‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 179 sur 186 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

3. En 1217 on montra à Thietmar « vestigia ubi ydrie posite fuerant », et on lai conta que la citerne où fut puisée l’eau du miracle renfermait encore « aquam habentem saporem vini » (édit. Laurent, p. 4). En 1231, l’auteur des Pélerinaiges por aler en Jhernsalem dit que l’on voit à Gana « le lieu où les noces furent faites » [Itinéraires français , p. 101. Gf. Gont. Guill. Tyr., ibid., p. 172). Vers 1265 on montrait seulement « le lieu où les VII ydries estoyent » (ibid., p. 187. Gf. p. 197).

[Nous trouvons dans un curieux volume du xvne siècle (Le voyage de la Terre-Sainte, par M. I. Doubdan, chanoine de l’Eglise Royale et Collégiale de Saint-Paul, à Saint-Denis en France, et confesseur du célèbre monastère des Ursulines de la mesme Ville. — Paris, M.DG. LXVI (3° édition) —le récit d’une excursion faite en 1652 à Gana. Il nous semble intéressant de suivre jusqu’à cette époque les traditions religieuses de la petite ville : « De là descendant une petite vallée pierreuse, nous arrivasmes à Cana, qui n’est plus qu’un cliétif village, qu’il nous fallut traverser d’un bout à l’autre, pour voir l’Eglise que sainte Plelene a fait bastir à la place de la Maison que Nostre Seigneur a lionoré de ce premier miracle : c’est unbastiment fort ancien, tout fait de pierres de taille, qui consiste en deux grands corps de logis, dont celui de main droite est l’Eglise, qui est une voûte longue environ de quarante pas, et large de vingt, soustenüe au milieu d’un rang de colomnes, et quelques fenestres qui y donnent le jour. Elle est toute déserte, et néantmoins encore toute entière, et sert de Mosquée à ceux du pays, et dessous icelle est une Chapelle qu’on ditestreau mesme endroit ou Nostre Seigneur fit cette merveille. L’autre partie est un grand logis, qui estoit la demeure des Ecclésiastiques, ou à présent logent les Santons, et entre ces deux bastiments est une court assez spacieuse, sur la porte et entrée de laquelle est une grande pierre qui sert de linteau, où sont taillés en relief trois pots ou cruches, avec quelque escriture ancienne, et à moitié effacée, qui faitparoître que c’est le mesme lieu où ce grand miracle a esté fait. (En marge : Le Trésor de S. Denys en France se glorifie d’avoir une des cruches qui servirent à ce miracle. L’Eglise de S. Sauveur d’Onese en Espagne en possède une autre).

« De là nous retournasmes sur nos pas à l’entrée du village par où nous avions passé, pour aller voir la Fontaine où on alla puiser l’eau qui servit

LA PIERRE DE CANA

reliques, à Jérusalem, où l’on conservait deux hydries, dans l’église de Saint-Jean-Baptiste, et au Temple 1 ; à Constantinople surtout qui dès le milieu du x° siècle possédait deux q,u moins des urnes de Gana 2.

La pierre sur laquelle le Christ s’était couché ne dut point demeurer fort longtemps en Palestine. Antonin de Plaisance, le dernier témoin de la domination chrétienne en Syrie, est aussi le dernier qui mentionnel’existence de ce monument à Cana; Arculf, qui voyageait en Palestine vers 670, Willibald, qui y vint vers 724, n’en ont déjà plus connaissance ; les textes postérieurs l’ignorent entièrement. On peut donc croire sans invraisemblance qu’au moment où l’invasion perse ou arabe menaçait de profaner les sanctuaires de la Terre-Sainte, quelque chrétien pieux, peut:ôtre même quelque empereur de Byzance, a pris à tâche de sauver cette précieuse relique. L’examen de l’inscription semble confirmer celtehypothèse : les caractères appartiennent au vi° ou au vnosiècle, et la manière dont l’inscription est tracée sur la pierre prouve qu’à l’époque où elle fut gravée le marbre dut être changé de place. Quand Antonin de Plaisance visita Cana, la pierre s’appuyait, comme au icr siècle, sur sa face inférieure A'B'C'D' : c’est ce que démontre le lieu où il inscrivit son proscynème. Quand la seconde inscription fut gravée, la pierre était dressée sur sa faceAA'DD', et, pour en assurer l’équilibre, maintenue sans doute entre deux murs s’appuyant sur les grandes faces ABCD et A'B'C'D'. En d’autres termes postérieurement à l’année 570, et sans doute au commencement du vu0 siècle la pierre de Cana fut enlevée de la place qu’elle occupait depuis

