QUELQUES NOTES SUR L’ÉLÉPIIANTIASIS EN GÉNÉRAL
Si je tiens compte de toutes les observations que j’ai recueillies, je vois que l’éléphantiasis des jambes ne vient jamais d’une manière chronique.
Cette affection d’abord aiguë, suit une marche toujours la même, marche que les malades indiquent plus ou moins, suivant que leur mémoire est ou n’est pas infidèle. Ainsi, comme je l’ai observé chez la tante de René, le malade après avoir éprouvé des maux de tête, des étourdissements, un malaise, est pris de frisson, de lièvre, puis de chaleur, puis de douleur à l’aine et enfin de rougeur au memlire qui doit s’affecter. Voilà la marche toujours la même de la maladie.
DE L'ÉLÉPIIANTIASIS.
Pour réléphanliasis du scrotum, il paraîtrait que la maladie vient fort souvent sans accidents généraux, mais cela n’est pas constant, et peut-être que si les malades s’étudiaient mieux le médecin verrait bien que la maladie ne vient également jamais sans accidents généraux. Je vis cela parce que le malade que M. le docteur Massia m’a montré, assurait tout d’abord, qu’il n’avait jamais eu d’accidents généraux, et interrogé avec plus de soin, il me dit ensuite qu’il avait eu lors de son Éléphantiasis des bourses, au début, de vrais accidents généraux. Cela montre avec quelle réserve, il faut accepter les assertions du malade.
Et ici encore un mot! — Dans l’élépbantiasis des jambes, la douleur débute à l’aine, etdansl’éléphantiasis des bour.ses, elle débute au pubis : c’est ce qui m’a été dit; ce fait est de la plus haute importance.
11 j)a rai trait que l’éléphantiasis des bourses est toujours [u'écédé de l’hydrocèle, et l’on a essayé de prouver que cette affection pourrait bien venir chez des gens qui auraient été opérés sans injection, ou avec injection mal faite.
Je crois que l’éléphantiasis peut survenir à la suite d’irritation locale, c’est-à-dire, que dans un pays où l’œdèine dur survient si aisément, je crois qu’une irritation locale peut la déterminer; ainsi la ponction pourrait faciliter l’arrivée de l’éléphantiasis. Mais il ne faut pas oublier aussi que dans les pays dont je parle, l’hydrocèle est générale, que le plus grand nombre en est affecté ; que le plus grand nombre est mal opéré de l’hydrocèle. Ainsi, si l’hydrocèle amenait l’éléphanliasis des bourses,
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cette maladie serait générale ; or ce n’est point le cas. Tout cela prouve encore avec quelle défiance il faut accepter le dire d’un malade, et môme le dire d’un médecin. Tous les médecins ont intérêt à dénigrer les opérations faites par les barbiers.
Ce quej’ai vu à Alexandrie m’a montré que l’éléphantiasis pouvait y exister, puisque l’homme opéré par M. Massia était d’Alexandrie, celui qui avait été opéré par M. Oglin venait de Rosette; mais je n’ai vu dans mon séjour à Alexandrie qu’une femme atteinte, cela prouve que la maladie y est rare, car à Damiette, au contraire, on observe des cas d’éléphantiasis à chaque instant.
L’influence du séjour de Damiette est manifeste; exemple le lithographe de l’entreprise : jamais malade auparavant, il devient malade peu de jours après son arrivée à Damiette.
Tous les gens malades que j'ai vus à Pondaïr étaient de Damiette. Souria était de Damiette, il est tombé malade à Alexandrie {pl. YI, fig. 1). Cela prouve rinlluence du séjour dans cette ville. De plus Souria, homme intelligent, m’a affirmé qu’ayant quitté Damiette pour aller voir Soûl, chaque fois il s’y est trouvé bien : ainsi le changement de lieu devra être prescrit, on devra recommander d’aller habiter dans un lieu.
La nourriture avec le poisson a une grande action comme le prouve le dire de ce malade qui m’affirmait qu’il pourrait avoir, à volonté, un accès d’éléphantiasis aigu, en mangeant exclusivement et plusieurs fois de suite du poisson salé : ce fait est de la plus haute valeur.
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Je nie rappelle également ce (pie la tante de IleiuV m’avait dit au sujet du poisson : (pi’il ne laut pas en manger quand on a la maladie (éléphanliasis) .
