LA FAUSSE PORTE DU TOMBEAU MEMPHITE
jouît de l'offrande complète : l'une des deux était consacrée au Nord et a ses tributs, l'autre au Sud et aux productions du Sud. L'ornementation commença par en être sobre : le nom du maitre sur le tambour qui surmontait la baie, ses titres et son image sur les jambages, et cela suffit tant qu'on se contenta de la porte simple. Mais il arriva d'assez bonne heure que, poussant jusqu'au bout l'imitation de ce qui avait été d'abord propre au souverain, on voulut que la dalle représentât non plus seulement la porte de l'habitation, mai?
l'habitation entière, et l'on adopta pour modèle ce que nous appelons la bannière royale, et qui est, à vrai dire, le bâti rectangulaire dans lequel les Pharaons enfermaientleurnom
FiG. 5i. — Le nom
d'Horus
DE Chéphrên.
d'Horus. Il se composait de deux parties, dans le bas, une façade de maison avec sa porte fermée, dans le haut, un espace vide, une chambre où l'on inscrivait les signes qui constituaient le nom (fig. 51). On divisa de même la dalle en deux registres, entourés d'un bandeau plat commun formant cadre et superposés l'un à l'autre (fig. 52). L'inférieur marque la fausse porte d'autrefois, modifiée souvent au point de n'être plus qu'un scheme presque méconnaissable : les panneaux des feuillures se sont rabattus en avant, les montants se sont aplatis et l'ensemble des reliefs domine le fond de quelques millimètres à peine. Dans le registre supérieur, qui correspond au caveau, le mort est assis, __L 33 ^
Fig. 52. — Stèle-porte
d'Ousirou.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.j
le guéridon du repas devant lui avec toutes les nourritures ou les parures qui peuvent lui être utiles dans l'autre monde.
Elles lui étaient expédiées invisiblement par le moyen d'un appareil spécial, une table en pierre encastrée a l'origine entre les montants de la porte et par la suite posée sur le sol, contre la stèle. Le célébrant y entassait les objets d'ofïrandes, et le double de ceux-ci, détaché par ^
FiG. 53. — Façade du mastaba
DE Manafer.
(D'après Mariette.)
FiG. 54. — La chambre et l'avancée DU mastaba de Kaâpirou.
(D'après Mariette)
la vertu de ses prières, était projeté sur le guéridon chargé de le recevoir. Cet office des morts s'accomplissait à ciel ouvert (fig. 53) et à tout venant, et, bien qu'en théorie cette publicité illimitée ne lui retirât rien de sa vertu, il advenait dans la pratique que, l'assistance partie, les provisions accumulées sur la place demeuraient sans
défense contre les pillards, hommes ou bêtes : le destinataire risquait
d'en perdre le meilleur avant d'y avoir prélevé sa ration. On s'avisa pour les protéger de deux artifices : on réserva, en avant du parement Est, un clos en briques, carré chez Kaâpirou (fig. 54), irrégulier chez Naferhatpou (fig. 55) à Sakkarah, mais surtout on enfonça la fausse porte dans la maçonnerie de manière à la reléguer au fond, tantôt d'une niche, tantôt d'une chambre véritable. Celle-ci reste
Fig. 55. — Avancée du mastaba DE Naferhatpou.
(D'après Mariette.)