‹ Égypte et PalestineChapitre 50 sur 80 · PETIT BOUTON OU HAMWEL NIL · texte numérisé non relu

PETIT BOUTON OU HAMWEL NIL

Pendant tout le temps que j’ai été en Égypte, j’ai remarqué que, quand j’étais malade, j’éprouvais des douleurs à la peau. Tantôt un point était pris, tantôt un autre point. Ainsi une fois, j’avais la peau de la moitié gauche du crâne d’une sensibilité exquise, je ne pouvais la toucher, même légèrement sans souffrir, la pression de l’oreiller, quand je reposais était fort douloureuse. Cela dura quatre ou cinq jours, puis l’oreille gauche fut atteinte à son tour; j’avais continuellement des démangeaisons à la peau de l’oreille. '^Quelque temps après, j’éprouvais de grandes démangeaisons aux sourcils , surtout dans leur moitié externe. A chaque instant, j’étais obligé de les toucher ou de les gratter légèrement, surtout quand j’étais occupé à travailler. Un jour, je me regarde à la glace et je m’aperçois que j’ai perdu la moitié externe des sourcils, ce qui donne à ma physionomie quelque chose d’étrange. En m’observant avec plus d’attention, je remarque que j’ai la peau rougeâtre et inégale par places, surtout au niveau du front. Je cesse de pren- (Ireducafé; les démangeaisons disparaissent. Enlin le 10

BOUTON nu NIL.

janvier, je rase la moitié externe de mes sourcils ou plutôt la place qu’ils devraient occuper, je les rase tous les deux jours, avec le plus grand soin, et le 7 février, après les avoir laissés pousser un peu, je vois qu’ils reviennent assez bien. Les démangeaisons que l’on éprouve, presque continuellement eu Égypte, ne dépendent ni des puces, ni d’un prurigo; elles me paraissent tenir à la grande sécheresse du pays.

L’IIamwel Nil que j’appelle aussi petit bouton, herpès du Nil est très-fréquent; pendant la crue du Nil, peu de personnes y échappent. Mais cette affection est fugace; elle se présente brusquement et disparait de môme ; elle n’est durable que chez ceux qui font des excès de régime on qui, par exemple, abusent du café pendant la durée de la maladie. Femmes, enfants, hommes, vieillards peuvent en être atteints, les indigènes aussi bien que les Européens. Cette éruption n’est pas générale, elle survient surtout au front et à la, tête chez les personnes chauves, à la partie antérieure du cou, au dos, sur l’abdomen, à la face interne du bras, aux poignets. Le plus souvent, l’herpès du Nil survient brusquement, mais pour passer par ces différentes phases d’évolution, il faut plusieurs jours, et si on ne modifie pas son régime, on est certain que l’éruption continuera et marchera sans interruption aucune.

Tout d’abord, la peau parait chagrinée dans les endroits saillants, elle est rouge; il y a de petites papules pointues qui donnent à la peau que l’on touche quelque chose d’inégal. Après quelques jours, il se forme autour d’un grand nombre de ces petites élévations cutanées.

'fos BOUTON DU NIL.

(le peliles vésicules transparentes, grosses comme la tête d’une épingle. Ainsi donc, l’herpès du iNil est formé d’a-

i I bord par de petites élevures pointues, rouges, qui peu-

vent être discrètes au conllueiites. Après quatre ou cinq : jours, il y au sommet une petite vésicule ,qui augmente et

acquiert bientôt le volume de la tête d’une épingle. Tou- ! ' tesles élevures n’arrivent pas à fournir des vésicules, cela

dépend des poussées. Les poussées ont lieu surtout à la ' I face interne du bras et un peu sur la face dorsale comme

, • le prurigo, au front et à la tête chez les chauves, au-de-

I' I vaut de la poitrine, un peu dans le dos.

;; ' Les petites vésiculespresque imperceptibles, que j’ai pu

i. , étudier fréquemment et à bien des reprises différentes, à

: j la face interne de nos bras, contiennent un liquide d’abord

!' ' ' complètement transparent ainsi qu’on peut s’en assu-

j. ' rer en perçant avecla pointe d’une aiguille. Plus tard, ce

|i 1 , ■ liquide devient opalin et se transforme en pus ou en un

;i 1 liquide séro-purulent, mais le volume de la petite vésicule

j; ; n’augmente pas et jamais elle ne se rompt spontanément.

Si on pique le sommet du vésicule, ou si on les écrase par

, - la pression, leur contenu s’échappe; c’est un liquide dont

; • la nature varie suivant l’âge de la vésicule. Autour de

i chaque vésicule, la peau présente une aréole un peu

' ‘ brunâtre.

' y L’action de la sueur sur les petits boutons est considé-

' râble, tle liquide détermine de violentes démangeaisons,

{ ! mais si on l’absorbe à mesure qu’il est reproduit, on

i ' éprouve immédiatement un grand soulagement. Ainsi la

■ ; poudrede riz soulage beaucoup, soit qu’elle agisse comme

!, ! absorbant, .soit qu’elle sépare de la peau, la chemise qui

BOUTON DU NIL

irrite et par son contact et par l’acreté de la sueur qu’elle retient. Ceci nous enseigne déjà un inoyen de soulager avec des poudres absorbantes.