Le poisson salé, et peut-être à demi pourri, doit jouer un r()le important dans la production de la maladie, car les gens d’Anterich qui mangent exclusivement du poisson frais n’ont pas la maladie.
Il ne faut pas avoir observé l’éléiiliantiasis et la lèpre^ pour les ranger l’une et l’autre dans le même groupe de maladies.
J’ignore encore maintenant comment la lèpre arrive, mais je sais parfaitement que l’éléphantiasis est une maladie d’abord aiguë, une sorte d’érysipèle, d’érythème, qui arrive après que le malade a eu la lièvre, et (pie la tuméfaction des parties n’arrive elle-même, que quand la fièvre a diminué ou cessé comjilétement, et que c’est à mesure que le malade va mieux, que la luméfaction se généralise; enfin que si le malade, à cette période, évite de jirendre une position qui facilite rengorgement des parties, la tuméfaction sera moindre ; tandis qu’elle sera très-grande si le malade évite de jirendre pareilles précautions ; enfin que la maladie survenue une première fois, présentera de nouveaux accès aigus ([ui amèneront des tuméfactions successives à moins que le malade ne se soit guéri la première fois, ce qui est possible.
Je sais enfin (pie le malade peut se guérir, si au début, c’est-à-dire, dès que la fièvre a cessé, et que la tuméfaction commence, il appliijiie un cautère sur l’organe malade; qu’il peut guérir complètement: je demande si on observe quoi que ce soit de semblable dans la lèpre.
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Un des phénomènes mar([uants de la lèpre, c’est l’insensibilité des j)arties aflèctées ; or rien de semblable dansréléphantiasis. Toutefois chez l’homme de Damiette employé chez le cadi, il y avait insensibilité de la partie inférieure de la tumeur. Mais je crois me rappeler n’avoir observé ce phénomène qu’une seule fois. J’aurais à revoir mes notes.
Jamais l’éléphantiasis n’affecte la face, n’amène la chute totale ou partielle du nez, la chute des autres parties affectées; ainsi les jambes, le scrotum ne tombent pas en gangrène.
Dans la lèpre, les phalanges tombent et aux pieds et aux mains. Dans l’éléphantiasis, ces parties restent saines.
Tandis que dans la lèpre, il y a des ulcérations indolentes, dans l’élépbantiasis rien de semblable. J’ai vu une fois seulement chez Uhomme de Damiette, employé chez le cadi, une ulcération placée à la partie inférieure de la tumeur, d’où s’écoulait la sérosité.
L’éléphantiasis ne paraît pas affecter les facultés intel lectuelles, ainsi que j’ai pu le voir chez les gens que j’ai étudiés. xVu contraire, les trois lépreux étudiés à Damiette, étaient incapables de donner un renseignement précis et de quelque valeur. Aucun n’a pu dire depuis quand il était malade comment il était devenu malade.
L’éléphantiasis amène dans une période d’acuité, un œdème aigu; la peau lisse, saine, est tendue, luisante, sans tubercules ; la sérosité qui distend les tissus souscutanés, chemine aisément entre les mailles du derme, quand on exerce la pression sur la i)cau ; plus tard.
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l’œdème devient dur. Eh bien, dans la lèpre il y a formation des luherciûes primitivement durs.
Les deux maladies offrent un point de ressemblance; rèloi«ncment des lieux où la maladie s’est produite, améliore l’état des malades; mais cela existe aussi pour les fièvres intermittentes, pour la syphilis, et on pourrait le dire, pour toutes les maladies.
Un fait curieux, c’est que l’éléphantiasis des jambes parait plus fréquent chez la femme que chez l’homme. D’autre part, chez la femme également, elle atteint de plus grandes proportions; ainsi, chez les femmes que j’ai vues, les jambes formaient une sorte de bourrelet sur les chevilles [pi. XV, fuj. \ à 3).
Cela peut tenir au tempérament plus lymphatique de la femme, à ce qu’elle se nourrit moins bien (|ue l’homme et qu’elle n’a j»as le droit de se saigner autant que lui; ainsi, vu son état d’infériorité, elle doit travailler aussitôt qu’elle va un peu mieux.
Quelques faits ])rincipaux pourront être indiqués. Ainsi la maladie ne survient jamais avant l’âge adulte. Pourquoi respecte-t-elle l’enfance? Je l’ignore.
