‹ Égypte et PalestineChapitre 54 sur 80 · II. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE TRANSMISE PAR LA MÈRE. — TROIS OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

II. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE TRANSMISE PAR LA MÈRE. — TROIS OBSERVATIONS

AlVÜÎÛ grecque de religion.

Née à Ramalah, endroit où il y a beaucoup do lépreux.

Elle ignore son âge et semble avoir vingt-cinq ans.

N’a jamais été mariée.

Ni son grand-père, ni sa grand’mère maternelle, ni

NOTES SUR LA LÈPRE

ses oncles, ni ses tantes, n’étaient lépreux. Son père n’a pas eu la maladie, il vit encore et se porte très-bien.

Sa mhre était lépreuse. Elle est morte il y a dix ans de la lèpre.

Elle ii’a ni frère, ni sœur ; mais sa mère avant de la mettre au monde, a eu deux enfants qui sont morts.

On lui a dit que sa mère avait déjà eu quelques accidents (on a pu voir depuis que c’était la lèpre) quand elle devint enceinte d’elle. Auparavant, elle m’avait dit que ces accidents n’étaient arrivés que pendant la grossesse, puis elle m’a donné cette deuxième version.

Quoi qu’il en soit, elle raconte que sa mère s’étant querellée avec son mari, s’enfuit à Gaza ; l’époux alla la chercher et ils se disputèrent encore. Bientôt sa mère vit des boutons apparaître sur son corps, elle alla immédiatement à Tibériade pour prendre des bains. Son mari s’étant aperçu qu’elle était lépreuse, la garda quatre années renfermée dans une chambre; puis la malade quitta Ramalah pour venir à Jérusalem, où elle mourut au bout de quatre ans. Ainsi,’ la maladie a duré huit ans. Il paraît que la mère d’Anné avait perdu la voix et les doigts.

Anné Nasar est malade depuis huit ans. Après sa naissance, elle a été nourrie quarante jours par sa mère, puis son père ayant vu que sa femme était lépreuse, la confia à une autre nourrice.

Au début de la maladie, Anné dit avoir eu de la fièvre, de grandes douleurs dans tous les os. 11 lui est venu des tubercules à la face, puis aux bras et aux pieds.

Les premiers tubercules ont envahi d’abord les sour-

NOTES SUR LA LÈPRE

cils; il paraît que jamais la maladie n’a été plus forte que maintenant.

Les douleurs des os ont cessé, assure-t-elle, quand les. boutons sont venus.

Depuis ces premiers accidents, elle a tantôt une fois,, tantôt trois et quatre fois par an, de la fièvre et de nouveaux boutons apparaissent. Elle a eu des boutons qui ont fourni de la matière jaune, puis ces boutons ont disparu.

Chose à noter, Anné n’a rien aux pieds et aux mains. Elle accuse des douleurs spontanées à la tête : elle souffre des os plus la nuit que le jour. Si elle marche beaucoup, elle souffre des reins et des genoux.

Elle a la voix éteinte, on l’entend avec peine. Elle avale difficilement et ne peut manger de gros aliments. Toutefois la déglutition n’est pas toujours aussi difficile et aussi pénible.

Comme la femme que j’interrogeais ce matin, elle me dit qu’elle souffre beaucoup pendant les trois mois de printemps. Elle souffre aussi l’été; ITiiver, elle souffre peu quand il pleut.

Elle éprouve de la douleur quand on presse sur les os de tout le corps. Les gencives lui font beaucoup de mal, elle a une gingivite chronique, les dents de devant sont déchaussées presque complètement. Elle a de l’opacité à la cornée droite ; de temps en temps elle voit fort mal ; elle a parfois mal au yeux.

Elle digère mal ; cependant elle prétend qu’elle va régulièrement à la selle.

11 y a un mois et demi, elle a eu son dernier accès de

NOTES SUR LA LÈPRE

lièvre, il parait qu’à ce moment, la figure était fort rouge.

Cette femme m’assure que d’ordinaire la maladie suit la marche suivante : Il survient de la fièvre, puis la rougeur paraît aux endroits où il y aura des tubercules.

Depuis deux ans, Aimé parle avec une grande difficulté, cette aphonie est venue peu à peu; parfois, dit-elle, on ne peut l’entendre du tout.

Aimé me raconte que quelquefois son père vient la voir à Jérusalem, il habite alors dans le village des lépreux ; il couche dans la même pièce qu’elle (à un mètre environ) . Il lui prépare ses aliments mais il ne mange pas avec Aimé. — J’ai ouï dire ici que la maladie pouvait se gagner entre gens mangeant ensemble. —

Ici un mot :

J’ai entendu les lépreux me dire qu’ils croient leur maladie contagieuse dans leur village, mais non à Jérusalem. J’interroge Anné à ce sujet: elle me dit que la maladie ne peut se communiquer dans un pays où il y a eu tant de prophètes ; j’avoue que cette explication ne me contente pas, mais je ne puis obtenir davantage.

Comme preuve que les aliments préparés par les lépreux ne communiquent pas la lèpre, Anné me dit que quand elle fait du pain pour elle, si par hasard elle en fait trop et qu’elle reçoive la visite de sa tante et de ses cousins et cousines, ceux-ci mangent le surplus du pain qu’elle avait préparé. Il paraît que les lépreux ont un four exclusivement destiné à leur usage.

