SECONDE PARTIE
Maintenant que nous croyons vous avoir fait connaître les traits principaux du caractère généreux de votre pu nous | allons vous initier à ses hauts faits politiques.
Acclamé par le beau et grand comté de Dorchester, le fameux Docteur arrivait en chambre avec un certain prestige vis-à-vis de ceux: qui ignoraient que ce résultat n’était pas dû
aux labeurs de celui qui en reoueillait les fruits. Aussi avec son orgueil et son amour-propre, il sentait sa position, c'est pourquoi il ne perdait aucune occasion de faire mousser son - importance. Peu de tenips après son élection, ceux qui recevaient le Quotidien de Lévis pouvaient .lire que le nouveau et. V'éloquent député de Dorchester devait proposer ou seconder l'adresse en réponse au discours du Trône, On sait comment ces choses se mettent dans les journeux ; quand ce n'est pas le sujet lui-même qui l'écrit, il tient la plume,dans les mains d’un ami complaisant, le ballon est ainsi lancé et le tour est joué. Aussi depuis cette date, ce journal complaisant est devenu l'organe officieux du grand homme, c’est dans ses colonnes que vous voyez apparaître en blanc eten noir tous les faits et gestes du Député de Dorchester. Chose assez étonnante, un orateur aussi distingué, patronisé par une feuille aussi puissante que le Quotidien, c'est de voir que les autorités n’aient pas jugé à propos de faire développer leur grande politique par celui que la Presse désignait à l'avance comme un des plus dignes à remplir ce grand devoir. - Deux autres députés furent choisis, et force fut au Doëteur de bien écouter comme le plus simple des mortels, d'avaler et de garder pour lui-même les belles et bonnes choses qu'il avait dû se proposer de débiter dans une circonstance aussi solennelle.
Consclez-vous, Docteur, bien d’autres avant vous n'ont pas réussi à se faire apprécier à leur juste valeur, et soyez persuadé que la voie la plus sûre en ces choses, pour ne pas rencontrer de déception, est de laisser faire les autres et ne pas se Mousser soi-même.
Après cet échec, le brave des braves fut bien paisible pendant les trois-quarts de la session; cependant, jé me trompe, . l'importante question de la culture du tabac canadien étant venue sur le tapis, il se leva pour débiter son petit boniment ; de même il prononca encore quelques mots sur la question de + la vente des liqueurs spiritueuses, profitant de cette occasion
ns 48e À need
pour dire “qu'il était médeoin pratiquant duns onte
grandes paroisses.”
Voir Hansard de 1883, page 1448. Re,
. Nous nous proposons maintenant messieurs, de repasser brièvement en revue la conduite parlementaire du Docteur. Prenez patience, nous sommes forcé d’être très-court, car le bilan des œuvres de notre phénomène est très maigre, et vous v:rrez par vous-mêrne qus les obligations qu'il a contractées de veiller à vos intérêts en acceptant un mandat de vous sont traitées à la légère. . De fait nous vous prouverons que votre Député n’assiste pas aux séances de la chambre, nous le prouve-
rons par les documents officiels que nous citerons page par page,
. afin que chacun de vous puisse aller-à la source dè nos ren-
seignements et se convaincre de la véracité de nos allégués. Nous allons procéder session par session en commençant
par la,sossion de 1883. /
. La première question qu'il posa à l'administration en fut une pour augmenter les dépenses, et en faire bénéficier la profession médicale, sinon lui-même.
Voir page 57 Votes et délibérations de 1883.
Questioh par Mr. Lesage. — “ Est-ce l'intention du Gou- “ vernement d'accorder une plus forte somme d'argent pour “ rendre plus effectives les statistiques vitales du Pays.”
Comme vous savez, ces statistiques ‘sont généralement préparées par les membres de la profession médicale, Nous attirons spécialement votre attention sur ce premier acte qui vous montre de prime abord ses dispositions, car nous. vous prouverons que depuis son entrée au Parlement, il a toujours travaillé dans le sens d'ouvrir de nouvelles carrières à la profession qu'il pratique pompeusement dans onze grandes paroisses.
Page 209-—Un bill fut présenté pour prévenir la séduction. On ne dira pas que cette loi n’est pas d’une importance ma-
jeure, puis qu’elle intéresse la plus belle moitié du genre humain ; cependant votre député brillait par son absence. Page 312— Le bill des orangistes est amené.
