RÉSUMÉ
Étymologie. — Le mot arabe et le mot français sont les mêmes. Ainsi on admet dans les deux langues que les parties affectées ressemblent à des pattes d’éléphant.
Causes. — 1“ Prédisposantes. — Habiter à Damiette ou à Rosette; cependant la maladie survient aussi chez quelques individus d’Alexandrie; il existait un cas d’éléphantiasis du scrotum à Fantah.
Etre né à Damiette; avoir eu parmi ses ascendants des
DE L’ÉLÉPILVNTIASIS.
individus affectés d’élépliantiasis. Les exemples concernant l’hérédité sont très-fréquents.
Demeurer dans des lieux bas et humides. Se nourrir de poisson salé, de poules d’eau, de marsouins, de fruits verts et pourris, utiliser la graisse de la poule d’eau jiour la préparation des aliments,
L’àge adulte fournit })lus de cas que la vieillesse; pas de cas observé chez l’enfant,
La maladie attaque plus souvent les femmes que les hommes ; cela doit tenir à ce que les lemmes se nourrissent encore moins bien que les hommes. Malades, les femmes ne veulent ou ne peuvent pas se soigner, car on sait ici, la position inférieure des femmes par rapport aux hommes. Les femmes vivent plus à la maison, elles sont plus souvent à l’eau. Je remaiajue que l’éléphantiasis affecte plutôt les emmes de trente à quarante ans. Jusqu’à présent je n’ai pas vu de cas chez les jeunes filles. Le 7 juin 1802, en me promenant, j’ai rencontré un ou deux malades mâles pour sept ou huit cas chez des femmes. Or, la maladie peut demeurer inaperçue chez ces dernières, à cause des pantalons qui leur cachent le bas des jambes; il faut que la maladie occupe le cou-de-pied pour qu’on puisse la reconnaître. Chez les hommes, au contraire, elle apparaît aisément, car ils ont les jamhcs découvertes. Le fait de la fréquence de la maladie chez les femmes, m’a été affirmé par les gens du pays.
L’âge adulte, ai-je dit, fournit le plus de victimes. En général, la maladie ne se présente ]>as avant l’âge de vingt-cinq ou trente ans. Je l’ai observé chez des indi-
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
vidus de cinquante-cinq ou soixante ans ; j’ignore si on la voit chez des gens plus âgés.
J’aurais voulu savoir si à Damiette, l’élépliantiasis est })lus fréquent dans certains quartiers que dans d’autres. J’ai noté avec grand soin le quartier des malades observés et j’ai pu m’assurer que la maladie était plus commune dans la partie de la ville, appelée Alcantara, partie pauvre, située à côté du canal sur lequel il y a un pont qui domine le niveau du (juartier.
Je n’ai pas pu connaitre exactement dans quelle saison, l’éléphantiasis fait le plus de victimes. Mais, je crois que c’est pendant l’hiver ; à cette époque de rannée, en effet, on mange beaucoup plus de poisson et de poules d’eau , et c’est avec la graisse huileuse de ces poules qu’on assaisonne les aliments. Il faut ajouter à cela la mauvaise habitude qu’ont les x\rabes de manger des fruits verts et pourris et de la viande également pourrie;
L’ingestion brusque d’une grande quantité de poisson, me parait très-fâcheuse ; car la maladie existant, elle détermine de nouveaux accidents. Ce fait m’a été expliqué avec grand soin chez un malade que j’ai observé à Damiette.
Le chagrin, les contrariétés, les émotions, peuvent aussi déterminer la maladie. Cette assertion me paraissait d’abord s'éloigner de la vérité, mais j’ai pu m’assurer qu’elle était exacte car tous les malades que j’ai examinés me l’ont confirmée.
2“ Occasionnelles. — Rien n’explique pourquoi on est atteint une première fois; quand on a été atteint, une contrariété suflit pour faire revenir l’accès.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
Nature de la maladie. — Phlébite amenant prol)ableinent l’oblitération des veines, bien que je n’aie pas trouvé de cordon dur.
