‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 52 sur 186 · RESTITUTION DU TEMPLE. — PLAN. — ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

RESTITUTION DU TEMPLE. — PLAN. — ÉLÉVATION

La description que nous venons de faire de l’état actuel des raines, les mesures que nous avons prises avec soin sur le terrain et les remarques que nous avons relevées jusqu’ici à propos de tel ou tel détail, permettent de reconstituer avec quelque vraisemblance le plan du temple d’Athéna Cranaia. Nous pensons que la planche Y dressée d’après ces données ne doit pas différer beaucoup de celle qu’on eut établie alors que le monument était encore debout ; nous y avons pourtant introduit quelques prudentes hypothèses.

Du temple lui-même il ne reste, nous l’avons dit, qu’une longue bande du stylobate (grand côté de l’Est) portant cinq bases de colonnes encore en place, celles qui, en allant du Sud au Nord, porteraient les numéros 1, 3, 4, 5, 8 ; nous savons d’ailleurs que les colonnes ont, à la base, un diamètre de 0m,75, et que l’entre-colonnement, mesuré entre les centres des colonnes conservées 3 et 4, est égal à trois diamètres, ou, comme disent les architectes, diastyle; si l’on suppose que le temple avait sur le grand côté treize colonnes, cela donnera pour douze entre-colonnements une longueur de 27 mètres; il faut ajouter à cette longueur une longueur d’un diamètre, c’est-à-dire 0m,75, puisque l’entre-colonnement est compté d’un centre de colonne à l’autre, et de plus une longueur très petite, que nous évaluerons d’après la place de la colonne 1 conservée, à 0m,25 et qui sera la distance des deux colonnes d’angles au bord extérieur

du stylobate. Nous arrivons ainsi à une longueur totale de 28 mètres pour le grand côté. D’ailleurs, cette distance est trop grande, puisque nous savons que les deux entre-colonnements extrêmes sont plus courts que les autres ; en évaluant ces deux entre-colonnements à 2 mètres au lieu de 2ra,25 (nous retranchons à chacun 0m,25, soit 1/3 de diamètre), nous obtenons une longueur de 27m,50. Or, c’est justement la longueur de la partie conservée du stylobate et de son prolongement, c’est-à-dire de ses substructions jusqu’à l’angle de la première plate-bande nivelée, au Nord. Si l’on restitue les colonnes tout le long de ce côté, on verra que la treizième viendra exactement se placer à l’angle de cette plate-bande.

Dès lors cette plate-bande nous donne la position et la direction précises du petit côté Nord du temple. Elle a une longueur de llm,50. Or, par des calculs analogues à ceux qui précèdent, nous arrivons facilement à démontrer que c’est juste la longueur nécessaire cà la construction d’un portique de six colonnes égales aux colonnes du grand côté Est. En effet, nous

devons trouver :

1° i diamètre de colonne, soit 0m,75

2° 2 entre-colonnements diastyles d’angles, soit. . 4

3° 3 entre-colonnements diastyles normaux, soit . 6 73

Au total llm,50

Il est vrai que nous ne tenons pas ici compte de la légère distance qui devait exister, sur le petit comme sur le grand côté du temple, entre les colonnes d’angles et le bord extérieur du stylobate ; mais cette longueur de 0m,25 environ a parfaitement pu être prise sur le stylobate lui-même ; n’oublions pas en effet que nous avons pu mesurer seulement la plate-bande sur laquelle était construit le stylobate, et que ce stylobate a pu dépasser un peu ; nous voyons sur le plan de l’état actuel que la seconde plate-bande, dont nous dirons l'emploi, était un peu plus longue que la première ; cela indique que le temple débordait légèrement ses fondations en cet endroit.

Ces deux côtés consécutifs étant reconstitués, et le temple étant ainsi nettement déterminé comme périptère hexastyle diastyle, on retrouve très simplement les deux côtés respectivement parallèles; le stylobate de ces deux côtés vient s’appliquer sur les surfaces aplanies.

Sur le plan, nous avons teinté en noir les colonnes subsistan-

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tes et en place, en rouge les colonnes restituées; les hachures noires indiquent la partie du stylobate encore existante, les hachures bleues les plates-bandes de substructfon apparentes en l’état actuel.

Le périmètre ainsi établi, quelle sera la disposition intérieure du temple? Ici, rien ne servant à nous guider, nous avons dû nous livrer à des hypothèses.

