Electeurs de Dorchester, lisez ceci, s'il-vous-plait [microforme]
\ Quand yotre député actuel, le Dr Lesage, vint planter sa tente à Ste-Claire pour y pratiquer la médecine, je m ’informai de ses antécédents. On me répondit qu'il était du District de Montréal, qu'il avait comme bien d’autres passé par le Collége sans avoir été une étoile de première grandeur ; qu'il avait fait ses études médicales à Laval, où il s'était surtout fait remarqgner par beaucoup de fatuité et une grande opinion de lui-même. Plus que cela, on me dit qu'il prétendait avoir été injustement traité par les autorités de cette Institution qui, au lieu de lui donner le degré de docteur en médecine, ne lui aurait purement ét simplement accordé que le maigre titre de licencié en médecine. Ce contre-temps n’abattit pas notre grand jeune homme, certaif qu’il était de lui-même, croyant que tout le monde allait f de suite se jeter dans ses bras, et lui arracher, dussé-je malgré lui,
| toutes les médecines qu'il pourrait préparer. Il résolut donc de s'établir à St-Grégoire, sa. paroisse natale. La preuve de son
immense succès parmi les siens, c’est-à-dire ceux qui l'avaient. vu naître et grandir, c'est qu'il n’y séjourna que quelques mois. 11 avait voulu faire compétition à un autre médecin, et ce dernier l’avait roulé.
Le Grand Docteur vit alors qu'il ne pourrait rien faire là où il était connu, et bien qu’à regret, il dut laisser son district pour s'installer dans une des paroisses environnant Québec, savoir St-Raymond. Là encore il rencontra un autre médecin qui ne lui laissa que peu de place pour exercer son art.
Battu partout, il commença nécessairement à se décourager, * d'autant plus qu’il se jugeait un grand homme i incompris de ses compatriotes. Il s'informa de droite et de gauche où il pourrait trouver un endroit quelconque où la population,apprécierait davantage son grand génie. Toutes les places étaient prises, et il ne voulait plus entreprendre aucune compétition, car il avait une trop triste expérience du passé.
Quelqu'un l’'informa que dans Dorchester existait un ancien médecin devenu aveugle ; que là peut-être profitant du proverbe qui veut que dans le pays des aveugles les borgnes soient rois, il pourrait faire quelque chose. Ce sont là les raisons déterminautes de son arrivée au milieu de.vous. Tous vous savez que tant que l’ancien médecin eût souffie de vie, il ne se gêna pas de faire mentir le proverbe plus haut cité, car notre grand homme n'avait que les miettes qui tombaient de la table de l’ancien Dr Forrest. Le Grand Docteur trouva le teraps long, mais il attendit que son Aveugle eût passé de vie à trépas pour prendre’ la pratique, Il se souffrit pas trop, car il était le gendre de son Beau-Père, et cela depuis des années. Du reste ceux qui connaissent le Docteur savent combien il est habile À soutirer, et comme il sait bien se traiter quand Qa ne sort pas de sa poche.
Le Dr Forrest mort, on a dù être forcé de se servir de notre Grand Homme jusque là tout-à-fait ou à peu près ignoré et . incompris. Aussi depuis qu’il est seul, n’ayant personne pour lui faire compétition, ne cesse-t-il jämais, chaque fois qu'il se
nul Pour
rencontre avec ses confrères, de parler de sa grande pratique comme médecin ; il profit même de sa position de député et de son siège en chambre pour se vanter, là, devant tout le pays, qu'il est un médecin d’une grande expérience obtenue par une , longue et grande pratique, et de ces vantardises, il s’en est . rendu, coupab'e chaque fois qu’il a pris la purole en chambre. Si vous regardez à la page 1207 du Hanseard de la Chambre des Communes pour 1884, (le Hansard contient le rapport officiel de tous les discours prononcés par les députés en Chambre) vous y verrez qu’il dit avec ampleur ! “ Dans ma grande “pratique de médecin, il a eu bien des cas de maladies pro- . “venant de l’usage de remèdes patentés conteuant des substances “délétères. ” Encore a la page 1448 du Hansard de 1883, et cela à propos de la vente des liqueurs spiritueuses, :il trouve moyen de dire: “Je suis médecin pratiquunt dans one grandes paroisses.” Vous pouvez vous imagner l’effet prodigieux produit auprès de ceux qui ne curinaissent pas notre homme, par des paroles anssi ronflantes. Mais le malheur veut que de telles, vantardises reppetissent plutôt l'homme qui les profère au . près de ceux qui l'écoufaient, Et en eflet, le vrai mérite n’a pas besoin de tambour pour s’annoncer : il perce dè lui-même,
Il y a parmi la députation des médecins qui ont une clientèle leur rapportant de 815,000 à $20,000 par année, et ‘ leur modestie est en raison de. ces beaux chiffres, et. votre Docteur est le seul qui puisse ainsi proclamer ses hauts faits d'armes devant tout un pays.
