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CARACTÈRES DE LA STATUAIRE SAITE

raux du temps, sans essayer d'entrer dans les particularités du style local.

L'art saite ne délaissa ni le granit, ni les pierres tendres, calcaire ou grès ; il témoigna toutefois d'une préférence marquée pour les pierres dures à grain fin, les basaltes, les brèches, la serpentine, et il excella dans la façon de les assouplir.

Ses belles œuvres se reconnaissent donc presque toujours, du premier coup, à la beauté de la ' substance et au poli lucide dont il la revêtit : mais, à côté de ces indices matériels, il y en ad autres plus subtils, qui résultent de la manière dont il interpréta la forme humaine. D'une part, il tendit à la styliser de plus en plus, et il l'établit d'après des dessins de maîtres et des carnets de modèles beaucoup plus que d'après l'étude de la nature : on a recueilli, et on recueille encore dans les ruines, des statues préparées à l'avance, les unes épanelées entièrement (fig. 473), les autres finies de corps avec une masse informe pour la tête (flg. 474) dans l'attente du client qui donnera la ressemblance, puis des pieds, des mains, des bras, des têtes à différents états d'achèvement, d'après lesquelles on enseignait leur métier aux apprentis ou qui proviennent de leurs essais.

Sous l'influence de cette méthode, la science de l'anatomie s'amoindrit, les contours s'amollirent, les muscles se déplacèrent et s'atténuèrent, les plans de chair se confondirent et

Fig. 490. — Sphinx d'époque romaine.

(Musée d'Alexandrie.) (Cliché Breccia.)

FiG. 4gi. — Colosse couronné dans l'île d'Argo.

devinrent lisses. Par contre, on s'attacha à faire de la tète une reproduction aussi exacte que possible de l'original, et, pour y réussir, on ne se contenta plus de transporter les traits du visage exactement sur la pierre : on y joignit le modelé de la nuque et du crâne qu'on avait négligé jusqu'alors. Nos musées possèdent aujourd'hui de ces statues déconcertantes ou la banalité du corps contraste si étonnamment avec la vérité de la face. Les rides du front sont accusées avec une insistance scrupuleuse, l'enfoncement des yeux et la patte d'oie, les muscles qui encadrent les narines, les plis rieurs de la bouche, l'évasement des oreilles ou leur platitude : les statues de double ne représentent plus leur maître uniformément jeune, mais, s'il est mûr ou vieux, elles étalent les stigmates de son âge. Telle tète de Berlin (fig. 475) ou du Louvre (fig. 476) est le portrait non flatté d'un bourgeois memphite, dont les laideurs ont été transposées sur le schiste vert ou sur la serpentine avec la précision machinale d un décalque photographique. Tel prêtre rasé du Caire (fig. 477) a le crâne détaillé aussi minutieusement que si l'on eût voulu fabriquer d'après lui un modèle anatomique pour une école de médecine : toutes les bosses y sont, toutes les dépressions, toutes les asymétries, et un médecin dirait du premier coup s'il n'y avait pas dan3 son cas des tares congénitales.

Ce n'est pas à l'entrée en scène des Grecs qu'on doit attribuer cette recrudescence du réalisme : les Grecs du V et du IV^ siècle ne poussaient pas à ce degré presque pénible la recherche de la ressemblance. Elle est le développement naturel et comme la suite de la théorie ancienne du double, et elle s'est produite sous l'influence

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