LES TEMPLES FUNERAIRES THÉBAINS
galbe SI pur qu'on dirait presque une
colonnade grecque transportée des alentours du Parthénon en pleine Thébaide
(fig. 268). La troisième terrasse était
bordée, sur son front, dun mur droit
en calcaire, derrière lequel le sanctuaire
se déployait à l'aise. Il se divisait, comme
les parties intimes des temples vivants,
en trois régions parallèles l'une à l'autre.
Au centre, c'était le logis du dieu, avec
son hypostyle aujourd'hui détruit et ses
chambres mystérieuses poussées dans
le roc. Au côté Nord, les appartements
de l'Horus vivant, identifié au Pharaon,
se groupent autour d'une cour où
s'élève encore l'autel d'Harmakhis.
Dans le bas-côté de gauche, qui était
consacré au dieu fils, le roi mort logeait
quand il lui plaisait. Par une fiction qui
ne paraîtra pas étrange aux familiers
des doctrines égyptiennes, le double du
Pharaon, lorsque sa solitude lui pesait aux Bibân-el-Molouk, la
quittait à volonté pour son temple funéraire, où il retrouvait la société du sacerdoce attaché à son culte. On lui avait donc préparé une sorte de pied-à-terre, une demidouzaine de chambres, dont une au moins avait une couverture cintrée et dont le décor rappelait par endroits celui des mastabas memphites : la voûte n'est pas, à dire vrai, la voûte véritable, avec clef centrale, mais elle est obtenue par encorbellement. Ce n'était point
Fig. 291. — Ébauche avec
cernes imitant le contour.
sculpté dans un
des tombeaux de
Chéîkh-Abd-el-Gournah.
(Cliché Insinger.)
Fig. 292. — La paroi Nord de la première
CHAMBRE DU TOMBEAU DE NaKHOUÎTI.
(Cliché Béato.)
iSg
petite affaire que d'aménager ce coin de la montagne d'une façon qui, tout en satisfaisant aux exigences des doctrines funéraires, ne lui enlevât pas trop de sa sauvagerie : les architectes thébains montrèrent là, une fois de plus, avec quelle habileté technique et quel sentiment de la nature ils savaient adapter le style de leurs œuvres au caractère du paysage dans lequel ils les élevaient.
C'est avec Déir-el-Bahari que le Memnonium de Sétouî T'
en Abydos présente le plus d'analogie (fig. 269). 11 n'est pas un hémi-spéos, mais quelque chose d intermédiaire entre celui-ci et le temple isolé, un temple adossé à une colline basse et qui s'y encastre a moitié. Sétouî s'était contenté pour son culte thébam dune place dans l'édifice que son père Ramsès T' s'était construit a Gournah (fig. 271):
il lui plut avoir en Abydos non pas absolument un cénotaphe, mais un reposoir où sa survivance, échappée aux ténèbres de la syringe thébaine, s'abriterait à loisir sous la protection du tombeau d'Osiris. Il y a donc gardé ce qui se rencontrait forcément dans les temples, des pylônes, des cours, un portique, deux hypostyles (fiig. 270), puis, comme l'espace lui manquait pour continuer la bâtisse vers l'Ouest â moins de raser la colline, il rabattit le sanctuaire et les chambres sur deux rangs parallèles à la façade et dont le dernier touchait les masses de sable. Le mur de séparation est donc percé à distance égale de sept portes, qui donnent accès à autant de pièces oblongues voûtées en encorbellement : six d'entre
Fig.
293. — Un coin de i.a bataille de Qadshou AU Ramesséum de Thèbes.
(Cliché Béato.)