NÉ A DAMIETTE. — CINQOANTE ANS
1 2 juin 18G2.
Col homme a une barbe grisonnante ; il ignore son âge ; cinquante ans? Il est né à Damiette.
11 affirme que ni son grand père, ni sa grand’mère, ni son père, ni sa mère n’ont eu la maladie.
11 habite actuellement à Souk-el-Amis (Bazar du jeudi). Employé chez le cadi. Intelligent.
Il parait qu’il y a quatorze ans, ayant fait une grande course à pied, il est arrivé à Damiette avec les parties enllées. 11 a été trouver un barbier qui lui a dit qu’il avait de l’eau dans les bourses et lui a donné un coup de lancette; au lieu d’eau, il est sorti du sang. Plus tard les parties ont encore enllé. Enfin le pacha qui commandait à Damiette lui a permis d’aller au Caire pour se faire opérer.
11 a été opéré par Mehemet-Ali-Bey.
11 parait qu’on l’a endormi, il ne sait pas bien ce
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
qu’on lui a lait; la tumeur était, assure-t-il, des deux tiers plus petite que maintenant. Il ignore le poids des parties enlevées ; il avait conservé les testicules et la verge, aussi après l’opération pouvait-il coucher avec sa femme.
Après l’opération qui a été faite il y a six ans, il a eu pendant trois ans les parties en parfait état ; il avait sa verge et ses deux testicules, mais on lui avait enlevé tout le reste.
Il affirme, et cela me paraît bien douteux, qu’au début de la maladie, il n’a pas eu d’accès de fièvre.
Trois ans après l’opération, il a été pris d’un accès de fièvre qui a duré trois jours : il a d’abord eu un peu froid, puis de grandes chaleurs, puis le scrotum est devenu rouge et les bourses ont grossi. Plus tard, tantôt une fois, tantôt deux fois par mois, il avait de nouveaux accès de fièvre et le scrotum grossissait toujours.
Il a eu son dernier accès il y a quinze jours ; voici comment il le décrit :
Il a eu d’abord un peu froid, puis la chaleur est arrivée, elle a duré trois jours; à ce moment il ne pouvait ni boire, ni manger. Il avait horriblement mal à la tète ; il paraît que la stade de froid a duré une demiheure et les chaleurs trois jours. Le scrotum était devenu rouge, mais cette rougeur a disparu quand il a été guéri.
11 éprouvait des démangeaisons à la partie supérieure de la tumeur ; il paraît que l’épiderme pouvait se détacher.
Cet homme n’a janiDis mis d’hommous sur sa tumeur;
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
il n’a rien aux jambes ni aux mains ; mais le dos du pied droit est un peu œdématié.
A la partie inférieure de la tumeur, il y a une sorte d’ulcération par laquelle il s’échappe du scrotum de l’eau blanche (environ un petit verre).
Parfois aussi, il sort un peu de matière.
11 urine facilement, il dit que quand il pisse, il sort de la tumeur un petit bout de verge long d’un pouce et demi.
Dans l’intervalle des accès, il se porte parfaitement.
11 a deux enfants : une lîlle et un garçon venu avec lui ; il prétend que son fds se porte bien (mais je m’aperçois plus tard qu’il est malade des testicules).
De sa première femme, il a eu un garçon et deux filles qui n’ont pas été atteints.
Je lui demande pourquoi il ne se soigne pas :
« Mais comment veux-tu que je me soigne, me dit-il ; y a-t-il des médecins ? »
Cet homme ne marche qu’à grand’peine, il se renverse en arrière et soutient sa tumeur sur le devant des jambes.
Pour avoir plus de force, dit-il, il porte une grosse ceinture autour du corps.
Cet homme habite un })remier étage; sa maison n’est pas humide.
11 mange de la viande et du riz ; il consomme aussi beaucoup de poisson et de poule d’eau (Agagus).
