Overbeck, Griech. Plastiki, t. II, p
3. Numismatic Commentary on Pausanias , dans Journal of hellenic studies,
avril 1887, p. 19, pl. LXXIV.
vons que vivaient les fils de Polyclès, pouvait parfaitement frapper monnaie à sa guise. Du reste MM. Imhoof Blumer et P. Gardner ne font cette objection qu’en passant, et sans y attacher une grande importance.
L’embarras qu’ils expriment vient sans doute de ce que les termes dont s’est servi Pausanias sont un peu vagues. ’Ecxsuacpivov â); ei; y.xyv iv signifie, à s’en tenir au pied de la lettre : « préparé comme pour le combat », et cette expression peut s’appliquer à l’Athéna de Tune comme de l’autre monnaie, à l’Athéna en forme de Palladium qui paraît en effet, ayant le casque, la lance et le bouclier, « armée en guerre », et à l’Athéna courant vers la droite, la lance en avant, le bouclier au bras gauche, c’est-à-dire « prête au combat ».
Quoi qu’il en soit, après la découverte des fragments que nous avons décrits, il nous semble qu’il ne peut plus y avoir d’hésitation. Le marbre et la monnaie de Prokesch von Osten s’éclairent l'un par l’autre, et se prêtent un mutuel appui. La monnaie nous aide à reconnaître dans les fragments les restes de l’œuvre des fils de Polyclès, et les fragments prouvent que c’est bien l’Athéna Cranaia, et non pas une autre, qui est représentée sur la monnaie. Il y a accord absolu entre les deux documents. Le bas de la tunique est ici et là rejeté en arrière d’un même mouvement et d’un même effort; les plis, ici et là, sont groupés de la même manière; il y a copie évidente et copie précise; aucune objection ne peut valoir là contre.
Quant à l’Athéna en forme de Palladium, rien n’empêche d’y reconnaître la statue archaïque en bronze qui se trouvait (nous l’avons déjà mentionnée) à l’extrémité de la ville, à droite, statue à qui le peuple d’Élatée était reconnaissant de l’avoir sauvé de Taxile et de ses barbares.
Le module de la monnaie qui nous intéresse est trop faible (0,016) et l’image d’Athéna Cranaia est trop réduite pour qu’il soit permis, d’après ce seul document, d’apprécier le style des fils de Polyclès. Un point nous frappe cependant, c’est que leur œuvre n’est pas d’une conception bien originale. Ni dans l’attitude ni dans le vêtement de la déesse il rfy a rien que nous ne connaissions déjà par bien des représentations antiques. Userait long et superflu de dresser la liste de toutes les monnaies où figurent des Athénas de même type et de même style, et de toutes les statues qui sont ou signalées par les textes, ou parvenues jusqu’à nous; mais nous devions noter la banalité de ce
POLYCLÉS ET SA FAMILLE
thème, à laquelle n’ont pas échappé des artistes du reste renommés. Du moins les qualités de technique et d’exécution semblent avoir racheté cette sécheresse d’invention. L’attitude de la déesse, bien que très peu nouvelle, devait être particulièrement fière et mouvementée. Les sculpteurs ont obtenu cet effet en détruisant le parallélisme naturel des membres et des plis tombants des draperies. La tète est légèrement rejetée en arrière; le corps, cambré, repose tout entier sur la jambe gauche qui se tend et s’arc-boute pour résister à l’effort du bras droit, dont l’élan entraînait le buste. Les deux bras, dont l’un est chargé d’un lourd bouclier, sont écartés du corps; ils ne semblent pas avoir été soutenus par aucun tenon de marbre, ni aucun de ces accessoires parasites qui souvent, dans les statues antiques, ont paru nécessaires à supporter les membres quand des mouvements un peu brusques les séparent du bloc rigide et consistant qui est le corps.
La médaille ne permet pas de juger comment ces sculpteurs traitaient le nu; un fragment de bras (le coude droit, légèrement replié, comme sur la médaille) provenant de la statue, si l’on en croit les dimensions, est trop court pour que l’on en puisse rien inférer; il est d’un modelé un peu lourd et un peu mou. Mais les fragments retrouvés au temple nous renseignent assez bien -Wls sont du reste en harmonie avec les données de la médaille — sur la technique et le style des draperies. L’étoffe, enflée par le vent et la course, est traitée avec verve et flotte bien; mais la facture n’est pas simple. Les plis, systématiquement arrondis et profondément fouillés, ne sont pas très naturels; les lignes profondes et trop ombrées qui les séparent, donnent à l’ensemble quelque sécheresse, et l’école à laquelle appartenaient les fils de Polyclès semble compromettre par ce défaut sensible ses qualités de mouvement et de force.
