ËLËPHANTUSIS DES JAMBES COMPLIQUÉ D'ËLÈPUÀNTIASIS DU SCROTUM
SEPT OBSBRTATIORS.
paueioti (■«Miiri). »**• «• céptei^id
31 mai.
Il est âgé de trente-huit ou trente-neuf ans.
A l'air d'avoir une bonne santé; brun.
Né à Damiette; le père de Céphalonie, la mère de Damiette. Ni le père ni la mère n'ont eu la maladie; il n'a ni frère ni sœur.
Il habite dans le couvent grec ; quand il est tombé malade, il demeurait dans le quartier des Chrétiens. Ce quartier est le plus sain de Damiette. Il restait au premier étage.
Malade depuis dix ans.
Il était allé à Lesbeh pour voir quelqu'un ; après être resté une heure dans le sable, il s'était baigné; le lendemain le pied était très-enflé.
Il n*a rien fait d'abord, puis il a mis trois vésicatoires autour du cou-de-pied; ensuite il a mis des onguents sur la jambe, et ceux-ci paraissent avoir fait venir des plaies.
Il assure que la fièvre n'a paru qu'après le gonflement du pied et de la jambe. Quand cette fièvre est venue, la douleur dans l*aine s'est montrée; celle-ci est descendue le long de la cuisse.
DE rÉLËPUANTIASlS. 503
Le soir il avait de la fièvre, et le lendemain des plaques rouges sur la cuisse.
S'il va se coucher de bonne heure, le lendemain la jambe est moins grosse.
S'il marche, la jambe grossit.
La première année, tous les vingt ou trente jours, il avait de la fièvre et la jambe était malade.
Depuis trois mois il a peu de chose, peu de fièvre ; le mal est statiohnaire.
Il est marié et a trois demoiselles : une a huit ans, une a sept ans, une a un an.
Il a eu deux autres enfants, qui sont morts. Ses enfants n'ont pas eu cette maladie.
Sa maladie ne le gêne pas pour voir sa femme. Il a eu les testicules pris longtemps avant d'avoir mal aux jambes.
Il a parfois des démangeaisons à la peau.
A l'âge de quinze ou seize ans, il a eu une chaudepisse et quelques chancres.
Il dit qu'il y a des gens qui se font des plaies avec un canif pour y mettre soit de la graisse de marsouin, soit des feuilles de figuier de Barbarie.
Des Turcs mettent leurs pieds dans les matières fécales pour se guérir.
D'autres mettent de lu pâle de Séjane; d^autres les mettent dans Thuile et font des onctions sur la jambe.
A Damiette, la plupart de ceux qui ont les jambes saines, ont les testicules pris, dit le malade.
Il ne sait pas à quelle cause il faut attribuer la maladie; il dit que les Européens ne l'ont pas. Les enfants
504 DE L'ËLËPHÂNTIASIS.
n'en sont pas affectés non plus; ce n'est qu'à partir de vingt à vingt-deux ans.
Il assure que dans les villages autour de Damielle il y a peu d'éléphantiasis, mais que dans Embabeh (près du Caire) il y a plus d'éléphantiasis qu'à Damiette.
Il y aurait deux cents à quatre cents Turcs atteints sur quarante mille à Damiette.
Il y aurait sept chrétiens, dont quatre femmes, affectés de la maladie sur deux mille environ. Tou$ les hommes et toutes les femmes de la religioti chrétiçnne sonl nés à Damiette,
Ce matin je vis, en allant à la mosquée, à côté d'une femme affectée d'une horrible syphilis, une autre femme qui a les jambes affectées d'éléphantiasis. Je lui demande de venir à la campagne, elle s'y refuse, mais elle me laisse voir le bas de ses jambes. Celles-ci et les pieds n'ont rien d'humain. Elles paraissent avoir vingt centimètres de diamètre; au niveau du cou-de-pied elles sont fortement étranglées, et la partie antérieure et la partie postérieure de la jambe pendent, en quelque sorte, sur cette partie étranglée {pL XII); sur les parties latérales, la peau pend aussi sur les malléoles; elle est hypertrophiée. Je n'ai jamais remarqué chez les femmes ce repli sur les malléoles. Je- regrette de n'avoir pu le dessiner que de souvenir.
DE L'ÉLÊPHANTIASIS. 305
MOHAHIEINAMEmT
Ri A DAMUTTI, AD BAZAR DE RESBi (sOUK ET CSUi).
Il ignore son âge : trente-quatre ans?
Ni son père, ni sa mère n'ont eu la maladie.
Il n'a ni frère ni sœur, ils sont morts, mais n'ont pas eu la maladie.
Trois mois après avoir eu la jambe grosse les testicules ont grossi.
Il y a sept à huit ans , jambe gauche malade.
Il a eu d'abord fièvre avec frisson, puis de la chaleur, mal à la tête, douleurs dans les reins et les jointures. Il ne vomissait pas, il buvait beaucoup.
Il prétend que , le lendemain, la jambe est devenue grosse ; elle était rouge avec des lignes plus claires (j'ignore ce qu'il veut dire) ; la tête était lourde, il ne pouvait la soulever non plus que sa jambe. Il a eu la fièvre trois à quatre jours ; la peau s'en aHait par écailles.
Il souffrait d'abord dans l'aine gauche ; il y avait des boulettes (ganglions) , la douleur est descendue ; la cuisse a été grosse ; il avait la jambe et le pied beaucoup plus volumineux que maintenant.
Au début,, les accidents reparaissaient chaque semaine, puis chaque deux semaines, et maintenant tous les trois à quatre mois ; à ce moment il reste trois à quatre jours sans travailler.
Il n'a jamais eu de maladie semblable ni aux bras ni aux mains; la jambe et le pied droits n'ont jamais été atteints.
Tous les trois à quatre mois, quand il est malade, il a
506 DE L*ÉLÊPHANTIASIS.
la fièvre comme auparavant; alors la jambe redevient rouge; il perd l'appétit, il a froid, du frisson, et il est oblige de se couvrir.
Il n'a jamais mis d'hommous; il a peur; il dit qu il a vu bien des gens en mettre, et cela n'a rien fait.
Il habite une maison humide ; il mange beaucoup de poisson salé.