Comme fait de non-contagion, elle me conte qu’une femme saine, de Bethsamé, s’était mariée avec un lépreux de Jérusalem. Ils dormaient ensemble, mangeaient

NOTES SUR L\ LÈPRE

ensGinblo, couchaient ensemble. Ce lépreux avait la variété de la maladie caractérisée par les mains crispées. Cette femme devait avoir des rapports sexuels avec son mari, mais elle n’a pas eu d’enfants. Le lépreux étant mort de sa maladie, la veuve inconsolable ne put lui survivre et mourut aussi ; cette histoire d’amour exagéré pour uu lépreux me parait chargée (j’ai su depuis que . la fin de l’histoire n’était pas vraie). Du reste, les lépreux ont intérêt à faire croire que leur maladie ne peut se communiquer; car ils souffrent de l’isolement auquel on les condamne. — Quand on suppose un homme ou une femme frappé de la lèpre, on le chasse du village comme un être venimeux, .le me rappelle qu’une lépreuse m’a raconté l’iiistoire d’une malade qui, ayant voulu revenir habiter dans son village, fut tuée par son propre fils, qui ne put la souffrir auprès de lui. Une femme qui devient lépreuse est divorcée immédiatement, mais les femmes d’un lépreux lui appartiennent toujours et elles ne peuvent se remarier sans sa permission ; cependant le mari lépreux ne peut forcer sa femme à le recevoir. Les lépreux vont de temps en temps, chercher des aliments dans leur village natal ; ils v restent deux à trois jours, puis ils reviennent. Parfois leurs parents les visitent.

.\nné me dit que les lépreux ne peuvent avoir d’enfants. Elle avait ses règles autrefois, maintenant elle ne les a plus. Elle avait aussi beaucoup de cheveux, mais elle en a perdu une grande quantité ; il lui en reste encore assez.

Etat actuel. — Ânné a une figure type de la lèpre.

NOTES SUR LA LÈPRE

elle a le teint jaune spécial des lépreux; sa peau a l’aspect de la peau traitée par de l’acide nitrique; ses traits sont déforniés, inégaux; ainsi, les deux moitiés du visage sont dissemblables.

La peau du front est divisée par des sillons profonds entre lesquels la peau est épaissie et saillante ; ce ne sont pas des tubercules isolés, mais des épaississements de la peau dans sa totalité, de véritables plaques de la peau. Elle en a aussi aux sourcils.

Plus de sourcils ; encore quelques cils, autant que je puis me le rappeler. La peau de la paupière supérieure présente vers son bord libre des plaques de lèpre, mais peu prononcées.

Son nez est écrasé, elle a perdu les cartilages du bout et en partie ceux des ailes. Malgré cela, le nez n’est pas perdu ; il est tordu et le bout du nez est représenté par

une masse arrondie couverte de petits tubercules. L’aile gauche du nez est plus haute que l’aile droite. A la face interne de cette dernière, il y a une sorte de plaie non saignante ; ce doit être le cartilage en voie d’élimination; cette plaie est rouge, noirâtre; elle a l’aspect des plaies des lépreux. Un dessin seul peut bien faire comprendre l’aspect du nez; il y a des tubercules au bas du nez. Nez écrasé depuis un an.

Armé a de grosses lèvres, dures, saillantes en dehors, inégales ; la bouche est toujours entr’ouverte, la peau des lèvres est épaissie par la lèpre.

Cette malheureuse femme a les gencives malades, fongueuses, blafardes; les dents devant sont déchaussées et ne tiennent plus que par les racines.

NOTES SUR LA LÈPRE

La peau du visage est transformée en plaques de lèpre, et dans les endroits malades, elle est tendue, luisante et présente des saillies ou mamelons inégaux.

Sur les joues de chaque côté, il y a des brides blanchâtres, traces de cicatrices anciennes.

Le lobule de l’oreille droite présente des cicatrices suites des tubercules de lèpre; le lobule de l’oreille gauche présente deux tubercules de lèpre. — Je crois avoir remarqué que c’est aux lobules des oreilles que l’on trouve les tubercules type, ayant le volume d’un pois, faisant une demi-saillie sur la peau malade et présentant cette couleur fauve, sur laquelle il faut tant insister. Ces tubercules peuvent être gros comme de gros pois , d’autres ont le volume de ces petites tumeurs cutanées qui résultent de la piqûre des cousins ; la saillie des tubercules est la même.

Je découvre à grand’peine un ou deux ganglions cervicaux.

MEMBRES SOPÉRIEURS.

Côté droit. — Deux ganglions épitrochléens.

A la face interne du bras, peau saine.

A la face postérieure et inférieure du bras, épaississement considérable de la peau qui est luisante.

Au niveau et autour du coude, gros tubercules.

A la face postérieure de l’avant-bras, la peau forme une énorme plaque dure et luisante.

La main paraît tuméfiée; la peau des mains est d’un rouge blafard et me paraît d’une chaleur désagréable au toucher.

236 NOTES SUR LA LÈPRE

Au dos de la main, la peau forme une énorme plaque dure et luisante.

Piien à la face palmaire de la main.

Les doigts paraissent gonflés, ils commencent à se déformer, malgré cela, ils sont intacts ainsi que les ongles, deux ganglions épitrochléens.

Côté gauche. — Je sens un ganglion épitrochléen.

A la face interne du bras, la peau paraît intacte, mais en faisant filer la main [dessus, je sens soit au-dessous de la peau et ne lui adhérant pas, soit même adhérantes à l’aponévrose sous-cutanée, une quantité de petites nodosités du volume d’un petit pois.