Est-il une question qui puisse plus intéresser un député catholique que celle là ? Mais le député catholique de Dorchestor ne le)j Juge pas ainsi, et son nom ne paraît pas pour protester contre cette association odieuse.
Pages 372, 374, 375—Trois votes relatifs à la validité de l'élection d’un député pour :e comté de Kings, Ile du Prince Edouard, le Docteur absent chaque fois.
Il est pourtant important que tous ceux qui sont appelés à délibérer sur les intérêts d’un peuple soient bien et dûment les élus de la nation, mais votre député ne s’en occupe pas.
Voilà donc pour la session de, 1883. Les points les plus eulminants sont les absences de votre mandataire. Je vous dirai cependant de suite que ceci n’est rien à comparer à ce que je vais vous prouver pour les sessions suivantes : dans la première session, si le Docteur n'était pas zélé pour vos intérêts, du moins il était curieux de voir ce qui se passait, et il assistait passablement aux séances. Vous allez le voir faire quand ce sentiment de curiosité aura disparu.
Nous devons vous faire remarquer qu’il nous est impossible de vous donner un état juste de la‘ ponctualité des députés de la Chambre des Communes à assiter aux séances, car leurs noms ne sont pas entrés comme au. Sénat dans les votes et délibérations. Nous pouvons seulement vous indiquer les absences lors d'un vote. Quand vous saurez qu’il se donne géuéralement chaque session de cinquante à soixante et quinze votes, et que votre Député en a manqué jusqu’à vingt-quatre dans la même session, vous serez capable de vous faire une idée juste de l'indifférence, voire même du mépris qu’un tel député met à son service. Le jour où le vote sera pris sur telle ou telle questions est générale- = ment connu de la députation, les chefs de chaque parti aver-
us
tissent leurs amis, et vous comprenes que les députés en générals font tout en leur pouvoir pour s'y trouver, sachant que dans cette circonstance leur absence peut-être retracée. Alors que dire d’un député qui perd vingt-quatre, divisions dans une seule session ? La conclusion naturelle à en tirer, c'est qué ce Monsieur n'est presque jamais à son poste.
Procédons, Session 1884,
Page 182— Votes et délibérations. Motion concértiaht' le chemin de fer dn Pacifique. —Absent.
Page 183— Motion sur le même sujet.—Absent.
C'est ainsi qu’un député se prépare à faire passer une ligne de chemin de fer à travers son cointé !
Page 284-— Bill retatif à l'indépendance du Parlement. — Abéent.
. Page 231“ Montion pour réduire la tuto sur la vaisälle commune et la mettre plus en rapport avec la taxe sur la vais. selle de haut prix.” —Absent.
Est-ce que chacun d’entre vous u’aurait pas été heureux de connaître l'opinion de son député sur une question qui vous intéresse de si près ? Car la grande majorité du peuple n’a pas les moyens de faire paraître sur sa table les porcelaines les plus fines, et si réellement cette taxe est disproportionnée,--n'auraitil pas été à propos que l’acclamé de Dorchestér se prononçât ?
A vous d'en juger.
| Page 339— Amendement à la loi criminelle, — Absent.
Page 344—Bill pour prévenir la fraude dans les contrats publics.— Absent.
Page 347— Rappel de l'acte des licences de 1883.— Absent. Page 353— Indépendance du Parlement — Absent, Page 361—Bill des Orangistes, — Absent.
Nous vous fcrons remarquer que c'est la deuxième fois pendant deux sessions consécutives que votre Député reste muet, et ne daigne pas seulement donner son vote sur cette * question qui prime toutes les autres pour un catholique !
Page 369—“ Motion demandant de laisser aux ErOYIUbee le droit d'octroyer les licences afin de leur, donner un revenu.”
Iautile d'appuyer fortement sur l'intérêt général que présentait cette question pour chaque Province de la Puissance sous tous les rapports. Comme vous savez, depuis la Confédération, Chacune des provinces s’est vu enlever une partie de ses revenus qui sont tombés duns la caisse fédérale, de là les embarras financiers dans lesquels sont tombées plusieurs d’entreelle, notamment notre chère Province de Québec ; de plus, d’après la Constitution de 1867, le Gouvernement Fédéral a ses.attribu. tions et les provinces les leurs, il importe donc surtout pour Québec, au’aucun des pouvoirs couférés aux Provinces ne soient accaparés par l'administration supérieure. Je dis surtout pour Québec, car nus formons dans la Confédération une population dont la langue et les croyances religieuses différent de celles des - autres races de la Puissence, par conséquent ayant des aspiration et des besoins particuliers, sur lesquels il faut être jaloux de garder le pouvoir de législater. Ta question qui nous occupe maintenant a été portée devant le comité judiciaire du Conseil Privé en Angleterre qui a donné gain de cause aux provinces.
