Voyez la note précédente
LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANAIA.
appelé élève de Stadieus, ce qui serait tout à fait extraordinaire puisque son grand-père, son père et son oncle, comme généralement tous les membres de sa famille, ont été des artistes. La théorie de Robert se heurte donc partout à des difficultés; il y a aussi dans les deux derniers points des raisons positives pour admettre généralement que Polyclès y, S, est le père de Timoclès et Timarchidès s. La 136e Olympiade, dans laquelle Pline place Polyclès, suivant son habitude, en même temps que son fils Timoclès, peut très bien désigner le moment où tous les deux entrèrent dans la carrière...
« La nécessité d’introduire un Polyclès plus jeune résulte pour moi de la leçon fîlü. La question de savoir comment les artistes nommés dans l’inscription de Délos se rattachent à ceux que citent les textes est tout à fait indépendante, puisqu’ils ne doivent généralement pas être identifiés avec ceux que citent Pausanias ou Pline. Pourtant on pourrait admettre le tableau suivant, où la succession chronologique est tout a fait normale.
Polvclès (7 = S) frère ou parent de Timarchidès
| | Dionysios
Timoclès Timarchidès (Délos)
(7 = e) (£ = Ç = n ; Délos)
Polyclès (u) Dionysios (»j).
Nous admettons avec Brunn, Robert et M. E. Loewy, qu’il faut distinguer deux Polyclès. L’inscription d’Élatée, POAY- KAHITI[M ne laisse aucun doute à cet égard. Quel est en effet ce personnage?
Et d’abord est-ce un sculpteur, dont l’inscription restituée serait la signature? Rien ne prouve sans discussion possible que ce nom soit inscrit sur une base de statue; mais ce n’est peutêtre pas beaucoup s’avancer que de l’admettre, car on se demande à quoi aurait pu servir une corniche sculptée aussi étroite (0,m12) sinon à décorer un bloc de dimensions moyennes, comme peut être un piédestal dans un petit temple. Les lettres de l'inscription sont trop petites (0,012) pour qu’on puisse songer à une inscription monumentale, et cette inscription même était disposée sur une seule ligne, ce qui ne s’explique bien qu’en supposant une signature. D’ailleurs le nom de Polyclès et celui de Timarchidès ou Timoclès, qui semblent réunis ici, se trouvent si souvent
POLYCLÈS ET SA FAMILLE
rapprochés dans l’histoire de la sculpture grecque, les oeuvres d’artistes de cette famille tenaient une telle place à Élatée, d’après le témoignage de Pausanias, qu’il est difficile de songer à d’autres personnages.
Ce Polyclès est-il le père des auteurs de la statue d’Asclépios à Élatée, et d’Athéna Granaia? S’il en était ainsi, et si la base en question était celle de la statue d'Athéna, le nom de Polyclès se serait trouvé au génitif et non au nominatif; l’inscription aurait eu cette forme : Tip-o/.X^ç xai TqaapyiSrjç Ilo/jr/f/dou: ’AÔrivàiot ÈTCOÎTKTav. Il est d’ailleurs peu admissible ou que Pausanias se soit trompé, et que la statue ait été l’œuvre de Polyclès luimême, ou que Polyclès ait signé une autre statue du temple, car Pausanias n’eùt pas manqué de la signaler en même temps que l’autre. La syllabe TlîVi qui suit le nom de Polyclès, n’est d’aucun secours ici; c’est évidemment la première syllabe du nom du père de Polyclès, nom qui n’est cité ni par Pline ni par Pausanias, dans aucun des passages où il est question de Polyclès d’Athènes, père de Timoclès et Timarchidès. Nous sommes donc amenés à établir les deux fragments généalogiques suivants, où nous avons soin de distinguer deux artistes du nom de Polyclès.
1) Polyclès d’Athènes
Timoclès Timarchidès.
2) Tira....
Polyclès.
Pouvons-nous établir un rapport de parenté entre les personnages du tableau 1 et du tableau 2? Pline, dans un passage que nous avons signalé plus haut (•/)) cite un Polyclès et un Timarchidès, mais il ne dit pas quel rapport de parenté unit ces artistes qui travaillèrent à Rome pour Métellus à décorer le Portique Octavien; il cite aussi Dionysios et Polyclès comme ayant sculpté en collaboration une statue de Junon, et un peu plus loin, à propos d’une statue de Jupiter, dont ces deux mêmes artistes étaient les auteurs, il dit (selon la lecture que l’on adopte) que Dionysios est fils de Timarchidès, ou bien que Polyclès et Dionysios sont fils de Timarchidès. Si nous admettons cette seconde lecture, comme l’a fait M. Lœvvy — il nous semble du
reste que ce fait, le nom du père de Polyclès, sur le marbre d’Élatée, commençant par Tqjt. — et devant se restituer avec toute vraisemblance Tiy(apyySou), est un argument décisif en faveur de la leçon filii ; — si nous admettons filii, et si nous identifions le Polyclès de Pline avec celui de notre inscription, nous ne ferons aucune difficulté de fondre les tableaux 1 et 2 en un seul.
