‹ El Ktab des lois secrètes de l'amourChapitre 13 sur 85 · LA MORT DU KHODJÂ · texte numérisé non relu

LA MORT DU KHODJÂ

Orner Haleby, Abou Othmân, m'avait prédit, en 1865, que je reviendrais à Stamboulda^ et que j'assisterais à sa mort.

Je l'avais connu pendant le grand choléra qui, en cette triste année de 1865, ravagea Gonstantinople, Scutari et tout le Bosphore, sans oublier les îles des Princes.

Un soir, alors que l'épidémie semblait vouloir nous laisser un moment de répit, il m'avait prié de dîner chez lui et d'y passer la soirée.

Ce fut pendant cette soirée, vers minuit, qu'il me montra pour la première fois ce manuscrit, assez volumineux, qu'il appelait tout simplement : El Ktab , \-:^~^\). le Livre.

Le Khôdja, ou professeur, était né à Alger, d'une mère Mauresque et d'un père Turc. C'était donc un Goulougli.

A la prise d'Alger par l'armée française, il avait émigré et s'était fixé à Stamboul, la bien gardée, oii il ne tarda pas à acquérir une grande réputation de magicien et de saint.

< Khôdja, c'est-à-dire professeur, maître. 2 Stamboul ou Gonstantinople.

XVm LA MORT DU KHODJA

Quel âge avait-il quand je le vis pour la première fois au chevet de sa Aïchah, sa femme préférée, qui, ce soir-là, se tordait stoïquement sous les serres de feu de la terrible épidémie? c'est ce qu'il me serait bien difficile de dire. Tout ce que je puis me rappeler, c'est qu'il devait avoir une trentaine d'années ^ quand les Français entrèrent à Alger, et qu'il avait, à l'époque de notre première rencontre, la barbe blanche et les apparences d'un vieillard vigoureux, d'un vieillard né avec le siècle.

Pendant cette nuit, que nous passâmes à lutter victorieusement contre la maladie de sa chère et intelligente compagne, il avait été surpris de m'entendre prononcer quelques mots en sa langue natale, et, quoiqu'il soit de bon goût dans le monde oriental de ne jamais questionner son hôte, il n'avait pas résisté au désir de me demander à quelle partie de la France j'appartenais. Quand il sut que j'étais un enfant d'Alger, ouled m' ta D'zaïre^ il me sauta au cou et me dit qu'il était, avec les siens, tout à moi et à jamais.

Lorsque je le quittai, au matin, assez rassuré sur l'issue de l'attaque cholérique de sa femme, j'avais en lui un de mes meilleurs amis, un ami dévoué, prêt à tout pour m'être agréable.

Nous nous vîmes souvent pendant les sept mois que je passai alors dans la capitale de l'empire ottoman ; et, quand je partis pour mon voyage de Palestine et d'Egypte, mon

^ Les Musulmans, n'ayant pas d'élal civil, comptent leur âge par à peu près, en se fixant sur certains événements plus ou moins mémorables. En dehors de Con?laiilinople et de leurs grandes villes, les Turcs en sont encore là.

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