ÉDUCATION MÉDICALE
Depuis cinq ans, TÉcole de médecine du Caire a été réorganisée trois fois.
Avant leur entrée , les élèves doivent savoir lire , écrire et un peu calculer. Les parents tiennent peu à envoyer leurs enfants à l'Ëcole de médecine, car la carrière médicale donne peu d'avantages et de bénéfices.
Du temps de M. Clot-Bey, les élèves étaient nombreux; aujourd'hui, 21 février 1862, ils ne sont pas plus de vingt-cinq. Ils sont divisés en deux grandes catégories : les grands et les petits ; ils occupent deux dortoirs séparés.
Les étudiants reçoivent une paye comme s'ils étaient
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employés du gouvernement ; ils sont pour cela divisés en cinq classes.
Ceux de la i^ classe reçoivent H5 piastres par mois,
Je parle de piastres égyptiennes ^ De plus, ils sont nourris, logés et habillés.
Voici le programme des études :
Cinquième classe. — Écriture et lecture arabes; botanique; chimie; physique; notions d'ostéologie.
Quatrième classe. — Écriture et lecture arabes ; français; arithmétique; ostéologie et petite chirurgie; botanique ; chimie, etc.
Trcmième classe. — : Français; anatomie et physiologie ; botanique; chimie; physique; histoire naturelle; opérations sur le cadavre.
Deuxième classe. — Ophthalmologie ; pathologie externe et pathologie interne ; opérations sur le cadavre ; langue française.
Première classe. — Langue française ; pathologie interne et pathologie externe; opérations, soit sur le cadavre, soit sur le vivant à l'hôpital.
Les élèves de la première classe n'étudient plus ni histoire naturelle, ni botanique, ni physique, ni chimie.
Voici maintenant l'emploi de la journée pour les élèves de la cinquième classe :
* La piastre égyptienne représente 24 centimes de notre monnaie.
6 heures : lever, petit déjeuner; les élèves achètent avec leur argent du lait ou des fèves bouillies.
7 heures : leçons d'arabe, lecture, écriture et arith* roétique.
De 8 h. à 10 h., chimie et physique. Leçons d'alphabet français.
Puis déjeuner : trois plats et trois pains. Deux heures pour ce repas.
De 5 h. à 4 h., leçon de botanique,
De 4 h. à 5 h., ils étudient leurs leçons.
De 5 h. à 6 h. , repas : deux plats et un plat de légumes. •
De 6 h. à 7 h., repos.
De 7 h. à 9 h., étude à la lumière.
À 9 h. coucher.
Je crois que les élèves des deux premières classes vont seuls à l'hôpital. Ils ne vont jamais à l'hôpital des femmes. Depuis quatre ans, on ne leur fait plus de leçons sur les accouchements, ni sur les maladies des femmes.
De 8 h. à 9 h. 1/2, les élèves de la deuxième et de la troisième classe, se livrent aux travaux de la dissection. On ne peut disséquer que les soldats et les gens du pays morts à l'hôpital et qui n'ont pas de famille. Quelquefois on peut avoir des négresses.
Les élèves ont des livres de médecine traduits en arabe, le professeur fait sa leçon et un drogman la traduit. Les étudiants l'écrivent sous la dictée du drogman et ils l'apprennent ensuite. D'une manière générale, ils ont trois leçons avant midi et une leçon après
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midi, quelquefois deux. Pendant la récréation, ils peuvent dormir, mais ils ne font jamais la sieste, même l'été.
Le dimanche , les travaux ont lieu comme à l'ordinaire; c'est le vendredi qui le remplace. Ce jour-là, on peut sortir après la visite de l'hôpital jusqu'au soir à cinq heures. Ceux qui ont leur famille au Caire peuvent sortir le jeudi soir pour rentrer le vendredi a la même heure.
A l'occasion des fêtes du Ramadan, il y a sept jours de congé.
IjCS élèves doivent subir un examen à la fin de chaque année; ils prennent quelques jours de vacances pour s'y préparer.
