DISCOURS PRONONCÉ SUR LA TOSIBE DU D' E. GODARD
qii’à payer à la société un tribut public et facile de soins obligeants; quand, pour être heureux selon le inonde, il n’avait pour ainsi dire qu’à se laisser vivre, il s’est jeté à corps perdu dans le courant de cette vie d’é^ preuve et de sacrifice (jui l’a conduit en Égypte, jusqu’en Nubie et en Syrie, dans l’intérêt exclusif de la science et de riuiinanité, à la recherche de la vérité, recherche partout et toujours difficile, mais plus particulièrement périlleuse dans des contrées où le climat, les mœurs, les usages et les croyances sont pour les Européens des ennemis également perfides.
Vingt mois durant, il a butiné là dans un domaine de préjugés et d’impuretés.
Hardi jusqu’à l’imprudence, il n’a échappé à la perüdie des populations que pour subir les étreintes du mal dont il s’était donné mission de connaître les causes et d’étudier la marche.
Rien n’a pu le distraire de ses travaux d’étude, ni les dangers, ni les souffrances.
Une fois au champ d’épreuves, il a voulu tout voir, tout interroger, tout connaître. Et ses travaux étaient déjà riches de faits acquis; sa moisson de vérités, sinon prochaine et définitivement assurée, du moins bien venante et largement préparée, quand, du foyer d’infection sur lequel l’étude le tenait incessamment penché, est sortie pour lui cette maladie aiguë, qui, à Jaffa, le 21 septembre dernier, l’a enlevé à l’affection de sa famille, à l’admiration de ses amis et à l’attente du monde savant.
ha science l’avait trouvé ardent et infatigable; le mal le l!‘ouva fier et indomptable.
DISCOUl\S PRO.NONCÉ SUR LA TOMRE DU D' E. GODARD.
En Égypte, couvert de douloureux ulcères, il observe sur lui-niôiTie, et celu pendant plusieurs mois, la marche de cette maladie climatérique, connue sous la dénomination de Bouto7i du Nil.
A Jérusalem, l’excès de travail lui donne une fièvre qui le dévore.
Provoqués par l’étude trop assidue qu’il fait de la lèpre dans un milieu des plus rebutants et cependant des mieux choisis, des symptômes alarmants l’envahissent et l’obligent au repos. Sur son grabat de caravansérail, il rappelle ses souvenirs et rédige ses notes.
Bientôt des accidents nerveux l’étreignent et l’étouffent, il lutte avec eux d’opiniâtreté et d’énergie.
Plus tard, loin de tout secours, sous la tente, dans le désert, campé douze jours comme un pestiféré, la prévision de sa mort prochaine ne l’émeut que pour de grandes pensées, et, calme et résigné, il emploie les heures de répit que lui laisse la souffrance à consigner ses dispositions testamentaires, qui fondent des bibliothèques pour les hôpitaux, des prix d’émulatiou au sein des sociétés savantes dont il fol membre. Et quand, enfin, la mort plane sur lui, avec cette placidité d’esprit, cette sérénité d’âme, cette indépendance de sentiment et de pensée qui l’ont- toujours distingué, il écrit pour sa mère, son père et ses frères, pour ses amis et ses maîtres, des lettres d’adieu, toutes pleines de son cœur, des lettres qui sont comme autant de faire part autographes de sa mort du lendemain.
Mais si, sur la terre, toujours musulmane, des sanglantes el stériles croisades, il est mort, coinuie Moïse,