Ces renseignements ne sont pas les seuls que les fouilles du temple d’Athéna Granaia aient fournis sur des artistes connus.
Un fragment d’inscription donne lieu à une discussion importante. Sur un morceau de corniche en marbre blanc, décorée de deux moulures sculptées d’oves et d’annelets, et qui a pu servir de bordure à une base de statue, on lit, en caractères du second siècle avant Jésus- Christ :
nOAYKAHS£TI!V
et sur un autre fragment semblable, décoré de la même façon,
LE TEMPLE d’atHÉNA CRANAIA.
il reste un trait vertical avec une légère amorce oblique à gauche 1. Après ce débris de lettre il y a un blanc, ce qui indique certainement une lettre finale i.
Peu de généalogies sont aussi obscures que celle de la famille de Polyclès. Elle a tour à tour occupé
Bergk, Zeitschrift fur allen Wissenschaften, 1845, p. 787 et s.
Brunn, Gesch. der griech. Künstler (1850), I, p. 540.
Bursian, Fleckheisen Jahresberichte, LXXXVII, p. 89.
Homolle, Bull, de Corresp. hellén., 1881, p. 590.
Robert, Hermes, XIX (1884), p. 304.
E. Lœwy, Inschr/ften griech. Büdhauer, nos 242, 486, 241 a.
Mais il ne nous semble pas qu’on soit encore arrivé à une solution définitive. Aussi allons-nous d’abord citer, d’après M. E. Lœwy, les textes relatifs aux artistes de cette famille; nous traduirons ensuite la partie de son étude où il résume et discute les diverses généalogies proposées avant lui, et en propose à son tour une nouvelle.
a) Dio Chrysost., XXXVII, p. 122 R : statue d’Alcibiade o; skeysTO tyj ; l IoXu'/.Xc'oo: ts/vy); eivai.
P] Plin., XXXIV, 50 : ol. 102 : Polyclès...
y) Plin., XXXIV, 52 : ol. 156 : Polyclès Athenæus Timo-
cles....
S) Paus., VI, 4, 5 (Olympie) : TzkxGr/iç... tôv ’AttixGv IIoXuxkriç, SxaSiÉü); \xv.QrtTr)ç ’AGrivadou, exécute la statue d’Amyntas, fils d’Hellanicos, d’Ephèse, vainqueur des jeunes gens au pancrace (ol. 145).
a) Paus., VI, 12, 9 (Olympie) : Statue du lutteur Agésarchos,
1. En 1884, M. E. Lœwy, qui préparait alors son recueil des Inschriften griech. Büdhauer, voulut bien nous demander un estampage de cette signature, et la publier en fac-similé. Dans son commentaire, il transcrivit même ( Nachtrag , n° 241 a) un fragment de la lettre que nous lui adressions à ce propos. « Les fragments, disions-nous, devaient former une base très large et assez haute, bien en rapport avec la statue, qui dépassait la grandeur naturelle; et de plus, le rang d’oves soignées, les moulures, la corniche en un mot, qui bordait la base au-dessus de l’inscriptioo, prouvent que la statue avait dans le temple une importance principale. » Nous pensions donc que l’inscription se rapportait à la statue même décrite par Pausanias, et nous admettions trop légèrement une erreur de Pausanias, puisqu’il attribue la statue aux fils de Polyclès, et non à Polyclès. M. Lœwy l’a fait justement remarquer. Notre première opinion n’est pas soutenable, et l'on verra que l’étude approfondie de la question nous a conduit à des conclusions toutes différentes.
POLYCLÈS ET SA FAMILLE
üls d’Haimostratos, de Triteia : xéyyn twv rioWAéoix; -TratScov ; Paus., X, 34, 8 (Élatée). Statue d’Athéna Cranaia: Émviaav. . . xai toDto oi llo Au/./iou ; TcaïScÇ. Ce sont les mêmeS sculpteurs que Pausanias a désignés un peu plus haut (X, 34, 6) comme les auteurs de la statue d’Asclépios à Élatée : T luLoxXviç scai Ti^apyevou;... tou ’AttucoO (Gf. Müller, Kleine Schriften, II, p. 373).
