CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Cette maladie ne doit pas être désignée par un nom unique, car elle présente deux formes principales trèsdifférentes. L’une amène une sorte d’ulcère, l’autre est constituée par de petites vésicules que j’étudierai bientôt.
L’ulcère est le résultat d’un état général venant du séjour prolongé en Egypte pendant les grandes chaleurs" Chaque pays chaud a sa variété de boutons; ainsi Biskra. Alep, Bagdad, offrent une affection à peu près semblable, qui présente des caractères assez analogues. Le gros bouton, c’est-à-dire l’ulcère, est réellement consécutif à un état général,. car lorsqu’on est sous l’influence de cette maladie, il suffit de se frotter rudement, de se gratter, d’enlever l’épiderme, pour voir survenir, non pas un véritable bouton, mais un ulcère du Nil plus douloureux, plus difficile à guérir que le bouton lui-même. Ce qui démontre encore que cette maladie résulte d’un état général, ♦
c’est qu’une coupure laite au moment où le gros bouton règne devient identiquement semblalde à l’ulcère du Nil. Ainsi M. de Saint-Seine s’étant coupé une dizaine de
BOUTOIN DU NIL.
jours avant de rentrer an Caire, la petite coupure qu’il s’était faite, au lieu de guérir rapidement, avait présenté les phénomènes suivants : 11 s’était épanché de la lymphe plastique au niveau de la coupure, comme à l’ordinaire; seulement la cicatrisation, loin de se faire rapidement, n’avait pas eu lieu, et quand j’ai vu M. de Saint-Seine à son retour de la haute Égypte, son doigt n’était pas guéri après vingt-cinq jours. Au-dessous de la cicatrice il y avait du pus (|ui, de temps en temps, s’écoulait an dehors, puis autour de la coupure, il y avait un œdème caractéristique.
Le bouton du Nil, le vrai bouton, paraît être un état purement local, quelque chose d’analogue à notre prurigo, et l’état général ne semble nullement affecté, bien que la maladie soit, le plus souvent, le résultat de l’ingestion de liqueurs excitantes: café, liqueurs. La cause la plus marquée de cette forme paraît être l’état spécial de la peau, qui sans interruption sécrète une sueur abondante et âcre.
Tous les boutons que l’on observe en Orient me paraissent se rattacher aune même cause, à un appauvrissement du sang, résultant nécessairement des grandes chaleurs auxquelles le corps est soumis. J'ai ouï dire qu’on échappait au bouton du Nil en buvant de l’eau du Nil filtrée ; dans le début je la buvais non filtrée, mais plus tard, je l’ai bu autrement.
On a dit que cette maladie ne venait qu’au moment de la crue du Nil ; c’est une erreur. Le domestique de M. Duconchy en a été atteint peu après son arrivée, au moment où le Nil était déjà très-bas. Quoi qu’il en soit, il
BOUTON DU NIL
KIG
est bien vrai que la maladie survient généralement au moment de la crue du Nil, mais c’est aussi à ce moment qu’ont lieu les plus grandes chaleurs, ainsi que je l’ai déjà fait observer.
in