Il est marié et a un garçon de huit ans.
Son fils a un pied-bot double en dedans ; il dit avoir eu deux autres enfants et ils sont morts; il a des rapports sexuels tous les quatre ou cinq jours.
Deux enfants sont morts après la naissance; l'un, mort il y a quatre mois ; l'autre, il y a deux ans.
Il est portefaix ; il dit qu'il faut qu'il mange, ce qui l'oblige à faire cet état.
Ses testicules sont devenus malades trois ans après la maladie des jambes ; il n'a pas reçu de coup sur les testicules.
Côté gauche, petits ganglions à l'aine.
Rien à la partie interne de la cuisse gauche.
Plis au devant du cou-de-pied.
Saillie de la malléole.
Rien ni au pied, ni à la jambe , ni à la cuisse du côté droit.
Il affirme que les testicules ont été pris avant les jambes; il avait dit le contraire auparavant.
Jamais de syphilis
D£ L*ÉLÉPHANTIAS1S. 507
2 juin 1802.
Il ignore son âge : quarante ans?
Il est né au Caire ; son père et sa mère y sont nés comme lui. Il est borgne.
n dit qu'il y a quinze jours il n'avait rien (il parait que c'est vrai).
Il y a quinze jours qu'il a les jambes malades.
Il n'a pas de fièvre.
II habite Damiette depuis le 9 mai 1862 (sept jours après il est malade) .
Avant d'arriver à Damiette il n'avait rien.
Il habite au quartier Telth.
Il a été pris d'abord aux jambes.
Deux jours après les parties étaient enflées ; elles ont été énormes, comme la tête d'un adulte.
Il a mis de l'eau froide, cela a diminué.
Il n'avait ni fièvre ni douleurs au moment de l'arrivée des accidents.
Les jambes n'ont pas été plus grosses que maintenant; actuellement il est indisposé, sans être véritablement malade; il n'a rien fait pour ses jambes.
Il habite un endroit humide.
Il assure qu'ici ceux qui mangent du poisson ont les jambes grosses ; il prétend que tout le monde est ma^ lade ; il dit qu'il a des rapports sexuels.
Étal actuel. — Œdème à la partie interne du genou ; cela tremblote.
308 DE L^ËLËPHâNTIASIS.
Œdème de la partie inférieure de la jambe droite ; le doigt y pénètre facilement,
M^me chose pour la jambe gauche.
Œdème des pieds.
Rien aux bras.
Scrotum du volume de la tète d'un enfant; la peau du scrotum épaisse en bas, de l'épaisseur d'un doigt.
Testicule droit gros, mais paraissant sain ; il ne descend pas plus bas que d'ordinaire.
Le testicule gauche paraît énorme, mais il y a hydrocèle, et je sens un ballottement.
Ganglions considérables à l'aine droite; pas de cordon à la partie interne de la jambe droite.
Ganglions considérables à l'aine gauche; ils ont le volume d'un œuf de pigeon ; ils ne sont pas enflammés.
Peau du scrotum dure, papilles énormes*.
Œdème du fourreau ; celui-ci est énorme ; le gland est normal.
Poils au scrotum {fig. 11).
Arabe ayMit refaflé le féleoeh.
4 juia.
Il n'a pas voulu dire son âge, ni son nom.
Né à Damiette : quarante à cinquante ans?
11 ne sait pas depuis quand il est malade.
11 dit qu'il y a trois ans qu'il est pris aux testicules.
Scrotum gros comme une tète d'enfant de douze ans.
Verge intacte {pi. VI, fy. 3).
DE L^ÉLfiPHAiNTlASIS. S09
Fistule curieuse au-dessous; il en sort des gouttelettes d'urine.
Jambe gauche énorme ; tubercules formant deux bourrelets sur le devant du cou-de-pied; ces bourrelets sont garnis de saletés et de sortes d'écaillés ; le cou-de-pied est sain. Le dos du pied et la partie supérieure des orteils sont garnis de tubercules et de petits points ayant cette forme.
Le pied gauche est énorme; il ressemble à une peau de hérisson, à de petits hérissons.
La jambe gauche est grosse, tendue, dure; la peau de la jambe est saine.
Jambe droite tendue, dure; le doigt y pénètre.
Bonne santé.
Les pieds étaient tellement ignobles que je ne les ai pas mesurés; c'était une horreur {pi. XII, fig. 5 et 6).
HACt-MIJSTAPHA-EI^AKAD
PAASSMERTICR AD BAZAR, DEHBURB DAXS OXR PETITE RUE EXTRE LE BAZAR ET LB RIL
A Itll :'AS DO KIL (pi. S, fif. 1 à A).
Damielte, 2 juin 1862.
Cet homme, âgé au moins de cinquante ans, est né à Damiette. Ni son grand-père, ni sa grand'mère, ni son père, ni sa mère, n'ont eu la maladie. Son frère ne Ta pas eue non plus, mais de quatre fils de son frère, trois ont l'éléphantiasis (j'en ai vu un), un quatrième fils n'a pas été atteint.
Cet homme a un fils âgé de trente ans, qui n'est pas malade, assure-t-il.
Il me raconte qu'autrefois il y avait autant d'éléphantiasis que maintenant; il me dit que la maladie est aussi fréquente dans tous les quartiers de la ville. Il prétend qu'à Damiette et à Rosette le quart des habitants est fVappé (c'est exagéré). Les femmes, dit-il, sont plus facilement atteintes que les hommes; je le crois, car, en regardant avec attention, au bazar, les jambes des personnes qui passaient, j'ai remarqué plus de malades parmi les femmes que parmi les hommes.
Cet individu, qui est intelligent, aimable, causeur, et qui a voyagé, attribue la maladie à l'humidité et à l'abus du poisson.
Autrefois il mangeait beaucoup de poisson, et bien qu'il sache l'influence fâcheuse de cette alimentation, il en mange encore. Il mange aussi beaucoup de poules d'eau. Il tient au poisson par économie et par goût; c'est la nourriture usuelle.
A peine opéré par Nabaraon, Hag-Mustapha me raconte qu'il alla faire festin de poisson. C'était, me dit-il avec regret, avec du poisson du Nil ; il aurait préféré du poisson du lac Menzaleh.
