SAVOIR, VOULOIR, OSER, SE TAIRE
r, — Certes, tout dépend ici-bas de la manière dont les faits sont envisagés. Si nous coïtons comme nous mangeons ou accomplissons les autres actes organiques, nous ne pouvons éprouver qu'une sensation vulgaire de satisfaction matérielle, dans laquelle notre esprit ne joue qu'un rôle secondaire. Tout autre est le coït effectué par nos organes, sous la suggestion de notre esprit, ce sultan du corps qu'il devrait toujours commander, mais dont il est trop souvent l'esclave. Dans ce dernier cas, le coït devient la manifestation directe, en puissance et en énergie, de l'esprit même. Si celui-ci est fortement empreint de l'idée qu'il accomplit un acte divin, le faisant, pour un instant, l'égal de Dieu, dont il possède la
puissance créatrice et vivifiante, qui donc osera dire que, sous l'empire de cette force intellectuelle, poussée jusqu'à un suprême orgueil, le coït n'offrira pas à l'homme des sensations plus ardentes, une éjaculation plus puissante et une jouissance plus vive ?
ç. — Qui donc osera dire que l'enfant, conçu dans ces conditions de l'esprit, ne sera pas un enfant plus sain, plus vigoureux, plus intelligent que celui qui résultera d'un coït banal, matériel et brutal?
^ — Ne sait-on pas qu'un enfant procréé sous l'empire de l'ivresse alcoolique est un enfant malingre, chétif, lymphatique et même scrofuleux ; sujet aux troubles du cerveau, aux désordres de ses nerfs, inconscient le plus souvent de ses actes, capable de toutes les aberrations mentales?
— Et qui ne sait qu'un coït de colère, de violence et de haine, un coït où, seule, la bête se manifeste, est un coït souvent stérile, toujours néfaste par ses résultats décoordonnés?
^ — Est-ce que, dans le courant des premières semaines de la grossesse, le ventre de la mère n'est pas accessible à toutes les suggestions, à toutes les influences de la vue, de la pensée et des forces psychiques ambiantes?
Et, s'il en est ainsi, comment ne pas reconnaître l'influence d'une volonté forte et puissante, sur le résultat de la copulation; sur cet œuf si impressionnable, et si soumis aux forces psychiques imaginatives ?
v,^ — 0 vous qui croyez! coïtez donc suivant les enseignements du Koran. Coïtez par l'esprit, avec votre âme élevée vers Dieu ; coïtez comme un créateur, comme un homme puissant en œuvres et en force, ayant conscience de ce qu'il fait, et vous aurez ainsi une jouissance double, une éjaculation vigoureuse et des enfants sains et puissants !
J — Faites du coït une œuvre divine, un acte de puissance
LES MYSTÈRES DE LAMOUR 461
créatrice^ un devoir agréable, auquel vous ferez participer vos femmes en partageant avec elles votre jouissance et votre noble félicité.
^ — Elancez-vous ensemble vers les béatitudes du jardin * ; allez en mesure, en vous donnant de doux noms, en célébrant les louanges de Dieu. Ayez devant vos yeux des images d'enfants admirables de forme et de beauté ; soyez vigoureux, mais sans brusquerie ; au besoin, sachez vous contenir pour attendre que votre compagne de voyage soit au même point que vous ; ne brusquez rien, ne précipitez rien ; savourez toutes les joies de la route en gourmets et non en goulus... Quand l'instant suprême viendra, que le ciel s'ouvrira pour vous inonder de sa flamme divine, donnez un coup énergique, faites pénétrer votre Dkeur aussi avant que possible, et lancez votre sperme en prononçant la formule sacrée et magique :
Au nom du Dieu... clément et miséricordieux !
Ainsi, comme je vous l'ai déjà dit, vous vous rendrez favorable le bon ange, l'ange blanc de la conception, et vous chasserez le démon hors de la matrice de la femme et de votre corps 2.
^ Le Paradis.
2 Ces conseils du Khôdja rappellent singulièrement ceux que j'emprunte à Ovide [Art d'aimer, liv. II) :
« Allez doucement dans Ihyménée et ne vous hâtez pas d'atteindre le but ; ne laissez pas votre maîtresse en arrière, et ne soulTrez pas non plus qu'elle vous devance dans la course. Le plaisir n'est parlait que lorsque, également vaincus, l'homme et la femme rendent en même temps les armes ».
« J'aime à entendre la voix émue de ma maîtresse exprimer son bonheur et me prier de le faire durer ».
« Qu'il m'est doux de la voir se pâmer de plaisir et me demander merci.
« La nature n'a point accordé cet avantage à la première jeunesse de la femme ; il est réservé à l'âge qui suit le septième lustre ».
« A cet âge, et môme à un âge plus avancé, les femmes, instruites par l'expérience, qui seule forme les artistes, savent mieux tous les secrets de l'art d'aimer ».
EL KTAB. il
Après avoir été pendant une seconde plus qu'un homme, un collaborateur du Dieu créateur, un ouvrier du grand Architecte de la nature, vous reprendrez doucement haleine dans les bras de votre compagne.
, — Le grand œuvre ainsi terminé, ablutionnez-vous, parfumez-vous et rendez de nouveau grâces à Dieu, car vous aurez collaboré à l'acte suprême de la vie universelle et individuelle ; vous aurez été un engendreur, un vivificateur, un éjaculateur de la vie et de l'intelligence.