Il me dit que l’éléphantiasis diminue un peu quand on va habiter une ville autre que Damiette; mais la maladie ne guérit pas.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
Il dit souffrir davantage l’été que l’hiver; il a plus souvent des accès en été qu’en hiver.
S’il mange beaucoup de poisson, son ulcère du scrotum fournit plus d’eau et de matière que d’ordinaire.
Il y a un précepte de Mahomet qui ordonne de ne pas boire du lait après avoir mangé du poisson ; ceux qui violent cette loi deviennent fous, assure-t-on ; il paraît du reste qud c’est un précepte du Coran.
Chose curieuse à noter, cet homme sent les piqûres d’épingle sur le corps, à la partie antérieure du pédicule de la tumeur, et dans l’espace compris entre les deux lignes V, S {pl. VI, fig. 2) ; mais plus bas, jele pique fortement sans qu’il accuse la moindre douleur. Il sort des piqûres que je fais, des gouttelettes abondantes de sérosité et un peu de sang. C’est en vain que j’essaye de sentir les testicules; impossible de les trouver par le palper au niveau du pédicule de la tumeur ; même chose pour je cordon.
Pour le cordon , il y a une autre difficulté dans le grand volume du pédicule et surtout dans sa tension.
Il m’a été impossible de mesurer le diamètre antéropostérieur de la tumeur. Son plan antérieur est convexe, en avant et en arrière.
Son plan postérieur est convexe, mais se divise en deux parties ; la partie moyenne fait saillie entre les cuisses; les parties latérales sont dirigées d’arrière en avant et sont appliquées sur la partie antérieure et interne des cuisses.
Ce plan postérieur est lisse; la peau est luisante, appliquée à la partie antérieure des cuisses, elle rcs-
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
semble à la peau qui se trouve dans l’intervalle des fesses chez les personnes grasses.
La peau de la partie antérieure et interne des cuisses offre la môme disposition.
Dans son ensemble, la tumeur, si l’on fait abstraction du pédicule, a la forme d’un cœur.
Le pédicule est très -épais sur la ligne moyenne; il s’amincit sur les parties latérales.
Quand il est debout et que la tumeur pend, on aperçoit de chaque coté du pédicule, deux parties tendues faisant corde; c’est ce qui correspond aux deux cordons.
La partie antérieure de la tumeur présente deux sillons principaux qui s’étendent sur la presque totalité de cette partie antérieure.
Le sillon droit est un re)di inutile de la peau du scrotum.
Le sillon de gauche est jdus important; à sa j)artic supérieure se trouve l’orifice, non }>as de l’iirètlire, mais d’une sorte de conduit formé j)ar le fourreau replié en dedans. Ce conduit vient de l’urètbrc, je n’ai pu voir comment, mais on jieut le deviner. Le sillon gauche est, dit le malade, l’endroit où primitivement on a fait l’incision pour diviser le scrotum eu deux parties. Ce sillon mène en bas à des sillons secondaires (jui séparent deux grosses masses dures, inégales.
Le plus souvent, rien n’indique que la partie supérieure du sillon gauche mène à l’iirètlire.
Ce sillon gauche se divise eu haut en deux parties et entre les deux sillons, on voit nue petite languette faisant saillie; mais cela ne se voit pas toujours. Si on
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
écarle les parties B, C, on aperçoit une bride transversale, une sorte de pont. •
b’nrine s’écoule par le canal que j’ai signalé à la partie supérieure du sillon gauche.
La partie la plus supérieure au-dessus de l’iirètlire est saine.
Nulle part, je ne puis toucher les testicules.
A la partie inlerieure, la tumeur forme comme une série de nodosités volumineuses, dures comme du bois. A la partie supérieure c’est une sorte d’œdème mou; car si je prends une portion de la tumeur et que je la presse, je fais filer la sérosité. La peau est énormément hypertrophiée, les papilles sont distantes d’environ 1 centimètre ; celle de la partie postérieure de la tumeur est plus souple qu’à la partie antérieure.
Cet homme dort sur le côté.
