‹ El moghreb al aksa; une mission belge au MarocChapitre 6 sur 13 · DE BRUXELLES A TANGER IJ · texte numérisé non relu

DE BRUXELLES A TANGER IJ

vâtres de leurs olives. Horizons mornes et uniformes. Le Guadalquivir, rêvé là-bas dans notre Septentrion, doux et sentimental, se traînant ici sous les espèces d'une eau limoneuse entre des rives sans accent. A Cordoue, le premier oranger et le premier cactus. La température est tiède. Et voici que, durant des heures se maillonnant aux heures, les aloês, les orangers, les cactus se multiplient : le long de la voie des haies kilométriques d'aloës. Plus loin des palmiers nains, simples touffes d'herbes dures. Des blancs éclatants. A l'horizon de droite la Sierra Morena indécise. Des bœufs labourent par files de vingtcing paires comme s'ils traînaient des charrues de grande cérémonie. De-ci, de-là, des ruines sarrasines. L'Afrique a jeté jusqu'ici des choses par dessus le détroit.

Proche Séville nous changeons de train. Pourquoi pensé-je ici à Francis Planté et à la voyageuse de notre premier jour? Quel rapport ? Ah! quel doucereusement aimable monsieur entre dans le compartiment. Que de saluts et d'excuses superflus. Que de colis aussi. Tiens ils sont marqués F. P. Et cette figure ! Mais c'est lui. — Pardon, Monsieur, seriez-vous Francis

Planté. — Oui, Monsieur, enchanté Est-ce

bizarre cette anticipation d'un tel incident par la voyageuse de notre premier jour, et ce pressentiment d'une telle rencontre? Le sous-entendu précurseur des faits que l'événement dit tout haut plus tard, la voix confuse de l'avenir, germant en nous pour les puérilités et pour les catastrophes, perceptibles aux attentifs seulement.

l8 EL MOGHREB AL AKSA

. De Séville rien qu'une vue à revers, lépreuse, délabrée sans autre intérêt que le décor découpé de la cathédrale. Beau soleil, le premier depuis le départ. Couchant merveilleux aux teintes mordorées des plats hispano-mauresques. Dans le crépuscule les cactus et leurs palettes ont Taspect gesticulatoire d'une foule qui nous invective au passage.

Descente à Cadix au milieu d'une bousculade de porte-faix qui se partagent nos bagages comme un butin et de commis d'octroi qui nous persécutent. On nous mène à l'hôtel de Paris : échappe-t-on jamais à l'hôtel de Paris? Enseigne française, cuisine espagnole : coriace. Flânerie nocturne par des rues étroites à miradors surplombant illuminés de bougies dans to.utes les maisons où gîtent des filles affublées du nom saintement impudique de Conception; car c'est, nous dit-on, demain jour de fête pour la Vierge.

Je m'étends dans un lit à baldaquin en cage d'oiseau, enveloppé de mousseline, très gentil. Je rêvasse. L'Espagne que je viens de traverser de mont à mer est au-dessous, certes, de celle qui se peignait en mon imagination : moins accidentée, moins ombragée, moins colorée.

Mais par chemin de fer

Jeudi 8 décembre, — de Cadix à Tanger^ à bord du Mouley Hassan.

A cinq heures du matin, dans l'ombre nocturne diminuante, l'honnête association d'hôteliers et

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