‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 82 sur 186 · Voy. supra, p · texte numérisé non relu

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parvenu sans accident, — cette classe de terres-cuites, plates et minces, est particulièrement fragile — mais ce qu’il en reste suffit à nous montrer que, dans les collections des ateliers locriens, les dévots d’Athéna savaient choisir les exemplaires les plus parfaits. Le profil que nous publions soutient la comparaison avec celui de la tête que nous avons admirée tout à l’heure, et aussi avec le profil des plus belles têtes classiques. Nous ne croyons pas qu’il soit sorti des boutiques tanagréennes un morceau d’une inspiration aussi haute, d’une facture aussi franche, d’une beauté aussi pure.

Les masques de ce type, qu’on est convenu d’appeler masques de Déméter, ne sont pas les seuls dont nous ayons recueilli des exemplaires; nous en avons trouvé un, locrien aussi d’origine, qui est de pur style archaïque, et qui mérite bien une mention spéciale. Il est certain d’abord que le fragment (il est représenté PI. IX, 4), provient d’un buste estampé ; on voit au-dessus du front un double bourrelet de cheveux, analogue à ceux du buste d’Abæ, qui ne laisse aucun doute à cet égard, non plus que les dimensions (0, 09), et la forme même du revers, où se retrouvent tous les signes de l’estampage. L’archaïsme est dans la forme allongée du visage, qui s’amincit aux joues à la hauteur du nez, dans la position des yeux, un peu obliques et très rapprochés du nez, dans la forme aussi de ces yeux, étroits, fendus en amandes, entourés de paupières épaisses et saillantes, dans le dessin de la bouche, aux lèvres charnues, dont les coins se relèvent en souvenir peut-être du sourire qu’ébauchaient les sculpteurs primitifs, dans la rondeur sèche et proéminente du menton. Nous avons, en le décrivant dans notre catalogue, rapproché ce visage de celui de l’Héra en pierre calcaire trouvé à Olympie, et aussi de quelques têtes archaïques de l’Acropole d’Athènes ; sans vouloir insister sur des comparaisons ambitieuses, cette simple indication montre tout l’intérêt de cette modeste terre-cuite.

Cet intérêt est d’autant plus vif que l’on peut, en étudiant quelques séries de la céramique locrien ne, établir comme une histoire du type de Déméter. Pour nous en tenir aux bustes estampés — les figurines représentant la déesse assise, les mains posées sur les genoux, dans l’attitude hiératique bien connue se rencontrent à Exarchos en grand nombre — le fragment d’Élatée serait l’origine, le point de départ d’un développement très original; ensuite viendraient les nombreux

LES EX-VOTO

bustes estampés où l’on voit la même femme voilée, faisant le même geste de ses deux mains ramenées sur sa poitrine, dont nous publions ici deux exemplaires b On voit qu« le moule était usé, et que le moulage a été fait avec peu de soin; mais on sent déjà que l’archaïsme tend à disparaître ; l’ovale du visage s’élargit, les yeux prennent une direction plus horizontale et s’écartent un peu plus du nez, sur tout le visage se répand déjà un air de gravité triste, et le voile, qui s’arrondit comme une auréole autour des cheveux largement étalés en bandeaux ondulants autour du front, semble un fond où se détache la tête majestueuse de la déesse-mère. D’ailleurs, l’effort du coroplaste s’est porté sur la tête seule ; le reste du buste estampé est médiocre, sinon mauvais, avec ses bras grêles et ses mains indistinctes ramenées sur des seins informes, et ces défauts choquants caractérisent nettement l’œuvre de transition. Tout imparfaits que soient ces bustes, nous comprenons qu’il n’y a plus qu’un pas à faire pour que les coroplastes atteignent la perfection du genre ; un degré seulement nous sépare du masque estampé publié dans le Bulletin de Correspondance hellénique, des fragments retrouvés au temple d'Athéna Cranaia, et de celui que nous avons rapporté nous-même de Bogdano, et que nous ne laissons pas échapper l'occasion de publier. Plus grand que les autres, car il atteint environ la moitié des proportions naturelles, vu de face ou de profil, et malgré quelque lourdeur, il respire la même noblesse divine, et mérite de prendre place à côté d’eux (PI. XIII et XIII bis).

De quelle fabrique proviennent les figurines grotesques reproduites sur la planche XI? Il est difficile de le dire, et la nature, comme la couleur de la terre, sont ici d’un médiocre secours. Il est du moins très probable que les sujets et les modèles ne sont pas absolument helléniques. M. L. Heuzey a publié, comme nous l’avons remarqué en rédigeant le catalogue, une figurine cypriote qui ressemble beaucoup à l’une des nôtres 1 2; M. Salomon Reinach a bien voulu nous faire remarquer que plusieurs de ces statuettes (PI. XI, 3, 4, 5), ont incontestablement une allure phénicienne 3. Tout ce que l’on peut dire, c’est que

1. Ces figurines ont été recueillies par nous à Bogdano, PI. XII.

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