LE DECOR DU TOMBEAU THINITE
FiG. 14. — Plan du tombeau.
(D'après Garstang.)
ies salles qui y attenaient l'appareil funèbre, les meubles, les provisions, les simulacres plus ou moins grossiers du mort et de la domesticité qu on expédiait avec lui dans l'autre monde : ils étaient là en nombre, chacun dans l'attitude de son rang ou de sa fonction, le maître assis ou debout pour recevoir l'offrande, les serviteurs occupés a la préparer ou à la servir, broyant le ble (fig. 1 5), pétrissant la pâte, brassant la bière, poissant l'amphore avant d'y verser le vm (fig. 16), livrés à tous les devoirs du ménage, inanimés en apparence, mais imprégnés de la vie latente que la vertu des rites leur avait insufflée. Peu à peu cependant l'instinct qui avait poussé les Egyptiens des premiers âges a orner leur poterie entraîna ceux de l'âge archaïque à historier leurs murs, pour y appliquer les personnages dont les figures en ronde bosse étaient restées jusqu'alors éparpillées sur le sol, muets d'abord, puis accompagnés de courtes légendes où leurs actes étaient décrits, leurs discours, leurs noms, les titres qui constituaient leur état civil et qui authentiquaient leurs droits à la vie posthume. L'exemple le plus ancien en a été découvert par Quibell a Kom-el-Ahmar. Les motifs n'y sont pas encore rangés en registres, à la file, dans un ordre méthodique, mais, ainsi que p,^ ,5 femme broyant le blé.
ceux des vases, ils sont (Musée du Caire.) (Cliché E. lirugsch.)
semés presque au hasard sur le champ du tableau ; ce sont d'ailleurs des bonshommes, enlevés d'un trait maladroit à l'ocre rouge et semblables a ceux dont nos enfants illustrent les marges de leurs livres, sans souci de la forme ni de la proportion. On y voit (flg. 1 7) le campement ou le village à la lisière du désert, les gazelles ou les oryx paissant et courant par la plaine ou perchés en vedette sur
une pointe de rocher, des hommes armés de bâtons de jet ou de massues, qui suivent une piste ou qui luttent avec des hyènes, tout ce qui est, aux yeux d'un chasseur, l'idéal de l'existence heureuse ou du paradis sans pareil. Le noble seigneur qui a commandé ces peintures et l'artisan qui les a barbouillées n imaginaient pas le pays des mânes différent de celui des vivants, et ils croyaient que la manière la meilleure d'en ouvrir l'accès, c'était encore d'en introduire la peinture dans le tombeau au voisinage du cadavre. Ils tiraient en cela la conséquence d'un dogme familier a tous les demi-barbares : qui invente ou copie une figure, n'importe laquelle, crée un être du coup, et, s'il lui impose ensuite le nom d'un homme, d'un animal ou d'un objet, il lui attache une parcelle d'âme dérobée à celle de l'original. La vie de la créature factice s'éteint en même temps que celle de son prototype, mais celui-ci peut la prolonger et se prolonger lui-même grâce à l'emploi des incantations ; même elle se propage par leur force â tous les portrait» qu'on modèle d'un individu après sa mort. Les statues en pierre ou en bois suppléaient au corps de chair du maître ou des serviteurs lorsque celui-ci venait à manquer, et, fixant sur soi une portion de double, elles garantissaient sa perpétuité aussi longtemps qu'on ne les détruisait point. Le décor du tombeau procurait des effets identiques aux leurs : il empêchait l'anéantissement des serviteurs et des choses qu'il reproduisait, et il les obligeait de concourir au confort du maître, tant que des traces suffisantes de ce qu'il avait représenté subsistaient sur les murailles.
Fie. i6. — Serviteur
POISSANT l'amphore.
(Musée du Caire.) (Cliché E. lirugsch.)