La première question qui s’est posée est celle de l’orientation du temple; la façade principale était-elle tournée vers le Sud ou vers le Nord ? Pour la première solution plaide l’existence de la terrasse, profonde de 25 mètres, large de 33, qui occupe l'angle du téménos; elle semble de prime-abord, par ses dimensions et sa place, bien préparée pour recevoir les statues et les ex-voto de toute espèce qui devaient s’accumuler aux portes du sanctuaire. Cependant nous pensons que l’entrée était plutôt au Nord, parce que de ce côté la vue pouvait mieux s’étendre non seulement sur le téménos tout entier, sur les habitations et les portiques sacrés, mais encore sur les montagnes avoisinantes, sur Élatée et la plaine de Phocide. De plus, de ce côté les substructions du temple sont plus importantes et plus soignées; il semble que l’on se soit mieux appliqué sur cette face à aplanir le roc pour assurer la solidité et l’aplomb de l’édifice. Ce sont là des raisons de sentiment, dont nous n’exagérons pas l’importance, mais qui, dans le doute, nous ont décidé à placer de ce côté le pronaos.

Nous avons indiqué les murs du pronaos, du naos et de l’opisthodome par une teinte rouge ; la disposition, de pure hypothèse, est empruntée exactement au Théseion d’Athènes, qui, Dodwell l’a dit depuis longtemps, est par ses proportions le temple dont se rapproche le plus le temple d’Athéna Cranaia.

Nous avons placé des colonnes, comme au Théseion, à l’entrée du pronaos et à l’entrée de l’opisthodome, parce que parmi les chapiteaux trouvés dans les ruines il s’en est rencontré de deux modèles différents; nous les avons indiquées également en rouge. Un quadrillage de traits rouges indique un dallage hypothétique du temple ; nous avons utilisé pour ce tracé les saillies de pierres que nous avons notées dans la partie conservée du stylobate : ces détails ne s’expliquent que par un agencement exact des matériaux du stylobate et des matériaux employés au pavage du sanctuaire.

Autour du temple, sur les trois côtés Sud, Nord et Ouest, nous

avons restitué et marqué par des hachures rouges un degré dont l’existence était nécessaire, vu la différence de niveau du stylobate et du pavage avec le rocher ; on n’explique du reste que par la nécessité d’appuyer solidement un degré la platebande soigneusement aplanie qui longe le côté Nord.

Enfin sur le côté Est nous avons indiqué par un tracé bleu la partie conservée du parapet, et par des hachures noires la partie que nous avons restituée; les raies rouges qui barrent de place en place le parapet indiquent que ce mur devait être recouvert par des plaques de marbre ou du stuc.

Nous avons déjà dit que très probablement la rupture qui se trouve entre le mur de soutènement du temple et celui de la terrasse, au Sud, n’était autre chose qu’une ouverture donnant accès à un escalier. On peut voir sur le plan de l’état actuel qu’à l’autre extrémité de ce même mur, après la double plate-bande qui soutenait l’une la marche d’escalier, l’autre le stylobate, il existe aussi une brèche, et que le mur polygonal ne reprend qu’un peu plus loin, en recul de quelques centimètres sur la ligne du parapet. Il a été impossible de prendre des mesures précises, parce qu’il y a en cet endroit un véritable chaos; le rocher s’y dérobe irrégulièrement, et les constructions y sont bouleversées; mais il nous paraît assez probable, sinon certain, que le parapet s’arrêtait à l’alignement du degré, comme sur la façade Sud, et qu’il y avait à la suite, pour descendre sur le flanc arrière de la montagne, un escalier symétrique au premier; nous l’avons dessiné en rouge.

Avec la restitution du plan, nous présentons (planche VI) un essai de restitution de la façade, où se mêlent aussi la certitude et l’hypothèse. Les éléments du problème sont, avec les mesures des fondations, de la partie du stylobate conservée et des bases de colonnes encore en place, les mesures de quelques membres essentiels d’architecture retrouvés parmi les ruines. En voici la liste :

1° Plusieurs chapiteaux appartenant à deux types distincts, reproduits l’un et l’autre sur la planche IV. Il est à remarquer que l’abaque a la même surface dans tous les deux, mais non la même épaisseur. La différence principale consiste dans la forme de l’échine, dont la coupe donne ici une ligne courbe très prononcée, et là une ligne droite. Dans le premier modèle le diamètre à la base de la partie cannelée est de 0m,545, dans le second de 0m,64. Il semble donc que ce dernier chapiteau ait

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appartenu à une colonne plus trapue et de proportions moins élégantes.