Elle se présente certainement plus souvent aux jambes chez les femmes que chez les hommes. Quant au scrotum, elle s’y présente assez souvent; mais tout me ferait croire aussi qu’elle est plus fréquente aux grandes lèvres de la femme qu’au scrotum ; car le mari de la sage-femme, médecin en second de Damiette, m’a affirmé qu’un grand nombre de femmes avaient des grandes lèvres énormes. On m’a même dit que l’ensemble des organes génitaux extérieurs de beaucoup de femmes.
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ressemblait à une pastèque (|ue l’on aurait fendue par le milieu; or, dans ce cas, les deux grandes lèvres doivent avoir un volume supérieur à celui de la tête d’un homme. J’ai interrogé plusieurs hommes de Damiette à cet égard, mais ils m’ont dit qu’ils n’avaient rien observé de semblable : ils étaient intéressés à nier la vérité, On m’a assuré encore (jiie l’œdème dur des grandes lèvres, leur arrive comme l’éléphantiasis avec des accidents généraux.
Pour la production de l’éléphantiasis de la vulve, on ne peut faire intervenir les opérations, mais la structure de l’organe, car les grandes lèvres contiennent beaucoiqj de tissu cellulaire.
Je n’ai observé qu’un cas d’éléphantiasis aigu, ainsi le fils d’un marchand de Damiette, m’en a montré un cas sur son père.
Quelle est la nature intime de la maladie? Est-ce une phlébite? Est-ce une lymphangite? Pour élucider la question il faudrait avoir pu examiner à loisir et aussi complètement que possible la tante de René.
Dans la lymphangite, si je puis bien me rappeler, il y a une ou plusieurs traînées rouges sur le trajet des vaisseaux lympathiques enflammés : les ganglions sont pris.
Dans la phlébite, il y a comme dans l’éléphantiasis aigu, lièvres intenses, frissons, phénomènes généranx intenses, la veine devient dure, douloureuse au toucher, œdème des parties, toute la veine ramène le sang, mais il n’v a pas de rougeur générale comme dans l’éléphantiasis.
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On peut dire, sans crainte de se tromper, qu’il est impossible de rattacher l’éléphantiasis exclusivement, soit à une phlébite, soit à l’angioleucite, soit à l’éry- Ihème, soit à l’érysipèle.
Dans l’élépbantiasis, il y a quelques pbénomènes de toutes ces affections, mais on ne peut pas dire que l’élépbantiasis soit un érytbème, un érysipèle, une phlébite, une lymphangite.
Ainsi les pbénomènes généraux sont ceux de l’érysipèle intense, mais plus fort encore, car les gens qui vont avoir un érysipèle, n’ont pas tout d’abord, et pendant plusieurs jours, des étourdissements, des maux de tète, des éblouissements.
Dans l’éléphantiasis, les pbénomènes fébriles sont des plus intenses, cela tient peut-être à l’étendue des parties affectées. Dans l’éléphantiasis, les douleurs de tète, les éblouissements précèdent l’arrivée de la fièvre, comme dans l’érysipèle, mais ces prodromes sont de plus longue durée.
Dans l’élépbantiasis, la rougeur n’occupe pas, tout d’abord, la totalité qu’elle occupera, c’est vrai ; mais cette rougeur est localisée dans un membre, elle n’esi pas migratoire comme l’érysipèle ; et quand elle a occupé toutes les parties du membre qu’elle doit atteindre, elle ne continue pas à marcher, ellyï s’épuise sur place, pour ainsi dire. Dans l’érysipèle, d’une manière générale, on a noté la tuméfaction douloureuse des ganglions coi’respondant à la partie malade ; c’est la même chose; pour l’élépliantiasis. Toutefois l’aine parait être d’abord douloureuse avant la tuméfaction des ganglions. Ainsi
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l’éléphanliasis ii’esL pas une maladie migratoire; sans doute, d’eml)lée elle n’occupe pas nn membre, mais cependant elle l’occupe presque d’emblée; le plus souvent, elle est fixée à la jambe. Elle ne passe pas d’une jambe à l’autre; bien plus, de la jambe elle ne remonte pas à la cuisse.
Dans l’éléphantiasis, la rougeur a différentes teintes, suivant les périodes de la maladie,* comme j’ai pu le bien voir chez la tante de René.
Les parties affectées sont dures, saillantes, tendues, tandis que les parties saines à côté sont souples et la peau a une couleur ordinaire.