Il y a vingt ans, il a été malade pour la première fois; il a été pris de fièvre, de frisson ; il avait grand froid, mais pas d'appétit. A ce moment, il a eu une douleur à l'aine droite. Cette douleur est descendue dans la jambe droite.
Sa tête lui tournait ; il n'avait plus sa connaissance.
DK L'ÉLÉPHANTIASIS. 314
Sa jambe est devenue toute rouge; il paraît qu'il rendait de l'urine qui était toute rouge.
Pendant les trois premiers jours de la maladie, il a eu le délire; il est resté trois jours de plus à la maison.
Il se rappelle que. la fièvre a précédé la rougeur de la jambe. — Ainsi, la jambe est devenue rouge, puis elle a perdu son épiderme, puis elle a grossi.
A peine allait-il mieux, qu'il est descendu pour vaquer à ses occupations, après avoir gardé le repos cinq jours.
Tous les quinze jours environ, dit-il, il avait de la fièvre, sa jambe droite redevenait rouge et présentait la série des premiers accidents. Ce n'est que longtemps après les premiers accidents qu'il a eu l'idée de mettre deux hommous sur le côté interne et externe de la partie supérieure de la jambe. Mais cela n'a rien produit de bien. Il assure, du reste, qu'il faut mettre l'hommous immédiatement après les premiers accidents; si on tarde, c'est chose inutile.
La jambe droite n'a jamais été plus volumineuse que maintenant ; il paraît qu'après avoir augmenté successivement pendant les trois ou quatre années qui ont suivi les accidents, elle est devenue aussi grosse qu'elle est maintenant.
Ce malheureux marche avec une difficulté extrême ; il ne peut plus ployer le genou droit depuis que le barbier a enlevé, dit-il, un morceau de chair à la partie interne de l'extrémité inférieure de la cuisse droite. Dans cet endroit, il existe encore une cicatrice profonde. la peau adhère a l'os du fémur.
Il y a seize ans, la jambe gauche est devenue malade
SIS DE L*ÉLËPHANTIASIS.
en passant par la série des accidents observés pour la jambe droite.
Il y a douze ans, Nabaraon lui a enlevé son scrotum, frappé d'éléphantiasis ; après vingt et un jours, il était guéri.
Le 15 juin, je revois Hag-Mustapha, il n'a pas continué la compression; je lui donne de la teinture d'iode pour frotter les aines.
Il me raconte qu'il y a vingt ans, il a eu mal au scrotum pour la première fois; cinq ans après, il s'est fait opérer par Nabaraon (il ignore réellement l'époque, car les renseignements du 6 juin et du 15 juin diffèrent). Il assure, le 15 juin, que dix ans avant d'avoir les jambes malades, il avait eu les parties malades.
Il affirme à plmieurs reprises que quand le scrotum a été atteint, il n'a pas eu de fièvre; il n'avait ni mal à la tête, ni étourdissements ; le scrotum grossissait de temps en temps. A ce moment il avait, dit-il, la sensation de ballots qui lui tombaient dans les parties.
Il assure que son scrotum et ses jambes grossissaient quand il avait quelque contrariété. Il m'a dit cela ;>/«■ sieurs fois le 6 juin. Cela m'a été dit aussi par d'autres malades, mais j'ai cru à une farce et je ne l'ai pas noté, c'est à tort, car tous disent la même chose. Quand le scrotum grossissait, il devenait rouge; ainsi le scrotum grossissait puis diminuait, mais sans jamais revenir à son volume primitif, puis il grossissait encore.
Il me dit que l'éléphantiasis des jambes est toujours précédé de la fièvre, ce qui n'arrive pas toujours pour
DE L'ÉLÉPHÀNTIASIS. 315
Téléphantiasis du scrotum, assure-t-il; chose importante à noter {voy. Tobs. d' Achmed-Hode) .
Il a les plantes des pieds épaissies ; ce fait modifie la longueur des membres affectés d'éléphantiasis.
Il vit étendu dans une boutique, il ne peut marcher. Il a une stomatite chronique.
15 juin 1863.
Il y a dix ans, il a eu les bras malades. La maladie a pris d'abord le bras droit; il a eu les mêmes accidents que pour la jambe; il a eu de la fièvre, du frisson, de la douleur; il avait des démangeaisons au dos de la main, et cela a gagné Tavanl-bras. Bras gauche malade à la même époque. Il a mis des hommous et cela n'a rien fait; il n'a pas gardé le repos.
Il a eu les deux bras très-gros; il est venu un docteur de Constanlinople qui lui a mis un vésicatoire au dos de la main et à la partie inférieure de la région antérieure du bras; on a incisé le vésicatoire. Il a remarqué que ce vésicatoire lui avait fait du bien, le bras était revenu à son volume.
Les incisions sous la peau ne lui ont jamais rien fait; il sortait du sang des incisions. Maintenant il met des sangsues quand la maladie revient ; cela ne lui fait pas grand bien.
Il souffre davantage l'été que l'hiver {pi. X). (Il n'a pu être dessiné qu'en détail, membre par membre; je l'ai dessiné chez lui, dans une cour mal éclairée. Il n'a pas voulu laisser reproduire ses organes génitaux.)
Ki A HIIfICH, PRfts Dl VARSOURAO.
8 juin 1862.
Agé de cinquante ans. Aveugle. Il habite Damiette depuis trente années. Ni son pore ni sa mère n'ont eu Téléphantiasis. Il n'a pas d'enfai^ ts, bien qu'il se soit marié deux fois. Il demeure au qixa/tier de Chabatanier. Malade depuis un an.
La jambe gauche a été la première atteinte. Il a^vflit de la fièvre, qui a duré cinq jours, du frisson, de '^ chaleur ; la jambe est devenue grosse, rouge ; il a^v'flvV mal à la tète, il battait la campagne.
Pas de douleur à l'aine.
Il a gardé le repos cinq jours ; il n'a pas voulu mettra d'hommous.
La jambe droite a été prise, il y a deux mois; à ce moment, il a eu de la fièvre, du frisson ; il a gardé le le repos deux à trois jours ; il n'a pas mis d'hommous. Il souffre de ses jambes tous les mois environ. Il a de la fièvre et la jambe devient comme elle était au début de la maladie.
