‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 56 sur 56 · Béroul · texte numérisé non relu

Béroul

réflexion et de sentiment. On se rappelle ces conteurs dont Béroul parle avec tant de mépris et que Chrétien de Troyes nous représente charmant de leurs récits les chevaliers de la Table Ronde. Leur genre de vie, leur rôle littéraire sont peu connus : on sait au moins qu'ils fréquentaient au xii^ siècle les cours françaises et anglaises, que les histoires bretonnes étaient dans leur répertoire. Sans doute leurs récits servaient parfois à compléter les exécutions musicales des harpeurs, h prévenir ou à satisfaire la curiosité des auditeurs, excitée par le charme de paroles inconnues et d'une musique originale. Pour complaire au public qui ne se lassait pas d'écouter les aventures de Tristan et d'Iseut, les conteurs ont dû éprouver de bonne heure le besoin de coordonner les anciens lais, d'en effacer les contradictions réciproques et de donner une unité artificielle aux diverses parties de la légende, en agrandissant le rôle de certains personnages originairement confinés dans un seul épisode. Peut-être même ont-ils essayé de créer à Tristan une véritable biographie, et le rôle d'Audret est- il l'heureuse invention de quelque conteur, colportant sur le continent les récits que Béroul a connus en Angleterre ? D'autres récits anglo-normands ou même gallois, différents de la version commune, ont été recueillis un peu plus tard par Thomas. A en juger d'après Eilhart et Béroul, cette ancienne littérature orale avait un caractère encore singulièrement fragmentaire et inachevé. L'œuvre de coordination et d'unification commencée par les conteurs a été continuée par d'habiles poètes, un Thomas, un Chrétien de Troyes ; les prosateurs ont achevé de donner à la légende de Tristan la forme sous laquelle le Moyen-Age et le xvi^ siècle nous l'ont transmise. Mais la célébrité de leurs ouvrages ne doit pas faire oublier les modestes précurseurs qui ont été à la peine sans pouvoir être à l'honneur.

^ Ernest Muret.

Mâcon, imprimerie Protat frères.

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