I LES SCÈNES DE GUERRE DANS LES TOMBEAUX
> avec plus d'esprit le chat en chasse t dans les roseaux ? Tout y est, l'allongement du cou, le fremisse- I ment de l'échiné, les contractions I de la queue, le léger recul du î corps avant le bond et la fixité intense du regard qui arrête la [ proie et la fascine (fig. 195).
Toutefois les mentes de l'école ne se révèlent nulle part plus éclatants qu'aux choses de la guerre ; là, en effet, elle n'était pas entravée par une longue routine. Deja les Memphites avaient profité de la liberté que l'absence d'une obligation religieuse leur laissait, pour interpréter à leur gre les heurts et les batteries des bateliers sur les canaux ; ils y prouvaient une
science de la figure humaine et une entente de la composition que les scènes rigoureusement stylisées de l'industrie ou de l'agriculture
ne nous autorisaient pas à leur accorder. Les Hermopolitains, charges de peindre la vie des soldats, avaient des modèles pour les moments de la bataille proprement dite, soit dans les temples, soit même dans quelques tombeaux antérieurs, comme à Déchachéh (fig. 196), où un prince de la V^ Dynastie avait perpétué la mémoire de ses exploits : aussi le choc des armées, l'attaque des forteresses, le transport des blessés et des morts ne sont-ils signalés chez eux par aucune particularité digne d'attention. Les fantassins qui échangent des flèches ou des coups de hache s'abordent d'un élan presque aussi calme que le pas des miliciens de Khatouî à Siout. Au contraire, les luttes athlétiques par
- ii3
Fig. 201.— Colosse DE Sanouasrît I".
(Musée du Caire.) (Cliché E. Hrugsch.}
FiG. 202. — TÈTE EN BOIS DE LiCIlT. (Musée du Caire.} {Cliché Lylligoe.)
lesquelles les recrues assouplissaient leur corps, pendant leurs périodes d'instruction, nous les montrent engagées deux a deux dans une multiplicité de poses qui n'avaient jamais été notées jusqu alors.
11 y a, chez Khatoui de Béni- Hassan et chez Bakouiti, plus de cent vingt de ces groupes qui miment sous nos yeux, comme en un cinématographe, les péripéties de ces
duels (fig. 197). Par un reste de puérilité artistique, les adversaires ne sont pas de la même couleur, mais, pour éviter qu'on ne les confondit dans 1 emmêlement de leurs membres, ils ont été enluminés l'un de noir, l'autre de rouge. On les voit donc qui s'approchent, se tàtent, s'empoignent, mollissent
ou se rai-
FiG. 2o3. — Le Pharaon