Au niveau du coude, il v a un énorme tubercule ulcéré.

En faisait filer la main sur la face antérieure de l’avant-hras, on sent sous la peau une quantité de petits tubercules gros comme de petits pois. A la face dorsale de l’avant-bras, la peau présente une plaque considérable.

Une plaque de même nature existe sur le dos de la main. La main est grosse, d’un rouge blafard, chaude au toucher. Les doigts sont gros, et comme à droite, ils sont d’un rouge blafard ou d’un rouge bleuâtre. Sur le bord externe de l’origine du doigt médius, au niveau de la première phalange, la peau présente une plaque dure.

Dans tous les endroits où il y a épaississement de la peau formant plaque, la surface de la peau paraît tendue et luisante.

NOTES SUR LA LÈPRE

MEMBRES IMFÉRIEURS.

Cette femme refuse de montrer ses cuisses, elle dit qu’elles sont couvertes de plaques dures et de tubercules de la peau.

Le bas des jambes présente des plaques de lèpre et d’énormes tubercules de la peau ; il y en a un surtout qui est en quelque sorte végétant, il fait une saillie considérable. Anné me fait voir ses pieds, sur lesquels on ne distingue pas grand’ chose tant ils sont sales.

Je lui pique jusqu’à la faire saigner, la peau du Iront et celle des sourcils ; elle n’accuse aucune douleur, mais je lui fais mal quand je pique le bout du nez où les joues. Elle ne souffre pas quand on la pique au menton ou au niveau du sillon sous-nasal médian de la lèvre supérieure. Par contre, elle souffre si je la pique sur les parties latérales de la lèvre supérieure et au niveau des deux sillons mento-labiaux. Uuand je la pique :

Douleur à la face antérieure du bras, de l’avant-bras, de la main ; pas de douleur à la face dorsale de la main, de l’avant-bras et de l’extrémité inférieure du bras.

Ainsi, elle ne souffre pas là où il y a des plaques. Mêmes phénomènes pour les deux membres supérieurs.

Les deux jambes et les deux pieds sont insensibles aux piqûres jusqu’au niveau du genou. La plante des pieds fort épaissie est insensible à la piqûre, excepté un petit espace circonscrit à la partie inférieure des deux talons : ce fait est important.

Elle souffre dans les os quand on les lui presse, ce fait a une grande valeur, il paraît constant.

NOTES SUR LA LÈPRE

Anné a un embompoint ordinaire.

Elle ne s’est jamais mariée, elle me le dit d’un air triste ; elle ajoute qu’elle ne s’est pas non plus mariée au village des lépreux.

Elle n’a jamais eu d’enfants.

§ in. — LÈPRE HÉRÉDITAIRE. — FORME DOUTEUSE. — USE OBSERVATION.

A-BDEli musulman»

Jérusalem, 25 juillet 1865.

Il dit avoir vingt ans.

Né à Sourda, sur la route de Naplouse à Nazareth; dans son village il n’y a que lui qui soit lépreux. Autrefois, il y avait trois lépreux à Sourda, mais il sont morts il y a huit ans; deux sont morts ici, un autre est mort dans les environs. Il y avait une femme et deux hommes, il croit que ces lépreux sont restés malades près de dix années, il ne croit pas qu’ils étaient fils de lépreux.

Ni son grand-père, ni sa grand’mère, ni son père n’étaient lépreux. Sa -mère était lépreuse, pas de cousins lépreux.

Sa mère est morte il y a huit ans, après être restée malade pendant dix ans ; il ignore comment elle est devenue malade; elle a eu quatre autres enfants, un garçon et trois filles ; ils vivent encore, jouissent d’une bonne santé et ont des enfants qui se portent bien. La mère d’Abdel-Gader avait perdu le nez, elle avait les mains comme lui, elle n’avait pas perdu le bout des doigts ; Abdel ignore comment elle esjt morte. Elle avait eu un

iNOTF-S SUR LA LÈPRE.

enfant après lui. Quand elle mit au monde cet enfant, elle avait les premiers symptômes de la maladie , mais on ignorait que ce fût la lèpre, et elle put nourrir son enfant pendant deux mois environ. L’enfant mourut à l’âge de deux ans.

Abdel-Gader est malade depuis dix ans ; il est resté quatre ans chez lui et demeure ici depuis six ans.

Au début, pas de fièvre ; il cessa de transpirer de la plante des pieds, il transpirait auparavant. (Les lépreux ne transpirent jamais qu’à la tète et au cou.) Il a commencé à perdre les sourcils et les cils, les poils des jambes et des bras sont tombés. Il n’a pas perdu ses cheveux. Il ne lui est pas venu de boutons à la figure. 11 est venu un gros bouton au tendon d’Achille droit, puis il en est venu aux bras et' aux jambes. Il n’a jamais eu de fièvre. Il dit que les boutons viennent et s’en vont.

Depuis trois ans, il lui est venu des boutons aux bourses.

Autrefois, il avait le nez assez long ; il y a trois ans qu’il l’a perdu et qu’il est sorti des boutons sur le nez, les os ne sont pas tombés.

L’année dernière, il a commencé à avoir mal à la bouche, il souffre des dents de devant mais non des grosses molaires.

Il avale facilement pourvu que ce ne soit pas un aliment très-gros ; dans ce cas la déglutition est difficile. Il va bien à la selle, digère bien.