Dans l’élépliantiasis, la partie affectée est légèrement saillante au début. Plus tard, quand les phénomènes généraux auront cessé, la coloration rougeâtre se modifiera, sans doute, mais la tuméfaction aura lieu et le membre augmentera de volume, d’autant plus, que le malade prendra moins de précautions. Ce fait est certain pour moi.
Dans l’éléphantiasis , il y a désquamations comme dans l’érysipèle; je l’ai constaté chez la tante de René; mais celle-ci ayant guéri, a présenté quelque chose de plus : il paraît, m’a-t-on dit, qu’elle a perdu même les ongles des orteils.
Je ne sais si on pourrait ranger l’éléphantiasis dans les affections érythémateuses, car dans l’éléphantiasis la rougeur est générale et non disposée par îlots. C’est du moins ce que dit X pour l’érythème.
Dans l’éléphantiasis comme dans la phlébite, il y a œdème des parties affectées; il y a un cordon dur sur le
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trajet de la veine du côté aflecté, mais c’est une périphlébite, car je n’ai pu sentir longtemps ce cordon à la face interne delà cuisse de la tante de René. — Chez elle, sur le trajet des vaisseaux lymphatiques principalement (saphène interne), je n’ai pu voir de la rougeur. La peau était absolument saine, elle était seulement quand douloureuse on pressait fortement et profondément.
Dans l’éléphantiasis, l’œdème arrive quand les phénomènes généraux cessent. Tout d’abord, la maladie survenant pour la première fois, cet œdème est mon, c’est-à-
dire qu’à la moindre pression, le doigt déprime aisément
la peau qui conserve l’impression du doigt et Tœdèine disparaît dans le point comprimé; mais à mesure que la maladie augmente, l’œdème devient dur, c’est-à-dire qu’il doit se faire un épanchement de lymphe plasti([uc sous la peau, et alors la sérosité épanchée ne peut plus circuler aussi aisément, d’antre part, par suite de la production nouvelle, la peau tuméliée parait dure.
Dans les parties saines, la i)cau est mobile, on peut la plisser; dans les parties frappées d’éléphantiasis, elle adhère profondément aux parties sous-jacentes et le membre paraît de bois.
La structure de la peau n’est pas d’abord modilîée; jdus tard seulement, dans les endroits sujets aux frottements et aux irritations locales Qontinues, elle forme comme je l’ai vu sur un homme à Damiette, un bourrelet dur comme du bois, l’épiderme se modilie et chez riiomme dont je parle, il offrait, dans certains endroits de véritables pointes; comme dans le dessin ci-joint (/,/. VI).
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Ces épines ressemblaient en j)etit à des pointes de hérisson. Dans d’autres endroits, l’épiderme formait de véritables écailles.
Je crois que la malpropreté joue un grand rôle dans la production de ces parties épidermiques, car je ne les ai observées que chez des gens fort sales. L’irritation locale peut aussi contribuer à leur production. Je ne les ai remarquées qu’aux pieds.
J’ai vu des plaques éléphantiasiques à la plante des pieds ; dans ce cas, il y a relèvement en haut des orteils - 'comme on le voit dans ce dessein que j’ai fait à Damiette.
Le malade, espèce de fou, assurait que le diable avait déterminé sa maladie.
Le développement de l’œdème partiel parait être un phénomène spécial à Damiette, car j’ai vu la belle-mère du consul de Perse à Damiette, qui avait le dos de la main énorme.
Je dois dire ici quelques mots sur la marche de la maladie. Cette marche est irrégulière et intermittente, mais non à des périodes fixes. Peut-être que si les malades s’étudiaient mieux, aurions-nous la clef des intermittences des accidents aigus. Mais malheureusement ce n’est pas le cas. Jamais aucun malade n’a pu me dire d’une manière précise à quels intervalles les accidents se présentaient.
Toutefois je crois avoir reconnu des variétés d’intermittence dans la période aiguë, dans la période chronique.
La tante de René me disait, ainsi que René, que tous les quatre ou cinq jours , elle avait de nouveau de la
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lièvre, de l’inappétence. Voilà rinlermitlence à la i)criode aiguë.
D’antre part, tons les malades dont la maladie devient chronique assurent que tous les quinze jours, tous les mois, tous les deux à trois mois, ils ont une nouvelle l)Oussée inflammatoire. Voilà pour l’intermittence de la période chronique.
Peut-être pour cette intermittence de la période chronique n’y a-t-il pas de règles, et cela dépend-il des excès des malades, de leur nourriture, etc., etc.