Le fait est qe tout est extraordinaire çhez lui et dans ce qui l'entoure. Il n’a pas encore eu un cheval qui ne fût pas un trotteur capable de battre tous les chevaux du distriet, mais en même temps il est assez prudent pour se contenter de le dire sans se risquer à essayer, sans compter qu’il ne dédaigne pas d'échanger ce champion de tout un district avec le cheval d’un de ses paroissiens, et lui donner un fort retour.
Ses enfants en voiture rencontrent-ils un accident. de s suite
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il, débitera dans tout le village (car votre, Dr. est une grosse commère) qu’ils s’en sont acquittés avec une ‘souplesse et une habileté à rendre des points aux meilleurs acrobates, 66 l'histoire en est pompeusement décrite et racontée par le Papa dans un journal du district. Bien que seulement dans les éléments de leur cours d'étude, ses enfants connaissent la politique à fonds, et en causent de manière à émerveiller -les plus rusés : ausai d’ébite-t-il au village qu’il se complatt toutes les fois qu'il les rencontre à traiter avec eux les grands sujets qui occupent .les premiers . hommes d'Etat du pays ; il dit luisl qu'il. en est tout surpris, qu'iln'en revient pas, eufin qu'il ne peut plus rien leur montrer ! Cependant il se trompe, :il peut toutefois leur enseigner à faire volte-face, à parler dans un sens et voter dans un autre, toutes ces choses sont bonnes à apprendre, var, voyez-vous, il n'y a rien qu'un Ministre aime autant qu'un député flexible, et vous savez que le Docteur a assez de flexibilité pour en passer aux siens jusqu'à la cinquième génération : son seul somersét lors de la trop fameuse affaire Riel en est une preuve éclatante. Allons Docteur, soyez moins modeste et admettez avec nous que vous pouvez leur en montrer en fait de fourberies et de tromperies. k
Je suis bién {âché d’être obligé de vous entretenir aussi longtemps de choses aussi futiles, mais c'est dans les petites choses que l’on connaît “les grands hommes” de la catégorie du Dr Lesage. Notre œil n'étant pas assez clairvoyant pour ätteindre dû premier coup jusqu’à la hauteur de leurs grandes àctions, il faut donc se contenter d'examiner et de juger pour le moment les petites. Peut-être, un peu plus tard, nous arriverons à faire mieux, en attendant continuons à disséquer notre sujet.
Avant que le temps soit venu de faire une chose, vous êtes certain qu'il vous promettra de tout régler: Etes-vous menacé de poursuite, il s'engagera de souscrire pour votre défense. Mais la porte arrive-t-elle, il's’efforcera de “vous faire com-
prendre que s4 position l'e empêche de pouvoir faire séées chose pour vous.