Quand les boutons ont paru, il y a eu, pendant quinze jours, des douleurs dans les os comme si on les frappait ; il souffrait davantage la nuit que le jour.

NOTES SUR LA LÈPRE

Au printemps, les os lui font mal ; il lui sort des boutons, il est très-malade dix à quinze jours.

11 a des douleurs dans les os quand il les presse ; il assure que les os de la poitrine ne lui font pas mal; il souffre des os de la tête, mais il n’a de douleurs spontanées que quand les boutons viennent.

Quand il marche dans des lieux accidentés, il souffre dans les genoux ; il n’a pas de force, il ne souffre pas dans le dos.

11 n’a pas perdu la mémoire.

Il me raconte que le cheik d’un village appelé Ebni- Hassan (à côté de Saint- Jean du Désert), lequel cheik se nommait Laffi est devenu lépreux. Il est mort il y a dix ou quinze ans.

Il y a près d’Hébron dans le village de Gibrin un cheik qui est devenu lépreux, il vit encore, il demeure à eoté du village, dans une maison à part. Il est tombé malade il y a quatre ou cinq ans, mais Abdel ne sait eomment.

A Hébron, on ne chasse pas les lépreux.

Abdel-Gader s’est marié l’an passé ; il n’a pas eu d’enfants; il n’est pas bon pour en faire. Quand il voit sa femme il vient peu de semence et elle est comme de l’eau. Il me dit que les lepreux n ont pas d enlants, le cheik qui en a eu, avait des poils et il avait seulement les doigts crochus.

Abdel a de l’embonpoint.

Maintenant il ne souffre pas; depuis six ans, il a souffert trois fois dans les os.

La première année il est resté chez lui.

KOTES SUR LA LÈPRE

11 dit que Jorsqu’on a cette maladie, on ne vit pas plus de douze ans. Si le mal est très-fort, on meurt dans une année.

On n’hésite pas à dire qu’un homme est lépreux quand la figure devient ronge bleuâtre, que les sourcils tombent, et qu’il vient des boutons de lèpre. 11 y a des gens connaisseurs qui ne se trompent jamais et qui ne confondent jamais la lèpre avec une autre affection.

Il y a un docteur arabe de Naplouse qui leur a dit qu’il n’y avait pas de remède pour cette maladie.

A Naplouse, il y a trois médecins : Abou-Gazel, Ilay- Dervich et Abdallah-Aboulher, qui ne se trompe jamais au sujet de la lèpre.

Abdel-Gader me raconte qu’une femme saine s’était mariée avec un lépreux; celui-ci mourut, elle voulut revenir dans son village, mais on la repoussa. Elle vécut ici et épousa un second lépreux qui est mort. Cette femme est rentrée dans son village, elle n’est jamais devenue lépreuse. La lèpre s’appelle en arabe maasokin (des pauvres).

11 y a ici vingt lépreux : douze hommes et huit femmes; il n’y a que deux femmes mariées.

État aciiiel. — Abdel-Gader a le tronc et les membres d’un homme fort et vigoureux, la jioitrine très-développée, les pectoraux saillants; les bras et les cuisses ont tout l’extérieur qui indique une grande force.

Ce malheureux, bien que je l’examine en plein air, a une odeur irès-pénétrante, une odeur de souris; ses cheveux sont noirs et très-abondants ; il les a taillés court.

Il n’y a pas de traces de sourcils; à peine voit-on do

IG

jS'OTES SLR LA LÈl'RE.

ipelits cils presque imperceptibles et l’on pourrait même dire qu’il n’eu existe plus, aussi souffre-t-il des yeux de temps en temps ; la peau des deux arcades sourcilières ■est un peu saillante ainsi que celle du front. La peau de la p^ij-tie inférieure des paupières est un peu inégale.

La peau du visage a le teint .spécial des lépreux; la ligure manque d’expression; le regard est mort.

Des deux côtés, les joues présentent des brides, traces de cicatrices anciennes. A la partie moyenne de la joue droite, il y a une sorte de plaie recouverte d’une croûte noirâtre sècbe.

La totalité du nez a disparu ; à l’origine supérieure du nez, il y a plusieurs tubercules rougeâtres, les deux ailes du nez manquent. {PL Vil, fig. 2, et pL IX, fuj. 4.)

A l’extrémité inférieure du repli de peau qui correspond aux ailes du nez, il y a deux tubercules rougeâtres.

Le deux lobules des oreilles sont notablement épaissis.

Abdel-Gader a toujours la bouche entr’ouverte, cependant il peut la fermer, mais ce mouvement doit lui être difficile à cause du volume et de la disposition de ses lèvres. La lèvre .supérieure est grosse, volumineuse, assez bien faite, mais portée en avant. Son bord libre est un peu fendillé dans deux endroits de bas en haut. Sur la lèvre supérieure, on voit de petits tubercules de la peau.

La lèvre inférieure est également grosse, luisante, / portée en avant, les deux lèvres étant fortement écartées, on voit les dents de devant.

Le menton est gros et inégal, il présente une série de

NOTES SUR LA LÈPRE

petits tubercules contenus dans l’épaisseur môme de la peau. Cet homme exhale, jele répète, une odeur repoussante et je souffre à rexaminer.

Le teint général de sou visage, est d’un jaune rougeâtre luisant.

Rien sur le tronc et sur le dos.

MEMBRES SUPÉRIEURS

Côté droit. — Les bras sont très-vigoureux.