Les petites boutons d’iierpès disparaissent sans laisser de traces. S’ils se sont reproduits plusieurs fois, si pendant leurs périodes d’évolutions, on a pris du café, si, par conséquent, ils ont persisté longtemps, alors la peau présente après leur disparition, de petites traînées lui- .santes.

Les petites boutons causent quelquefois des démangeaisons telles qu’on ne peut plus dormir. On peut’ les faire cesser par de grandes ablutions d’eau froide. Ces lotions d’eau froide diminuent les démangeaisons parce qu’elles amènent un abaissement de température du corps. Elles ont encore plus d’effet si l’on ajoute à l’eau que l’on emploie, un peu de carbonate de soude; on fait alors de vraies lotions alcalines. Malheureusement, j’ai remarqué que ces lotions alcalines étaient mauvaises pour les gros boutons, car elles les irritent et détruisent les croûtes.

GROS BOUTÔN OU DIMMEL

Le gros bouton du Nil, c’est-à-dire l’ulcère est consécutif à un état général, ainsi que je l’ai démontré plus haut.

11 peut survenir soit spontanément, soit à la suite d’nne écorchure ou du grattement. Ce dernier est plus

BOUTON DU NIL

dooloureux el, plus tenace que le boulon spontané, parce qu’il a plus d’étendue et que l’on continue à se gratter; la cause occasionnelle existe toujours.

Il se manifeste par des pustules.

Toutes les pustules qui se sont formées chez moi, à la face, n’ont pas suppuré ; elles ont existé quelques jours et déterminé une tension générale des parties avec chaleur et douleur.

Quand les pustules siègent seulement à la face, elles y déterminent de grandes démangeaisons, une tuméfaction générale’des parties, et elles donnent à la physionomie quelque chose de monstrueux. Ainsi dans la période d’invasion de la maladie, M. Jacquelet était réellement monstrueux ; on aurait dit qu’il avait la petite vérole.

Un fait sur lequel il est important d’insister, c’est que toutes les pustules n’arrivent pas nécessairement à suppuration; j’ai pu l’ohserver chez moi, pour les pustules que j’ai eues à la face, à la tête, aux cuisses.

Les signes caractéristiques de la maladie sont : la persistance, la ténacité, la production constante de liquides d'abord purulents ou sanguinolents suivant la marche; la sécrétion d’une sérosité purulente quand l’affection est devenue chronique; l’œdème des parties environnantes, œdème qui existe partout où il y a de l’érythème, mais qui estplus considérable au membre inférieur.

Cet œdème joue un grand rôle dans la production de l’nlcère du Nil, car il tend la peau qui devient dépressible sousledoigt; il en résulte des démangeaisons incommodes qui obligent à' se gratter. 11 existe tant que dure

BOUTON DU NIL

la maladie. Chez moi, il n’a totalement di.sparu que lorsque la guérison s’est faite.

Cetœdème peut tenir à un état particulier du sang qui est appauvri et on l’observe chez ceux qui ont longtemps voyagé dans les pays chauds. Il tient aussi à l’engorgement des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, mais le plus souvent, il m’a paru essentiel. Chez moi, je ne l’ai jamais observé qu’aux jambes et surtout aux pieds. Quand j’ai eu des boutons à la face, aux paupières, au front, je n’ai pas eu d’œdème, mais il faut dire que dans le même temps, j’avais des boutons dans d’autres parties du corps.

Le pus qui est sécrété par l’ulcère du Nil est très-solidifiable ; aussi se durcit-il sous la croûte qui recouvre l’ulcère.

Une des grandes causes de la douleur déterminée par le bouton du Nil, c’est le fait suivant : tout autour de l’ulcère, la peau est rouge, onllammée et très-douloureuse; or, la croûte étant dure et solide irrite la peau qui limite l’ulcère, alors on éprouve de violentes douleurs qu’on ne peut faire cesser qu’en détachant la croûte.

La formation du pus de l’ulcère est aussi une grande cause de douleur ; ce pus ne pouvant s’échapper au dehors et comprimant le fond de la plaie. Dans ce cas, on est soulagé si on soulève l’un des côtés de la croûte pour permettre l’écoulement du pus. Si on le laisse s’accumuler au-dessous de la croûte, comme il contient heancoup de lymphe coagulable, il se dessèche et peut faire former une nouvelle croûte au-dessous de l’ancienne.

BOUTON DU NIL

alors la croûte devient proéminente et forme une véritable écaille.

Au début de la maladie, la sécrétion purulente est assez abondante pour empocher la formation de la croûte; plus tard, la croûte se forme, mais le pus est sécrété au-dessous, puis la croûte se détache et le pus ou la sérosité purulente chargée de sang, s’écoule au dehors.

