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HASCHISCH

Lés Arabes écrivent ce mot ainsi : hachiche.

Les Français écrivent : hanchnch.

En arabe, le mot hachiche veut dire : herbe, d'une manière générale.

. On applique le mot haschisch au Cannabis Indka.

Le haschisch pousse dans toute l'Egypte; mais surtout dans la haute Egypte. C'est une variété de chanvre qui est chétive et détériorée. •

On appelle hachach, les fumeurs de haschisch.

L'espèce de pipe dans laquelle on fume le haschisch s'appelle gosé.

Les gens qui prennent du haschisch vont dans des.

cafés afin d'avoir de la société; les uns fument, les autres mangent des préparations de haschisch.

Les bractées de la plante Cannabis Indica constituent le haschisch.

Le chiré est une matière résineuse pulvérulente que Ton réduit en pâte au moyen de Teau, et que Ton grille sur les cendres après Tavoir comprimée dans du papier pour en faire des tablettes.

Extraction de haschischine. — On nettoie les bractées pour enlever les matières étrangères, on nettoie avec de Teau, puis on les fait bouillir avec du beurre fondu [mmne) pendant trois jours dans un vase hermétiquement fermé.

Quantité employée :

Haschisch 100 parties.

Beurre fondu 50 parties.

On comprime le produit dans une presse, pour en extraire le beurre chargé de haschischine que Ton appelle dounheh. On fait cuir le beurre pour lui enlever son odeur désagréable ; c'est de ce produit qu'on fait les préparations suivantes :

N" 1. — Dawamisc (remède musqué). — On Tappelle ainsi parce qu'autrefois on y faisait entrer du musc.

N"2. — Garaunsch (M. Nado ignore sa signification).

N** 3. — Hemdi (Indien). — Hemdi veut dire Indien, du nom de l'inventeur de cette drogue, qui était un Indien.

N" 4. — Mourabhit Gozettib (conserve de noix muscade). — Maurabet (conserve), GozeUib (noix muscade).

N" 5. — Magoum el ward (pâte de roses). — Magoum veut dire électuaire. — Mourabbit el ward (conserve de roses).

N* 6. — Habb el zafaran (pilule de safran). — Habb veut dire pilule.

N" 7. — Roumi (Grec). — Drogue inventée par un Grec probablement.

PRéPARATION DE CES DROGUES.

N* I . — Préparation du daivamûc:

Sucre 20 livres.

Miel 10 livres.

Dounheh (beurre de haschischine). 6 livres.

On fait dissoudre le sucre dans une quantité convenable d'eau, on y ajoute le miel, on fait évaporer sur le feu, ensuite on ajoute le dounheh, on sort du feu lorsque le dawamisc acquiert la consistance des conserves.

On peut en prendre deux à trois onces, suivant les individus.

N"* 2. — Préparation du garawisch :

Sucre 10 livres.

Noix muscade 1 livre.

Cannelle 1 livre.

Girofle 1 livre.

Lentisque 2 onces.

Boutons de roses non épanouies. . . 1 once.

Cardamou 1/2 once.

Dounheh 1 livre.

Cardamon: Àmomum Gardamomum (nom scientifique). Les Arabes l'appellent Habbaham.

Lenlisqtie : le lentisque est une matière résineuse qui .s'écoule de l'arbre appelé en latin PUUuhia lenti^cm L

On pulvérise les substances solides indiquées ci-dessus; on fait dissoudre le sucre dans une quantité d'eau convenable, on ajoute la poudre composée des matières indiquées.

On coule sur une tablette de marbre ; au bout d'une demi-heure, la préparation a la consistance solide; alors on la réduit en morceaux.

On peut en prendre 1 once.

N* 3. — Préparation du hemdi:

La même que la précédente; mais on n'ajoute pas les substances aromatiques.

La drogue se compose de sucre et dounheh, tout simplement.

N"" 4. — Préparation du mourabit gozettib :

Hiel 10 livres.

Noix muscade 2 livres.

Cannelle 4 livre.

Boutons de roses non épanouies. . . 1/4 livre.

Noisettes 2 livres.

Amandes douces privées de pellicule. 1 livre.

Lentisque 2 onces.

Cardamou. . 5 onces.

Dounheh. . . .• 1 livre 1/2

On pulvérise les matières solides; on met le miel sur le feu, on en ôle l'écume, on y ajoute les poudres, ensuite le dounheh, mais après avoir ôté les préparations du feu .

Quantité employée :

1/4 once pour le coït.

1/2 ouce pour se distraire.

N* 5. — Préparation du magoum el ward :

Boutons de roses non épanouies. . . 5 livres. Sucre. , ^ 10 livres.