.Sur la face postérieure du bras, je vois une cicatrice blanchâtre, trace d’un ancien tubercule guéri. Cinq ganglions épitrochléens gros comme des amandes remontant jusqu’à la moitié interne du bras. A la partie interne du bras, la peau est entièrement saine.

Au niveau du coude, tubercule recouvert d’une espèce de croûte en forme de fond de coquille, cette croûte ressemble à une croûte de rupia ; elle est d’un jaune verdâtre et entourée d’une auréole blanchâtre.

A la face postérieure de l’avant-bras, la presque totalité de la peau est transformée en une sorte de plaque dure que l’on ne peut.ployer ipie fort peu et avec une extrême difliculté. — Superficiellement la peau ne parait pas modifiée dans sa structure, elle est un peu modifiée dans sa couleur peut-être; mais cet épaississement se fait par la partie profonde. Ouant aux tubercules de la lèpre, il y en a de saillantes complètement qui paraissent sur la peau; d’autres sont de l’épaisseur de la peau et tout une légère saillie que je comparerais assez bien, sauf la couleur, au résultat de la piqûre des moustiques; d’antres invisibles extérieurement adhèrent profondé-

NOTES SUR LA LÈPRE

ment à la peau. De plus, il y a des tubercules sous-cutanés qui n’adhèrent pas à la peau que l’on déplace audessus d’eux, ces tubercules m’ont paru adhérer aux aponévroses. (Je dis ceci d’une manière générale.)

Dans ces points, la peau a conservé sa couleur ordinaire elle est seulement plus épaisse; ainsi la peau est saine comme épaisseur et comme couleur. La plaque dure dont je parle est allongée, elle croise l’axe de l’avant-bras.

Sur la partie moyenne de la face dorsale de l’avantbras, il y a deux anciennes plaies recouvertes d’une croûte jaune verdâtre, saillante comme le fond d’une coquille et ressemblant à du rupia.

Sur le bord cubital de l’avant-bras, il y a une plaie du même genre, recouverte de squames jaunes verdâtres.

Dans toute l’épaisseur de l’avant-bras, en faisant passer le doigt sur la peau, on sent de petits tubercules contenus dans la peau par place, on sent également de petites plaques de la peau.

La main est gonflée, d’un rouge violet, et très-déformée, son bord cubital n’est qu’une croûte. — Les doigts sont fort gros et inégaux ; dans différents points, sur la face dorsale il y a des plaies blafardes qui indiquent que par ces plaies, les phalanges seront prochainement éliminées. Le doigt qui tombera le premier sera l’auriculaire; les doigts sont d’un volume égal à leur origine et à leur extrémité, ils ne sont pas droits, mais l’axe de chaque phalange varie, on reconnaît qu’il se fait là, un travail profond. Les ongles sont petits, courts et recourbés en avant; la peau delà face palmaire de la main est

NOTES SUR LA LÈPRE

blanchâtre, mais elle paraît tendue inégale ; elle présente ipielqnes tubercules, pas de plaie.

Côté gauche. — A la foce antérieure du bras, la peau est saine. Je sens un ganglion épitrochléen de la gros seul* d’une énorme amande.

Sur la face dorsale du bras, il y a des cicatrices blanchâtres, dans ces endroits la peau est épaisse, il a dû y exister des tubercules.

A la partie inférieure et externe du bras, plaie indolente. Au niveau du coude, je vois des tubercules nombreux, étendus, confluents.

A la face postérieure de l’avant-bras, la peau paraît saine, elle présente cependant deux petits tubercules.

Sur la face dorsale de l’avant-bras, il y a deux grandes plaiessaignantes, la plusinférieureest d’un rouge blafard.

Le bord cubital de l’avant-bras présente encore deux plaies ulcérées.

La main est très-déformée, elle est épaisse, d’un rouge violacé. Le dos de la main épaissi, tuméfié, présente, par places, des plaies blanchâtres, il y a eu là des tubercules qui sont tombés.

Les doigts sont gonflés surtout à leur origine, ils sont tordus sur leur axe, les bouts des doigts sont surtout horriblement déformés, ils sont terminés par un ongle qui lui-mème est court et recourbé en avant.

A l’origine du pouce, au niveau de la dernière phalange de l’index, il y a deux plaies couvertes de croûtes noirâtres, le dos des phalanges doit s’éliminer prochainement. La face palmaire est d’un blanc rosé, elle est épaissie; toute la peau paraît malade.

NOTES Sl’Il LA LÈPRE.

JIEMIRES IMFÉRIEDRS.

Côté droit. — A la face interne de la cuisse, petites nodosités adhérentes à la peau sur divers points. — A la face externe , la peau est épaissie en plaque.

Sur les genoux, traces de tubercules ulcérés.

La jambe est déformée, sur sa face externe il y a une plaie saignante, il y a également une plaie saignante au niveau de. la malléole externe.

Le cou-de-pied est très-gros.

Le pied est très-gros et violacé, il le paraît du moins, les orteils et les ongles n’offrent rien à noter,

Côté gauche. — Sur la face antérieure de la cuisse, traces de tubercules qui ont dû être éliminés ; les cicatrices sont blanchâtres et assez étendues.

Au genoux, la peau présente des traces étendues du même genre.

A la face postérieure de la jambe, toute la peau est extrêmement épaisse.

Le cou-de-pied est très-gros.

Au niveau de la malléole, il y a des croûtes noirâtres qui recouvrent des plaies par suite de frottement.

