‹ ÉgypteChapitre 70 sur 185 · CARACTERES DE LA STATUETTE THEBAINE · texte numérisé non relu

CARACTERES DE LA STATUETTE THEBAINE

est sauvage mais d'une sauvagerie préméditée pour l'effet religieux.

Si un Memphite avait traité ce sujet, il se serait ingénié à en assouplir les lignes et a en harmoniser les couleurs ; il aurait ramené inconsciemment son homme au type idéal d'humanité qui plaisait a son école, au risque de lui ravir de son énergie native. Le Thébain, au contraire, n'a eu souci que de transcrire la réalité telle qu'elle s'offrait à lui, et la même préoccupation domina jusqu à la fin chez ceux qui vinrent après lui.

Ils poursuivirent la ressemblance avec le parti pris d'exagérer plutôt que d'affaiblir les particularités caractéristiques de la personne, et ils ne reculèrent, pour l'atteindre, ni devant l'àpreté de la facture, m devant la violence du coloris. Telle était cette statue d'un particulier sans nom, qui assis, serré dans son manteau, le regard hardi, exhale encore comme une vapeur de vie intense, malgré les mutilations delà face (fig. 209). Tels sont, et meilleurs encore, les colosses de Sanouasrit V^ (fig. 210-21 1) et de Sanouasrit III trouvés par Legrain à Karnak : le corps n'y diffère de celui des statues memphites que par un peu plus de sveltesse, mais la tête ? L'artiste que Sanouasrit III choisit copia ligne a ligne le visage long et maigre du prince, son front étriqué, sa pommette haute, sa mâchoire osseuse et presque bestiale. Il creusa les joues, il cerna le nez et la bouche entre deux sillons, il pressa et il

projeta la lèvre dans une moue mépri- I'g- -^iq- — Colo.>,se

santé (fig. 212) : il fixa ainsi l'image ""^ M.rmashaou.

I ,,.,.., , , (Musée du Caire.)

vraie de 1 individu Sanouasrit, où le (cuché e. Brugsch.)

FlG. 220. — SOVKHATPOU.

(Musée du Louvre.) (Cliché Gaucher-Oudiii )

Memphite et l'Abyclénien, imbus de principes opposés, n'auraient tiré de la pierre qu'une effigie de Pharaon, idéalisée autant qu'il était possible de le faire sans détruire complètement la ressemblance. Deux ou trois siècles plus tard, en pleine décadence, les mêmes caractères persistent sur le colosse de Sanouasrît IV (fig. 213). C'est le seul portrait que nous ayons de celui-ci, mais personne, le voyant, ne doutera qu'il ne l'ait lui-même sous les yeux. L'homme de chair était à coup sûr ce que la pierre nous l'enseigne, un rustre sensuel et jovial. Qui

sait si la volonté du souverain n'influait pas quelquefois sur la manière de l'artiste ? Je croirais volontiers qu'on peut l'admettre pour Amenemhait lll. La plupart de ses statues portent l'empreinte de l'école et sont dues

F"lG. 221.

SOVKOUMSAOUF.

(Musée du Caire.) iCliclié H. lirugscli.)

FlG. 222. — Les deux statues ju.melles

DU Caire.

(Cliché E. Brugsch.)

a des Thebains,

quelles proviennent deThèbes (fig. 214) ou des pays memphites : je n en excepterai même pas celle de Hawara (fig. 215). Le roi est coiffé de la coufiéh et de l'uraeus, et sa face n'a rien du convenu ordinaire. L'œil est petit, saillant sous 1 orbite, légèrement bride à l'extrémité, la paupière lourde, le nez droit et bref, la joue cave, la pommette très

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