Le fait dominant, c’est qu’un individu que l’on voil affecté d’éléphantiasis chronique n’est pas arrivé d’enihléeà cet état; il a eu d’abord la maladie à l’état aigu, il a eu des intermittences d’accidents à la période aiguë; puis la maladie devenue chronique, il a eu des intermittences d’accidents subaigus et peut-être aigus de la pél'iode chronique.
Ce fait domine tous les autres, il est réel et constant.
Dans l’éléphantiasis des jambes, le mal }>arait progresser, mais il paraîtrait qu’il y a des périodes après lesquelles le mal n’augmente plus. Je dis il paraîtrait. Duant au scrotum, il peut acquérir un développement elfrayant, et la tumeur scrotale atteindre le sol. Il faut dire que la déclivité des parties aide à la production de la tumeur. Dans l’Éléphantiasis du scrotum, la peau s’étire , et l’on voit les oriüces des poils s’écarter énormément. C’est ce que j’ai bien fait voir sur l’homme attaché au cadi de Damiette {pl. V).
D’une manière générale, ce sont les parties déclives
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des jaml)cs et du scrotum qui sont les plus dures (p/. XI et XII).
La maladie ne peut se présenter que là où il y a sous la peau un tissu cellulaire dont les mailles peuvent facilement se laisser distendre par la sérosité. Ainsi je n’ai pas vu d’éléphantiasis des orteils, des doigts de la main, de la paume de la main. Exceptionnellement, je l’ai vu à la plante du pied.
L’éléphantiasis amène une déformation des parties affectées et des organes voisins : ainsi pour la verge qui disparaît; ainsi pour les orteils dans le cas de plaques élépliantiasiques à la plante du pied.
J’ai vu, une seule fois, un ulcère à la partie inférieure du scrotum affecté d’éléphantiasis, il sortait de cette ulcération des gouttelettes de sérosité. Or, je crois que c’est une chose heureuse. C’est très-certainement un phénomène que l’on devrait essayer de produire. C’est ce que l’on fait un peu avec les hommous. Bien cependant que riiommous paraisse agir plutôt par l’irritation locale, puisque, le plus souvent, on le place à la partie supérieure du membre affecté.
La maladie se produit là où la peau se laisse aisément distendre par la sérosité ; c’est ainsi pour les doigts de la main , du pied.
J’ai vu exceptionnellement une plaque éléphantiasique à la lace interne et supérieure de la cuisse gauche.
On m’a parlé d’une femme qui avait les seins énormes. Était-ce de l’éléphantiasis? Je l’ignore; car si je l’ai vue, je n’ai pu examiner ses seins et encore moins l’interroger.
On m’a parlé de femmes qui avaient de l’éléphautiasis
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
à l’abdomen, au niveau de l’ombilic, mais c’est, je crois, des hernies ombilicales d’après ce que l’on m’a expliqué ensuite, à moins cependant qu’il ne se forme une plaque éléphantiasique au-dessus d’uue hernie, ce qui est encore possible. On voit qu’il y a encore bien des choses à apprendre sur cette maladie.
Tour mon compte, j’ai appris tout ce que j’ai pu apprendre.
Pour moi, la maladie n’est constituée que par de la sérosité emprisonnée dans des mailles de tissu cellulaire sous-cutané, avec production de tissu nouveau (fibroplastique).
Au début, la sérosité chemine aisément dans les mailles sous-cutanées; quand la maladie est ancienne, la peau paraît épaissie, elle ne présente plus ses plis ordinaires, ses sillons sont effacés par la distension qu’elle a subie. Quand l’affection est ancienne, sa coloration est redevenue normale, mais sa tension aux jambes surtout lui doniie l’asi)ect du bois.
Au début, de même que dans tous les œdèmes, le malade éjirouve de grandes j)esanteurs ; quand il veut se tenir debout ou marcher il souffre, la peau de la jainhe affectée parait se distendre , elle se distend sans doute. — C’est-à-dire que la sérosité s’accumule de nouveau dans les parties déclives.
Même chose pour le scrotum.
ha tuméfaction des membres est réellement produite par de la sérosité, car si on pique le membre affecté , la sérosité s’écoule par les piqûres faites avec une épingle. En même temps que de la sérosité, il coule du sang qui
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provient de la piqûre de la peau. Mais parfois on a la sé^ rosité parfaitement pure. Or si on presse l’organe engorgé, la sérosilé s’écoule facilement au dehors, et en partie du moins, la tumeur disparait, .le ne crois pas qu’il se dépose de la graisse dans les parties malades.
