‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 53 sur 186 · V. Laloux, L’architecture grecque, p · texte numérisé non relu

V. Laloux, L’architecture grecque, p

2. C’est à dessein que nous n’émettons pas dans le texte d’hypothèse au sujet de l’emploi de l’autre chapiteau. Sans doute puisque ceux de ce modèle, comme ceux de l’autre, ont été trouvés sur l’emplacement même du temple, ou tout à côté, ne doit-on pas songer aux portiques, mais plutôt aux colonnes que nous avons restituées à l’entrée du pronaos et de l’opisthodome. Le niveau du dallage du pronaos et de la cella étant, selon la règle, plus élevé que celui du péristyle, il était tout naturel que ces colonnes fussent plus courtes et plus trapues. Peut-être tout simplement faut-il penser que dans le portique extérieur il y avait des différences entre les colonnes; cela ne serait pas exceptionnel ; on pourrait en trouver plus d’un exemple en Grèce, où tous les édifices n’étaient pas construits avec le môme soin que le Parthénon; n’oublions pas d’ailleurs que le temple d’Athéna Cranaia était fort modeste.

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La hauteur de la corniche est bien connue, c’est l’épaisseur du larmier.

Quant à l'architrave, y compris les goutter et le listel, nous lui donnons, comme cela est presque de rigueur, la même hauteur qu’à la frise.

Reste le fronton; rien ici, dans les documents recueillis au cours des fouilles, ne pouvait nous guider. Nous l’avons dessiné suivant les proportions les plus fréquentes à la belle époque de l’architecture grecque, c’est-à-dire que nous avons fixé la hauteur maximum du tympan au huitième de sa largeur totale.

Aux deux angles, nous avons adapté deux mufles de lions formant gargouilles, commeauParthénon par exemple, pour la simple raison qu’un grand nombre de ces ornements ont été retrouvés, et que leur place en cet endroit semble tout indiquée. Enfin, aux deux angles latéraux et au sommet du temple nous avons dessiné des acrotères en forme de palmettes; cette décoration est purement hypothétique l.

Nous avons borné là notre essai de restauration et nous sommes contenté d’un tracé sommaire, car notre but était surtout de donner une idée un peu précise des formes et des proportions du temple d’Athéna. Il nous apparaît comme régulièrement construit suivant le canon dorique le plus généralement usité au v° siècle. Mais il est fort possible qu’il soit antérieur à cette époque. En effet, si on le compare au Théseion d’Athènes, dont le souvenir s’est présenté le premier à notre esprit, comme à l’esprit de Dodwell, parce que les deux édifices ont à peu près la même grandeur, et qu’ils sont tous les deux de la forme périptère hexastyle, ayant treize colonnes sur le grand côté, on voit qu’il devrait être d’aspect plus bas et plus lourd; les colonnes en ont 4m,40, seulement, tandis que celles du Théseion ont 5m,70 ; et de plus l’entre-colonnement est diastyle à Élatée, tandis qu’il est eustyle (2 diamètres 1/2] à Athènes.

Il faut ajouter que le Théseion était tout entier construit en marbre, tandis que l’architecte du temple d’Athéna avait fait un large emploi de la terre cuite; c’est là, selon M. Dœrpfeld dont l’autorité est grande en ces matières, une preuve d’antiquité.

1. Notre ami, M. Blavette, a bien voulu dessiner, d’après nos mesures et nos croquis trop imparfaits, les planches V et VI, dont nous gardons du reste toute la responsabilité.

C’est ici le lieu de parler d’un grand nombre de fragments en terre cuite 1 2 qui donnent au monument une valeur exceptionnelle; nous regrettons que notre inexpérience de dessinateur ne nous permette pas de montrer quelle place ils tenaient dans la décoration extérieure du temple, et le caractère tout particulier qu’ils imprimaient à cette construction. Cette lacune est d’ailleurs moins regrettable, depuis que MM. W. Dœrpfeld, F. Græber, R. Bormann, K. Siebold, ont publié trois mémoires complémentaires l’un de l’autre « Sur l’emploi des terres cuites aux corniches et toits des monuments grecs 2 ». Nous pouvons nous contenter de dire que les corniches courant autour du temple, au dessus des larmiers, et celles qui encadraient le tympan des frontons, étaient non pas en marbre, ni en pierre calcaire, comme le reste de l’entablement, mais en terre cuite peinte, et que le temple d’Élatée doit être rapproché sur ce point du Trésor des habitants de Géla à Olympie, des temples de Sicile, en particulier du temple C de Sélinonte, et des autres édifices tant de Grèce propre que de Sicile, qu’ont signalés les auteurs des mémoires cités tout à l’heure.