Il mange peu de poisson ; il dit que ceux qui mangent beaucoup de poisson ont la maladie.
Il a les testicules gros depuis six ans , il a eu de la fièvre, les testicules ont grossi; il a gardé le lit quatre à cinq jours.
La tumeur ne lui fait aucun mal, testicules durs audessous.
DE L'ÉLËPHÀNTIASIS. 315
État actuel. — Côté droit : Ganglions à Taine ; cuisse saine; jambe dure, tendue; plis au-dessus de la rotule; pieds et orteils sains {pi. Xl,/îgf. 3).
Côté gauche : Ganglions durs à l'aine ; cuisse grosse, peau hypertrophiée; jambe dure, tendue;. le doigt pénètre (œdème); deux plis au cou-de-pied; dos du pied saillant, dur; orteils sains.
AU-MEHEItAWI
ni A CBARABASSiC, QUARTIER DE DAUIBTTE.
Musulman ; il est marin.
Il dit avoir vingt ans; il demeure dans le quartier de Charabassié. L'œil gauche perdu.
Non marié. (Les femmes peuvent demander le divorce quand l'homme est infirme, bossu ou qu'il a les jambes grosses.)
Ni son père, ni sa mère n'ont eu l'éléphantiasis ; sa grand*mère l'avait eu.
Malade depuis sept années.
La jambe droite a été la première attaquée. Il a eu de la fièvre, du frisson; pas de douleur à l'aine droite; impossibilité de bouger la jambe. La jambe droite a été plus grosse que la gauche actuellement.
Il ne se rappelle pas bien le début de la maladie. On lui a mis un hommous à la partie supérieure et interne de la jambe droite. Il est sûr que celle-ci a été plus grosse que la gauche.
Il n'a jamais eu les bras gros. Les testicules n'ont jamais été plus volumineux que maintenant. Jambe
gauche malade depuis cinq ans. La semaine passée, i\ ^
eu de la fièvre, et la jambe gauche est devenue rougît
comme du sang. Tous les ans on lui saigne la sapYiètie
interne en bas, au cou-de-pied. Cela ne lui fait ^ïi?»
grand'chose.
* Il ne peut pas dire quel intervalle existe entre les
accès.
Il paraît cependant intelligent.
Il a mis deux hommous à la jambe gauche.
Il garde le repos quand il est malade ; il n'a pas de proches parents.
Il se nourrit de poisson, de fromage, de fèves; il mange peu de viande; il n'aime pas les femmes.
Quand on le pique aux jambes et aux bras qui sont sains, il souffre la même chose.
La jambe gauche est malade depuis cinq ans ; au début, il a eu de la fièvre, du froid, pas de douleur à Taine. La jambe a grossi de plus en plus.
État actuel. — Côté droit : Cuisse droite saine, peau saine, souple au toucher.
Jambe grosse, dure au toucher. Peau saine. Deux plis au devant du cou-de-pied.
Dos du pied gros, arrondi.
Orteils sains.
Ganglions à l'aine assez gros, mais indolents.
Pas de cordon à la partie interne de la cuisse droite.
Côté gauche : Ganglions gros et nombreux à l'aine.
Cuisse énorme, souple.
Peau saine mais hypertrophiée, énorme.
A la jambe, masse inégale, dure comme du bois.
DE L*ÉLËPHANTIASIS. 3i7
Il éprouve de [l'engourdissement à la jambe droite quand il marche ou qu'il se tient longtemps debout.
La jambe gauche ressemble à une énorme saucisse coupée par des cordes qui l'étranglent.
Le dos du pied gros, dur, étranglé.
Orteils sains et de grosseur normale.
Il a les testicules gros depuis trois ans ; un matin il s'est réveillé et a trouvé ses testicules grossis. Il n'a eu ni fièvre, ni frisson {pi. XII, fig. 1 d 2) .
Ri A PAVIETTE. — CIRQDARTE AKS.
12 juin 1861
Cet homme a une barbe grisonnante ; il ignore son âge ; cinquante ans ? Il est né à Damiette.
11 affirme que ni son grand père, ni sa grand'mère^ ni son père, ni sa mère n'ont eu la maladie.
Il habite actuellement à Souk-el-Amis (Bazar du jeudi). Employé chez le cadi. Intelligent.
Il parait qu'il y a quatorze ans, ayant fait une grande course à pied, il est arrivé à Damiette avec les parties enflées. Il a été trouver un barbier qui lui a dit qu'il avait de l'eau dans les bourses et lui a donné un coup de lancette; au lieu d'eau, il est sorti du sang. Plus tard les parties ont encore enflé. Enfin le pacha qui commandait à Damiette lui a permis d'aller au Caire pour se faire opérer.
Il a été opéré parMehemet-Âli-Bey.
Il parait qu'on l'a endormi, il ne sait pas bien ce
548 DE L^ËLÉPHâNTIàSIS.
qu'on lui a fait; la tumeur était, assure-t-il, des deux tiers plus petite que maintenant. Il ignore le poids des parties enlevées ; il avait conservé les testicules et la verge, aussi après l'opération pouvait-il coucher avec sa femme.
Après l'opération qui a été faite il y a six ans, il a eu pendant trois ans les parties en parfait état ; il avait sa verge et ses deux testicules, mais on lui avait enlevé tout le reste.
Il affirme, et cela me paraît bien douteux, qu'au début de la maladie, il n'a pas eu d'accès de fièvre.
Trois ans après l'opération, il a été pris d'un accès de fièvre qui a duré trois jours : il a d'abord eu un peu froid, puis de grandes chaleurs, puis le scrotum est devenu rouge et les bourses ont grossi. Plus tard, tantôt une fois, tantôt deux fois par mois, il avait de nouveaux accès de fièvre et le scrotum grossissait toujours.
Il a eu son dernier accès il y a quinze jours ; voici comment il le décrit :
11 a eu d'abord un peu froid , puis la chaleur est arrivée, elle a duré trois jours; à ce moment il ne pouvait ni boire, ni manger. Il avait horriblement mal à la tête ; il parait que la stade de froid a duré une demiheure et les chaleurs trois jours. Le scrotum était devenu rouge, mais cette rougeur a disparu quand il a été guéri.
