Guill. Tyr., p
11. Sanuto, 1. III, p. XIV, ch. VIII, p. 254, cité dans Historiens des Croisades occidentaux, II, p. 495.
LA PIERRE DE CANA. 301
che se leva contrerrçont entour sa teste, si li fist lieu, et une estoile descendi devant lui, si le servi de sa clarté l. »
De bonne heure la dévotion des empereurs byzantins avait enlevé à la Palestine, pour en parer les églises de Constantinople, plusieurs de ces merveilleuses reliques : la conquête de la Terre-Sainte par les Perses, puis par les Arabes, multiplia bientôt et justiûa ces spoliations. Ce fut oeuvre de piété que d’arracher aux infidèles ces vénérables monuments, et les empereurs furent pius fiers d’une relique regagnée que d’une province reconquise. Héraclius, Nicéphore Phocas, Jean Zimiscès rapportèrent en triomphe « comme un présent du ciel, comme un trésor incomparable »2, le bois de la vraie croix ou les souvenirs de la vie du Sauveur3; Romain Lacapène mit en œuvre toute sa diplomatie pour conquérir à l’Empire les fameuses images d’Édesse4 5 6. Au milieu des chants religieux, des processions et des fêtes 5, on apportait les Saintes reliques dans la ville « gardée de Dieu »: on les transportait en grande pompe dans les sanctuaires les plus vénérés, à Sainte-Sophie, aux Blachernes, ou dans la chapelle du Palais : parfois on élevait pour les abriter des oratoires particuliers; et l’Église même proclamait solennellement leur vertu miraculeuse3. Pour en multiplier les effets salutaires, on cassait quelques fragments de ces pierres vénérées et les plus grands personnages de l’empire en recevaient des morceaux7; plusieurs nous sont parvenus avec les reliquaires qui les contenaient.
Les plus grandes églises de Constantinople étaient fïères de montrer de semblables trésors. Sainte-Sophie conservait dans une salle particulière la margelle du puits de la Samaritaine8 (tô âyiov ypiap) et dans l’église même la partie supérieure du sépulcre du Sauveur 9 10 11, un bassin de marbre où le Christ lava les pieds de ses disciples 19, un petit plat de marbre qui avait servi à la Cène **. Au palais du Boucoléon, dans la chapelle impériale, on gardait la pierre qui