L'ART EGYPTIEN
En somme, toutes les formes de l'art, architecture, sculpture, pemture, tendent non pas à la recherche désmteressée du beau, mais à la réalisation de l'utile. Les trois catégories en lesquelles les êtres raisonnables sont répartis, les vivants, les morts, les dieux, éprouvaient a l'extrême un même besoin qui était de durer ; elles avaient bandé vers ce but les ressorts les plus puissants de leur esprit, et l'effort qu'elles avaient fourni pour l'atteindre avait imprimé aux arts un caractère spécial. Et d'abord, il avait réglé le choix des matériaux. Les hommes, dont les années, si nombreuses qu'elles soient, comptent à peine pour un instant comparées aux siècles sans nombre des morts et des dieux, se contentaient de matériaux légers, la terre, le bois, les pierres tendres, et, s'ils admettaient les métaux, c'était moins pour leur indestructibilité que pour l'agrément de leur couleur, pour la finesse de leur texture, pour leur ductilité, pour leur prix. Les Pharaons les plus riches ne dédaignèrent pas d'habiter dans la brique sèche, sous des toits en pisé soutenus de colonnes en bois, entre des plafonds et des pavements enduits de peintures frêles : pourvu que leur palais tint jusqu'à leur dernier jour, peu leur en importait la ruine aussitôt qu'euxmêmes ils auraient disparu. Il en allait autrement du logis destiné aux morts ou aux
Letemi'le de KnoNsoif, a Karnaic (Cliché Béato.)
dieux : il fallait que sa longévité rivalisât avec la leur, et l'on n atteignait ce résultat qu'à la condition d'en appeler aux éléments les plus solides. On bâtit donc les tombeaux et les temples en calcaire ou en grès de choix, voire en granits ou en brèches de la montagne arabique, que toutefois l'on reservait d'ordinaire aux portes, aux seuils et aux membres de la construc-
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Les domestiques de Ti apportant l'offrande.
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tion que le passage fréquent des fidèles ou des pompes religieuses exposait à se dégrader rapidement : ce fut prétexte à panégyriques pour les Pharaons que d'avoir érigé à leurs pères divins des maisons en pierres éternelles. Mais, comme la densité et la résistance des blocs ne sauraient produire à elles seules la longévité de l'édifice, on eut soin d'élire parmi les formes architecturales celles dont l'assiette était le plus stable, la pyramide, le mastaba, le temple à plan rectangulaire, posé carrément sur le sol dans des conditions d'équilibre telles que la main de l'homme ou les assauts du fleuve ont seuls pu le renverser : le temps s'est montré sans mordant contre lui. Les reliefs dont on l'habilla furent d'ailleurs ou tenus très bas ou enfoncés dans le creux, ce qui diminuait pour eux le danger des chocs et les protégeait contre les mutilations accidentelles. On n'interdit pas aux fortunes médiocres le bois pour les
FiG. 20. — La moisson et la rentrée
DES gerbes au tombeau DE Tl.