J’ai pu noter que la formation de la croûte, au début de la maladie, était fort douloureuse, car ce n’est pas la croûte qui apparaît d’abord, il se fait auparavant une sécrétion qui se solidifie au fond de l’ulcère. Aussi, à ce moment, le point malade est déprimé; cette sécrétion plastique tirant en dedans la peau enflammée , on éprouve des douleurs violentes.

Les douleurs tiennent réellement à cette cause, car on souffre peu avant la formation de la cicatrice, on souffre beaucoup quand elle est formée. On éprouve aussi de grandes douleurs quand la cicatrice est dure, parce qu’elle blesse la peau. La pommade au tannin agit en ramollissant la cicatrice et en la rendant dépressible.

Souvent pendant qu’on a le bouton du Nil, on souffre des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. J’ai pu constater cela vingt fois; les vaisseaux lymphatiques deviennent durs, douloureux et les ganglions s’enflamment, je n’ai jamais ouï dire qu’ils aient suppuré. J’ai pu noter sur moi que les ganglions lymphatiques pouvaient devenir énormes ainsi que les vaisseaux lymphatiques. L’adénite peut survenir spontanément comme je l’ai observé sur moi, ou bien elle a été provoquée

BOUTON DU NIL

par une cause irritante quelconque placée sur l’ulcère.

Dans le cas de bouton du Nil, je recommande d’examiner avec soin les ganglions, et pour peu qu’ils se tuméfient de faire des frictions mercurielles. J’ai obtenu des frictions les meilleurs effets; si les ganglions étaient douloureux, il faudrait ajouter du laudanum afin de calmer les douleurs.

Dans les cas de lymphangite, j’ai observé sur moi des cordons noueux formés par les vaisseaux lymphatiques, mais sur les téguments je n’ai pu noter ni rougeur, ni bandelette rougeâtre. On peut affirmer que plus on a de boutons, moins on souffre. Quand l’affection est généralisée, elle est moins douloureuse que quand elle est localisée.

Ainsi j’ai remarqué que, lorsque j’avais beaucoup de boutons, sept ou huit aux deux })ieds, je marchais mieux que quand je n’en avais que trois ou quatre. Quand il ne m’en restait plus qu’un seul, je souffrais comme un damné ; j’étais obligé de verser dessus du laudanum de Sydenham pur, cela diminuait un peu la douleur que j’éprouvais.

J’ai observé plusieurs fois que je devenais plus malade quand les chaleurs étaient })lus fortes.

Un fait important dans la maladie, c’est qu’elle récidive sur place, après avoir été guérie.

Tant que cette affection existe, la santé générale est excellente; si on était malade, on se sent mieux dès que les boutons surviennent. Ainsi l’apparition des boutons coïncide avec la disparition de la diarhée, d’accidents cérébraux, de la fièvre; aussi le vulgaire, dit-il.

BOUTON DU NIL

(lue c’est une chose excellente. Pour moi, je crois que ceux qui, pendant l’été, ont le bouton, n’auront pas autre chose, mais cela sulïit pour les faire souffrir d’une façon atroce.

Les boutons- du Nil, même ceux qui n’ont pas sup puré, laissent après eux une tache brunâtre assez étendue* Dans les points où il y a eu une suppuration longue, c’est-à-dire le vrai bouton, une partie de la peau est détruite et il y a un creux qui paraît d’autant plus prononcé que la peau d’alentour est épaissie et relevée comme la périphérie d’un cratère. Autour du cratère, la peau saillante est dure, enllammée, rougeâtre, ce qui rend les mouvements plus douloureux, parce que la peau a perdu de son élasticité. Sur cette partie du tégument, il se fait constamment une sécrétion épidermique qui, de temps en temps, fournit des squames assez étendues qu’on enlève en se grattant. Cette portion de la peau est parfois le siège de démangeaisons atroces;’ aussi s’arrache-t-on quelquefois la cicatrice.

Tout d’abord, les médecins qui ne connaissent })as cette maladie, croient à une vérole, à de vieux reliquats syphilitiques. M. Schneppf a fait prendre de l’iodure de potassium à M. Schmidt, qui s’en est bien trouvé. Mais le mal siégeait aux cuisses, et après plusieurs mois il durait encore. Ainsi le succès a été médiocre. Il est facile de confondre le bouton avec Técthyma syphilitique. Les ganglions cervicaux sont toujours engorgés^ et les inguinaux le deviennent quand la maladie siège aux jambes. Au Caire, les miens se sont faiblement engorgés, et quelqu’un qui m’aurait tâté la

BOUTON U U NIL

nuque, aurait cru que j’avais la syphilis, .l’ai cru d’abord que j’avais attrapé la vérole de mou Anglais, .l’ai pris des pilules mercurielles pendant quinze à vingt jours, et cela sans succès. Une le matin, une le soir. Plus tard, j’ai essayé l’iodure de potassium; il a lait sortir les deux ou trois premiers jours beaucoup de boutons d’acné au front, puis l’éruption a cessé et mes ulcères ont continué à me faire souffrir.

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