Nous devons cependant faire remarquer que les fragments trouvés à Élatée, s’ils sont nombreux, sont de petites dimensions, et que pour cela sans doute, nous n’avons remarqué sur aucun d’eux les trous qui auraient servi à faire passer des clous ; par conséquent il n’est pas absolument certain que ces différents débris deterre cuite peinte proviennent d’un revêtement, comme ceux qu’ont étudiés M. Dœrpfeld et ses collaborateurs; la chose est seulement très probable. En second lieu, sur les grands côtés du temple, à la place d’une simple plate-bande décorée d’un dessin courant, comme au Trésor de Géla ou au temple G de Sélinonte, formant la paroi externe du chéneau, il y avait certainement à Élatée une frise de terre cuite ornée de rinceaux en relief entrecoupés de mufles de lions formant gargouilles. C’est pour cela que nous avons restitué des têtes de lions aux angles extérieurs du fronton.

Nous savons bien, d’ailleurs, que cette disposition n’est pas exceptionnelle ; sans parler de Pompeï, où le mufle de lion sert de décoration courante au bord des toits de la plupart des mai-

1. Nous en donnons le catalogue à la fin de ce volume ( Appendice II).

2. Ueber die Verwendung von Terrakotlen am Geison und Dache griechischer Bauwerke (21° Programm zum Winckelmanns Feste), von W. Dôrpfeld, F- Grâber, K. Bormann, K. Siebold (Berlin, 1881).

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sons, et pour nous enteniraux monuments de l’art purement hellénique, plus spécialement encore aux terres-cuites, on a trouvé à Olympie une certaine quantité de fragments, qui avaient la même destination. Ils ont été publiés en planches photographiques dans la grande collection des Ausgrabungen zu Olympia *. Par malheur, il n’est pas dit exactement dans le texte qui accompagne ces planches, et qui est très sommaire, où ont été trouvés les objets qu’elles représentent, et de quels monuments d’Olympieils proviennent, ce quieûtpermis de fixer avec assez de certitude la date de la construction du temple d’Athéna Cranaia 1 2.

Nous avons énuméré et décrit, dans le Bulletin de Correspondance hellénique , les principaux fragments de terre cuite provenant de cette décoration assez exceptionnelle, les corniches, les antéfixes, les gueules de lions. Si l’on veut bien se rapporter à ce catalogue, que nous reproduisons en appendice, on verra que ces différents morceaux ne sont de style ni médiocre ni banal.

Passons sur les débris de corniche; ils sont trop menus pour qu’on les puisse bien juger, et cependant on peut vanter l’élégance de certains motifs, méandres oupalmettes, qui rappellent toujours et quelquefois copient à s’y méprendre les plus heureux des motifs analogues connus par les fouilles d’Olympie. Les antéfixes, au moins, et surtout la gouttière ornée de mufles de lions prouvent que l’obscur sanctuaire d’Athéna Granaia, perdu sur un pic phocidien, fut décoré avec le même soin et le même goût que plusd’un édifice célèbre, etque l’architecte était un artiste vraiment digne de ce nom.

Il est malaisé de décider quel type d’antéfixe avait adopté cet architecte pour border le toit du temple, car nous avons rencontré presque indifféremment trois modèles sur l’emplacement et aux abords immédiats de l’édifice ; nous opterions volontiers pour celui où se retrouve le même rinceau qui flanque les mufles de lions de la gouttière ( Append . II, n° 7) ; mais nous n’ignorons pas que des antéfixes des divers types ont pu d’ailleurs être employées simultanément; par nature, ces ornements sont fragiles; on dut, sans aucun doute, avoir souvent à remplacer ceux qu’un accident avait abattus, et à défaut d’exemplaires du type primi-

1. Ausgrabungen zu Olympia, 1875-76, taf. XX; 1878-79, taf. XXVIII, XXIX ; 1879-81, taf. XXX.

2. Bœtticher (Olympia, p. 356, fig. 66-67), publie cependant deux mufles de lions trouvés dans les ruines du portique d’Écho,

tif dont le moule était usé ou détruit, on employa des exemplaires de modèle plus ou moins voisin. Quoiqu’il en soit, les planches VII et VIII permettent d’apprécier la grâce et la légèreté des rinceaux et des fleurons qui s’enroulent à la surface de ces modestes ornements; simple ou compliqué, le dessin est toujours élégant et pur, le modelé toujours sobre et vigoureux, et l’on doit cet hommage au bon goût des coroplastes, qu'ils ont su modérer leur imagination et leur riche fantaisie pour conserver à ces membres d’architecture leur vrai caractère architectural ; ce sont bien là lesantéfixes qui conviennent à la sévérité dorique.

Mais ces antéfixes, comme les corniches peintes, sont encore, et ne sont que les produits d’une ingénieuse et délicate industrie : les mufles de lions que nous aA’ons déjà signalés deux fois sont vraiment des œuvres d’art. Un seul s’est retrouvé presque intact ; il est reproduit à la planche VII ; à côté de lui sont représentés non pas les fragments les plus importants comme grandeur, mais les plus intéressants par leur style. Tous se peuvent rapporter à deux modèles principaux qui sont l’un et l’autre de grande beauté. La crinière épaisse s'épanouit autour du front qui se plisse ; les yeux profondément enfoncés dans l'orbite, hors de laquelle saillit la prunelle, donnent à la bête une expression de colère et de férocité. Les naseaux sont énormes et largement ouverts, les lèvres épaisses et contractées en un rictus effrayant qui dénude les crocs acérés. La bouche est franche et vigoureuse, le modelé large ; le coroplaste a bien compris que ces tètes féroces devaient être vues d’en bas, et que, par suite, il fallait laisser à la distance l’office d’adoucir les ombres et d’établir les transitions entre les plans vigoureusement unis.