Polyclès I (<y, e, Délos)
Timoclès (s) Timarchidès (s, v?, Délos)
Polyclès II Dionysios
(vj ; Athéna Granaia) (vj; Délos)
Cette généalogie très simple nous paraît d'accord avec tous les textes. En effet Polyclès I, qui n’est nommé que comme père de Timoclès et Timarchidès (Paus., VI, 12, 9; X, 34, 6; X, 34, 8: Homolle, B. C. H., 1881, p. 390 = Lœwy, n° 242), est mis à part. Nous n’avons pas ici à discuter s’il est le même que le Polyclès disciple de Stadieus (Paus., VI, 4, 5).
Les deux frères Timoclès et Timarchidès, fils de Polyclès I, ont sculpté ensemble la statue d’Agésarchos à Olympie (Paus., VI, 12, 8), la statue d’Asclépios à Élatée (Paus., X, 34, 6), et celle d’Athéna Cranaia (Paus., X, 34, 7).
Pendant ce temps, le fils de Timarchidès, Polyclès II, travaillait à une autre statue dans le même temple d’Athéna Cranaia (Inscription POAYKAH2TIM).
Avant d’avoir exécuté ces œuvres, ou plus tard, Timarchidès et ses deux fils sont allés à R.ome, Timarchidès, travaillant seul, sculptait l’Apollon citharède (Plin., XXXVI, 35), pendant que ses fils Polyclès et Dionysios, en collaboration, exécutaient une statue de Jupiter (Plin., ibid.).
Enfin Dionysios et son frère Timarchidès, fils de Polyclès I, à Délos, ont collaboré à la statue de G-aius Ofellius (Loewy, n° 242.) Il est tout naturel que ces artistes, qui avaient travaillé à Rome pour Métellus, aient travaillé aussi à Délos pour un Romain. Les époques concordent parfaitement (voy. Lœwy, p. 177, 7) ; Homolle, B. C. H., 1884, p. 116). Ces voyages et ces travaux communs entre parents aussi proches sont très naturels, et s’expliquent d’eux-mêmes; si Dionysios et Polyclès II
POLYCLÈS ET SA FAMILLE. 133
n’étaient pas parents, on comprendrait avec peine leur rencontre à Rome et leur collaboration.
Il n’y a du reste, dans la signature de la statue de Gaius Ofellius découverte par M. Homolle rien de contraire à la généalogie que nous proposons. M. E. Lœwy dit que Timarchidès (ligne 2) ne peut être le même que Timarchidès (1. 1) qui est le père de Dionysios. La raison qu’il en donne est que Timarchidès serait dans ce cas nommé après son fils. Mais nous ne croyons pas cette raison suffisante; il n’est pas impossible que la part principale de l’œuvre revînt au fils, qui aurait signé le premier. De plus, l’inscription ainsi libellée semblait remonter de proche en proche jusqu’au fondateur, ou du moins.l’un des plus célèbres représentants de la dynastie artistique, Polyclès. Il nous semble enfin, quoi qu’en dise M. Homolle, que la collaboration du père et du fils est plus naturelle que celle d'un oncle et d’un neveu l.
En somme, la généalogie que nous adoptons est identique à la première de celles qu’a supposées Brunn; elle en diffère cependant sur ce point que Polyclès I n’est pas identifié avec celui du texte y, qui est mentionné par Pausanias comme disciple de Stadieus; mais si le point d’arrivée est à peu de chose près le même, la route suivie par nous est bien différente de celle qu’a prise Brunn, et nous aboutissons, croyons-nous, grâce aux nouveaux documents, à une solution ferme, tandis que Brunn hésitait encore entre trois hypothèses.
D’autre part, notre tableau s’écarte de celui qu’a dressé M. E. Lœwy 2 en ce point que nous n’y introduisons pas de branche collatérale, comprenant un second Timarchidès, frère ou parent de Polyclès I, et dont un second Dionysios (auteur de la statue de Gaius Ofellius) serait le fils. Il nous semble que cette complication est superflue.
Si l’on admet que la descendance de Polyclès d’Athènes est telle que nous avons essayé de la fixer, il est tout naturel de restituer ainsi l’inscription du temple d’Athéna Cranaia :
lloXu'/Ar,ç Tty apy i§ou ’AOvivaioç èi coiYiaejv 3
1. D’après les fac-similé publiés par M. Lœwy. les caractères de l’inscription de Délos et ceux de l’inscription d’Élatée ont une grande ressemblance.
2. M. Lœwy n’a fait en somme que fondre ensemble les tableaux I et 3 de Brunn.