11 marche avec une grande difficulté ; il marche le haut du corps porté en arrière. Comme je l’ai déjà dit, il a une grosse ceinture qui entoure la taille, il prétend que cela le soutient dans la marche.
11 assure pouvoir de temj)S en temps encore exercer le coït ; ce fait serait curieux s’il était vrai, il prouverait que la maladie ne détermine })as l’impuissance.
Cet homme assure qu’à Damiette, il est celui qui a l’éléphantiasis du scrotum le i)lus gros. 11 me parle d’un certain Mohamed (pii a aussi un éléiihantiasis du scrotum.
lit L'ÉLÉl’llAiMlASlS.
»>IUI-ACHi11ED-nADEn, FU, S »F UACi-Al'IlMED-IIAUCn
15 juin 18ü2.
Vingt-cinq ans; cordonnier.
Son père a un élépliantiasis du scrotum que j’ai décrit et dessiné.
Malade depuis cinq ans, il avait porté un objet lourd ; au bout d’un mois, la tumeur avait atteint son maximum de volume. C’est le testicule droit qui a été le {)lns gros, le testicule gauche a été malade aussi, mais après le testicule droit.
Depuis cinq ans la tumeur n’a pas grossi.
11 voit sa femme, il ne souffre pas; cependant le testicule droit lui fait mal ; c’est le poids qui le tire.
Scrotum sain ; on lui a dit qu’il avait de l’eau, il a peur d’ètre piqué avec le trocaid.
Tumeur uniforme, non bosselée, non transparente, dure au toucher, très-lourde à soulever. J’ignore sa nature, elle paraît solide, peut-être est-ce de la syphilis !
On a une fausse sensation de premoii facile, mais c’est très-lourd, ce doit être solide. Le poids est trop considérable pour que ce })uisse être liquide. On n’observe la transparence d’aucun côté, il dit pouvoir voir des femmes, peut-être est-ce un hydrocèle avec éj)aississemcnt considérable, ce que le poids semble exclure. Le pédicule de la tumeur est dur, tendu, a})lati d’avant en arrière et tendu comme une corde.
Ganglions indurés aux deux aines.
Testicule droit gros comme la tète d’un enfant, dur,
Dli L’ÉLÉPIIANTIASIS.
lourd ; parois de la tuni(|uc vaginale épaissies, dures.
Verge tendue sur le haut du scrotum, elle fait partie de la moitié droite du pédicule de la tumeur.
Pas de transparence des deu.\ côtés.
Les bourses sont très-lourdes.
Le testicule droit parait être en bas, le malade dit qu’il souffre peu à cet endroit.
Hauteur du testicule droit, 16 centimètres.
Diamètre transversal, 10 centimètres {pi. VI, fuj. '2).
On sent que l’enveloppe de la tumeur est tendue.
Rien à l’iris; je remarque cependant que celui du côté droit n’est jias parfaitement rond ; l’œil droit a été autrefois malade.
Pas de ganglions cervicaux.
11 a eu deux femmes et jamais d’enfants.
.\IIUERAH1AIV-»ERWICM
Trente-deux ans; intelligent.
Né à Damiette, il habite dans le quartier de Mentcbille
à côté de la boueberie.
Ni son père, ni sa mère n’ont eu la maladie.
*11 a une femme qu’il a répudiée il y a trois ans, un
enfant de quatorze ans qui n’a pas la maladie.
Malade depuis douze ans.
Jéendroit où il demeure n’est pas bumide, il mange beaucoup de poisson et beaucoup d’agagus. Il parait que les Arabes mangent du marsouin qu’ils appellent dur-/?/.
DE L’ÉLÉPIIANTIASIS.
Avec la graisse du dar-fil on fabrique de la pommade pour traiter l’élépliantiasis. . ,
Il y a douze ans, au début, figure énorme, fièvre, figure rouge; il avait mal à la tète, il ne. ]iouvait bouger, il avait mal à la bouche, il a perdu quatre molaires, deux d’en haut, deux d’en bas. Il a eu, à plusieurs reprises, la lièvre, et la tête tuméfiée. Chaque fois qu’il avait mal à la télé, elle grossissait et il avait de la fièvre. 11 dit que les accidenls qui lui revenaient tous les quatre à cinq jours à la tète, ressemblaient à ceux de la jambe.
