CHAPITRE PREMIER
L'ART THINITE
LE PREMIER ART DE L'EGYPTE AVANT MENÉS. - L'ART THINITE ET SES RESTES : L'ARCHITECTURE, FORTERESSES, PALAIS, TEMPLES, TOM- BEAUX. - ON Y RETROUVE LES PRINCIPES ET LES FORMES QUI, DÉVELOPPÉS AU COURS DES SIÈCLES, DONNERONT A L'ART ÉGYPTIEN SA PHYSIONOMIE ORIGINALE. - L'ART MEMPHITE SE DÉVELOPPE A SON CONTACT.
LES plus Vieux tombeaux, ceux qui sont antérieurs à l'histoire, ne nous ont rien rendu jusqu'à ce jour qui prouve un dévelçppement extraordinaire du sens artistique chez les premiers Egyptiens. Les pièces qui sortent de leurs chambres témoignent d'un goût pour la parure, pour les armes, pour les ustensiles décorés, égal mais non supérieur à celui qu'on observe chez la plupart des nations micivilisées : ce sont des poteries de couleur, vernissées ou mates, nues ou chargées d'ornements incisés ou peints, un mobilier de pierre ou de bois, une bijouterie de cailloux bariolés, de coquillages découpés ou brutes, d'os, d'ivoire, de pâtes vitreuses, de métaux précieux, enfin des figures d'hommes ou d'animaux, les unes appropriées à des usages domestiques, ainsi les palettes à fard, les autres réservées aux cultes funéraires. Les personnes et les choses représentées sur les vases n'y sont pas groupées méthodiquement en registres super-
FiG. 2. — Les bracelets d'Abydos.
(Musée lin Caire.) (Cliclié h. lirtig^sch )
posés, mais elles sont réparties sans ordre sur la surface, au gré du dessinateur, ici une maison, là une béte, un palmier, un bateau, des poissons. On y remarque de la facilité à saisir les formes vivantes et une adresse naturelle à en traduire les attitudes ou le mouvement par le dessin et par la plastique ; mais rien n'y soutient la comparaison avec les sculptures ou avec les peintures que les contemporains de l'âge du renne exécutaient dans les cavernes de la France ou de l'Espagne actuelles.
Et pourtant, lorsque l'on passe de ces productions sans date précise à celles des dynasties historiques, on rencontre des milliers d'objets et de monuments dont la facture vaut aux Egyptiens, parmi les peuples de l'Orient, une place éminente dans l'art. Où naguère on avait les ébauches d'apprentis laborieux et les rudiments d'une pratique incertaine d'elle-même, surgissent brusquement, presque sans transition apparente, des oeuvres de maître et une technique achevée dans ses détails. Doit-on en conclure que, entre les deux, des races venues du dehors s'étaient superposées aux indigènes, leur
apportant une conception du beau et une aptitude à la réaliser que celles-ci n'avaient point possédées ? En fait, il est peu probable qu'un épanouissement d'art soudam ait eu lieu a la suite d une invasion étrangère ; mais, si les monuments nous manquent pour jalonner l'évolution naturelle du génie égyptien, FiG. 3. — Pieds de lit et de tabouret
r-„ ,„^Tor. nous sommes contraints