‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 63 sur 186 · Paus., X · texte numérisé non relu

Paus., X

mutilés pour qu’on puisse en marquer la place exacte dans l’œuvre totale. Yoici l’aspect que présentent les trois morceaux raccordés : sur une plaque de marbre mal dégrossie, qui devait être recouverte de métal et engagée dans une cavité du piédestal, s’élèvent les plis inférieurs d’une robe de femme, taillés dans le même bloc. On voit que l’étoffe se gonfle sous l’effet du vent ou d’une marche rapide, et ce paquet de draperies rejeté en arrière comme dans les Victoires servait habilement à équilibrer l’inclinaison de la figure penchée en avant. Le fragment a environ un mètre de hauteur et s’arrête au-dessous des genoux.

Nous n’hésitons pas à reconnaître, dans ces débris si humbles, les restes de l’Athéna Cranaia, œuvre des fils de Polyclès, systématiquement brisée pour servir à des constructions barbares.

Les dimensions mêmes sont un premier argument. Il est difficile d’admettre qu’il y ait eu au temple d’Athéna, vu sa modestie et sa position escarpée, plusieurs statues de taille surhumaine, et du moment qu’il y en a une, il est naturel de penser que c’est la statue principale du sanctuaire, celle qui attirait le plus l’attention des visiteurs, celle de la déesse.

En second lieu, Pausanias dit formellement que la déesse est « ec'/teoxffyevfl Le etc y ày r,'j », dans l’attitude du combat, ce qui est parfaitement d’accord avec la disposition des plis de la robe flottante tels que nous venons de les décrire.

Enfin, si d’après le texte de Pausanias, et les indications par malheur trop sommaires de nos fragments, on restitue la statue tout entière, on voit qu’elle ressemble absolument à l’Athéna qui est représentée sur une monnaie de bronze d’Élatée que Prokesch von Osten a signalée d’abord, puis publiée le premier1, et dont nous avons nous-même recueilli un bel exemplaire dans les ruines de la ville. En voici le fac-similé et la description (fig- 9).

Fig. 9. — Monnaie d’Élatée.

1. Prokesch von Oslen, Nichtbekannte Enrop. Griech. Münzen, dans Berlin. Akademieschr. a. d. I. 1845, taf. I, n° 24.

POLYCLÈS ET SA FAMILLE. 123

Dr. Bûcrane décoré de bandelettes tombant à droite et à gauche; entre les cornes, les lettres EA-

Athéna combattant, vue de trois quarts, «marchant vers la droite, la jambe gauche en arrière. La tète est casquée, la poitrine couverte de l’égide. Le bras gauche porte en avant du corps un bouclier rond dont on aperçoit l’ombo saillant. Le bras droit, rejeté en arrière, porte une lance oblique, prête à frapper. La taille est mince et serrée; une tunique courte tombe jusqu’à mi-cuisses; les plis d’une longue robe talaire flottent en arrière et autour des jambes.

Nous n’ignorons pas que les numismates ne sont pas d’accord sur l’explication de cette monnaie.

Prokesch von Osten n’a pas hésité à l’attribuer à la ville d’Élatée et à admettre que l’image reproduit l’œuvre des fils de Polyclès. O. Muller et Wieseler trouvent cette opinion toute naturelle, car les mots de Pausanias « ime uocsyevov w; siç [xàynv » semblent ôter place à tous les doutes l. Overbeck, qui a signalé ce document dans son Histoire de la sculpture grecque, à propos de Polyclès et de ses fils, se range aussi à cet avis, non sans exprimer quelque défiance2.

Mais MM. Imhoof Blumer et P. Gardner3, les derniers éditeurs de la monnaie d’Élatée, se montrent plus que réservés. Dans leur commentaire numismatique de Pausanias ils signalent en même temps un coin autonome en bronze, d’Élatée, portant au revers une Athéna en forme de Palladium, et ajoutent : « Nous rencontrons ici une difficulté. Pallas apparaît combattant dans deux attitudes différentes, et il est impossible de dire avec certitude quelle est la plus voisine de l’œuvre des fils de Polyclès, Timoclès et Timarchidès; mais la date de ces artistes est postérieure à celle de la monnaie (me siècle avant J.-C.). »

Si vraiment les monnaies sont plus anciennes que la statue, il est trop certain que ni l’une ni l’autre n’a pu la reproduire. Mais MM. Imhoof Blumer et P. Gardner ne disent pas pour quelles raisons ils rapportent ces monnaies au ni0 siècle. Élatée, même aux environs de la 156e Olympiade, époque à laquelle nous sa-

1. Müller-Wieseler, Denkmaler cler allen Kunst, II, part. I, tab. XX, n° 214 b.

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