Il éprouvait des démangeaisons à la partie supérieure de la tumeur ; il parait que l'épiderme pouvait se détacher.
Cet homme n'a jamais mis d'hommous sur sa tumeur;
DE L*ËLÉPHANTIASIS. 3i9
il n'a rien aux jambes ni aux mains ; mais le dos du pied droit est un peu œdématié.
A la partie inférieure de la tumeur, il y a une sorte d'ulcération par laquelle il s'échappe du scrotum de l'eau blanche (environ un petit verre) .
Parfois aussi, il sort un peu de matière.
Il urine facilement, il dit que quand il pisse, il sort de la tumeur un petit bout de verge long d'un pouce et demi.
Dans l'intervalle des accès, il se porte parfaitement.
Il a deux enfants : une fille et un garçon venu avec lui ; il prétend que son fils se porte bien (mais je m'aperçois plus tard qu'il est malade des testicules).
De sa première femme, il a eu un garçon et deux filles qui n'ont pas été atteints.
Je lui demande pourquoi il ne se soigne pas :
c< Mais comment veux-tu que je me soigne, me dit-il ; y a-t-il des médecins ? »
Cet homme ne marche qu'à grand'peine, il se renverse en arrière et soutient sa tumeur sur le devant des jambes.
Pour avoir plus de force, dit-il, il porte une grosse ceinture autour du corps.
Cet homme habite un premier étage ; sa maison n'est pas humide.
11 mange de la viande et du riz ; il consomme aussi beaucoup de poisson et de poule d'eau (Agagus) .
Il me dit que l'éléphantiasis diminue un peu quand on va habiter une ville autre que Damiette; mais la maladie ne guérit pas.
m BE l;élëP4iantiasis.
Il dit souffrir davantage l'été que Thiver; il a plus souvent des accès en été qu'en hiver.
S'il raange beaucoup de poisson, son ulcère du scrotum fournit plus d'eau et de matière que d'ordinaire.
Il y a un précepte de Mahomet qui ordonne de ne pas boire du lait après avoir mangé du poisson ; ceux qui violent cette loi deviennent fous, assure-l-on ; il parait du reste que c'est un précepte du Coran.
Chose curieuse à noter, cet homme sent les piqûres d'épingle sur le corps, à la partie antérieure du pédicule de la tumeur, et dans l'espace compris entre les deux lignes V, S {pL YI, fig. 2) ; mais plus bas, je le pique fortement sans qu'il accuse la moindre douleur. Il sort des piqûres que je fais, des gouttelettes abondantes de sérosité et un peu de sang. C'est en vain que j'essaye de sentir les testicules; impossible de les trouver par le palper au niveau du pédicule de la tumeur ; même chose pour le cordon.
Pour le cordon , il y a une autre difficulté dans le grand volume du pédicule et surtout dans sa tension.
Il m'a été impossible de mesurer le diamètre antéropostérieur de la tumeur. Son plan antérieur est convexe, en avant et en arrière.
Son plan postérieur est convexe, mais se divise en deux parties ; la partie moyenne fait saillie entre les cuisses ; les parties latérales sont dirigées d'arrière en avant et sont appliquées sur la partie antérieure et interne des cuisses.
Ce plan postérieur est lisse; la peau est luisante, appliquée à la partie antérieure des cuisses , elle res-
DE L'ÉLÉPBANTIASJS. 321
semble à la peau qui se trouve dans rintervalle de$ fesses chez les personnes grasses,
La peau de la partie antérieure et interne des cuisses offre la même disposition. ^
Dans son ensemble, la tumeur, si l'on fait abstraction du pédicule, a la forme d'un cœur.
Le pédicule est très -épais sur la ligne moyenne; il s'amincit sur les parties latérales.
Quand il est debout et que la tumeur pend, on aperçoit de chaque côté du pédicule, deux parties tendues faisant corde; c'est ce qui correspond aux deux cordons,
La partie antérieure de la tumeur présente deux sil- Ions principaux qui s'étendent sur la presque totalité de celte partie antérieure.
Le sillon droit est un repli inutile de la peau du scrotum.
Le sillon de gauche est plus important ; à sa partie supérieure se trouve l'orifice, non pas de l'urèthre, mais d'une sorte de conduit formé par le fourreau replié en dedans. Ce conduit vient de l'urèthre, je n'ai pu voir comment, mais on peut le deviner. Le sillon gauche est, dit le malade, l'endroit où primitivement on a fait l'incision pour diviser le scrotum en deux parties. Ce sillon mène en bas à des sillons secondaires qui séparent deux grosses masses dures, inégales.
liC plus souvent, rien n'indique que la partie supérieure du sillon gauche mène à l'urèthre.
Ce sillon gauche se divise en haut en deux parties et entre les deux sillons, on voit une petite languette faisant saillie; mais cela ne se voit pas toujours. Si on
S2â DE L^ÉLËPHANTIASIS.
écarte les parties B, C, on aperçoit une bride transversale, une sorte de pont.
I/urine s'écoule par le canal que j'ai signalé à la partie supérieure du sillon gauche.
La partie la plus supérieure au-dessus de l'urèthrc est saine.
• Nulle part, je ne puis loucher les testicules.
A la partie inférieure, la tumeur forme comme une série de nodosités volumineuses, dures comme du bois. A la partie supérieure c'est une sorte d'œdème mou; car si je prends une portion de la tumeur et que je la presse, jo fais filer la sérosité. La peau est énormément hypertrophiée, les papilles sont distantes d'environ l centimètre ; celle de la partie postérieure de la tumeur est plus souple qu'à la partie antérieure.
Cet homme dort sur le côté.
11 marche avec une grande difficulté ; il marche le haut du corps porté en arrière. Comme je l'ai déjà dit, il a une grosse ceinture qui entoure la taille, il prétend que cela le soutient dans la marche.
11 assure pouvoir de temps en temps encore exercer le coït ; ce fait serait curieux s'il était vrai, il prouverait qtie la maladie ne détermine pas l'impuissance.
Cet homme assure qu'à Daniiette, il est celui qui a l'éléphantiasis du scrotum le plus gros. Il me parle d'un certain Mohamed qui a aussi un éléphantiasis du scrotum.