Luiidi prochain, 24 février 1862, les examens auront lieu ; ils ne dureront que deux jours , vu le petit nombre d'élèves. Ils seront présidés par M. Figari-Bey, délégué par M. Arnaud -Bey directeur de l'École; M. Oglin, docteur à Alexandrie, membre du conseil de santé, assistera aux séances. Les professeurs de rÉcole interrogeront, les élèves répondront en arabe, et leurs réponses seront traduites par un interprète. Je sais que cette méthode a prêté à plus d'une supercherie ; ainsi, le traducteur change souvent la réponse. Les professeurs laissent faire, car ils sont intéressés à ce . que leurs élèves passent pour être instruits.
Un jeune étudiant égyptien peut terminer ses études en cinq ans, s*il passe d'une façon convenable ses exa* mens de fin d'année.
Du temps de M. Clot-Bey, pour être envoyé comme
élève à Paris, il fallait préalablement montrer qu'on savait le français. De plus, il fallait avoir été répétiteur à l'école et passer par conséquent pour un bon élève. Actuellement, ces conditions ne sont plus exigées ; on envoie même les jeunes gens sans qu'ils sachent le français. Sous le règne de Méhémed-Ali, il y avait cent jeunes gens à la mission égyptienne, qui avait son siège à Paris, rue d'Enfer.
Le 26 février 1862 je vais à l'École de médecine, j'y trouve M. Méhémed-Ali-Bey , qui m'accueille avec son amabilité ordinaire; je vois M. Oglin, médecin d'Alexandrie, et M. Pompignoli, professeur de pathologie interne et médecin des vénériens. Ce dernier est un Romain qui habite TÉgypte depuis sept ans. Je demande à visiter le logement des élèves; on m'y conduit.
Ils habitent, au nombre de vingt-cinq, un bâtiment à part, entre l'hôpital et les salles de cours et de dissection.
La, ils sont complètement chez eux; ils ont une grande cour qui donne sur les amphithéâtres et sur l'escalier qui mène aux collections et à la bibliothèque. Je pénètre dans une salle d'études, M. Méhémed-Ali-Bey me présente le professeur répétiteur, qui a été élevé en Angleterre. Je cause avec lui un instant ; à mon arrivée les élèves se sont levés respectueusement. Cette salle sert en même temps pour l'étude et la répétition ; le professeur est entouré d'une dizaine d'élèves, il y a des bancs pour s'asseoir. J'aperçois à un des côtés de la salle une série de bureaux en bois peints en vert. Audessus des bureaux, il y a une sorte d'armoire à deux
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rayons; on m'en montre le contenu, entre autres choses, je remarque des bougies qui doivent serviç aux élèves pour travailler la nuit. Tout cela est mieux disposé que je ne l'aurais supposé.
Je passe ensuite dans un couloir où je vois de grandes jarres qui contiennent de Teau du Nil pour abreuver les élèves.
La salle à manger est une grande pièce ; les élèves se mettent à table et mangent à Teuropéenne me dit M. Méhémed-Ali-Bey. On ouvre une grande armoire pour me faire voir des assiettes et de grandes cuillers en étain. Comme je ne vois ni couteaux, ni fourchettes, je suppose que les élèves mangent avec leurs doigts.
Un large escalier à peu près démoli mène au premier étage ; il faut monter avec précaution. Je visite le dortoir, je n'aperçois ni chaises, ni sièges d'aucune nature, ni armoires ; je me demande où les élèves mettent leurs effets. Les lits sont en fer, petits; un seul matelas, deux draps noirs par la saleté, une simple couverture de laine bien maigre ; aussi les élèves ne sont ils pas couchés d'une manière trop brillante. Il y a des vitres aux fenêtres, ce qui n'est pas commun dans ce pays; des rideaux noii^ arrêtent les rayons lumineux.
M. Méhémed-Ali-Bey ne peut me montrer la bibliothèque, parce qu'on vient le chercher pour les examens.
M. le docteur Méhémed-Ali-Bey est professeur de pathologie et de clinique externes.
La première année, les études sont les mêmes pour les étudiants en pharmacie et en médecine. A la fin de
la première année , on tire au sort et les uns deviennent pharmaciens, les autres médecins. Personne ne voudrait être pharmacien. Bien que la paye soit la même, il y a plus d'avantages à être médecin; de plus, le pharmacien est sous les ordres du médecin.