(M. J. E. Cayonette, agent des terres dela Couronne peut vous édifier sur ce point quand il a été poursuivi en dommages pat le Rvrd. M. H. Gagnon, ci-devant curé de Ste-Claire.}
. Voulez-vous briguer les suffrages de vos co-paroissiens , pour la charge de conséiller, il vous encouragera bien avant l'élection, mais au jour du pol, il n’enrégistrera pas sa voix pour vous. (Pour plus amples informations voir M. P, E. Marquis, aussi de Ste-Claire, et peut-être sara go maire ® cetté paroisse. )
I1 ne fera que répéter à certain deputé, (nommément le député de Bellechasse) que c’est lui qui fait ses élections, mais le jour du poll, il. ne pourra seulement pas convaincre son premier ni son second voisin à enrégistré leur vcte pour ce.-même député. (Voir pour ce fait M. M. Charles Maurice et- Pierre Morin, rentiers, de Ste Claire, q 'i ont réfusé au Docteur d'aller voter à la dernière élection locale de Bellechasse). Lui prend-il ‘ fantaisie de se rendre dans un comté, il terrasse tous ceux qu’il rencontre, personne ne peut soutenir un brin de discussion avec lui, | C'est comme cela, ni plus ni moins. Mais chose étonnante c'est que cette voix puissante ne soit pas requise plus souvent ; nous venons de finir les élections locales; vous savez que dans. ees temps, chaque parti qui se dispute le pouvoir a besoin du secours et de l'aide de tous. eux qui les supportent. Ainsi
vons-avez vu.que dans le comté voisin, Bellechasce, on a fait
venir force orateurs de tout côté. Vous avez vu passer par ici
les députés de Bauce et de Montmagny, comment se fait-il que
‘le Grand Docteur ne se soit. montré ni là ni ailleurs. Je vais
vous le dire: il est connu maintenant, ses blagues ne sont plus
de mode. Le fait est que je crois savoir que toutes les fois
qu’une élection a lieu, ses collègues se disent : “ N’amenons pas
“ Mtre Lesage, c'est un blagueur de la plus belle eau, il nous fera “ plus de tort que de bien, ce qui ne \’empêchera pas au retour de
© ‘se vanter qu'il aura tout fait, donc fuyone-le ! ”
6 Le
Avant d'être député c'est lui qui faisait toutes les nominations ; ila été jusqu'à dire qu'il avait fait arriver M. Xavier Chabot au poste de sous-inspecteur des poids ét mesures qu'il occupe aujourd'hui, cependant, chose incroyable, le savant Docteur avait sollicité cetts situation pour lui-même. Depuis’ * qu’il a aidé aux élections de M. Audet, un colon reçoit-il de l'argent de la colonisatisn, c'est lui qui le lui a fait obtenir ; mais ce même colon fait-il échec dans une demande quelconque M. Lesage tombera à bras raccourcis sur'ce pauvre. M, Audet “en disant : “ Si nous avions un député local!” Toujours du bon côté, le Dr. : Quand ça va bien, il s’en attribue tout le mérite, mais quand ça va mal, il met tout sur le dos de son voisin. C’est hien commode cela.
Chose étrange, c'est que depuis qu’il a gravi les degrés qui le séparaïent de la représentation, il ne nomme plus personne | Il lui est même impossible de continuer l'œuvre commencée par MM. Audet et Rouleau, ses prédécesseurs. Ces derniers ont réussi. à faire donner justice à leur comté en établissant un bureau d'agence des Terres de la Couronne au milieu de vous, mais ils n'ont obtenu alors qu’une sous-agence. Depuis, M. Létourneau, qui occupait là position d'agent à St-Joseph, est
décédé. N'était-ce pas une bonne occasion de faire valoir les
* droits de Dorchesteur à l'agence principale ? Où sont les lettres = du Docteur demandant cela ? Qu'il. les montre! La chose aurait été d'autant plus facile à obtenir que le Docteur aurait pu la demander sous le principe des promotions, car les gouver- nements aiment, en autant que . la chose: est possible, à récompenser ses anciens employés en leur donnant de l’avancement, d’ailleurs c'était au tour de Dorchester, Rien de rien n’a été fait, et le Gouvernement a retombé dans ses anciennes habitudes : en élevant un fils de famille à cette position, M. William de Lery, c’est-à-dire l’ancien régime : tout pour la Beauce, pour les Taschereau, les De Lery, et rien pour ces pruvres manans de Dorchester, qui ne sont que de simples laboureurs ou fils de
simples cultivateurs. , Est-ce que votre député fédéral n'aurait pas dû se joindre au député local pour obtenir ce que je considère être votre droit ?