à ce miracle Cette fontaine est fort belle et abondante en eau, qui fait un

ruisseau qui court le long du village Elle est toute dans terre, et revestuë

de tous costez de pierres-de-taille, avec deux escaliers aux deux costez, pour descendre à l’eau, qui est fort fraische et excellente (p. 539-540). P. P.]

1. Anonyme de 1130, dans Vogué, les Églises de la Terre-Sainte , p. 412-

2. La princesse grecque Théophano, femme d’Otton II, empereur d’Allemagne, porta ces deux reliques de Byzance en Germanie : l’une fut donnée par l’impératrice à l'abbaye de Quedlinburg ( Annales archêol., XII, 92); l’autre envoyée par Otton III, fils de Théophano, à son ancien précepteur Bernxvald, évêque d’Hildesheim ( Ann.arch ., XII, 92). D’autres urnes se rencontrent au xie siècle à Venise (Ann., arch., XII, 91, XXII, 133), à Ravenne ( ibid ., XXII, 133), à Angers (ibid., XI, 254), cette dernière donnée en 1450 à la cathédrale de cette ville par René, roi de Naples et de Jérusalem. Le trésor de Saint-Denis (ibid., XII, 397, inventaire du xviic siècle), l’abbaye de Port- Royal de Paris (ibid., XII, 398), le couvent de Saint-Florent de Saumur (ibid., XI, 256) et une église de Soissons (ibkl., XVI, 198) se vantaient également de posséder des parcelles de ces précieuses reliques. Nous n’avons point à discuter ici l’authenticité, fort problématique, de ces monuments de provenance inconnue. Cf. Vogué, loc. laud., p. 256, note 1.

près de six cents ans. 1 Ce changement s’explique aisément si l’on admet qu’à ce moment la relique fut transportée hors de la Palestine': il reste à montrer maintenant comment elle put parvenir à Élatée.

Dans l’histoire si obscure encore de la Grèce à l’époque byzantine, on ne saurait dire quel rôle joua la petite ville d’Êlatée. Siège d’un évêché au iv° et au ve siècle 2, elle n’apparaît postérieurement à cette date sur aucune des listes ecclésiastiques 3 4 5. Dans les textes relatifs à la géographie de l’empire, elle est mentionnée une seule fois, à notre connaissance: au vie siècle, Hiéroclès la nomme parmi les villes de l’éparchie d’Helladeh II semble qu’à cette époque Justinien la comprit dans laligne de fortifications destinée à défendre la péninsule : M. Paris dans les fouilles qu’il a faites au temple d’Athéna Cranaia, au NE d’Élatée, a reconnu avec certitude qu’une forteresse byzantine s’était élevée sur les débris du sanctuaire païen : et des monnaies à l’effigie de Justinien et de Justin II, trouvées parmi les ruines, attestent qu’au vie siècle les Byzantins tenaient cette importante position3. D’autres monnaies découvertes aux environs de la chapelle de la Panaghia montrent qu’au Xe siècle et jusqu’au xii° Élatée gardait quelque importance. Ce serait toutefois un hasard singulier qu’une relique aussi considérable que la pierre de Gana eût été transportée directement de Palestine dans une ville de province aussi obscure. Un simple pèlerin eut été fort embarrassé d’emporter de Galilée en Grèce un marbre de cette importance : et l’on ne saurait admettre que l’empereur ou quelque grand personnage se soit volontairement dépouillé d’une relique si précieuse en faveur d’une ville que ne recommandait aucun titre particulier. L’examen des lieux et certaines circonstances accessoires permettent d’ailleurs de présenter une hypothèse plus vraisemblable.

1. On objectera peut-être que la pierre fut enlevée de la maison des noces pour être, à Gana même, transportée dans quelque église; mais il faut observer que la maison même étant en quelque manière un endroit consacré — au xme siècle encore on le recommandait à la vénération des pèlerins ( Itiner . franç., p. 101) — l’utilité de ce transfert ne s’expliquerait guère.

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