J’ai demandé si on observait pareille maladie chez les animaux, on m’a dit que non; ce serait curieux à étudier. Du reste, on pourrait expérimenter en les nourrissant exclusivement de poisson salé.
J’ai regretté de n’étre pas resté assez de temps pour faire de pareilles expériences.
La maladie paraît diminuer ou rester stationnaire quand on quitte Damiette. Toutefois Souria, de Damiette, a été frappé d’éléphantiasis du scrotum pendant son séjour à Alexandrie.
L’éléphantiasis peut guérir complètement. Témoin la belle-mère de René, que je n’aurais pas crue, si elle ne m’avait montré la trace des hommous. Témoin la tante de René, qui s’est guéri la jambe gauche, et qui depuis s’est guéri la jambe droite. La belle-mère de René s’est guérie absolument ; la tante de René s’est guéri la jambe gauche, mais il lui reste une plaque assez marquée sur le dos du pied gauche.
L’éléphantiasis pourrait être prévenu en modifiant la manière de vivre des gens de Damiette. 11 y aurait à voir si l’eau saumâtre qu’ils boivent pendant quelques mois de l’année n’a pas d’inlluence sur la production de la maladie. Toutefois c’est peu probable, puisque les autri's villages boivent cette eau saumâtre et n’ont pas cette maladie.
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11 faudrait élargir les rues, recommander aux gens d’éviter de coucher à terre. Peut-être même si les femmes sont plus malades, cela tient-il à ce que le plus souvent elles vivent renfermées chez elles, car à Damiette il n’y a absolument que les femmes de la basse classe qui sortent.
On devrait défendre la vente des fruits verts et pourris. Je dois ajouter que les gens de Damiette paraissent avoir le goût perverti ; il parait qu’ils mangent même les viandes gâtées ; ils ont un poulet frais, ils attendent qu’il soit avancé pour le manger.
Le nettoyage des rues, l’écoulement facile des eaux serait chose heureuse. On a dit que l’impression du vent du nord favorise le développement de la maladie; à cela je répondrai que dans toute l’Égypte le vent du nord souffle et de plus, que dans tous les villages autour de Damiette, le vent du nord souflle et qu’il n’y a pas de maladie. On me dit que le vent du nord soufflant sur les parties du corps découvertes amène la maladie : à cela je répondrai (juc les femmes ont de grands pantalons qui s’attachent au-dessus de la cheville, et que certainement leur costume est plus hygiénique que celui des dames, qui sont nues sous leurs jupons; enfin les gens de Damiette sont habillés comme les gens des villages voisins. A Damiette, on se nourrit exclusivement de poisson salé à demi gâté et parfois gâté ; c’est la nourriture exclusive des gens de la ville, nourriture peu coûteuse.
11 paraîtrait que cette nourriture est spéciale à Damiette ; les gens de Mattanieh mangent du poisson frais ainsi que les gens de Lcsleh.
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A Damiellc, l’iiivcr également, on mange des poules d’eau, qui inléclent le poisson dont elles se nourrissent, et même avec la graisse des poules d’eau , on fait une sorte de beurre pour préparer- la cuisine ; ces poules d’eau coûtent également fort peu.
On ne peut dire que le riz amène la maladie, mais peut-être les rizières qui entourent Damiette sont pour quelque chose dans la production de la maladie.
On pourrait faire des recherches dans le Piémont et dans les départements de la France où nous avons des rizières. Les gens du pays mangent également du marsouin, que l’on accuse de donner la maladie.
Ils mangent des grains germés, et j’ai vu vendre aux fêtes du Barane des petits pots de grains germés que l’on mangeait avec la petite plante.
Ils mangent également des pois germés ; cela doit être fort malsain. A Damiette, cette habitude est générale.
Il y en a beaucoup que j’ai vus manger des quantités de petites graines germées qui n’ont pas mauvais goût, loin de là.
Les gens de Damiette mangent fort peu de viande, et ici j’ai pu savoir le nombre d’animaux que l’on tuait chaque jour. Si l’on tient compte du nombre des Européens et des Français qui y habitent, il ne reste plus de viande pour les habitants.
Les gens de Damiette se nourrissent d’autant plus mal qu’ils sont plus avares, et même les gens riches sont d’une avarice sordide, ils sont sales, mal vêtus, et se nourrissent de choses que pajdout ailleurs on rejetterait.
