‹ El Ktab des lois secrètes de l'amourChapitre 51 sur 85 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quant à vous, ô hommes ! voici mes dernières paroles et la clef qui ouvre et ferme le ktab des lois secrètes de l'amour :

* La pédérastie est également une cause de divorce en faveur de la femme. Dans ce cas, cette dernière, en se présentant devant le cadi ou juge, n'a pour toute éloquence qu'à retirer ses babouches (chaussons) et à les poser devant lui, à rebours. Voir l'appendice G : La Bestialité chez les Russes.

Pour jouir de toutes les faveurs dont le Créateur nous a <;omb]és, il faut user de tout avec modération et n'abuser de rien.

La privation, soit dans les choses ordinaires de la vie, soit dans le fonctionnement du Dkeur, est une cause néfaste de troubles, d'impuissance et de maladies, à moins pourtant que vous ne soyez un éjaculateur du cerveau^ c'est-à-dire un créateur, un poète ou un savant.

Mais, si la privation est nuisible, que dirai-je de l'abus?

Je vous dirai, ô hommes ! que l'abus, en surexcitant tout le système nerveux, en portant le trouble dans vos facultés, vous empêche de goûter les véritables ivresses du coït, et paralyse votre pouvoir de fécondation en liquéfiant trop votre sperme, en enlevant une partie de la vitalité des homnicules qui y vivent en nombre aussi considérable que les milliers d'étoiles dont les feux forment la voie lactée !

Soyez donc sobres et raisonnables pour mieux jouir et mieux coïter !

AmIN ! AMIN ! ! AMIN ! ! !

APPENDICE

Une conversation à Jérusalem, devant un café turc. — Les touristes et les femmes de Constantinople. — Influence des femmes chrétiennes sur les musulmanes. — Les prêtresses de Sapho. — L'hymne à la déesse de l'amour. — Conclusion.

Le lecteur, qui n'a pas séjourné dans les grandes villes de la Turquie européenne et asiatique : Constantinople, Andrinople, Salonique, Alep, Smyrne, Brousse, Bagdad, Trébizonde, etc. , ne peut que difficilement comprendre l'importance et la valeur des sarcasmes et des reproches amers que le Khôdja dirige, à jets presque continus, sur les chrétiens de l'Orient, sur les juifs et sur les membres de la société féminine appartenant à ces deux religions et à leurs sectes, beaucoup plus nombreuses que nous ne le supposons en France.

Il me souvient qu'un soir, assis sur un modeste escabeau, devant un café turc, je causais avec un vieux Osmanli des choses de la vie et du sentiment religieux des peuples.

Cela se passait à Jérusalem, au temps des Pâques chrétiennes et juives.

Dans la journée, des coups avaient été échangés entre les chrétiens grecs et les chrétiens romains au sujet du saint Sépulcre ; si la bagarre n'avait pas dégénéré en rixe sanglante, on le devait à l'intervention des soldats turcs qui, avec un calme que nos agents de police devraient bien leur emprunter, étaient parvenus à dissiper la foule assez promptement.

La veille de ce jour, d'autres rixes s'étaient produites entre les membres des communions dissidentes, plus ou moins rattachées aux églises d'Orient et d'Occident.

Nous causions donc avec mon vieux Turc, vieux philosophe s'il en fût, de ces émeutes et de la multitude des sectes religieuses qui, à pareilles époques, font de Jérusalem la ville la plus étrange, la plus bouffonne et la plus irréligieuse — dans toute la force du terme — qu'il se puisse voir.

• — Voyez-vous, Effendi, me dit mon vieux compagnon de café, en étendant sa main vers le ciel bleu qui surplombait nos têtes, et en me montrant le muezzim, dont le corps commençait à immerger des créneaux dentelés du minaret, il n'y a vraiment qu'une vérité, et cette vérité, c'est celle qui a été prêchée par tous les sages de la terre et par tous les prophètes ! Cette vérité, c'est celle que cet homme va lancer dans l'espace en appelant les musulmans à la prière du soir : il n'y a qu'un Dieu, c'est-à-dire une cause intelligente, animant tout ce que nous voyons et se manifestant partout, sous la forme de la vie universelle et individuelle. Tout le reste est l'œuvre de sectaires, d'ambitieux, de fous et de fanatiques, voulant, à tout prix, dominer le monde en le plongeant dans l'ignorance, dans la bêtise et dans un état de division perpétuelle.

Puis, après avoir aspiré de longues bouffées de son chibouc, mon philosophe ajouta :

— En vérité, peut-on croire à autre chose qu'à l'existence de l'intelligence suprême, quand on a passé huit jours au milieu de toutes les folies humaines dont Jérusalem semble être le Charenton universel?

Et mon vieux Turc me regarda avec ce sourire si sceptique, si fin et si bon enfant, particulier aux Ottomans.

