I INFLUENCES GRECQUES SUR LA SCULPTURE PTOLEMAIQUE
des changements que la mode introduisit alors dans le costume. Il semble, en effet, qu'a partir de la XXV I' Dynastie, l'usage de la perruque diminua de plus en plus et qu'il disparut complètement sous les Perses. Les prêtres, qui avaient le crâne ras par devoir de propreté professionnelle, vivaient, on peut le dire, à chef découvert, et ceux des membres des autres classes supérieures qui n'étaient pas affiliés par quelque côté à la sacerdotale prirent l'habitude de porter les cheveux courts. Ce fut une fois de plus le dogme religieux qui poussa l'art dans une voie nouvelle, et si l'on copia si exactement la forme des têtes, le désir de procurer au double un support de tous points pareil à celui qu'il avait sur terre en fut la cause. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'exemple donné en cela par l'école memphite fut imité aussitôt des autres. Les quelques statues de Ptolémées qui nous sont parvenues de la sculpture thébame laissent deviner un SOUCI égal des accidents de la physionomie. Celles des princes d'Assiout, qui semblent se rattacher à l'école hermopolitaine, ont subi la même influence, et celles de l'école tanite, qu'on voit au Caire (fig. 479), n'y ont pas échappé, ce qui n'étonnera personne, puisque une tendance analogue se manifestait déjà sur les plus anciennes de ses productions, chez les sphinx d'Amenemhait III. Cependant, dans les cités que les Macédoniens avaient colonisées, à Alexandrie, à Memphis, même a Thèbes, la vue des statues grecques et peut-être le contact avec les maîtres qui les exécutaient avaient fini par faire impression sur les indigènes, et, sans renoncer entièrement à leurs traditions ancestrales, ils les avaient quelque peu hellénisées. Le colosse thébam d'Aménôthês, fils de Hapouî (fig. 478), est purement égyptien, et celui qui représente un Alexandre Aigos (fig. 480) n'a d'étranger que l'arrangement de la coiffure et la coupe du visage. Dans la statuette d'Alexandrie (fig. 481-482), la pose et le costume sont au contraire entièrement égyptiens, mais un souffle de la Grèce a passé sur le corps, et il en anime toutes les parties, la poitrine ronde, les seins menus et fermes, le ventre solidement pétri, la cuisse forte, la jambe svelte et nerveuse. Le prêtre
Fig. 492. — Le dieu
Amon et une Candace
éthiopienne.
(Musée du Caire. i
(Cliché E. Brugsch.)
FiG. 493. — Statues d'ames é rmopiENNES. (Musée du Caire.) (Cliché E. Hrugach.)
Horus (fig. 483), moins tin de touche, est beaucoup plus avancé dans l'évolution : on dirait une œuvre grecque exécutée par un Egyptien plutôt qu'une pièce vraiment égyptienne. Ici encore le corps laisse à désirer : les épaules ne sont pas assez larges, la poitrine est trop étroite, et l'artiste s'est senti gêné pour
rendre la chute des bras ainsi que le drapage de la chlamyde.
La tète n'est pas mauvaise : le nez est mince et droit, la bouche
serrée et pincée aux coins, le menton carré,
la mâchoire obstinée, et l'ensemble n'est
pas sans présenter quelque ressemblance
avec le portrait d'Auguste jeune. A Mem-
phis, vers le même temps, on fabriquait
de ces statues hybrides. L'une (fig. 484),
qui est en basalte, ressemble assez à
notre Horus pour le costume et pour
la pose, tandis que l'autre (fig. 485),
qui est en calcaire, figure un prêtre marchant et tenant un naos à deux mains : les
yeux sont rapportés, les sourcils ont été
noircis au kohol, et le tout manque d'intérêt.
C'est la même maladresse sur le grand
personnage en calcaire de notre Musée
(fig. 486), et bien que les têtes de femme
(fig. 487-438) et d'homme (fig. 489) qui
l'avoisinent donnent l'impression d'images
fidèles, la sécheresse du ciseau y a trahi
les excellentes intentions de l'artiste.
Certains types anciens se modifièrent
dans ce dernier âge de la sculpture, par exemple celui du sphinx
femelle, qui apprit à incliner la tête de côté et à croiser les deux
pattes de devant (fig. 490). Aucun type original ne sortit de cette
alliance tardive entre l'esprit grec et l'esprit égyptien : le peu de force
Fig. 494. — Stati'e retaillée pour