On ne garde que les pétales des roses, que l'on mêle avec le sucre, et qu'on malaxe entre les mains. On met le tout, ensuite, dans un vase de porcelaine, et Ton l'expose à l'action du soleil et de la rosée pendant quatre-vingts jours, c'est-à-dire qu'on le laisse quatre-vingts jours(nuit et jour) dans un vase débouché, à l'air, et exposé ainsi au soleil et à la rosée.

Si on veut préparer cette conserve par la chaleur, on fait cuire d'abord les pétales des roses dans de l'eau en vase clos ; on passe ensuite dans un linge pour extraire l'eau, puis on ajoute à l'infusion de roses deux fois autant de sucre qu'il y a d'infusion de roses. On met sur le feu, on ajoute les pétales qui avaient servi à faire l'infusion, et enfin :

Une livre et demie de dounheh pour quinze livres de conserve.

Dose:

1/2 once à 1 once.

La méthode à chaud est employée pour obtenir rapidement cette conserve.

N'' 6. — Préparation du habh el zafaran :

Safran (ihagrabic) 5 gros.

Lissan el asfour 1 gros 1/2

Felfelabiab lgrosi/2

Felfel asouad 1 gros 1/2

Oiid carch i gros 1/2

Afioum 6 gros.

Eau de roses quantité suffis.

Magrahic. — Qui vient de l'Occident de Magreb (Occident), par rapport à TÉgypte.

Felfelabiab. — Felfel (poivre), abiab (blanc).

Felfel asotuid. — Felfel (poivre), asouad (noir).

Oud carch. — Oud (tige). Gela veut dire pyrèthre.

Afioun. — Veut dire opium.

Lissânelasfour. — Lissân (langue), asfour (moineau).

Nom de la plante: Fraxinus ornus L.

On mêle le safran avec Topium, on le fait macérer dans Teau de roses en un vase de porcelaine. On pulvérise les matières solides, qu'on ajoute au macératum, après avoir ajouté une demi-once de gomme pulvérisée, on réduit en pilules de la grosseur demandée. — Ces pilules ralentissent l'action du coït; on les emploie alors comme narcotiques. Les gens du pays s'en servent aussi pour avoir des hallucinations.

Dose :

De 5 à 15 pilules, suivant le tempérament et les habitudes.

N* 7. — Préparation du roumi :

Mélasse iO livres.

Haschisch (bractées de) 5 livres.

' On fait griller les bractées de haschisch comme le café, sur le feu, dans un plateau en cuivre, jusqu'à ce qu'elles acquièrent une couleur jaunâtre; on les pulvérise dans un mortier en cuivre, on les tamise et on ajoute la poudre à la mélasse. On met sur le feu jusqu'à ce qu'on ait obtenu la consistahce de conserve. Dose:

De 3 gros à \ once pour le coït.

Les bractées de haschisch ne sont pas employées en nature, mais les pauvres les coupent comme on coupe le tabac, les mêlent à ce dernier et les fument en cet état.

Le cocher disait que quand on prend du haschisch à jeun, il excite l'appétit à un point tel qu'on mangerait un mouton entier.

Quand ou s'endort, on est dans un sommeil léthargique qui pourrait, dit-il, durer deux jours.

Le htischisch excite les femmes, ralentit l'acte du coït, la femme éprouve plus de plaisir, elle paraît plus belle, plus jolie.

Les gens du peuple prennent du haschisch.

Toute la basse classe prend du haschisch.

On fume plus le haschisch qu'autrefois.

26 octobre 1861.

' On fait des dattes haschischées en les faisant cuire avecdu dounheh.

Le marchand de haschisch que je connais en mange.

Il en a l'habitude, cela lui est nécessaire pour lui ouvrir Tappétit et aussi, dit-il, pour mieux dormir.

Le principal endroit où Ton vend le haschisch au Caire, est au Morstan, à côté d'une mosquée qui autrefois renfermait les aliénés. Là, il y a neuf boutiques qui ne débitent que des préparations de haschisch.

Il y a une boutique pour pareille vente à Sitezenac, une autre vers le Metouali, et euTiroa une boutique par quartier.

On active l'action du haschisch en prenant du café noir peu après avoir pris le haschisch.

J'ai oublié de prendre les préparations suivantes :

1° Chirp.

2° Baïad (c'est-à-dire mélange de sucre blanc avec du dounheb). d^ Dattes mêlées de haschisch. 4** Dragées contenant du haschisch.

5** Barsh , préparation destinée à amener le ralentissement du coït.