Il y a huit ans, il a eu de la fièvre avec celte série d’accidents que nous avons notée chez les autres.
11 est resté chez lui ciiuj à six jours.
Dans la soirée du llamadan, sa jambe gauche est devenue malade; la jambe droite n’a jamais été malade.
Il n’a jamais mis d’hommous, il prétend que beaucoup de gens eu mcltenl et ne guérissent pas.
Les enfants n’ont jamais celle maladie; il croit qu’il y a plus d’hommes malades (iiie de femmes.
Il a quel [Lielois des accidents deux fois par mois, d’autres fois il se passe six mois sans qu’il éprouve rien. Chaque fois que le mal arrive, il éprouve la même chose. Uuand il a de la fièvre, la jambe devient plus grosse ([u’elle ne l’est à ce moment; elle imigit.
Le jour où la jambe gauche est devenue malade, il a eu le testicule droit j)ris. La jaml)e droite est saine, ainsi que la cuisse du même coté {pi. XI, ftrj. 4),
La partie inférieure de la cuisse gauche est un peu plus grosse que la partie inférieure de la cuisse droite. La jambe gauche est inégale, infoiane, grosse, comme
Dli L’ÉLÉPIIANTIASIS.
on le voit dans le dessin on la jambe est de profil {pl. XI, fiïj. r>). Le dos du pied gauche très-saillant, arrondi, un gros sillon entre la jambe et le dos du pied; deux à trois autres sillons secondaires; le bas de la jambe retombe sur le talon. Vue do profil, la partie antérieure de la jambe est elle-même inégale. Ganglions assez gros à l’aine gauche. Jambe plus grosse en bas qn’en haut. Peau tendue, dure, dos du pied gros. Orteils sains.
Il ne sent pas la piqûre de l’épingle sur le coté externe de la jambe, mais il la sent en dedans de la jambe et sur le dos du pied.
11 parait que quand il fatigue, sa jambe devient grosse; il en est de même s'il mange du poisson quatre à cinq jours de suite; ses jambes awjmentent alors de volame et il a les accidents ordinaires. C’est pour cela qu’il mange maintenant peu de poisson.
Il gagne par jour, en moyenne, trois piastres.
Ln poisson salé coûte deux paras.
Avec un poisson de vingt paras il y a à manger pour quatre personnes.
L’agagus coûte deux piastres, s’il est gros comme un poulet; on le fait cuire avec du riz. 11 est bon, mais il sent le poisson. Le marsouin coûte trente paras le kilo et demi; cet homme me dit qu’il n’a pas mangé de marsouin.
11 prétend que le poisson ne fait pas mal aux dents, mais il a les gencives dans un état déplorable, d’un rouge mal. Suppuration de la muqueuse alvéolo-denlairc, dents déchaussées; il attribue cela aux crudités, aux oranges et aux dattes.
DE L’ÉLÉIMIANTIASIS.
Hydrocèle légère à gauche. On sent le liquide contenu dans une tunique vaginale mince.
Des deux côtés, cordons sains.
Scrotum sain.
11 son (fre davantage Tété que l’hiver; il mange moins de poisson l’été que l’hiver.
Rien aux bras.
mi:STAPHA-Gi:Eil’E.U , porteur.
15 juin 1802.
11 ignore son âge, il parait avoir vingt-deux ans.
11 est né à Damiette, dans le quartier de Âl-Kantara, c’est-à-dire dans le quartier du Pont (à coté de la boucherie et du petit four à poulets).
Ni son j)ère, ni sa mère n’ont jamais eu les jambes .malades. 11 n’est pas marié.
Malade depuis quatre années.