DE L ÉLÉl'lIANllASlS. 3:23
8l»l-AeHMED-HA»EB« Fllii DE HA«-ACHMED-HA»Em
i3 juin \m^.
Vingt-cinq ans; cordonnier.
Son père a un éléphrAiiliasis du scrotum que j'ai décrit et dessiné.
Malade depuis cinq ans, il avait porté un objet lourd ; au bout d'un mois, la tumeur avait atteint son maximum de volume. C'est le testicule droit qui a été le plus gros, le testicule gauche a été malade aussi, mais après le testicule droit.
Depuis cinq ans la tumeur n'a pas grossi.
Il voit sa femme, il ne souffre pas ; cependant le testicule droit lui fait mal ; c'est le poids qui le tire.
Scrotum sain ; on lui a dit qu'il avait de l'eau, il a peur d'être piqué avec le trocarl.
Tumeur uniforme, non bosselée, non transparente, dure au toucher, très-lourde à soulever. J'ignore sa nature, elle paraît solide, peut-èlre est-ce de la syphilis !
On a une fausse sensation de premon facile^ mais c'est très-lourd, ce doit être solide. Le poids est troj) considérable pour que ce puisse être liquide. On n'observe la transparence d'aucun côté, il dit pouvoir voir des femmes, peut-être est-ce un hydrocèle avec épaississeihent considérable, ce que le poids semble exclure. Le pédicule de la tumeur est dur, tendu, aplati d'avant en arrière et tendu comme une corde.
Ganglions indurés aux deux aines.
Testicule droit gros comme la tête d'un enfant, dur,
lourd ; parois de la tunique vaginale épaissies, dures.
Verge tendue sur le haut du scrotum, elle fait partie de la moitié droite du pédicule de la tumeur.
Pas de transparence des deux côtés.
Les bourses sont très-lourdes.
Le testicule droit paraît être en bas, le malade dit quMl souffre peu à cet endroit.
Hauteur du testicule droit, 16 centimètres.
Diamètre transversal, 10 centimètres {pi. VI, fig- %'
On sent que l'enveloppe de la tumeur est tendue.
Rien à l'iris; je remarque cependant que celui du côle droit n'est pas parfaitement rond ; Tœil droit a été autrefois malade.
Pas de ganglions cervicaux.
Il a eu deux femmes et jamais d'enfants.
ABDEBAMAM-DEmuriCH
Trente-deux ans ; intelligent.
Né à Damiettc, il habite dans le quartier de Méntchille à côté de la boucherie.
Ni son père, ni sa mère n'ont eu la maladie.
11 a une femme qu'il a répudiée il y a trois ans, un enfant de quatorze ans qui n'a pas la maladie.
Malade depuis douze ans.
I/endroit où il demeure n'est pas humide, il mange beaucoup de poisson et beaucoup d'agagus. Il parait que les Arabes mangent du marsouin qu'ils appellent rfrtr-|i/.
DE L'ÉLÉPHANTIASÎS. 525
Avec la graisse du dar-fil on fabriqué de la pommade l>our traiter l'éléphanliasis.
11 y a douze ans, au début, figure énorme, fièvre, figure rouge; il avait mal à la tête, il ne pouvait bouger, il avait nml à la bouche, il a perdu quatre molaires , deux d'en haut, deux d'en bas. Il a eu, à plusieurs reprises, la fièvre, et la tête tuméfiée. Chaque fois qu'il avait mal à la tète, elle grossissait et il avait de la fièvre. 11 dit que les accidents qui lui revenaient tous les quatre à cinq jours à la tète, ressemblaient à ceux de la jambe.
Il y a huit ans, il a eu de la fièvre avec cette série d'accidents que nous avons notée chez les autres.
Il est resté chez lui cinq à six jours.
Dans la soirée du Ramadan, sa jambe gauche est devenue malade; la jambe droite n'a jamais été malade.
Il n'a jamais mis d'hommous, il prétend que beaucoup de gens en mettent et ne guérissent pas.
Les enfants n'ont jamais cette maladie ; il croit qu'il y a plus d'hommes malades que de femmes.
Il a quelqueiois des accidents deux fois par mois, d'autres fois il se passe six mois sans qu'il éprouve rien. Chaque fois que le mal arrive, il éprouve la même chose. Quand il a de la fièvre, la jambe devient plus grosse qu'elle ne l'est à ce moment ; elle rougit.
Le jour où la jambe gauche est devenue malade, il a eu le testicule droit pris. La jambe droite est saine, ainsi que la cuisse du même côté {pi. XI, fig. 4).
La partie inférieure de la cuisse gauche est un peu plus grosse que la partie inférieure de la cuisse droite: La jambe gauche est inégale, informe, grosse, comirc
526 Dt: L^ÉLÉPHANTIASIS.
on le voit dans le dessin où la jambe est de profil {pL XI, fig. 5). Le dos du pied gauche très-saillant, arrondi, un gros sillon entre la jambe et le dos du pied; deux à trois autres sillons secondaires; le bas de la jambe retombe sur le talon. Vue de profil, la partie antérieure de la jambe est elle-même inégale. Ganglions assez gros à Taine gauche. Jambe plus grosse en bas qu'en haut. Peau tendue, dure, dos du pied gros. Orteils sains.
Il ne sent pas la piqûi*e de l'épingle sur le côté externe de la jambe, mais il la sent en dedans de la jambe et sur le dos du pied.
11 parait que quand il fatigue, sa jambe devient grosse ; il en est de même s^H ma)vge du poifi$on quatre à cintji jours de smile; ses jambes augmentent alors de volume et il a les accidents ordinaires. C'est pour cela qu'il mange maintenant peu de poisson.
Il gagne par jour, en moyenne, trois piastres.
Un poisson salé coûte deux paras.
Avec un poisson de vingt parjis il y a à manger pour quatre personnes.
li'agagus coûte deux piastres, s'il est gros comme un poulet; on le fait cuire avec du riz. Il est bon, mais il sont le poisson. Le marsouin coûte trente paras le kilo et demi; cet homme me dit qu'il n'a pas mangé do marsouin.