£) Plin., XXXIV, 91 : athletas... et armatos et venatores sacriflcantesque (fecere)... Timarchides.
vi) Plin., XXXVI, 35 : Eum (sc. Apollinem) qui citharam in eodem templo (sc. Apollinis, ad Octaviæ porticum) tenet Timarchides fecit, intra Octaviæ vero porticus ædem Junonis ipsam deam Dionysius et Polycles aliam... item Polycles et Dionysius Timarchidis üli *... Jovem qui est in proxima æde fecerunt.
9) Plin., XXXIV, 80 : Polycles Hermaphroditum nobilem fecit...
i) Gic. ad Attic., VI, 1, 17 : Statue de Scipion, quæ est ad IIoXuxXsouç Herculem.
x) Varro, Sat. Menipp., 201 : Nihil sunt Musæ, Polycles, vestræ, quas æriflce duxti.
ili faut ajouter à ces textes deux inscriptions, l’une, trouvée à Rome en 1842, conçue ainsi : Hoïvo; (?) MaxeSwv. IIo>.ux.X'a<; ÊTcoiei (Lœwy, n° 486), et l’autre à Délos par M. Homolle en 1880 (Bull, de Corresp. hellén., 1881, p. 390; 1884, p. 113 et s.) ; elle se lit sur la base de la statue du romain Gaius Ofellius, et se termine ainsi : Aiovucio; Tip.apyyàou xsù T qjwcpy üoXuxAêou;
’AOvjvaïoi e’-ocrjcrav)1 2.
1. Yoici la note de M. E. Lœwy relative au texte, qui porte tantôt filius , tantôt filii, « Sic Detl. ; filii Ricc., Voss., Müller, Jan, Bergk, Urlichs Clirest. Plin., p. 386, Robert. — [ili Bamb. — filius Mon., Sillig, Brunn, I, 540. Bursian, Ib. f. Ph., LXXXVII, p. 99; Overb. Sq., 2207, et Plcistik, 113, p. 458, rem. 8, Homolle. — Le rapprochement dans la première phrase de Polyclès et de Dionysios, et de tous les deux avec Timarchidès, me semble militer en faveur d'un rapport semblable de parenté entre ces deux artistes et Timarchidès, et comme dans la seconde phrase non seulement Polyclès, mais aussi Dionysios sont évidemment les mêmes que les artistes cités immédiatement avant eux, faire rapporter idem seulement à Polyclès, et par suite Timarchidis filius exclusivement à Dionysios, serait trop difficile. Ainsi la lecture [ili me semble mériter la préférence, lecture avec laquelle s’accorde aussi le travail tout à fait analogue des deux artistes (deux statues de Junon et collaboration à un Jupiter). »
2. G’est à propos de ce texte que M. Homolle et M. Lœwy ont repris
LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANAIA.
« On admet généralement, dit ensuite M. Lœwy, que les artistes désignés par y, e, C» yi, sont de la même famille ; on admet aussi l’identification de Polyclès y avec Polyclès y). Mais on propose différents tableaux généalogiques.
«Brunnpart de ce point que siDionysios y) était le fils de Timarchidès e, et si Polyclès y) était le même que Polyclès, S, le grand-père et le petit-fils auraient collaboré, ce qui est invraisemblable. Donc il faut admettre deux Polyclès ou deux Timarchidès, d’où ces tableaux :
1) Polyclès (7 — (?)
Timoclès (e) Timarchidès (e = «)
Polyclès [-fi) Dionÿsios (rj)
ou bien (avec la leçon filii) :
2) Timarchidès (u)
Polyclès («, y = (?) Dionÿsios (ïj)
Timoclès (e) Timarchidès (e) et de préférence (leçon filius ) :
3) Polyclès (7 = (? = jj) frère ou parent de Timarçhidès.(«)
| | Dionÿsios («)
Timoclès (e) Timarchidès (s)
«L’objection faite à la première généalogie deBrunn, que les fils de Polyclès ont toujours travaillé ensemble, d’où il résulte que Timarchidès e et Timarchidès Y) sont différents, n’est pas valable (cf. E. Lœwy, Inschriften griech. Bildhauer, n09 1H, 112, 113, 221, 222, 228, 229).
M. Homolle 1 s’en tient à la dernière généalogie de Brunn,
l’étude généalogique de cette famille d’artistes. Gomme M. Lœwy nous désignerons les sculpteurs mentionnés là par le mot Délos.