11 mange, dit-11, beaucoup de poisson; autrefois il en mangeait même sans jiain. 11 dit qu’ici on ne mange jamais le poisson ern, on le mange toujours cuit et avec du riz. Il n’a jamais goûté le dar-fil (marsouin). — .le ne sais si ce n’est pas plutôt bahr-fti , c’est-à-dire éléphant de rivière, haJu\ lleuve, fil, éléphanl.
Au début de la maladie, la tète lui tournait; il a eu froid, de la lièvre.
Chose exlraordinaire : il a été malade ini an pour sa jambe droite. D’abord il a éprouvé de la douleur à l’aine droite, puis )a douleur est descendue le long de la
528 DE L'KEÉPIiAMlASlS.
jambe (iii même côté; peu à peu la jambe est devenue rouge.
Pendant une année, je le répète, il a été malade; il ne pouvait marcher alors qu’avec des béquilles.
Il assure que sa jambe n’a jamais été plus grosse que maintenant.
Il me raconte que, tous les quinze jours, tous les mois, — il ne peut préciser, — il est de nouveau malade.
Actuellement il souffre pour marcher. Jamais la jambe gauche n’a été atteinte, mais depuis son enfance il a le testicule gauche malade.
Jamais rien aux bras.
Personne de sa famille n’a eu d’élépbantiasis.
État actuel. — A gauche. Cet homme porte deux tumeurs énormes, que l’on aperçoit extérieurement, l’une à l’aine gauche, l’autre au-dessous de la première, au niveau de la partie supérieure et interne de la cuisse gauche. En cet endroit, la peau est très-épaissie, aussi les deux tumeurs font-elles une saillie considérable. Au-dessous de cette peau épaissie, on sent des ganglions indolents énormes. Là le malade ne souffre pas, même quand on comprime. Le membre inférieur gauche est sain.
Coté droit. 11 y a des ganglions douloureux à la pression à Paine droite; il existe encore des ganglions à la partie interne et supérieure de la cuisse. La cuisse et la jambe droite lui font un peu de mal. Je pique la cuisse et la jambe, et il éprouve de la douleur.
A Paine et à la partie supérieure de la cuisse, la peau est facile à plisser; plus bas, elle s’épaissit, et à la partie
iniiTieiire de la cuisse elle forme une grosse masse qu’on ne peut plus plisser.
La jambe est énorme et dure; elle présente d’énormes saillies et-des plis profonds; à la partie inférieure, ces saillies sont surtout considérables et elles présentent la dureté du bois.
Sur la jambe droite, on aperçoit des traces de mouchetures.
11 existe un pli caractéristique entre la jambe et le pied , il y a aussi un autre pli entre le pied et les orteils.
Le dos du pied droit est arrondi et dur comme du • bois, le pied est gros, les orteils sont sains.
La jambe droite forme une grosse masse dure, inégale, ayant la consistance du bois. Cet boinine a une véritable patte d’élépliant, ces bourrelets énormes de la jambe n’ont rien d’humain.
11 a deux hommous, l’un à la partie interne et supérieure, l’autre à la partie externe et supérieure de la jambe {pl. XI).
11 ne peut tenir la jambe étendue et droite; il paraît boiteux; il semble que la jambe droite soit plus longue que la jambe gauche, mais cela tient à l’épaississement du pied droit. Dans le dessin, la jambe droite est un peu ployée {pL W, fhj. \ el^).
(hrjanes génitaux. — Le scrotum est sain.
Le testicule droit est sain aussi.
Le cordon spermatique gauche est tendu à cause de la tumeur du testicule gauche.
A gauche, bydrocèle enkysté; au-dessous testicule
DE L’ÉLÉPHANTIASIS
dur, fibro-plaslique, et au-dessous du testicule deux kystes (;j/. XI, /?j/. 1).
A^'TOI.HE §IOUUA, clircHlen.
Né à Damiette. Son père est Syrien, sa mère est de Trablé, à côté de Bevrouth.
11 est intelligent; il parle assez le français pour se faire comprendre sans interprète.