Mais revenons à notre Khôdja et à ses anathèmes contre les chrétiennes et les juives.

En accusant ces dernières de corrompre les femmes turques, et d'être, plus ou moins, des proxénètes, notre ami, feu le Khôdja Orner Haleby, Abou Othmân, n'a fait malheureusement — l'impartialité m'oblige à le reconnaître — que constater un fait trop général et trop vrai.

Pour ne pas répéter ici ce que j'ai dit dans mes deux volumes sur Gonstantinople, La Turquie officielle et Les Bas- fonds de Gonstantinople^ ouvrages auxquels je renvoie les lecteurs désireux de s'initier plus complètement à tout ce qui touche à la vie des femmes turques, levantines, arméniennes, grecques, juives et européennes, je me contenterai de signaler un des faits qui m'a échappé dans la rédaction de ces deux ouvrages.

Beaucoup de touristes, vaniteux ou ignorants des chosesde l'Islamisme, ont prétendu, à leur retour d'Orient, avoir eu des relations sexuelles avec au moins une femme turque. En affirmant un semblable fait, ces touristes ont, tout simplement, cherché à satisfaire leur vanité, ou, quand ils ont été sincères, quand ils ont cru avoir réellement eu des relations avec des musulmanes, ils ont été victimes de la fourberie des juifs ou des levantins, chargés de piloter les étrangers, de passage dans les grandes villes turques, au milieu des temples consacrés aux mystères rituéliques de la Vénus mercenaire.

Ce n'est pas qu'il soit absolument impossible d'avoir des rapports intimes avec des Turques, mais la chose est difficile et ne peut se réaliser que bien rarement, et, encore, à la condition expresse d'habiter le pays quelque temps, d'y entretenir des relations suivies avec les indigènes, de parler un peu leur langue et d'être parfaitement au courant des usages du monde musulman.

Il n'existe pas une seule femme musulmane dans tous les lupanars de Gonstantinople ; et il ne s'en trouve pas davantage dans les maisons de passe de Péra et de Galata. Les seuls endroits où l'on puisse trouver des femmes turques et converser rapidement avec elles, quand les

choses ont été préparées d'avance, et souvent de longue main, sont les salons d'essayage ou certains réduits préparés ad hoc par les propriétaires de quelques magasins de nouveautés et d'articles pour dames, — lingerie, mode, etc. — bien connus de la haute gomme qui peuple les ambassades européennes et les grandes maisons financières de Galata et Péra.

Dans ce jeu de l'amour rapide que des femmes turques, déjàcorrompuespar les pratiques de Sapho, recherchent avec une sorte de frénésie digne de la célèbre Messaline, il y a pour elles plus que les simples dangers qui accompagnent en Occident et en Amérique les frasques de nos jolies femmes, il y a un risque de mort et la certitude, si elles sont surprises par un coreligionnaire, d'un plongeon éternel dans les eaux limpides du Bosphore.

Les Turcs, en malappris qu'ils sont, ne savent supporter le cocuage que lorsqu'ils en couvrent le chef des époux européens, au cours de leur voyage et de leur séjour en Europe.

Ce que je viens de dire de certaines femmes turques, femmes dont l'initiation aux plaisirs est toujours due aux suggestions de leurs amies grecques ou arméniennes, ne confirme

que trop les assertions du Khôdja, relatives à la prostitution chez les chrétiennes, les juives et les levantines.

Le saphisme est-il plus répandu en Orient qu'en Occident? Telle est la question qui m'a été souvent posée par des moralistes chrétiens.

A cptte question j'ai toujours répondu :

— Non!

Les pratiques de Sapho, communes chez les jeunes filles et les femmes grecques et arméniennes, ne se rencontrent que très rarement chez la turque. Cette dernière, dont les sentiments sont généralement droits et honnêtes, est trop portée pour l'homme et le coït naturel , pour qu'elle puisse se contenter des plaisirs buccaux. Quand, par exception, elle s'y adonne, c'est en compagnie d'une amie, une délaissée, ou une jeune veuve comme elle, qui, armée d'un phallus artificiel, attaché par une ceinture autour de la taille, remplit le rôle d'homme, d'amant et d'époux. La musulmane ne peut comprendre l'onanisme buccal. Jamais elle ne consentira à le pratiquer sur l'homme ; elle pourra se prêter, dans certains cas, à la pédérastie, mais c'est tout.

Il ne faut pas l'oublier : le but suprême du coït pour les musulmanes, c'est la procréation. Tout ce qui peut donc nuire à ce résultat est généralement banni par elle.

Voici, pour ceux de nos lecteurs qui n'ont pas lu les Basfonds de Constantinople, l'hymne que les grecques, les

arméniennes et quelques turques, mangeuses de haschisch et prêtresses de Sapho, chantent en mémoire de cette déesse» transformée en sultane des amours par les musulmanes.

