LES BAS-RELIEFS' D'ABYDOS
il faut avoir vu, vers dix heures du matin, par un beau jour de février, le Pharaon et les trois déesses ses compagnes (lig. 352), pour comprendre jusqu'à quel point l'art égyptien, si morne en apparence, peut s'animer de vie et de tendresse exquise.
L'atelier funéraire, distinct de celui de Karnak, persista sous les successeurs de Sétoui. Nous lui devons le Memnonium de Ramsès 1 1 en Abydos, à demi rasé aujourd'hui, et ce qui nous y a été conservé des scènes de sacrifice et de la bataille de Qadshou nous ap-
FiG. 356. — Le Sésostris combattant,
A Ibsamboul.
{Cliché Oropesa.)
FiG. 355. — Scène du to.mbeau
DE Siphtah-Ménéphtah.
(Cliclié Weiffall.}
prend qu'à l'occasion il était capable de hardiesse. Après l'avoir terminé, il revint à Thèbes, et opérant principalement sur la rive gauche, il s'y consacra à la décoration des hypogées royaux :
celui de Ramsès H vaut presque celui de Sétoui r*, et l'on rencontre chez Ménéphtah, chez Setouî 11 (fig. 353), chez Siphtah-Ménéphtah, des figures isolées (fig. 354) et des scènes (fig. 355) qui prouvent qu'il posséda pendant longtemps
FiG. 357. — Une des hlles
DE RaMSÈS II.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
des artistes de valeur. On perd sa trace après Siphtah, et probablement n'existait-il plus sous Ramsès 111, au début de la XX' Dynastie.
L'époque de Ramses 11 a été considérée souvent comme le commencement de la décadence artistique :
rien n'est moins équitable que ce jugement. Ramses 11 a beaucoup construit pendant son règne de soixante-sept ans, et il a employé forcément tout ce qu'il avait d'artistes, mauvais ou bons, pour satisfaire aux exigences de sa manie monumentale : où qu'on aille en Egypte, on est presque assuré de rencontrer une stèle qui porte son nom, une statue, un bas-relief votif, une chapelle, un temple. C'est, pour la plupart, l'œuvre des ateliers locaux, et elle vaut juste ce qu'ils valaient : en Nubie, par exemple,
on imagine difficilement a quel point de maladresse et de barbarie
sont descendus les manœuvres qui ont
mis la main aux hémispéos de Derr et
d'es-Sebouà. 11 serait inexact pourtant
de déclarer que, même là, on sente la
décadence : il ne saurait y avoir de décadence où il n'y a point d'art, et c'est le
cas dans ces deux temples. Si l'on veut
apprécier avec justice l'âge de Ramses 1 1 ,
il faut letudier où il entretenait des
équipes constituées, a Thebes et dans
les dépendances de Thebes, en Abydos,
à Memphis, à Tanis : on verra qu'il y
fait très bonne figure à coté des âges
précédents. Les bas-reliefs triomphaux
de Louxor, de Karnak, du Ramesséum,
d'ibsamboul, qui tous représentent la
bataille de Qadshou, ont une allure l* ig. 358. — Statue
magistrale, et l'artiste ou les artistes qui ^^ albâtre de Ramsès II.
^ , . . ,. (Musée de Turin.)
les ont composés y ont témoigné dune (cuché Aiinari.)
LE SESOSTRIS COMBATTANT
FiG. 35g. — RÉPLIQUE du Ramsès II
DE Turin.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
grande fécondité d'imagination, lorsqu'il s'est agi pour eux d'adapter ce sujet, toujours le même, aux conditions assez variées qui résultaient, dans chaque localité, de la forme et de l'étendue des panneaux à couvrir. Les bas-reliefs religieux demeurent plus dans le convenu ; ils gardent pourtant une tournure excellente à Thebes. S'ils faiblissent un peu dans divers endroits du Memnoniumd'Abydos, c'est que, après avoir rappelé les ateliers de Sétoui V à la capitale, Ramsès II dut utiliser un atelier local qui ne les valait point. Dans la Nubie, à Ibsamboul et à Béît-Oually, où il déporta des artistes thébains, la sculpture conserve partout une tenue solide : Ibsamboul possède ce que Champollion déclarait être, non sans justice, le chef-d'œuvre du bas-relief égyptien, le Sésostris combattant (lîg. 356), Il est d'aspect un peu fruste, par la faute du grès, qui est de texture grossière, mais la composition et le dessin en sont d'une perfection rare. Le roi a terrassé déjà un chef libyen, et, le foulant aux pieds, il empoigne par le bras et perce de sa lance un autre chef :
tous ses muscles sont bandés par le mouvement qui l'enlève, et son corps entier, lancé à outrance, participe à l'effort sous lequel il abat l'ennemi.
Celui-ci n'appartient déjà plus à notre monde. Ses
FiG. 36o.
- Les deux colosses du côté sud, a Ibsamboul. (Cliché Béato.)
FiG. 3ÔI. TÈTE COLOSSALE
DE Ra.MSÈS II.
(Musée du Caire.) (Cliché E. lirugsch.)
n'a été analysée avec autant de science, ni manifestée avec une énergie pareille.
La statuaire n'égale peut-être pas le basrelief, bien qu'elle nous ait légué quelques pièces fort agréables , le portrait d'une des
paupières battent, sa bouche se relâche, sa tête se tasse et se renverse, ses jambes mollissent, ses genoux plient. Le peu de vie qui lui reste s'est réfugié dans le buste et palpite faiblement sous la pointe aiguë qui pénètre les chairs : sitôt que le vainqueur le laissera aller, il s affaissera d'un bloc, et il ne bougera plus.
Jamais l'action de la mort violente, qui délie du coup l'homme entier et l'effondré inerte sur le sol.
FiG. 362. — Ramsès IV