Il prétend que le poisson ne fait pas mal aux dents mais il a les gencives dans un état déplorable, d'un rouge mat. Suppuration de la muqueuse alvéolo-dentaire, dents déchaussées; il attribue cela aux crudités, aux oranges et aux dattes.
DE L*ÉLÉPHANTiASIS. 527
Ilydrocèle légère à gauche. On sent le liquide contenu dans une tunique vaginale mince.
Des deux côtés, cordons sains.
Scrotum sain.
Il souffre davantage Tété que l'hiver ; il mange moins de poisson Télé que l'hiver.
Rien aux bras.
IIIJ8TAPBU-CVB1VBII • p^«-r
15 juin 1862.
Il ignore son âge, il parait avoir vingt-deux ans.
Il est né à Damielte, dans le quartier de Al-Kantara, c'est-à-dire dans le quartier du Pont (à côté de la boucherie et du petit four à poulets).
Ni son père, ni sa mère n'ont jamais eu les jambes malades. Il n'est pas marié.
Malade depuis quatre années.
Il mange, dit-il, beaucoup de poisson ; autrefois il en mangeait même sans pain. Il dit qu'ici on ne mange jamais le poisson cru, on le mange toujours cuit et avec du riz. Il n'a jamais goûté le dar-fil (marsouin). — Je ne sais si ce n'est pas plutôt bahr-fil^ c'est-à-dire éléphant de rivière, bahr^ fleuve, /î/, éléphant.
Au début de la maladie, la tèle lui tournait; il a eu froid, de la fièvre.
Chose extraordinaire : il a été malade un an pour sa jambe droite. D'abord il a éprouvé de la douleur à l'aine droite, puis la douleur est descendue le long de la
528 DE LÉLÉPHANTIASIS.
jambe du même cAté ; peu à peu la jambe est devemie rouge.
Pendant nne année, je le répète, il a été malade; il ne pouvait marcher alors qu'avec des béquilles.
Il assure que sa jambe n'a jamais été plus grosse que maintenant.
Il me raconte que, tous les quinze jours, tous les mois, — il ne peut préciser, — il est de nouveau malade.
Actuellement il souffre pour marcher. Jamais la jambe gauche n'a été atteinte, mais depuis son enfance il a le testicule gauche malade.
Jamais rien aux bras.
Personne de sa famille n'a eu d'éléphantiasis. État actuel. — A gauche. Cet homme porte deux tumeurs énormes, que l'on aperçoit extérieurement, l'une à l'aine gauche, l'autre au-dessous de la première, au niveau de la partie supérieure et interne de la cuisse gauche. En cet endroit, la peau est trés-épaissie, aussi les deux tumeurs font-elles une saillie considérable. Au-dessous de cette peau épaissie, on sent des ganglions indolents énormes. Là le malade ne souffre pas, même quand on comprime. Le membre inférieur gauche est sain.
Côté droit. 11 y a des ganglions douloureux à la pression à l'aine droite ; il existe encore des ganglions à la partie interne et supérieure de la cuisse. La cuisse et la jambe droite lui font un peu de mal. Je pique la cuisse et la jambe, et il éprouve de la douleur.
A l'aine et à la partie supérieure de la cuisse, la peau est facile à plisser; plus baS) elle s'épaissit, et à la partie
DE L^ÉLËfflANTIASrS. 52i)
inférieure de la cuisse elle forme une grosse masse qu'on ne peut plus plisser.
lia jambe est énorme et dure; elle présente d'énormes saillies et des plis profonds ; à la partie inférieure, ces saillies sont surtout considérables et elles présentent la dureté du bois.
Sur la jambe droite, on aperçoit des traces de mouchetures.
II existé un pli caractéristique entre la jambe et le pied, il y a aussi un autre pli entre le pied et les orteils.
Le dos du pied droit est arrondi et dur comme du bois, le pied est gros^ les orteils sont sains.
La jambe droite forme une grosse masse dure, inégale, ayant la consistance du bois. Cet homme a une véritable patte d'éléphant, ces bourrelets énormes de la jambe n'ont rien d'humain.
Il a deux hommous, l'un à la partie interne et supérieure, l'autre à la partie externe et supérieure de la jambe {pi. XI).
II ne peut tenir la jambe étendue et droite; il paraît boiteux; il semble que la jambe droite soit plus longue que la jambe gauche, mais cela tient à Tépaississement du pied droit. Dans le dessin, la jambe droite est un peu ployée [pi. XI, fig.i et 2).
Organes génitaux, — Le scrotum est sain.
Le testicule droit est sain aussi.
I^e cordon spermatique gauche est tendu à cause de la tumeur du testicule gauche.
A gauche, hydrocèle enkysté; au-dessous testicule
530 DE L*£LÉP1I.\NTIASIS.
ilur, fibro-plastique, et au-dessous du testicule deux kystes (pi. W, fig. i).
AMINMMB «•1JRIA« «kvMlw.
• Né à Damiette. Son père est Syrien, sa mère est de Trablé, à côté de Beyrouth.
Il est intelligent ; il parle assez le français pour se faire comprendre sans interprète.
Aucun de ses parents n'a eu celte maladie. .
Il habite un premier étage.
Il se nourrit comme les Arabes, il mange du poisson une fois tous les huit jours environ.
Il y a deux ans, étant à Damiette, il a eu pour la première fois sa jambe droite malade. II assure que d'abord il a souffert à l'aine droite; trois heures avant l'arrivée delà fièvre, il sentait, dit-il, dans l'aine une tumeur grosse comme un petit citron. Je n'ai pu savoir s'il sentait réellement ou s'il croyait sentir, mais je crois bien qu'il veut dire qu'il sentait réellement, 11 a souffert, dit-il, trois heures avant l'arrivée de la fièvre, puis la douleur est descendue à la jambe, qui est devenue rouge et douloureuse ; il ne pouvait marcher. Quand la fièvre est arrivée, il avait froid. Il est resté quatre à cinq jours couché avec de la fièvre.
Je me résume :
Douleur à l'aine trois heures avant la fièvre; à ce moment grosse tumeur à l'aine droite, bientôt fièvre qui l'oblige à garder le lit quatre à cinq jours, puis la
DE rf:LËI*iiAi\TIASlS. 551
(iouleur est descendue à la jambe, qui est devenue rouge et douloureuse.