Aucun de ses parents n’a eu cette maladie.
Il habite un premier étage.
Il se nourrit comme les Arabes, il mange du poisson une fois tous les huit jours environ.
11 y a deux ans, étant à Damiette, il a eu pour la première fois sa jambe droite malade. Il assure que d’abord il a souffert à l’aine droite ; trois heures avant l’arrivée de la fièvre, il sentait, dit-il, dans l’aine une tumeur grosse comme un petit citron. Je n’ai pu savoir s’il sentait réellement ou s’il croyait sentir, mais je crois bien qu’il veut dire qu’il sentait réellement. Il a souffert, dit-il, trois heures avant l’arrivée de la fièvre, puis la douleur est descendue à la jambe, qui est devenue rouge et douloureuse; il ne pouvait marcher. Quand la fièvre est arrivée, il avait froid. Il est resté quatre à cinq jours couché avec de la fièvre.
Je me résume :
Douleur à l’aine trois heures avant la fièvre; à ce moment grosse tumeur à l’aine droite, bientôt fièvre qui l’oblige à garder le lit quatre à cinq jours, puis la
DE L’ÉLÉl'IlAiNTIASlS.
douleur est descendue à la jambe, (iiii est devenue rouge et douloureuse.
Depuis ce temps, il était malade tous les quinze jours avec de nouveaux accidents inllammatoires. Cependant depuis quatre mois il va bien, il n’a plus d’accidents. 11 porte un hommous à la partie supérieure et externe de la jambe droite, il dit que ça lui fait grand bien.
11 y a cinq mois, étant à Alexandrie, il a eu mal aux j)arties génitales. 11 a eu de la fièvre, de la cbalcur, mal à la tète. Le scrotum est devenu gros et dur comme de la pierre; à ce moment il était rouge. La peau des bourses, que les Arabes appellent /«/s, était seule malade. Le scrotum était rouge, gros, tendu, douloureux. Le malade dit qu’il y avait une infiltration de sérosité dans le scrotum ; ou a fait de petites mouchetures qui l’ont beaucoup soulagé, et depuis il ii’a plus eu d’accidents de ce côté.
Au moment de l’accident, il n’avait pas d’écoulement blennorrhagique; le scrotum était gros comme la tète d’un enfiint; il a appliqué sur les bourses de l’acétate de plomb en .solution, cola lui a fait grand bien. Le scrotum a repris sou volume ordinaire, mais non pas son aspect ordinaire.
Etat actuel. — Côté droit. A l’aine droite je sens des ganglions gros, nombreux, indolores; ils sont placés au niveau de l’extrémité supérieure de la saplièno interne.
La peau de la cuisse est saine, ainsi que la peau du genou.
La jambe est grosse, dure, la peau est tendue. Les
552 DE I/ÉLÉIMIANTIASIS.
(leux malléoles, surtout l’exterue, sont très-saillanls. La jambe est rouge.
Ou voit deux plis à la partie antérieure du cou-depied; le supérieur ne s’étend pas de gauche à droite, sur toute la largeur de la jambe; l’inférieur est complel.
Le ])ied droit est très-gros, surtout au niveau du dos du pied.
En appliquant fortement le doigt sur la jambe droite, qui est tendue et dure, le doigt pénètre et son impression est conservée.
Souria dit souffrir de la jambe droite, mais je le vois marcher dans la journée. La jambe a été plus grosse que maintenant au moment des accidents.
Côté gauche. Parfaitement sain; pas de ganglions à l’aine; rien à la cuisse, ni à la jambe, ni aux pieds, ni aux orteils.
Il souffre également des deux jambes quand je le pique avec une épingle.
Il me dit qu’il a remarqué bien des fois que lorsqu’il portait des bottines à élastiques, son pied diminuait de volume.
Il me raconte qu’ayant été au Senil (?), immédiatement il avait éprouvé du soulagement; sa jambe avait diminué, mais elle était redevenue grosse en revenant à Damiette.