2° Plusieurs morceaux du larmier- dans quelques creux des moulures il reste des traces de couleur rouge; la planche IY donne le profil du fragment le mieux conservé; on remarquera que toute la partie supérieure, au-dessus des gouttes, offre une complication de corniche peu ordinaire.

3° Un fragment de triglyphe (voy. pl. I V). Toujours, jusqu’à présent, on a trouvé les trois parties du triglyphe sculptées dans un seul bloc. Ici, nous ne savons pour quelle raison, la pierre représente une partie d’un caisson de métope et une seule moulure du triglyphe. 11 devait y avoir un raccord. De la manière dont le triglyphe se détache en saillie sur' la pierre on peut inférer que les métopes étaient lisses, ou tout au moins qu’elles étaient décorées de peintures et non de bas-reliefs. Gomme la métope connue d’Ilion, celles du temple d’Athéna Cranaia faisaient corps avec les triglyphes, et n’étaient pas indépendantes.

Tous ces débris, les chapiteaux, le larmier, les triglyphes, sont en pierre calcaire.

Notre premier soin, pour arriver à la restitution graphique de la façade, a été de fixer la forme et la hauteur d’une colonne. Nous avions à choisir entre deux chapiteaux. Il nous a semblé que celui du premier modèle, dont l’abaque est plus épais, dont l’échine est de profil arrondi, et dont le diamètre, à la base de la partie cannelée, est le plus court, convenait mieux dans l’espèce. D’abord, ce chapiteau est beaucoup plus élégant que le premier; il provient certainement d’une colonne plus haute, et devait, par sa légèreté, rendre moins sensible la lourdeur de l’entablement dorique dans un temple de proportions aussi modestes. Mais à côté de ces raisons de sentiment, il en est une de fait. Les colonnes du temple avaient à la base un diamètre de 0m,75; si l’on suppose qu’elles étaient surmontées du chapiteau qui a, à la hase des cannelures, un diamètre de 0m,64, cela donne une diminution de c’est-à-dire à peu près et dans aucun des temples que nous connaissons nous ne croyons pas qu’il se trouve un exemple d’une diminution aussi faible. Au contraire, si l’on adapte à la colonne le chapiteau qui, à la naissance du fût, mesure 0m,545, soit en chiffres ronds 0ra,55 de diamètre, nous sommes en présence d’une diminution dei, or c’est justement la diminution du temple de Némée, et à très peu de chose

LE TEMPLE ü’aTHÉNA CRANAIA.

près celle du temple de Thésée, du Parthénon, du temple de Zeus Olympien b

Pour la hauteur, nous avons tout naturellement songé à adopter la proportion qui semble avoir été canonique au ve siècle, qui est celle des colonnes du temple de Thésée, du Parthénon, des Propylées, soit 5 diamètres 1/2; mais cette proportion, par suite des mesures du chapiteau et de celles que nous avons dû attribuer à l’entablement, aurait donné trop de lourdeur à la colonne d’abord, puis à l'édifice tout entier. Nous avons donc, pour allonger les colonnes, choisi une proportion un peu supérieure, à peu près 5 diamètres 2/3, et la hauteur en a été fixée à 4m,40 1 2.

Ce point établi, il était aussi difficile de déterminer la hauteur de l’entablement, car il n’y a point non plus pour cela de règles absolues; pour toutes données, nous avions l’épaisseur du larmier, et un fragment de triglyphe comprenant une cannelure d’angle, une plate-bande verticale, et une demi-cannelure verticale; en reconstituant, comme cela était aisé le triglyphe total, on arrive à connaître sa largeur, soit 0m,50. Le temple étant liexastyle, il devait y avoir sur la façade onze triglyphes; onze triglyphes larges de 0m,50, donnent une longueur de 5m,50; le temple ayant, sur la façade, une largeur de llm,50, il reste donc 6 mètres qui seront réservés aux dix métopes ; toutes ces métopes sont de même largeur, soit 0m,60, et comme on sait que les métopes sont carrées, que d’autre part les triglyphes forment le cadre des métopes à droite et à gauche, nous arrivons à fixer avec la plus grande précision la hauteur de ces triglyphes; ils auront 0m,60, depuis la naissance supérieure des cannelures jusqu’au listel qui les sépare de l’architrave.

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