LES COLOSSES D'IBSAMBOUL
FiG. 364. — TÈTE DE Pharaon
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsck.)
d'une réplique au tiers en granit (fig. 359), que Legrain recueillit naguère dans la favissa de Karnak. Il en est de même certainement des colosses du Ramesséum et d'Ibsamboul. Ceux du Ramesséum ont trop souffert pour qu'on puisse s'émerveiller d'autre chose que de leur énormité ; mais ceux d'Ibsamboul méritent pleinement l'enthousiasme qu'ils inspirent aux voyageurs. Je les ai étudiés de nuit et de jour, sous tous les angles et sous tous les jeux de la lumière (fig. 360). Le matin, dans la pâleur de l'aube, ils semblent sonder l'horizon lointain d'un regard sombre et dur : bientôt pourtant, quand le soleil, glissant sur le versant de la montagne, a gagné leur visage, leurs yeux s'éclairent, leurs lèvres frémissent et sourient, et l'on dirait, pendant un mstant, qu'un frisson de vie contenue court sur leur corps. On se demande comment le maitre qui les devisa réussit à leur donner des proportions aussi exactes, sur une berge où il n'avait
point de recul, et où il ne commença à bien juger l'effet de son oeuvre qu'après que l'exécution en était déjà très avancée. Et ce qu'il y a en eux de plus extraordinaire, c'est l'art avec lequel ils s'harmonisent au paysage :
on ne les conçoit pas ailleurs, et l'on n'imagine pas qu'étant là ils eussent pu être en rien autres qu'ils ne sont. On se figure difficilement ce qu'étaient les colosses de Memphis ou de Tanis :
placés comme ceux du Ramesséum dans les cours d'un temple, ils étaient hors de proportion avec les statues ou avec les édifices qui les environnaient, et ils ne se fondaient pas har- FiG. 365. — Le prêtre monieusement, comme ceux d'Ibsam-
,„ ^A !''*^^'. , boul, dans l'ensemble de la construc-
(Musée du Caire.) . ' , , . ,
(Cliché E. Brugsch.} tion. Ils n en ont pas moins des qua-
tiG. 36Ô.
Une paroi de l'hypogée de Paiirai A el-Kab.
(Cliché Insinger.}
lités de facture qui ne nous permettent pas de les oublier ; les plus célèbres d'entre eux, YAbou'I-hôl de Mitrahinéh, et celui duquel fut détachée la tête énorme du musée duCaire(fig. 361) ne sentent nullement la décadence. Celle-ci ne se révéla vraiment qu'après la
mort de Ramsès II, pendant les guerres civiles et les invasions étrangères qui désolèrent les dernières années de laXIX*^ Dynastie. Elle
était très marquée déjà sous Menephtah (fig..363)
et surtout sous Ramsès III, qui copia lourdement et gauchement son illustre ancêtre. Les
sculptures de Medinét-Habou ne soutiennent
pas la comparaison avec celles d Ibsamboul ou
de Louxor, bien que tels tableaux, ceux de la
chasse au lion et de la chasse à l'urus, par
exemple, soient enlevés d'un beau mouvement :
il est probable qu'ici le goût du souverain nuisit
au relèvement de l'école. Après lui, sous la
XX"^^ Dynastie, quelques morceaux sont encore
dignes d'estime sans dépasser de beaucoup la
moyenne, ainsi une tête de Pharaon casqué,
aux grosses lèvres, au nez prodigue, aux yeux
brides (fig. 364), et un petit groupe en granit
de Ramsès VI amenant un prisonnier libyen au
dieu Amon (fig. 362) ; la démarche du Pharaon
a de la fierté ; la pose contrainte du barbare est
observée habilement, et le mouvement du lion
en miniature qui glisse entre les deux personnages a été interprété avec le naturel habituel
aux Egyptiens lorsqu'ils dessinaient les animaux.
Img. 367.
Colosse
DE Ramsès II.
iMtisée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.t
— LA STATUAIRE THÉBAINE SOUS LA X X' DYNASTIE —i
Le prêtre au singe (fig. 365), ou, pour l'appeler par son nom, Ramsèsnakhouîti, premier prophète d'Amon, est accroupi, et, d'une mine abstraite, il étudie des formules sur un rouleau étalé devant lui en travers de ses jambes. Un
petit cynocéphale velu, le dieu Thot, lui perche sur les épaules et ht avec lui par-dessus la tète. 11 était difficile de coordonner l'homme et la bète d'une façon qui ne fût pas disgracieuse : le sculpteur s'est tiré d'affaire à son honneur. Le prêtre plie légèrement le cou, mais on sent
que le singe-dieu ne lui pèse point : celui-ci de son côté se dissimule à moitié
FiG. 368.
Phtah me.mphite.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
Fig. 369. — La triade
d'Héracléopolis.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.)
thébam, mais avec plus de liberté que chez le Ramsès VI : tandis que celui-ci est issu de l'un des ateliers royaux, l'homme au singe est originaire sans doute de l'un des ateliers privés qui fonctionnaient à Karnak.
L'école thebaine, qui avait fourni des destinées si brillantes tant que Thèbes maintint son ascendant sur l'Egypte, déclina rapidement lorsque
derrière la coiffure. C'est bien le style
imgi
Fig. 370. — Fragment d'un bas-relief
Memphite.
(Musée du Caire.) (Cliché Quibell.)
le pouvoir politique et militaire dévolut aux cités du Nord. Quelles formes particulières l'art avait revêtues dans les provinces pendant ces longs siècles, il n'est pas possible de le dire avec certitude, faute de monuments en nombre suffisant. Les bas-reliefs des hypogées d'el-Kab (fig. 366) et des temples d'Eléphantine semblent mdiquer que celles du Sud étaient sous l'influence thébaine, comme aussi celles du Centre, s'il en faut juger par le colosse de Ramses 1 1 qui provient d'Hermopolis (fig. 367) et par la triade d'Héracléopolis (fig. 369). L'école memphite prospéra ; on le seiit par les inscriptions qui nous apprennent combien de temples les Ahmessides et les Ramessides construisirent ou restaurèrent dans la seconde de leurs capitales , mais , à l'exception des quelques colosses de Ramsès 1 1 dont j'ai parlé plus haut, et des deux
grands Phtah qui sont au musée du Caire (fig. 368), nous ne possédons presque rien qu'on lui attribue avec certitude. On croit
discerner dans plusieurs statues les traces de l'influence thébaine, et celle-ci n'est pas douteuse sur les bas-reliefs des tombeaux contemporains qui sont conservés au Caire. Ne dirait-on pas que ce personnage (fig. 370) sort de chez Houîya ou
de chez Khâmhaît ?
Fig. 372. . — Le transport df,s offrandes i . , .
DEHAR.MÎNOU. ^es scènes de vie
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.) domestique et de fu-
FiG. 871. — Le cri des funérailles au tombeau
DE Harmînou.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch. )