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Peut-être leur avarice vieut-elle des exactions qu’oii leur a liait subir, c’est probable ; ils craignent de paraître riches.
Compris entre le Nil, la mer et le lac, le pays est fort humide, car ce lac est au niveau de la campagne, et parfois le Nil est plus élevé rpie la campagne, garantie seulement j)ar les digues.
Rosette, parait-il, est dans le même cas. Alexandrie n’est guère mieux favorisée.
Les gens pauvres paraissent plus exposés que les autres; cela doit tenir à ce qu’ils ol)servent moins les règles hygiéniques.
Jamais la maladie n’arrive avant Page adulte. Rarement elle affecte pour la première fois l’homme âgé.
La mauvaise alimentation des gens de Damiette leur occasionne également une affection curieuse des gencives, (pii sontjiàles, décolorées, ulcérées, saignantes; elles suppurent, et les dents tombent aisément sans être cariées.
Cette sup|)uration de la muqueuse alvéolaire leur donne une haleine repoussante, et ils ont tous leurs dents déchaussées, et parfois ne tenant plus que par la pointe de ieurs racines. Ouehpies-uns ont également la muqueuse buccale eidlammée, et leurs grosses lèvres saillantes, retournées en. dcimrs, sont fort laides avoir. Les lenimes mêmes ont cette maladie, et j’ai pu la constater, mais moins forte que je ne l’ai vue chez la jolie femme du couvent des villes hanséatiques.
Ainsi donc, il doit y avoir un traitement préventif alin d’empêcher la maladie de survenir. Comme la maladie
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présente toujours, au début, les mêmes symptômes de maux de tête, des étourdissements, peut-être à cette période, y aurait-il avantage à faire prendre un purgatif; ce traitement amènerait peut-être une perturbation qui empêcherait l’arrivée de la maladie.
La maladie étant déclarée, les maux de tête et la fièvre existant, je conseillerais toujours un purgatif. Du reste, on devra consulter avec soin le malade afin de savoir de quelle manière se font les selles.
La maladie étant confirmée, les étourdissements avant eu lieu ainsi que la fièvre ; s’il y a de la douleur à l’aine, si la peau devient rouge au niveau de la jambe qui sera malade, à ce moment, je conseillerais des boissons émollientes, un purgatif; des sangsues au niveau de l’aine affectée, des sangsues également avec des ventouses sur le trajet de la veine saphène interne. En agissant ainsi, très-certainement on préviendra l’acuité de la maladie.
Quand la rougeur de la peau arrivera, on obtiendra de bons résultats en faisant des frictions avec de l’huile laudanisée; cela facilitera la tension de la peau et calmera la cuisson que le malade éprouve. La tante de Ilené me dit s’en être trouvée fort bien.
Ces onctions huileuses pourront être continuées tout le temps que la maladie sera à la période aiguë.
Une chose sur laquelle on devra insister, c’est sur la position à donner au membre malade, qui devra être tenu dans l’immobilité, et aussi élevé que possible. L’œdème qui caractérise l’éléphantiasis, n’a lieu que quand la rougeur de la peau diminue ; or, la tante de
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René, sa mère, m’ont assuré que cet œdème était d’autant moindre, que la malade évitait de faire des mouvements de marche et qu’elle évitait de se tenir debout. Se tenir debout, facilite l’engorgement des parties. J’ai pu voir que cette observation était pleine de sens. 11 y aurait également à voir, si l’application d’un ou de plusieurs vésicatoires n’auraient pas une influence heureuse pour prévenir la formation de l’œdème .
Après que l’état aigu a cessé, j’ai vu la tante de René mettre un hommous. Je crois qu’il y aurait avantagea en mettre plusieurs, mais à les placer à la partie inférieure du membre.
La tante de René s’est fait faire des mouchetures avec un rasoir; cela paraît bon, il s’écoule de la sérosité et du sang.
Au moment où la période aiguë cesse, il faudrait également essayer la compression du membre. La mère et la tante de René m’ont assuré que dans le })remier accès, l’éléphantiasis pouvait être guéri. Si la maladie est ancienne, non.
Quand le mal est déjà à un deuxième, à un troisième accès ; s’il est passé à l’état chronique, les grands vésicatoires sur l’organe malade devront bien faire; des mouchetures, la compression, pourront encore être prescrites.
Si la maladie est ancienne, un traitement hygiénique sera avantageux. Proscrire le poisson salé, ordonner l’usage de la viande.
