nous regardons comme un devoir de les faire ligurer à leur suite.
DlSCOtltS WtOSOEÉ sm lA TOMBE DE DOCTEOR ERSEST COBARD
LE i DÉCESIBRE 18G2