LA BESTIALITÉ CHEZ LES RUSSES
elles se passaient du temps de Virgile, et qu'il en est actuellement encore de môme dans les solitudes des hauts pâturages espagnols et pyrénéens.
Je ne parlerai pas ici des différents cas de bestialité qui ont été constatés dans nos campagnes, ni de ceux que nous racontent volontiers les viveurs et les noctambules des grandes capitales européennes; j'arriverai d'emblée à ce qui se passe en Orient, et particulièrement dans la Russie méridionale, où le crime de bestialité se rencontre fréquemment chez les paysans et les cosaques.
Cette perversion de l'instinct génital doit-elle être considérée comme une maladie psychique, analogue à la sodomie et à l'onanisme ? Je ne le pense pas, car ces deux passions paraissent inconnues ou, tout au moins, repoussées par les amateurs de la bestialité proprement dite.
Ces derniers, en effet, ne paraissent recourir à ce procédé que par le manque de femmes et l'exubérance d'une folie ithyphallique, qu'ils ne peuvent tempérer qu'en ayant recours aux animaux femelles dont ils ont la garde.
Quelques-uns de ces malheureux s'adressent à la bestialité dans le but de se débarrasser de certaines affections, ainsi que le font les Arabes, mais la plupart y sont poussés par la violence de leur tempérament génésique, et en aversion de la pédérastie ou de la masturbation.
Voici une aventure typique, qui m'a été racontée par un ingénieur au service de la Russie pendant la dernière guerre turco-russe.
Ce compatriote suivait en voiture la grande route qui conduit d'Ibraïla au Danube, lorsque son cocher fut forcé de se
ranger pour laisser passer un régiment russe se dirigeant^ chanteurs et musiciens en têle, sur le pont qui devait les conduire en terrain ennemi.
A l'arrière-garde de ce régiment, portant de légers fardeaux, cheminaient une vingtaine d'ànesses. Le bon état de ces bêtes, les soins dont elles paraissaient entourées et l'extrême netteté de leur robe poilue, attirèrent l'attention de notre ingénieur qui, causant en russe avec son cocher, ne put s'empêcher de lui faire remarquer la propreté et la beauté de ces quadrupèdes.
— Parbleu, répondit le cocher en riant, ce sont les amantes du régiment. "Z
Et, comme notre compatriote paraissait ne pas très bien comprendre, l'autre lui expliqua le service particulier que les ânesses rendaient à la plupart des soldats.
Plus tard, notre ingénieur, aujourd'hui habitant de Courbevoie, put constater de visu la véracité des assertions de son cocher.
Ce récit ne fait que confirmer ceux qui m'ont été faits en Orient par plusieurs hommes du peuple, appartenant à la religion grecque, arménienne et catholique.
La chose est du reste à ce point banale qu'elle ne soulève ni surprise ni contradiction. On en parle comme on parlerait de tout autre chose, sans plus de retenue et de cérémonie.
Quand on songe aux atrocités du sadisme, et surtout de la nécrophilie ^ ou viol des cadavres, véritables aberrations d'un instinct génital en délire, n'est-on pas porté, sinon à
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excuser, du moins à comprendre le crime de la bestialité chez des natures presque sauvages, d'une exubérance vitale énorme, vivant souvent en dehors des lois sociales et n'ayant, pour guide moral, que des sentiments religieux ne différant du fétichisme et de l'idolâtrie que par certaines formes extérieures ?
Les sacrifices que les anciens offraient aux faunes, aux satyres et à leur chef Pan ou Priape, car ces deux dieux sont souvent confondus par les mythologues, paraissent n'avoir eu pour origine que le crime même de la bestialité.
Pages.
Avant-Propos. — La mort du Khôdja i à xxvi