Invocation à la déesse des amours !

Au piano ont succédé les sons plus harmonieux de la harpe ... ; puis, s'accompagnant en un rythme profondément mélancolique, d'où surgissent quelques notes ardentes et vibrantes» uiie voix douce et sympathique, au timbre un peu voilé, celle de la grande prêtresse, chante, ainsi, l'hymne invocateur à la Sapho des grecques' et à la gardienne des hautes félicités musulmanes '.

0 toi, la grande sultane des amours !

0 toi, qui verses en nos cœurs des torrents de désirs et de flammes!

0 toi, que rêva Mohammed dans ses saintes extases !

0 toi, la gardienne des plaisirs toujours assouvis et sans cesse renaissants !

0 toi, la sultane des sultanes, la houri des houris, la déesse des déesses !

Toi, la mère des amours, des ris et des jeux qui préludent au grand acte de la génération !

Toi, la belle des belles, la parfumée, la rose et la blanche L

Toi, dont les seins ne connurent jamais la flétrissure !

Toi, dont le ventre fut fécond, sans souillure!

^ En réalité cette invocation s'adresse encore plus à la déesse de la nature, à l'Isis des Égyptiens, qu'à Sapho même.

Toi, qui sus rester pure au milieu des tressaillements de ta chair embrasée !

Toi, dont la main possède la clef des suprêmes ivresses !

Toi, la tête triplement couronnée !

Toi, dont les magiciennes invoquent la haute puissance!

Toi; la sultane toujours embrasée, toujours mère et toujours vierge !

Toi, dont le nom mystique est le plus pur des parfums !

Toi, qui réunis, en ta seule personne, le doux regard de la gazelle amoureuse, le teint du lait de la plus belle et la plus pure des chamelles !

Qui possèdes l'ardeur de la cavale indomptée !

Le courage de la lionne qui défend ses petits !

Et la noblesse des plus grandes sultanes Validées * !

Toi, la sultane des amours, qui peux en un sourire faire éclore mille plaisirs !

Toi, qui peux permettre à nos âmes de quitter nos corps, pour pénétrer dans ce. lieu de plaisirs éthérés, où il fut donné au saint Prophète d'entrer une fois pendant sa vie terrestre !

Toi, la plus belle des belles, la sultane des sultanes, la lionne de tous les lionceaux, la forte et la puissante, donnenous aujourd'hui ce que les hommes nous ont refusé !

Donne-nous le bonheur !

Donne-nous l'ivresse !

Donne-nous la volupté!

Donne-nous l'oubli de la terre ! ^

Et nous te couvrirons de fleurs, et nous serons tiennes jusqu'à la fin !

Amin 1 amin ! amîn ! ! !

* La sultane Validée est la mère du Sultan, C'est elle qui dirige en toute aulorilé le harem impérial. Quand la mère du Sullan n'existe plus, c'est à lu mcre nourrice qu'est dévolue celle haute situation.

ET. KTAB. 14

Concluons.

La femme est beaucoup par elle-même, mais elle est aussi par l'instruction et l'éducation qu'elle reçoit. Telle qu'elle est élevée dans la religion musulmane, sous l'influence des idées d'un naturalisme qui n'a rien de commun avec la triste philosophie que nous avons baptisée de ce nom, la femme de l'Orient est, forcément, plus prévenante, plus chacîj^, tout en étant plus réaliste que la chrétienne; elle a sur elle l'avantage (je parle ici des femmes en général, c'est-à-dire des filles du peuple, des paysannes, des petites bourgeoises et non des femmes du monde et du demi-monde en particulier) d'être d'une propreté méticuleuse et absolument irréprochable. Cette propreté physique semble être le véritable vêtement de son état moral. Cet état, en efi'et, elle cherche à le garder pur de toute souillure, conformément à la loi qui a fait d'elle la compagne de l'homme, mais la compagne soumise et obéissante pour laquelle, encore plus que pour son maître, s'ouvre la vie ultra-terrestre des expiations et des récompenses.

Superstition, dira-t-on!

Superstition, soit ! Mais avec elle, vous n'avez pas la démoralisation qui s'est emparée de toutes nos classes occidentales, et a ouvert largement la brèche aux passions matérialistes et sanguinaires de cette fin de siècle.

Avec cette philosophie de l'Islam, bien plus qu'avec ses eunuques, l'époux musulman dort tranquille, sans craindre le développement cornu de ses bosses frontales, tandis que le

catholique se trouve dans la nécessité ou de rire du dieu cocuage ou de punir les deux coupables. Deux nécessités aussi tristes l'une que l'autre.

Avouez, chers lecteurs, que celte superstition a du bon, ainsi que l'a constaté le D"" Kœstner, dans l'abracadabrante statistique que j'ai donnée à la page 127.

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