Le pied est très-gros, il n’offre rien de spécial, il paraît rougeâtre, violacé, mais il me serait difficile de me prononcer à cause de la saleté des pieds.

La face plantaire n’offre rien à noter.

Les orteils sont intacts. Il y a chez ce sujet une anomalie, c’est la réunion du deuxième et troisième orteil jusqu’à leur moitié antérieure.

NOTl^S Sl'R LA LÈLRE. 2-47

Des deux côtés, aux aines, il y a des ganglions noinbroiix et volumineux. ^

Scrotum. — Le testicule droit et l’épididyme sont trans- Ibnués en une masse inégale, dure, aplatie de dedans en dehors, adhérente en bas au scrotum qui est Irèsépaissi.

Le testicule gauebe est composé, par place, de parties molles et de parties dures; la queue de l’épididyme, très-grosse, inégale et dure, adhère au bas du scrotum qui est très-épaissi.

Des deux cotés le cordon est sain et le canal déférent isolable.

Le pubis est recouvert de ))oils nombreux, noirs.

Il paraît qu’autrefois , Abdel-Gader a eu des tubercules au derrière, mais il ne veut pas me montrer son anus.

La verge est petite comme longueur, mais bien conformée comme dimension.

Duand je pique avec une épingle, et je pi(|ue fort, les mains, les avant-bras, les bras, les épaules, jus(ju’au milieu de la clavicule et à la partie moyenne des omoplates sont complètement insensibles.

Les pieds (face j)lantaire et dorsale) les jambes et les cuisses sont également insensibles.

Cependant la peau devientscnsibleà rnuion des cuisses avec le tronc, la sensibilité est moindre, on le voit, dans la moitié supérieure du corj)S que dans la moitié inférieure.

Si maintenant on picpie les épaules au niveau de la l)artie moyenne de la clavicule, Abdel-Gader sent vague-

NOTES SUR LA LÈPRE

ment mais d’autant plus, qu’on se rapproche davantage de la partie moyenne du tronc.

Il senties piqûres aux deux tempes, au cuir chevelu, au cou, sur le menton. 11 ne sent pas aux sourcils, aux joues, aux deux lèvres, aux deux lobules des oreilles.

Il souffre beaucoup quand on le pique à la partie antérieure du tronc.

20 juillet 1802.

Les fesses sont sensibles ainsi que le ventre. Il sent dans le dos comme sur le devant du tronc.

.l’interroge de nouveau Abdel-Gader ; il ne souffre d’aucune partie du corps pas plus la nuit que le jour; au printemps dernier même, il n’a pas été malade. Cet homme a les dents de devant très-sensibles, il ne peut manger des choses dures, l’ébranlement des incisions et des canines est fort pénible. Il assure qu’il n’a pas de douleurs spontanées dans les os.

Bien qu’il ait la peau privée de sensibilité, il dit cju’il sent une puce quand il la prend avec les doigts. Il paraît que lorsqu’il prend du feu avec les doigts, il ne le sent pas immédiatement, mais il le sent au bout d’un instant « par la viande et par les os » dit-il.

Quoique la plante du pied soit insensible, il ne peut marcher sans chaussures, car s’il marche sur un caillou aigu, il souffre comme si les flammes lui entraient dans le corps, alors, dit-il, il a une sensation de brûlure.

Il m’explique que chez les lépreux, quand les phalanges tombent, les plaies s’entr’ouvrent et alors les os s’envont par petits morceaux ils sont comme cassés. Il

NOTES SUR L,\.-LÈPRE

paraît que l’élimination des phalanges n’occasionne aucune douleur.

Jamais, dit-il, les lépreux ne perdent plus que les doigts.

Tous les lépreux ne perdent j)as les doigts, il y en a . qui meurent en conservant le nez et les doigts.

Abdel-Gader, que j’étudie en l’interrogeant, tient les yeux à demi fermés; privé de sourcils et de cils, la lumière le fatigue, il a le teint jaune spécial, une ligure de masque, comme tous les lépreux ; il a la bouche entr’ouverte, ce qui tient à ses grosses lèvres saillantes et dures.

Il a des cheveux noirs, lisses, aplatis.

Ses gencives sont malades, elles sont pâles, décolorées, la muqueuse des lèvres est blanchâtre, les lèvres fendillées, les dents déchaussées.

Sa langue estéj)aissie et recouverte par de gros tubercules blanchâtres qui occupent la partie moyenne de la langue, d’avant en arrière.

Il y a de profondes ulcérations disposées sur deux rangées, le long de la ligne moyenne du palais et du voile du palais; ces plaies ulcéreuses paraissent profondes, les os doivent être â nu au-dessous. Il y. a des plis au fond de ces plaies.

La luette a complètement disparu; Tisthme du gosier est limité par le voile du palais qui est épais, rouge et a j)erdu sa mobilité (il parait dur); toute la face inférieure du voile du palais est couverte de cicatrices profondes.

La voix de cet homme est faible.

NOTES SUR LA LÈPRE

Les orifices du nez sont représentés par deux petitstrous, dirigés d’avant en arrière.

Quand on palpe les os des cuisses, des jambes, des pieds, des mains, des bras, de la tête, il souffre; mais il n’éprouve ancnne douleur quand je lui presse le slerniim.

Il souffre quand on lui presse la clavicule.

On le voit, dans la lèpre il y a nue affection profonde des os.

nilSOllF de Mansour, ;j;rec de religion^»

Agé de quarante ans.