Depuis ce temps, il était malade tous les quinze jours avec de nouveaux accidents inflammatoires. Cependant depuis quatre mois il va bien, il n'a plus d'accidents. Il porte un hommous à la partie supérieure et externe de la jambe droite, il dit que ça lui fait grand bien.
Il y a cinq mois, étant à Alexandrie, il a eu mal aux parties génitales. Il a eu de la fièvre, de la chaleur, mal à la tête. Le scrotum est devenu gros. et dur comme de la pierre; à ce moment il était rouge. La peau des bourses, que les Arabes appellent fct/k, était seule malade. Le scrotum était rouge, gros, tendu, douloureux. Le malade dit qu'il y avait une infiltration de sérosité dans le scrotum ; on a fait de petites mouchetures qui l'ont beaucoup soulagé, et depuis il n'a plu§ eu d'accidents de ce côté.
Au moment de l'accident, il n'avait pas d'écoulement blennorrhagique ; le scrotum était gros comme la tête d'un enfant; il a appliqué sur les bourses de l'acétate de plomb en solution, cela lui a fait grand bien. Le scrotum a repris son volume ordinaire, mais non pas son aspect ordinaire.
État actuel. — Côté droit. A l'aine droite je sens des ganglions gros, nombreux, indolores; ils sont placés au niveau de l'extrémité supérieure de la saphène interne.
La peau de la cuisse est saine, ainsi que la peau du genou.
La jambe est grosse, dure, la peau est tendue. Les
332 DE I/ÉLÉPHANTÏASÏS.
deux malléoles, surtout l'externe, sont très-saillanls La jambe est rouge.
On voit deux plis à la partie antérieure du cou-div pied; le supérieur ne s'étend pas de gauche à droite, sur toute la largeur de la jambe; l'inférieur est complet.
Le pied droit est très-gros, surtout au niveau du dos du pied.
En appliquant fortement le doigt sur la jambe droite, qui est tendue et dure, le doigt pénètre et son impression est conservée.
Souria dit souffrir de la jambe droite, mais je le yois marcher dans la journée. La jambe a été plus grosse que maintenant au moment des accidents.
Côté gauche. Parfaitement sain; pas de ganglions à Faine; rien à la cuisse, ni à la jambe, ni aux pieds, ni aux orteils.
Il souffre également des deux jambes quand je le pique avec une épingle.
Il me dit qu'il a remarqué bien des fois que lorsqu'il portait des bottines à élastiques, son pied diminuait de volume.
Il me raconte qu'ayant été au Senil (?), immédiatement il avait éprouvé du soulagement; sa jambe avait diminué, mais elle était redevenue grosse en revenant i Da miette.
Dans ce que Souria m'a dit, on saisit une indication thérapeutique. Chaque fois qu'il a été au Senil {^)y^^ jambe a diminué de volume. Comme il ne mange pas beaucoup de poisson, je conclus que les malades devraient être envoyés dans un endroit sec au lieu de
DE L^ËLÊPHANTIASIS. 353
rester dans un lieu humide. Le Senil est en plein désert de Suz; peut-être y a-t-il aussi pour lui changement de nourriture.
Il dil aussi que ses jambes diminuent quand il met des botlines élastiques; cela montre encore les bons résultats que l'on retirerait de la compression. Je dois dire qu'avant d'avoir vu Souria, j'avais recommandé cette pratique au passementier du bazar, et je lui avais appliqué des bandelettes; mais il faudrait de vrais bas lacés.
Organe» génitaux. — Souria a la verge bien conformée. La moitié du scrotum est à l'état normal, mais au niveau de la moitié inférieure la peau se modifie dans sa structure. Elle semble renfermer dans son épaisseur de petites tumeurs arrondies, transparentes, juxtaposées; aussi le scrotum a-t-il l'air d'une énorme mûre. Chacune de ces petites tumeurs arrondies ressemble à une vésicule pleine de sérosité; c'est le cas du reste. Ces vésicules, dont j'ai bien indiqué le volume dans un dessin, sont plus grosses, plus tendues, plus pleines à la partie inférieure du scrotum. Elles ont chacune un reflet brillant. Si on les presse, elles se rident, car on fait filer la sérosité qu'elles contiennent dans les cavités voisines, et ces cavités comprimées sont vides et flasques. Les vésicules me paraissent disposées comme dans le dessin qui précède (p/. VI, fig. 1). La sérosité est contenue dans les mailles du derme formant des cavités.
Sans ces vésicules, la couleur du scrotum ne serait pas changée.
534 DK L^ËLÊIMIâNTIASIS.
Quand je pique une de ces vésicules, elle se ride immédiatement, la sérosité s'écoule, et d'autres vésicules se rident encore. Il sort beaucoup de sérosité.
Quand je presse une partie du scrotum, la sérosité abandonne la partie pressée et le scrotum est tout aplati dans la portion comprimée.
Ceci doit être un mode de guérison de Téléphantiasis du scrotum ; car Souria a eu certainement un éléphantiasis aigu du scrotum, et il a été guéri.
Mode de guérison encore incomplet cependant.
Son ami le lampiste chrétien, que j'ai vu à Daniielte, avait le scrotum dans le même état, mais très-gros cl déformé. Je ne l'ai vu qu'une fois, car il n'a plus voulu être examiné ni dessiné.
Peut-être Souria est-il à une des premières périodes de l'éléphantiasis du scrotum ; je ne puis l'affirmer cependant, n'ayant pas étudié les diverses stades de celle maladie, mais je penche pour cette opinion.
Ce qui me fait penser ainsi, c'est que le lampiste présentait le même état, mais un peu plus avancé; c'est que des gens plus malades que j'ai vus offraient non plus des vésicules, mais des masses dures, infiltrées de sérosité. Je crois qu'il se fait, à mesure que la maladie avance, un épanchement autour de ces vésicules, et, au lieu de celles-ci, on a plus tard des masses dures, inégales, contenant plus profondément de la sérosité qui s'écoule difficilement quand on pique. Alors, comme je l'ai déjà indiqué, au lieu de ces vésicules limitées par une peau amincie, on a de la sérosité contenue dans des cavités circonscrites par un tissu épais, inégal, et pre