Dans ce que Souria m’a dit, on saisit une indication thérapeutique. Cha([ue fois qu’il a été au Seuil (?), la jambe a diminué de volume. Comme il ne mange pas beaucoup de poisson, je conclus que les malades devraient être envoyés dans un endroit sec au lie\i de
DE L’ÉLÉlMlAiNTIASlS.
rester dans iin lieu humide. Le Seuil est en plein désert deSuz; peut-être y a-t-il aussi pour -lui changement de nourriture.
Il dit aussi que ses jambes diminuent quand il met des bottines élasli(iues; cela montre encore les bons résultats que l’on retirerait de la compression, .le dois dire qu’avant d’avoir vu Souria, j’avais recommande cette pratique au passementier du bazar, et je lui avais appliqué des bandelettes; mais il laudrait de vrais bas lacés.
ürfjmm (jénitanx. — Souria a la verge bien conlbrméc. La moitié du scrotum est à l’état normal, mais au niveau de la moitié inférieure la peau se modifie dans sa structure. Elle semble renfermer dans sou épaisseur de petites tumeurs arrondies, transparentes, juxtaposées; aussi le scrotum a-t-il l’air d’une énorme mûre. Chacune de ces petites tumeurs arrondies ressemble à une vésicule pleine de sérosité; c’est le cas du reste. Ces vésicules, dont j’ai bien indiqué le volume dans un dessin, sont plus grosses, plus tendues, plus pleines à la j)artie inférieure du scrotum. Elles ont chacune un reflet brillant. Si on les presse, elles se rident, car on fait filer la sérosité qu’elles contiennent dans les cavités voisines, et ces cavités comprimées sont vides et llasipies. Les vésicules me paraissent disposées comme dans le dessin (|ui précède (p/. VI, fuj. 1). La sérosité est contenue dans les mailles du derme formant des cavités.
Sans ces vésicules, la couleui’ du scrotum ne serait pas changée.
DK K’ÉLKI'IIANTIASIS.
QiiaiKl je pique une de ces vésicules, elle se ride iiumédiateinent, la sérosité s’écoule, et d’autres vésicules se rident encore. 11 sort beaucoup de sérosité,
Quand je presse une ]>artie du scrotuin, la sérosité abandonne la partie pressée et le scrotum est tout aplati dans la portion comprimée.
Ceci doit être un mode de guérison de l’éléphanliasis du scrotum ; car Souria a eu' certainement un éléphantiasis aigu du scrotum, et il a été guéri.
Mode de guérison encore incomplet cependant.
Son ami le lampiste chrétien, que j’ai vu à Damiette, avait le scrotum dans le môme état, mais très-gros et déformé. Je ne l’ai vu qu’une fois, car il n’a plus voulu
être examiné ni dessiné.
Peut-être Souria est-il à une des premières périodes de l’élépliantiasis du scrotum; je ne puis l’affirmer cependant, n’ayant pas, étudié les diverses stades de cette maladie, mais je penche pour cette opinion.
Ce qui me fait penser ainsi, c’est que le lampiste présentait le même état, mais un peu plus avancé; c’est que des gens plus malades que j’ai vus offraient non plus des vésicules, mais des masses dures, inliltrées de sérosité. Je crois qu’il se fait, à mesure que la maladie
avance, un épanchement autour de ces vésicules, et, au
lieu de celles-ci, on a plus tard des masses dures, inégales, contenant plus profondément de la sérosité qui s’écoule difficilement quand ou pique. Mois, comme je l’ai déjà indiqué, au lieu de ces vésicules limitées jiar une peau amincie, on a de la sérosité contenue dans des cavités circonscrites par un tissu épais, inégal, et pre -
IIE L’ÉLEPIlArsTlASIS.
liant des Ibrmcs assez bizarres. A celte période, une compression méthodique du scrotum produirait un excellent ciïet. bes veines cutanées du scrotum, que j’ai senties dans la moitié gauche, indiquent une maladie spéciale des parties vasculaires {pl. VI, fnj. 1),