‹ ÉgypteChapitre 136 sur 185 · LES CRYPTES, LES VARIATIONS DES COLONNES · texte numérisé non relu

LES CRYPTES, LES VARIATIONS DES COLONNES

enté dans son domaine réservé, pas plus qu'il ne la souffrait dans son domaine public. Un soupirail y prêtait accès, tantôt ménagé au ras du sol, tantôt relégué assez haut pour qu'on ne l'atteignît point sans échelle : une pierre mobile, confondue dans le décor, masquait cette entrée que le sacerdoce était seul à connaître, et dont il se transmettait le secret de génération en génération.

Le pilier et la colonne avaient subi les mêmes influences que la décoration murale, non pour la base et le fût qui restèrent sensiblement identiques aux bases et aux fûts de l'âge ramesside, mais pour le chapiteau. Le pilier était beaucoup moins employé qu'aux temps antérieurs : du moins ne le voit-on guère dans les temples qui existent encore. Au contraire, l'évolution des colonnes et de leur chapiteau, une fois amorcée, ne se ralentit plus, et un coup d œil rapide jeté sur les temples célèbres, ceux d'Edfou ou ceux de Philae, montre quelle variété de formes elle engendra : le nombre en est SI considérable qu'il suggéra aux architectes une combinaison des plus ingénieuse. Au lieu que leurs prédécesseurs ramessides n avaient ordinairement admis qu'une seule espèce dans une partie d'édifice, et que là même où ils en introduisaient deux, comme dans les salles hypostyles, elles demeuraient cantonnées chacune dans le domaine qui lui avait été assigné, ils s'avisèrent de les mêler toutes, mais de telle manière que chacune d'elles fût représentée par deux exemplaires symétriques dans l'ordonnance géné-

FlG. 454. — OSORKON II POUSSANT UNE BARQUE.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

raie : c'est ainsi qu'à Edfou les chapiteaux dactyliformes ou papynformes, placés a la suite l'un de l'autre au portique Ouest de la grande cour, ont chacun leur pendant à la même hauteur et au même rang dans le portique Est. Le principe, une fois décrété, fut appliqué assidûment, et il eut pour effet de coordonner les sensations un peu dispersées que l'infinie diversité des types éveillait dans l'esprit du spectateur. Lorsqu'on entre dans la cour d'Edfou ou

FiG. 455.

Amounertaious.

(Musée di( Caire.) (Cliché Hanville.)

dans les longs portiques de Tibère à Philae (flg. 429), on est frappé instinctivement de l'impression d'unité qui se dégage d'eux, et c'est à la réflexion qu'on s'aperçoit que cette unité ressort de la symétrie observée d'un côté à l'autre entre l'emploi des chapiteaux. Au début, les Saites s'étaient contentés d'utiliser les genres dont les monuments du passé leur fournissaient des modèles, même ceux qu'on aurait pu croire tombés entièrernent en discrédit : n'avons-nous pas à Eléphantine des colonnes polygonales à seize pans, qui furent élevées par Ahmasis et qui portent son nom ? C'est là toutefois une exception, et cet ordre soi-disant protodorique ne fut plus usité après lui, sauf dans les cas où les Ptolémées pastichèrent de parti pris les modes de la XVI IL Dynastie, ainsi à la chapelle de Phtah thébain qu'ils prétendirent faire passer pour une œuvre de Thoutmôsis III. Partout ailleurs, ils s'en tinrent aux espèces que les Ramessides préféraient, colonnes lotiformes, colonnes papynformes, colonnes dactyliformes, et dans les endroits où la religion le commandait, colonnes hathonques, mais avec des modifications qui les rendirent presque méconnaissables. Il arriva

Fi G. 455.

Ankhnasnoufiabrî.

(Musée du Caire.)

(Cliché E. Brugsch.)

FiG. 457. — TÈTE DUNE STATUE DE TaHARKOU.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Rrugsch.)

l — ORDONNANCE ET DECOR NOUVEAUX DES COLONNES — 1

même que leur conception nouvelle d'un ordre l'emportant sur l'ancienne, l'hathonque ne consista plus seulement en deux masques de femmes accolés nuque à nuque et dont l'effet n'était pas toujours heureux, même à Déîr-el-Bahari ; il comporta désormais quatre faces réunies par les plis de la coiffure, et le dé carré qui les couronne simula au-dessus de chacune d'elles un naos encadré entre deux volutes (flg. 430). La colonne ainsi terminée est un sistre gigantesque, et, malgré la disproportion du manche et de la tète, elle a fière allure ; rien en Egypte n'est d'un effet plus saisissant que le portique hathorien de Denderah.

A Philas, au kiosque de Nectanébo (fig. 431) et sur le pourtour du mammisi (fig. 432), l'artiste a imaginé d'intercaler le motif hathorique comme une sorte d'abaque ou de dé entre l'architrave et d'autres chapiteaux à décor floral. La combinaison est d'une grâce un peu bizarre, et elle plait : on ne saurait trop admirer l'art avec lequel le sistre a été soudé au

bouquet duquel il sort. Les modifications que la colonne papynforme a subies ne sont pas moins heureuses. On commença en effet par appliquer sur les bords de la corolle épanouie quatre paquets de fleurs, ou davantage, qui en habillèrent la nudité, et dont les détails, se schématisant de plus en plus, prêtèrent bientôt à l'ensemble l'aspect d'un lis héraldique. Ce même vêtement, posé sur les chapiteaux en bouton de lotus ou en branches de palmier, les réduisit progressivement a se confondre avec le chapiteau papynforme :

vers la fin de 1 âge ptolémaique et

Fig. 458. — PsAMMÉTiQUE !«'■

(Musée Britannique.)

(Cliché Hachette.)

FiG. 459.

PSAM.MÉTIQUE III.

(Musée du Louvre.) (Cliché Bénèdilc-I

SOUS les Césars, les formes originelles des trois ordres n'étaient plus qu'un support presque invisible, sur lequel s'enlevaient en vigueur des motifs empruntés à la flore du pays, feuilles, fleurs, boutons, herbages, régimes de dattes, grappes de raisins. Le tout n'est pas empilé ou appliqué au hasard, mais les éléments ont été combinés graduellement avec un sentiment exquis de l'ajustement et des proportions : les dessinateurs ne les imaginèrent pas du premier coup, et l'on peut suivre le développement de leur pensée, depuis les essais relativement assez simples d'Edfou jusqu'aux complications les plus sa-

vantes de Philae et d'Esnéh. L'hypostyle du grand temple d'Isis, a Philae, renferme a coup sûr ce qu'ils nous ont légué de plus parfait (fig. 433). Non seulement les motifs sculptés sur chacun de ses chapiteaux sont d'une richesse et d'un goût inconcevables, mais ils trouvèrent pour les rehausser des nuances de vert, de bleu, de rouge et de jaune.

l'iG. 4O0.

Statuette

Page 1