L’intérêt de cette série unique réside encore dans la variété que l’ouvrier a su donner, par d’habiles retouches, à des modèles sortis d’un même moule. On reconnaît la main d’un artiste qui s’est plu à donner à chacune de ces figures identiques un caractère propre. 11 a suffi pour cela de quelques coups d’ébauchoir bien dirigés, creusant une prunelle ou une narine, accusant les plis des babines, aiguisant les crocs, séparant ici les poils des crinières en niasses lourdes, les divisant là en mèches longues, séparées par des raies d’ombres parallèles. Ajoutons que certaines parties de la tête étaient peintes et que les coroplastes ont trouvé là une nouvelle source de variété. D’ordi-

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naire c’est la crinière, sur laquelle se délache la gueule qui reçoit la nuance la plus foncée, une sorte de brun tirant sur le violet.

Nous avons rappelé, à propos des mufles de lions d’Élatée, qu’à Olympie avaient été découverts des mufles à peu près semblables. Les mufles d’Élatée nous semblent pourtant plus beaux que ceux d’Olympie. Ils sont d’un modèle plus original et semblent moins les produits d’une industrie un peu routinière qui multiplie en grand nombre les épreuves d’un moule invariable. Si l’on veut comparer les figures de la planche VII aux photographies d’Olympie mentionnées plus haut, on verra, que la comparaison est tout à l’avantage des premières1. Nous irons plus loin, et sans vouloir insister sur un rapprochement qu’on reprochera peut-être à notre vanité d’inventeur, nous dirons qu’à notre avis les gargouilles d’Élatée sont plus belles encore, d’un style plus ferme et plus personnel que les têtes de lions célèbres du Parthénon ou des Propylées de l’Acropole; la terre cuite a ici des qualités de force et d’accent qui manquent au marbre 2 .

Ces mufles, nous l’avons dit, servaient de gargouilles; par la gueule largement ouverte l’eau s’écoulait et se projetait en dehors du périmètre du temple; à droite et à gauche les mufles étaient flanqués de rinceaux très gracieux qui s’affrontaient, et qui étaient moulés en même temps que les mufles eux-mêmes, comme on peut s’en rendre compte en regardant la planche VII. Ces rinceaux formaient la décoration du chéneau. Il ne nous a pas été possible d’en reconstituer un seul entièrement; nous avons pourtant recueilli onze morceaux qui ont certainement la même origine. Le chéneau ressemblait probablement beaucoup à celui qui a été découvert assez bien conservé à Olympie (Ausgrabungen, 1873-76, pl. XX) 3. A Élatée, le bord supérieur était orné d’une moulure saillante sur laquelle on voit encore les traces d’une décoration en couleur brune ; c’est une sorte de grecque.

Nous n’avons pas encore parlé du toit du temple, mais l’em-

1. Nous répétons ici, en grande partie, ce que nous avons dit de ces gargouilles dans le Bull, de Corresp. hellén., 1S87, p. 55 et 56.

2. V. Laloux, Architecture grecque, üg. 108, p. 121. Cf. Kekulé, die antiken Terracotten, II (Sicile), p. 45. flg. 97. Mufle trouvé à Géla. — Newton, Halicarnassus, atlas, pl. XXX {Lions Heads from cymatium).

3. Cf. üpoomxà xt^ç âpx- èTaipiaç, 1882, pl. B (gouttière en marbre trouvée à Épidaure) ; cf. ibid., 1884, pl. II.

LIC TEMPLE 1) ATHENA CRANAI A.

ploi de la terre cuite dans la décoration, peut-être même dans la construction de l’édifice ne laisse aucun doute sur ce fait que les tuiles étaient faites aussi de cette matière et non pas en marbre.

Du reste, les tuiles ou fragments de tuiles en terre cuite étaient en très grande quantité dans les décombres ; nous en avons certainement recueilli plusieurs milliers, de toutes les dimensions et de toutes les formes. Notre attention, comme il était juste, s’est surtout portée sur les fragments, assez nombreux, qui portaient des lettres inscrites, et l’étude de ces humbles documents, trop souvent négligés, nous a conduit à des conclusions qui ne manquent pas d’intérêt K

i. Les inscriptions grecques sur briques ou tuiles sont assez rares, et le catalogue en est facile à dresser ; on nous saura peut-être gré de le faire.

1!) Le Bas et Foucart, Inscriptions du Péloponèse, Corinthe, n° 87 :

Sur un fragment de brique trouvé à Corinthe [Expédition de Morce, III, p. 63, 1) :

cfiPOAFI^

’A]çpoS(s)to-[iou

Ce génitif est le nom du fabricant ou d’un magistrat.

2° Ibid., Tégée, n°14I :

« Sur un fragment de brique (copié en 1868 par M. Foucart) :

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