Ce n'est pas cependant que votre | Député ne vous porte pas d'affection, du moins si l'on en juge par ses bellés paroles mielleuses. Est-il appelé à parler. devant vous, il ne cesse de vous répéter qu'il aime la classe ouvrière. Se trouve-t-il à l’un de ces banquets qui se donnent à chaque exhibition agricole, il fera aux läboureurs le compliment de leur dire qu’il aime et chérit les cultivateurs, voire-même qu’il n’a pas honte d'ouvrir pour eux les portes de ses salons. Comme si un homme bien né pouvait entretenir un doute là-dessus. Ce sont des choses qui se font tout nâturellement, et pour celui qui aime et respecte, réellement une classe, quelle qu’elle soit, il ne lui vient pas à l'idée de lui jeter à la figure l'avantage qu'il lui a procuré en la recevant en sa compagnie. Tout de même, je serais heureux de savoir le nombre de ceux d’entre vous qui connaissez la couleur du tapis de Turquie qui recouvre le plancher de ses salons ; ‘ <n attendant, je crois plutôt que le nombre de ceux qui ont foulé le prélart ah. de de son officine de médecin est bien plus considérable,
Je présume que c'est ce même grand amour pour la classe des cultivateurs qui fait que dans sa maison on fait nourriture à part, thé et soupe de différentes qualités pour les filles et les fils de ces mêmes cultivateurs devenus ses serviteurs. On va même jusqu’à dire que la soupe au vermicelle est considérée comme trop dispendieuse pour un de ses serviteurs malade. Aussi il est plus facile d’attrapper un chien pour tourner la broche chez les Recollets que de trouver une servante Fee assister notre grand sire,
C'est encore pour leur témoigner sa grande affection que dans une cornée, il donnera à ses bons el braves cultivateurs, comme il vous appelle de bouche du lard faisandé, et si on lui pan la remarque, d’un ton hautain il vous dira que vous n'êtes ,
ss
pen babituée à viande opnaeruée dans le salpétre ! Mais le lendemain, il court le village, allant de porte en porte demander aux vieilles femmes le moyen de faire consommer le lard pourri qu'il n'a pas pu faire. passer la veille.
On me dira peut-être que tout ce qui précède, n'est pas de-
la politique, c’est vrai, mais pour bien juger les actes d'un
homme, il faut le connaître à fond, jusque dans les plus petits détails. C’est la raison pour laquelle je vous ai parlé de la conduite généralement tenue par l'excellent Docteur. #
Arrivons maintenant aux grands faits d'armes politiques de notre Héros !
Etabli dans Dorchester après les élections fédérales de 1872, le Docteur fut pendant plusieurs années sans jouer un bien grand rôle dans la politique de ce comté, A peine donnaitil son vote pour le candidat du parti qu’il soutenait, et: cela.tout. en se réservant le droit de déblatérer contre lui pendant tout un
* Parlement, disant à qui voulait l'entendre que c'était un bon à rien, une nullité, un paresseux, .etc., ete., enfin lui décochant les : plus belles épithètes de son répertoire. Cela n’empêchait cependant pas qu'il aurait voulu avoir une part dans le patronage du comté, au détriment même de ses plus grands amis personnels : c'est ainsi qu’il voulait faire destituer son confrère, le Dr Morisset, comme coroner du comté, pour que ce. dernier: se pré-
. . sentât en opposition au candidat du gouvernement d'alors. Plus.
tard il convoitait, la poNden de sous-inspecteur des peids et
PNR J usqu’ en 1878, le Docteur fut saisie, Le fait est que les
candidats qui briguaient les suffrages alors n'avaient. pas le
gousset bien garni, ou ne valaient pas la peine rcur un homme de l'influence et de l'éloquence du Docteur de se prêter à aider de tels nains politiques, | Dans le printemps. 1878, les élections générales pour la. Législature de Québec arrivèrent. M. ‘Nicodème Audet fut. choisi comme le dote ‘du ne conservateur dans le
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comté, Ce Monsieur n'avait pas seulement sa réputation de brave èt honnête homme pour le recommander auprès du Docteur, il pouvait, lui, faire face aux dépenses, payer le violon» somme on dit vulgairement, et c'est pourquoi et surtout pourquoi l'on vit le Docteur sortir de sa retraite, et faire tout en son pouvoir pour le triomphe de celui qui payait bien. Les flots d'éloquence n'étaient pas ménagés, les voyages se muitipliaient, des charretiers à la soldé de notre grand homme étaient continuellement sur la route, il‘donnait à profusion l'argent de son candidat, il était justement dans son rôle : jouer au prince avec les pièces d’un autre, se faire passer pour généreux sans qu’il lui en coûte un denier: Pourquoi alors de lui reprocher, c’est vraiment cruel et connaissant votre bonne nature, je vous entends me dire du fonds de vos cœurs ; de grâce, par pitié ! ne lui reprochez pas, ne lui xeprochez pas ces choses, il a tant joui à cette période, ne lui faites donc pds passer un mauvais quart-d’heure à ce sujet, attendu que l’occasion ne se présentera pas aussi belle de sitôt. Tout de même le Docteur est un homme chanceux : lors de sa propre élection, il a eu assez de talent pour trouver une ‘bonne âme qui lui a fait le tour de la division électorale sans exiger un centin. C’eët cela, quand il travaille pour les autres il est amplement, grassement, généreusement rénuméré, et par dessus tout, ah ! c’est un comble, quant c’est pour lui, il a le talent de
tout avoir gratuitement,