Tout d’abord, il y a quelque empâtement; puis œdème dépressible; puis œdème dur, enfin bourrelet dur et solide et à direction toujours constante.
b’œdcme est suivi d’un épanebement du tissu. libroplastique ; aussi les parties sont-elles dures, solides.
11 y a de la sérosité, car si l’on pique la tumeur, on la voit s’écouler. L’œdème peut être généralisé ; la peau est dure, épaissie et l’on y voit des vésicules comme au scrotum.
La peau est étalée et les poils éloignés les uns des autres ; mais à mesure que la peau étirée se distend, elle s’épaissit ; de la sérosité qui est au-dessous d’abord fluide, devient plus tard emprisonnée et la peau se durcit ; la pression du doigt ne peut plus faire filer la tumeur
Sous l’influence de la marche, la peau forme des plis divers caractéristiques delà maladie. Plus de flexion audevant du ])icd, saillie sur les côtés des malléoles. La jambe modifiée jiaraît plus large, elle l’est, en effet, si le malade est très
DE L’ÉLÉPHANTIASIS
PROCÉDÉS OPÉRATOIRES EN USAGE DANS LE TRAITEMENT CHIRURGICAL DE L’ÉLÉPIIANTIASIS DU SCROTUM.
Deux cas peuvent se présenter pour l’éléphantiasis du scrotum : la tumeur est ou n’est pas volumineuse.
Si la tumeur n’est pas plus grosse que la tête d’un en- Dmt, M. Oglin opère de la façon suivante :
Le malade étant étendu sur le lit et placé comme pour l’opération de la taille , une sonde métallique est introduite dans l’urèthre, et cela afin de guider plus tard l’opérateur et l’empêcher de blesser le canal, lorsqu’il fera les grandes incisions pour faire tomber l’éléphantiasis.
La sonde étant introduite, l’opérateur examine quelles sont les parties de peau saine qui pourront former le nouveau scrotum après l’opération. En général, cette peau saine est située à la partie supérieure et latérale des bourses.
Une première incision qui n’intéresse que la peau {pl. YI) , part des parties latérales de la racine de la verge, se dirige en bas et en avant, puis après avoir décrit une légère courbe, elle se dirige en arrière pour s’arrêter au niveau du périnée. Toute la peau comprise dans la concavité de cette incision formera le nouveau scrotum.
Cela faitj le chirurgien fait avec le bistoüri une incb sion profonde dans l’intervalle qui sépare la peau incisée, et dans un endroit que j’ai indiqué {pl. IV) par une ligne
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
tremblée , puis il introduit l'index dans cette incision profonde, et il cherche à reconnaître le testicule. Quand il l’a trouvé et qu’il l’a isolé des parties voisines , il déchire tout ce qni le gêne, relève en dehors le testicule et la peau, qu’il confie à un aide.
Il agit de même du côté opposé ; puis il reconnaît bien la position de l’urèthre, transperce la tumeur d’avant en arrière, ayant soin que le dos du bistouri réponde à l’urèthre et ne puisse l’atteindre; ensuite, il fait brusquement deux incisions de haut en bas et de dedans en dehors, l’une à droite, l’autre à gauche : la tumeur tombe. Après cela, on lie les artères, on enlève les parties malades qui ont pn rester; on réunit le tout. De cette manière, on a conservé les testicules ainsi que la peau saine nécessaire pour leur servir d’enveloppe.
M. Oglin dit qu’il faut opérer vite l’éléphantiasis du scrotum. 11 dit avoir fait cette opération plusieurs fois, et toujours avec succès. Actuellement, il a dans ses salles un homme de Rosette qu’il a opéré.
La tumeur peut être énorme. Dans ce cas, la verge étant retirée en dedans et cachée par la tumeur, le fourreau de la verge est retourné en dedans et forme une sorte d’entonnoir, par lequel l’urine s’échappe en dehors {pl. Y).