Né à Ramalah, à quatre heures de Jérusalem entre Jérusalem et Naplouse.

Ni son grand-père ni sa grand’mère, ni son père ni sa mère, ni ses oncles ni ses tantes, n’ont eu la lèpre. Il a trois frères et deux sœurs qui se portent bien. Sa mère jouit d’une bonne santé, il prétênd que son père la voit encore de temps en temps.

Malade depuis quatre ans.

11 y a six ans, deux ans avant d’avoir la lèpre, pendant l’été, lorsqu’il travaillait beaucoup, il avait le corps en feu, à plusieurs reprises il tomba sans connaissance et on lui jeta de l’eau à la figure pour le faire revenir. Ces accidents arrivaient chaque fois qu’il travaillait beaucou}). 11 alla se faire traiter à l’iiùpital grec, où on lui donna à prendre une poudre qui fit disparailre ses faiblesses. Pendant un an, il continua à se bien portei'. Mais à la fin de l’année, sa ligure devint rouge, les sour-

NOTES SUR LA LEPRE

cils lonibèrenl. A ce monieiit, il n’avait pas de fièvre^ l*as de douleurs. La figure était rouge, mais il n’y avait pas encore des boutons. Ceux-ci ont d’abord paru aux ])icds, aux mains, puis à la figure.

Deiuiis une année, il a le nez gros et rouge; depuis la fin de l’été de l’an pas.sé, il a la voix rauque.

Au printemps, pendant dix à quinze jours, il souflre aux pieds, aux talons; les plaies deviennent douloureuses.

11 ne souffre pas dans les os, dit-il .

Il lui est venu des boutons au scrotum, à la verge, à l’anus.

11 assure n’avoir jamais eu la syphilis.

Nas.sar raconte que Ranialah est habité spécialement par (les Grecs de religion comme lui. S’il y a des lépreux à llamalab, dit-il, c’est c[ue les Grecs ont de fréquentes querelles et des batailles même avec les Arabes ; les émotions qu’on éprouve dans ces luttes occasionneraient la lèpre.

La véritable raison, paraît-il, c’est que les Grecs sont d’une saleté hors de toute expression.

Les Arabes croient que les Grecs ont la lèpre )»arce. qu’ils voient leurs femmes ayant leurs règles, il souffre de toutes les dents, il avale facilement les aliments, mais il marche avec peine.

Les lépreux se lavent rarement.

Aassar dit que s’il se baignait, il souffrirait davantage (le ses boutons.

Les lépreux vivent de la charité; s’ils ont des cillants, ils leur laissent la plus grande jiarlie des revenus.

NOTES SUR LA LÈPRE

Les lépreux musulmans ou chrétiens ont le droit de vendre leurs }»ropriétés, mais s’ils ont des enfants, ils ne peuvent prendre tous les revenus.

Nassar assure que sa maladie augmente de jour en jour ; dans ces derniers temps, le mal a envahi les cuisses et les bras.

Il souffre davantage la nuit que le jour. Il me dit qu’il y a dans leur réduit (des lépreux) une femme lépreuse qui ne peut dormir la nuit.

Il souffre des dents de devant, il ne peut casser des choses dures avec les incisives et les canines ; les molaires ne lui font pas mal. La chaleur le gêne beaucoup, il souffre au printemps.

Il y a onze mois qu’il a perdu la voix, on l’entend à peine, il est affreusement enroué; il avale bien, excepté les choses dures.

Il digère bien ; mais l’hiver, il digère mal.

11 est malade depuis quatre ans.

Il a le nez écrasé depuis une année, celui-ci est gonflé et on y voit des boutons depuis deux ans.

Il respire difficilement par le nez.

Quand il se palpe les os, il souffre.

Nassar a presque de l’embonpoint, il a l’extérieur d’un homme très-vigoureux.

Il n’a pas l’œil mort, mais son regard manque de vivacité.

Les deux régions sourcilières présentent quatre gros tubercules de chaque côté. Ces tubercules sont disposés symétriquement, comme on peut le voir dans le dessin que j’ai fait {pl. VU, fig. 1, T); il y a aussi un

NOTES SUR LA LÈPRE

tubercule au front, au-dessus de l’origine du nez.

Les deux tubercules placés à l’extrémité de la région sourcilière sont ovales, gros, symétriques, celui du front est impair. Ils font paraître les yeux très-enfoncés et donnent un aspect dur à la physionomie.

Pas de sourcils.

Quelques petits cils filiformes.

Pas des tubercules aux paupières, aux joues, aux lèvres.

Le nez est gros, déformé, tordu ; il s’est affaissé un peu; il y a eu un bouton à la face interne de l’aile droite; là, cette aile offre deux écliancrures ; la pointe du nez est arrondie, rouge et envahie par de petits mamelons de la même couleur.

Les lèvres sont assez grosses et assez épaisses, mais elles ne présentent aucune trace de la maladie.

Aux deux lobules de l’oreille, énormes tubercules contenus dans l’épaisseur de la peau, mais faisant saillie à sa surface (/;/. IX, /?(/. 5,T); il y a également des tubercules à la face postérieure de la conque du coté gauche.

La langue est rouge et épaisse.

11 y a un ulcère qui s’étend d’avant en arrière sur toute la ligne moyenne du palais et du voile du palais. Cet ulcère a environ huit juillimètres de largeur, il j)araît creusé profondément surtout au niveau du palais.

La luette est détruite aux trois quarts, la face inférieure du voile du palais est toute rouge.