Prescrire des frictions iodufées sur l’aine, du côté affecté, afin de diminuer l’empâtement ganglionnaire, chose ordinaire.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
Tous les toniques pourront être recommandés. S’il était prouvé que la maladie revient à des époques déterminées, on pourrait conseiller le sull’ate de quinine, l’antipériodique par excellence. Toutefois il faudrait s’assurer du retoup de l’accès.
Un fait curieux, c’est que les accidents viennent chaque fois que le malade a une contrariété. Si ce fait ne m’avait pas été affirmé par plmieurs, je le nierais.
Un autre fait intéressant, c’est que jamais les jambes ne sont prises ensemble. La maladie attaque une jambe, les accidents s’y produisent souvent, puis la maladie gagne l’autre jambe.
Un coté guéri peut rester guéri et la maladie arrivant de nouveau, frapper de l’autre côté. Témoin la tante de René: celle-ci avait conservé un peu d’empâtement au dos du pied gauche.
Chez tous ou presque tous les malades, j’ai noté l’engorgement des ganglions de l’aine. Peut-être si on le faisait cesser, amènerait-il la guérison ; dans les cas chroniques, cela devrait être essayé.
Un individu ayant été malade et ayant une jambe grosse, devrait changer de régime, ne plus manger de poisson salé, s’abstenir de mets crus et pourris. On devrait également essayer les bas lacés ; enlin il y a toute une thérapeutique à créer pour cette maladie.
11 faudrait améliorer Damiette et Rosette. Comme je l’ai dit, à Damiette le vingtième de la population est affecté d’éléphantiasis; jTfîut-ôtre le gouvernement devrait-il faire une statistique et prendre des mesures sé-
rieuses.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
On m’a dit que l’éléphantiasis des bourses était coustamiueut ou presque constamment précédé de l’hydrocèle et de l’hydrocèle ayant été opéré et mal opéré. Cela n’a pas autant d’importance qu’on le croit ; car, à Damiette, sauf un on deux individus peut-être, mais pas davantage, les gens que j’ai vus avaient tous des hydrocèles ou les testicules très-malades.
Chez la j)lupart, l’hydrocèle a une enveloppe fibreuse comme une coque dure que le trocart ne peut pénétrer. Ils doivent avoir fréquemment des hématocèles ; mais, chez eux, l’hématocèle est peu douloureuse. Certainement, ils sont peu sensibles, j’en ai vu qui pressaient leur testicule jusqu’à le faire éclater, cela ne leur faisait pas le moindre mal. Il faut l’avoir vu pour le croire.
Dieu n’est plus rare à Damiette, que de voir une hydrocèle avec une tunique vaginale mince.
Je condamne l’amputation du membre dans le cas d’éléphantiasis de la jambe.
Ici, un mot de l’éléphantiasis du scrotum.
Presque constamment il est précédé de phénomènes généraux. 11 y a d’abord douleur au pubis, de même que dans l’éléphantiasis de la jambe il y a douleur à l’aine.
Le mal vient par accès; la tumeur est bien formée par de l’eau, car on peut la faire diminuer par la compression. Si on pique le scrotum, il en sort de la sérosité qui coule goutte à goutte; c’est une sérosité limpide.
On devra le traiter comme l’éléphantiasis des jambes, et peut-être plus vigoureusement encore. Sangsues au pubis, aux aines ; scarifications puis hommous s’il y avait
DE L’ÉLÉPHANTIASIS
lieu ; écarter les causes de la maladie ; faire changer de pays les gens riches.
Je mettrais l’hommous à la partie inférieure du scrotum; la sérosité s’en irait par là.
Même chose pour l’éléphantiasis de la vulve, des mains, et l’éléphantiasis partiel, celui delà main et du bras, par exemple.
J’essayerais, surtout dans les cas chroniques les larges vésicatoires et le traitement interne tonique.
J’ai vu un cas de guérison presque complète d’éléphantiasis du scrotum chez Sauria ; la sérosité était contenue dans des cavités uniformes sous l’épiderme.
Il me reste à traiter de l’opération de l’éléphantiasis du scrotum. Il faut dire que cette opération ne guérit pas à tout jamais ; la maladie peut récidiver. Témoin le fait de l’employé du cadi, celui de M. Massia.
Mais avant d’exposer les procédés employés, je vais résumer ce que j’ai pu dire de l’éléphantiasis.