Alors le cliirurgien fait une incision circulaire autour de l’orifice extérieure de cette gouttière. Préalablement, il a introduit une sonde métallique dans l’urèthre. Cette incision circulaire étant faite, la peau du pubis pouvant être affectée, il fait une incision en croissant sur le pubis, incision à convexité inférieure, puis les deux inci-
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
sions latérales dont j’ai déjà parlé ; il lait ensuite une incision profonde pour aller reconnaître où est le testicule, et il fait relever de chaque côté le testicule et la peau.
Se guidant sur la sonde introduite dans l’iirètlire pour ne pas intéresser le canal, il transperce la tumeur, puis il fait deux incisions, l’une à droite, l’autre à gauche, et la tumeur tombe.
Toute la portion do peau circonscrite dans l’incision faite au pourtour de l’orifice de l’urèthre formera la peau de la verge, qui deviendra apparente aussitôt que l’opération sera faite. Les deux portions de peau réservées de chaque côté formeront les bourses. Tout cela réuni, et l’opération sera terminée. Toutefois, avant de réunir, il faudra enlever les parties malades qui n’àuraient pu être détruites.
La chose importante, dit M. Oglin, c’est d’opérer vite, afin d’éviter le choc qui peut faire mourir le malade entre les mains du chirui'gien. Dans ces cas, s’il y avait choc, c’est-à-dire syncope, on ne doit pas se préoccuper des testicules, et on détache toute la tumeur d’un seul coup et avec une grande rapidité.
Damielte, 6 juin 1862.
A. Gahiel a l’obligeance de prier le barbier de son oncle de venir chez lui. Cet homme a été opère autrefois d’éléphantiasis du scrotum ; la tumeur n’était j)as énorme, mais il a été mal opéré, c’est pour cela, dit-il, qu’il ne veut pas que je le voie ; il s’y refuse absolument. Cet homme, âgé d’une cinquantaine d’années, est gros
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
et paraît vigoureux , mais il a d’horribles lèvres saillantes. Il ii’a pas été opéré par Nabaraon-Bey.
Dans le principe, il opérait pour l’élépliantiasis du scrotum, mais il a dù cesser de faire cette opération à cause des tracasseries des ebirurgiens. Aussi , dit-il de Ali-Effendi (le sous -médecin d’Abdcrana) tout le mal possible. Pour lui, dit-il, ce ne sont pas des médecins ; actuellement, il se borne à ponctionner les hydropiques, à traiter les véroles avec des pilules mercurielles et à faire des circoncisions.
Il assure qu’à Damiette personne ne se fait traitei de l’élépbantiasis ; et par (pii, dit-il, les habitants se feraient-ils traiter? 11 assure qu’il y a des gens fortunés atteints d’élépbantiasis. En effet, A. Passa Theodoro m’a dit avoir vu une femme atteinte de cette maladie parmi ses clientes.
11 me dit que les gens affectés d’élépbantiasis n’ont pas tous les parties génitales grosses ; il paraît, me dit-il, qu’il y a au bureau du catli un employé dont les bourses sont énormes ; il dit que ce malheureux est dans une position bien fâcheuse.
Il me dit qu’il opère ainsi l’élépbantiasis :
11 transperce la tumeur, puis il la tranche de haut en bas, alors il enlève les j)arties malades en ne gartlaut que la peau saine; il conserve aussi les testicules. Ce brave homme parait fort intelligent.
11 m’a dit ne pas savoir qu’il y avait des personnes ayant des placjues d’élépbantiasis au cou. Il m’assure, ou plutôt je crois comprendre qu’il a vu une plaque d’élépbantiasis au front.
DE L’ÉLÉPHAISTIASIS.
Il m’a dit qu’il y avait des femmes ayant des seins énormes par suite d’éléphantiasis.