‹ Égypte et PalestineChapitre 66 sur 80 · MÉDECINE · texte numérisé non relu

MÉDECINE

CRANE DÉNÜDÉ.

Le 9 février 18G2, M. Méhéniet-Ali-lley me montre dan.s ses salles un homme qui vient d’arriver. Ce malheureux a toute la surface du crâne dénudée; les os .sont complètement à nu et d’une hlancheur éclatante; on dirait de l’ivoire. Les sutures sont aussi apparentes que sur un crâne préparé et sec. Du côté droit de la tète, la dénudation s’arrête au niveau de la partie supérieure de l’oreille droite, puis gagne le front, laissant l’œil droit parfaitement intact. En se dirigeant du côté gauche, la maladie baisse un peu, englohc l’œil gauche, qui est perdu, arrive jusqu’à l’arcade zygomatique, dont la

pari ie supérieure est â nu. L’oreille gauche est détruite,

puis la lésion se dirige vers la nuque, tout en remontant un peu pour gagner le côté droit, où les os du crâne sont moins dénudés. Dans toule la moitié gauche, comprise entre l’arcade zygomatiipie et l’apophyse maxillaire, les chairs sont tuméiiées, repoussées en dehors, hourgeonneuses. Sur toute la plaie, il y a des milliers devers qui rongent les chairs; ils sautillent d’un endroit à l’autre. Ils sont accumulés les uns à côté des autres ou plutôt les uns sur les autres, et on voit qu’ils rongent

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ûDS

les tissus au niveau de Tos qu’ils continuent à dénuder.

Je demande d’où vient cet homme; on me répond qu’il a été amené par la zaphté (police), et qu’il est mendiant. Tous s’étonnent de me voir rexaminer de près et regarder ses plaies. Je voulais prendre quelques antécédents, mais comme toute l’assistance s’éloigne avec dégoût, qu’on me laisse seul ou à peu près seul auprès de lui, et que je pourrais manquer la visite des femmes si je demeurais plus longtemps, je me retire pour ne pas indisposer contre moi.

Ce malheureux se tenait la tête penchée en avant, aussi ne lui voyait-on pas la figure bien nettement.

M. Méhémet-Ali-Bey m’a dit depuis que cet homme avait pu vivre un mois encore après ma visite. Il ne paraissait pas souffrir, il mangeait parfaitement. Je lui demandai s’il n’y avait pas eu là un caiicroïde, il repoussait cette idée; pour lui, il croyait à un simple ulcère dans lequel les vers s’étaient mis. Les os étaient d’une blancheur éclatante. M. Méhémet-Ali-Bcy oublie de me |)arler de la cause de la mort.

Nota. — Cette observation do crâne dénudé et les dessins qui l’accompagnent ont dû être faits de souvenir; il m’eût été impossible de prendre des notes sans éveiller Tattention.

La presque totalité du crâne était mise à nu. Les os étaient au contact de l’air, absolument privés de périoste, ils avaient pris une coloration blanche et présentaient l’aspect des os les mieux préparés. Cette affection durait certainement depuis longtemps. Bien ne proté-

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geait sa tôle contre les intempéries des saison^, car je ne lui ai point vu de calotte; à première vue, on aurait dit un crâne sur un paquet de vêtements. Cet homme pouvait avoir une quarantaine d’années, autant que j'ai pu en juger par la moitié droite de sa ligure qui était seule intacte. La vue de ces lésions produisait une sensation pénible. Le crâne, privé de son périoste, paraissait d’autant plus blanc, que les téguments voisins étaient foncés comme chez les Egyptiens. Le mal descendait moins bas du côté droit que du coté gaucbe ; la peau qui recouvrait l’œil droit était atteinte. Sur le front, la lésion était oblique de haut en bas et de droite à gaucbe. Dans la partie de rulcère située au-dessous de l’arcade zygomatique jusqu’à l’apopbyse mastoïde, il y avait des millions de petits vers blancs, comme ceux que l’on rencontre sur les cadavres, dans les salles de dissection, de ces petits vers qui sautent d’un point à un autre. Ils formaient une masse blanchâtre qui inspirait un ]>rofond dégoût. Seul, j’ai osé m’approcher du malheureux qui, enveloppé d’une mauvaise couverture de laine brune, ne savait dire que ces mots : bascbicli, bascbicb. Il n’accusait aucune douleur, il paraissait étranger à tout ce qui se passait autour de lui.

I.,es sutures se voyaient aussi bien que sur un crâne préparé.

Il y a quelques années, j’ai observé un fait semblable

du département de la Charente-Inférieure. Cette pauvre femme avait un ulcère à la partie antérieure de la jambe droite. Cet ulcère, fort étendu, était couvert d’une quan-

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Lite considéral)le de vers. Cette malheureuse avait laissé vivre ces vers sur son ulcère et aux dépens d’elle-même.

D’où venaient lea vers ({ui se trouvaient sur les plaies du mendiant? Yenaieat-ils des mouches? Très-certainement. Mais alors, cet homme n’avait pas eu cette maladie au Caire ou dans la haute Égypte, car je n’y ai jamais aperçu de mouches à vers, pendant quatre mois de voyage, bien que nous eussions constamment de la viande dans notre barque.

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