Avec le scenque, espèce de lézard qui vient du Soudan ou de l'Abyssinie (je n'ai pu le savoir exactement), ou fait une drogue destinée à faciliter l'érection. Dans cette drogue, on fait entrer de l'agate, des perles et de la verge de crocodile. Pour cela, on rapporte de la haute Égj^pte des morceaux de verge de crocodile desséchés; le marchand de haschisch doit m'en montrer; on n'a jamais la verge entière.

Dans tout le Caire, on prend le haschisch au café, qui s'il ne vendait pas le haschisch aurait peu de pratiquesi Les fumeurs apportent leur haschisch, mais les maîtres

du café en vendent; il y a économie à l'apporter soimême.

L'usage du haschisch s'est répandu dans les villages ; les enfants commencent à en prendre. Les femmes n'en usent pas, excepté celles qui font la vie ; un mari ne le permettrait pas à sa femme.

L'usage du haschisch se généralise de plus en plus ; pour ceux qui en usent il devient un besoin impérieux.

19 janvier 1862.

Je vais avec M. Godberg dans un magasin où on vend du haschisch. Il faut demander des renseignements à un jeune marchand ; un vieux ne voudrait rien dire.

Il parait que le marchand prétend que dans aucune préparation de haschisch, il n'entre de cantharides : cela est dans son intérêt.

M. Godberg croit que le meaouïat en contient.

Il y a une préparation qui s'appelle baïad (blanc) .

Le marchand me vend des pilules appelées habé-amber. Ces pilules qui sont noirâtres procurent une ivresse légère; elles ne donnent pas de sommeil; elles empêchent de terminer trop rapidement le coït ; elles donnent des érections ; la dose est de quatre à cinq pilules.

Le marchand dit que Ton doit donner par trois drachmes toutes les préparations de haschisch ; or, me dit M. Godberg, la drachme vaut trois grammes»

Après avoir avalé les pilules de habé-amber^ comme après toutes les autres préparations de haschisch, il ne faut pas boire de l'eau d'une heure au moins ; cela dé*

Iruirait l'elîet, dit le marchand, mais ou peut boire du café.

Le marchand assure que la limonade n'enlève pas plus * l'ivresse que Feau simple.

C'est M. Aubert Roche qui m'avait dit que l'ingestion d'un verre de limonade faisait cesser l'action du haschisch.

Le marchand affirme que les pilules de habé-araber se conservent une année au moins ; il assure que les préparations de haschisch peuvent durer même dix ans; seulement elles deviennent rances.

Le haschisch que l'on vend sous la forme de plaques verdàlres s'appelle hendi ; la préparation noire s'appelle roumi.

Le dawamisc se présente sous la forme d'une pâte verdâtre.

Le garawisch sous la forme de plaques, couleur chocolat clair; comme à la cassure on aperçoit des points noirâtres, nous pensons que le garawisch contient de la poudre de cantharides.

Pour savoir quelle dose de haschisch on doit prendre, dit le marchand, on doit faire des essais; les doses varient suivant les individus.

Je vois un deuxième marchand de haschisch :

Il me dit que l'on tamise les feuilles et les fleurs. U ]X)udre qui passe dans le tamis est donnée aux fumeurs; on fait cuire le reste avec du beurre et de l'eau ; il parait que le beurre fixe parfaitement la partie active du haschisch.

M. Godberg dit que la teinture de haschisch qu'il a vu

faire avec du haschisch et de Talcool rectifié, peut être donnée à la dose de dix gouttes environ. Elle est d'abord verte; mais plus tard, elle change de couleur et devient transparente ; il parait qu'alors elle a perdu de sa valeur. Le marchand affirme qu'on ne met des cantharides dans aucune des préparations de haschisch ; cela parait douteux à M. Godberg. Ils y mettent, suivant la préparation, de l'ambre, du safran, du musc, de la noix muscade.

Le marchand nous dit que le haschisch seul ne porte pas beaucoup aux rapprochements sexuels, mais il en est autrement quand il contient de l'ambre, du safran, du musc, de la noix muscade.

Il partit que le méaoulat est la préparation de haschisch qui excite le plus aux rapprochements sexuels. Le méaouïat est une pâte couleur chocolat. Le garawisch vient après, puis le roumi. Enfin les autres préparations ont une action égale.

Le marchand de haschisch dit que pour les hommes réellement impuissants, il n'y a aucune préparation qui puisse les guérir.

Je me rappelle qu'un jour, étant chez Adèle, je vis chez elle des clous de girofle. Il paraît que les femmes et les hommes mâchent des clous de girofle pour s'exciter aux rapprochements sexuels.