Comme il fait très-sombre au moment de l’examen, je ne puis voir l’état des amygdales.

ISOTES SER LA LÈPRE

MEMHRES SUPÉRIEURS.

Côté droit. — Au bras, à la face interne, peau saine; à la face externe plusieurs grosses pustules de rupia ■couvertes de la croûte caractéristique en forme de coquille; pus au-dessous des croûtes.

A l’avant-bras : à la face interne, une seule pustule de rupia.

Sur le bord radial, trois grosses pustules de rupia.

A la main : la peau de la face interne est blanche, mais épaisse et dure ; sur le bord cubital, plaie saignante offrant les caractères de celles des lépreux. Sur le do,s de la main, cicatrices blanchâtres résultat de la chute des tubercules. A la face interne du pouce, trois pustules de rupia.

Côté gauche. — Le bras est couvert de cicatrices de tubercules anciens, d’ulcérations et de croûtes de rupia.

Au coude, énorme tubercule.

A runion du pouce avec la main, plaie étendue avec croûte de rupia ; plaie avec croûte sur le dos de la première phalange de l’index ; grosses croûtes à la face postérieure de l’origine de l’annulaire, de l’auriculaire et sur le dos de la main. Plaie .saignante à la face antérieure de l’index et la face externe de l’annulaire.

MEMBRES INFÉRIEURS

Les cuisses et les deux jambes sont couvertes littéralement de croûtes de rupia étendues avec pus au-dessous ; la peau de la face externe de la jambe droite est très-

AOTES SUR LA LÈPRE. 255

tipaissie, tubercules aux genoux ; cou-de-pied très-gros des deux cotes.

Les pieds sont sains ainsi que les orteils.

Las de ganglions épitrochléens.

.Nombreux ganglions aux aines.

OUG.VNES GÉ.MTAUX.

Scrotum. — Poils noirs au pubis.

Les bourses sont pendantes; à leur lace inlérieure, il y a une sorte de plaque muqueuse, énorme, identique à celle du gland que je vais décrire, et également saillante.

C’est peut-être l’urine qui modifie l’aspect extérieur des tubercules du gland et du scrotum. — Cela a une odeur horrible; au-dessous de cette plaque il y a aussi une induration qui s’attache par deux prolongements libreux à la queue de chacun des épididymes. C’est horrible à voir et d’une saleté dont on ne peut avoir l’idée.

Testiculea. — Les deux testicules sont aplatis; on dirait qu’il y a épaississement de la tunique vaginale et de la tunique albuginée ; la queue de chaque épididyme est fort grosse, dure et adhérente au fond du scrotum. Ces adhérences sont analogues à celles que l’on observe dans le tubercule de l’épididyme quand il y a une fistule.

Les deux canaux déférents sont sains et isolables, les cordons sont sains.

Verge. — Sur le bout de la verge, au-dessous du méat, il y a uii tubercule {pi. III). Ce tubercule, saillant, plat, ressemble à une plaque muqueuse saillante.

NOTES SUE LA LÈPRE

il a une surface blanchâtre et une base indurée, l’induration occupe toute l’épaisseur du gland, on dirait un cartilage.

Nassar me dit qu’il est toujours puissant, mais moins qii’autrefois ; je crois qu’il ne l’est pas du tout, vu l’état de ses testicules. Il me raconte que parfois sa femme vient le voir, elle couche avec lui, mais, dit-il, il perd peu de semence. Je me demande comment une femme peut voir un homme dans un pareil état. Ce malheureux a les parties génitales malades depuis cette année.

Depuis le mois de mars dernier, il assure avoir des boutons à l’anus, je l’examine et je ne trouve rien, mais il fait déjà fort sombre et cet examen se fait difficilement en plein air.

Je pique avec une épingle.

Tête. — Insensibilité complète sur toute l’étendue des deux arcades sourcilières, douleur au front.

Le bout du nez est sensible, comme celui-ci est rouge et vasculaire, il sort un sang noir de la piqûre.

Il souffre sur toute l’étendue des joues et des lèvres.

Il n’éprouve aucune douleur aux lobules des oreilles et à la face postérieure de la conque là où il y a des tubercules.

MEMBRES SUPÉRIEURS

Côté droit. — Douleur à la face antérieure du bras et de l’avant-bras, à la face palmaire de la main, à la face dorsale du médius et de l’index.

NOTES SUR LA LÈPRE. 257

Insensibilité à la face dorsale du bras et de l’avantbras. 11 souffre à l’épaule.

Côté gauche. — La face dorsale de la main, de l’avantbras et du bras, sont insensibles.

La face palmaire de. la main, la face antérieure de l’a- vant-bras et du bras sont sensibles ainsi que l’épaule gauche.

MEMDRES IfiFÉniEURS.

Côté droit. — La face externe de la jambe et de la cuisse, la face interne de la jambe, le dos du pied sont insensibles.

La face interne de la cuisse et la plante du pied sont sensibles.

Côté gauche. — Les faces externes et internes de la cuisse et de la jambe ainsi que le dos du pied, insensibles.

La plante du pied sensible.

Tronc. — La peau dn tronc est sensible partout ; il sent parfaitement quand je le pique dans leçon, au dos, sur la poitrine.

INassar souffre de tous les os quand on les lui presse.

Je presse les doigts, les os de la main, de l’avant-bras, du bras, de la tête, des jambes et des cuisses.

11 se fatigue aisément en marchant.

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