‹ Égypte et PalestineChapitre 6 sur 80 · MISSION SCIENTIFIQUE DU DOCTEUR E. GODARD · texte numérisé non relu

MISSION SCIENTIFIQUE DU DOCTEUR E. GODARD

les missions de reclierclies que la sollicitude toujours éveillée du gouvernement organise et entretient dans toutes les parties du globe.

Ces missions d’études à l’étranger sont alors de véritables délégations de confiance, et quiconque a l’honneur d’y être appelé et consent à s’en charger assume sur soi la responsabilité d’un mandat qui engage également sa valeur d’homme et sa responsabilité de savant.

Sentinelle avancée de l’armée de la science, il ne doit pas plus se laisser abattre par les difficultés en face desquelles l’amènent les conditions de sa mission que le soldat en faction ne doit, la nuit, en face de l’ennemi, s’effrayer de l’obscurité qui rcnvelo])pe.

C’est à lui d’avoir le cœur à la hauteur des circonstances et l’intelligence assez forte et assez lucide pour se guider et se reconnaître.

Ernest Godard a été par excellence un de ces enfanta perdus de l’armée de la science.

Chargé par le ministre d’Etat « d’étudier les questions qui se rattachent à l’état social, moral et sanitaire des populations de l’Égy})te, de la Turquie d’Asie et de la Turquie d’Europe, » c’est-à-dire d’étudier tout ce qui constitue les mœurs de ces populations étranges, dans ce qu’elles ont de plus intime et de plus particulier à leur race respective, pour en déduire les raisons rigoureuses de l’état d’immobilité stagnante où elles se complaisent en dépit du mouvement général qui pousse le reste du monde à s’agiter pour marcher en avant, Ernest Godard devail,pour rem|)lii‘ à la lettre l’inten-

XXVIII MISSION SCIENTIFIQUE DU DOCTEUR E. GODARD, lion de sa mission, accomplir des tours de force d’intelligence.

Les Arabes sont hospitaliers, mais leur hospitalité est réservée. L’intimité de leur foyer est inviolable.

Les Turcs sont mous, mais ils sont jaloux, etla jalousie en fait des tigres sans pitié.

Arabes et Turcs sont d’ailleurs absolument et résolùment rebelles aux mœurs douces et faciles des Européens, et ils tiennent à rester claquemurés dans leurs croyances religieuses et dans l’intimité du harem.

C’était là pourtant qu’il fallait pénétrer pour satisfaire au programme du ministre d’État.

Ernest Godard, que sa conscience engageait, que son amour de la science guidait et exaltait, ne s’est laissé intimider par aucun des airs rébarbatifs qu’il a d’abord vus grimacer devant lui.

Les lettres à sa mère et à ses amis sont remplies des détails émouvants des luttes sans nombre qu’il a dû soutenir dans les tentatives qu’il a faites pour entr-er de plain-pied dans le for intérieur de la civilisation orientale.

Toujours repoussé, il a cependant réussi, et, quant aux populations de l’Égypte et de la Turquie d’Asie, il a donné satisfaction au programme que lui avait tracé le ministre de l’Empereur.

Par quelles secrètes infliiences de la douceur et d’insinuations persuasives a-t-il vaincu des résistances jus- (p.ic là restées entières? Nul ne le sait ou ne le dira. Mais il les a vaincues.

MISSION SCIENTIFIQUE DU DOCTEUR E. GODARD. xxix

L’intimilc miisiilniane et arabe ii’a pas eu de secrets jiour Ernest Godard.

Ses nombreux cahiers de notes sur le houton du Nil, Véléphanliasn et la d’intéressantes et non moins

nombreuses observations sur les mœurs secrètes des j)opulations de l’Égypte et de la Turquie d’Asie sont la constatation posthume de sa réussite.

Ces notes et ces observations sont un butin précieux de certitudes désormais acquises à la science. Il leur manque sans doute le développement intelligent et raisonné que, par un travail d’élaboration ultérieure, Eruest Godard se réservait de leur donner; mais, telles qu’elles sont, elles assurent à la France la priorité d’études sainement conduites, sur les causes de l’apathie séculaire qui distingue d’une manière si fâcheuse les populations arabes et turques et les rivent aux essais rudimentaires des premiers élans de la civilisation.

Ace titre elles sont de précieuses annales qui ne seront point perdues pour la science, puisque, réunies et coordonnées par les soins obligeants de M. le jirofesseur Charles Hobin, de l’Académie 'des sciences, elles rorment un volume que la famille du docteur Ernest Godard s’est empressée de faire publier.

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