Aujourd'hui dimanche 19 janvier 1862, vers trois heures, je prends une pilule d'habé-amber. Peu après, je me sens étonné, j'éprouve quelque chose dont je ne puis me rendre compte ; je descends à la promenade, mais à chaque instant j'ai peur de tomber.

351 appendice:

Tous les objets sont bien à leur place, mais j'ai peiiie à marcher.

Je n'ai pas d'érections.

Revenu dans ma chambre, je bois de la limonade vers cinq heures; la limonade me semble faire tout cesser, je dîne parfaitement tranquille, et la nuit j'ai bien dormi.

Après la pilule et après m'êlre un peu reposé, j'ai pu lire, mais sur la promenade j'hésitais, je ne savais si je devais aller sur l'Esbekieh ou revenir sur mes pas. Cependant j'ai pu faire un petit trajet au milieu du public; j'avais peur de tomber ou de faire quelque chose d'extraordinaire.

Lundi, 90' janvier.

Avant de me mettre au lit, j'ai pris à la (ois deux pilules d'habé-amber. Aussitôt j'ai éprouvé de l'étonnenicnt et j'ai eu une violente érection sans désirs vénériens. Je sentais quelque chose d'extraordinaire en moi, sans me rendre bien compte de ce dont il s'agissait* Je nie suis endormi ensuite; j'ai dormi sans rêves.

Mardi, 21 janvier.

J'ai pris à onze heures du soir quatre pilules d'habéamber, qui ne m'ont absolument rien fait. Dans la journée, j'avais éprouvé quelques douleurs au niveau de l'estomac. Je me demande si cesdouleurs, qui étaient une sensation de cuisson que j'éprouvais vers deux heures on buvant un verre de raspail, je me demande, dis-je, si ces douleurs ne provenaient pas d'une certaine quantité

de poudre de caiitharides, qui, mélangée aux pilules, aurait enflammé mon estomac.

Cette nuit, j'ai dormi très-bien sans rêves ni érections.

2 avril.

Les hachach sont les warchedie, c'est-à-dire les hommes qui travaillent dans les fabriques soit de coton, soit de sucre ; il vont au café pour prendre le haschisch.

Les hachach ont le teint jaunâtre.

Les femmes honnêtes ne prennent jamais de haschisch.

Les personnes distinguées n'en usent pas non plus, elles en prennent en cachette soit chez elles, soit dehors.

24 avril

Chez un marchand de haschisch, M. Godberg essaye de fumer une cigarette qui lui a été préparée ; bientôt il me dit avoir des vertiges. Pour préparer la cigarette, on a mis de petites boulettes de chiré en bâtons dans une cigarette. J'en ai vu faire en réduisant en fils le morceau de chiré et en mettant un fil dans la cigarette.

Le marchand de haschisch me dit que la dose est difficile à désigner pour chaque individu ; en effet, je vois entrer un homme qui vient chercher du dawamisc, il en prend au moins ce qui ferait de l'effet à quatre personnes.

Notre cocher (Mouchemel) en a pris devant nous, il y a trois jours. Pendant le reste de la journée, il conduisait ses chevaux, mais il était magnoum, La police lui avait défendU) dès le matin , de stationner devant le

marchand de haschisch ; eh bien, plus tard, nous Tavons vu revenir à plusieurs reprises, circuler dans le Gancalil; il avait pour idée fixe d'y circuler malgré la police.

Il est assez curieux de stationner devant une boutique de marchand de haschisch. On voit les hachach qui viennent chercher leur provision ; parfois, ils l'avalent devant vous; d'autrefois, ils la conservent pour le soir. L'acheteur donne au marchand la somme d'argent, celuici saisit avec ses doigts un peu de la pâte demandée, en fait une boule qu'il pèse, qu'il met sur papier et qu'il arrange avec assez d'art; le marchand de haschisch emporte avec lui une odeur de haschisch très-prononcée.

24 novembre.

M. Aubcrt Roche que je rencontre me dit que le haschisch dont il s'est servi pour ses expériences était delà pâte jaune, qui, avec le temps, s'était durcie et était devenue comme la pierre ; il me dit l'avoir conservée dix années. *

M. Aubert Roche me dit que le haschisch fumé ne donne pas les mêmes résultats; il peut donner lieu à des hallucinations furieuses.

Pris à l'intérieur et seul, le haschisch n'excite pas au rapprochement sexuel, mais si vous êtes avec une dame, il vous y pousse.

M. Aubert Roche a vu une personne qui, après avoir pris du haschisch, croyait avoir dans les mains des chirurgiens.

M. Aubert Roche a vu deux femmes guérir; Tune avait

une névralgie de la face, l'autre une névralgie de Tépaule.

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