Question futile pour le Docteur, il ne s’en occupe nulle. ment.
Nous venons de vous démontrer que votre Député brille par son absence en Parlement, lorsque vos plus chers intérêts sont en jeu ; mais nous pouvons de plus vous prouver qu'il lui est impossible de se tenir à son siège, même quand il a une interpéllation à faire au Gouvernement. Si vous regardez à lu
page 55 des votes et délibérations pour 1884 ci-haut cités, votre
Député demande si l’on’ ne prendra pas les mesures nécessaire pour arriver à donner la traduction des débats sous le plus court
TE
délai possible ? Quand il est appelé à faire sa demande, l'écho répond comme d'habitude: Absent ! La preuve de cette absence se trouve d la page 82 des mêmes votes et délibérations, où il a été obligé de renouveler les même question.
I] vous est donc impossible de connaître l'opinion de votre
député sur les nombreux votes que nous venons de mentionner.
. Arrivons maintenant à ceux où il s’est prononcé, vous allez voir s'il en fait de belles.
Portons-nous à la page 294 des votes et délibérations de 1884, et nous y verrons un projet de loi intitulé :“ Bill pour prévenit la séduction des Pere du sexe en bas de Yigtrét-un ans, $ur promésse de mariage.’
Voici un jeune homme qui fréquente votre maison, il appartient à de braver parents, et votre jeune fille en est éprise. Vous . êtes parfaitement convaincu que ce jeune homme désire épouser
votre enfant. Il arrive cependant que ce malheureux, oubliant les traditions de famille, foulant aux pieds tous les sentiments de l’honneur, faisant les promesses de maritige les plus solennelles à votre enfant encore mineure, séduit et déshonore à jamais cette jeune personne qui se trouve alors victime de son amour et de son devouement. — Voici donc votre fille perdue dans l'opinion publique ; personne ‘ne la regarde, chacun est prêt à lui jeter la pierre; elle n’a cependant, péché que par le cœur. Le brigand qui est l’auteur de son malheur passe et repasse impuni devant votre demeure, car les lois de notre pays v’atteignent par ces offences. Est.il un malhéur plus grand pour une maison que de voir chaque jour au foyer domestique une ruine vivante dans la personne d’une enfarit chérie ? Que de larmes: verséés par de tendres mères à cè sujet ! Grand est le nombre de chefs de famille qui sont tombés dans le désespoir à la suite d'aussi tristes événements. N'est-ce pas un sujet qui mérite la plus grande considération de la part de ceux que vous placez les gardiens de votre bonheur domestique. Eh bien ! le Docteur Lesage, quoique père de famille lui-même, a dit so-
me
lennellement. pars son. voté de son siège. en chambre, que, vou jeunes filles peuvent être trompées, déshonorées, ruinées, et que l'auteur de tous ces forfaits restera impuni |
Ce n'était pas un vote de parti, car les opinions étaient di-
visées des deux côtés; votre Député pouvait fort bien protéger vos enfants .sans pour cela cesser son allégéance à ses amis politiques, et le fait est que plusieurs d’entre eux votêrent. en faveur de' cette loi. S'il existait une lai punissant ces offences, . vous comprenez comme nous que les séducteurs y réfléchiraient deux fois avant que de s'exposer, sans compter que ;la victfme aurait occasion 4 refaire son honnenr devant les tribunaux de son pays,‘én prouvant que si elle a été faible, c'est parce qu’elle a été odiesement trompée. Non, le Docteur ne | véut:pas cela, il entend que’cette pauvre fille tombe dans l'i- : gnominie sans avoir aucun recours quelconque, que ‘son destructeur potte la tête haute,‘et continue son œuvre diabolique en faisant de nouvelles victimes! Est-il dans . Dorchester un père et une mère capables d’approuver une pareille conduite ? Remarquez que ce vote a été donné de propos délibéré de la part de vote député, car regardez à la page 376, cette question est venue sur le tapis, et le nom du Dr Lesage se trouve encore au nombre dé ceux qui ont voté contre.
Vous connaissez comme nous que le double mandat S existé pendant un certain temps après la Confédération, mais comme le peuple s’est prononcé contre il fut aboli. Depuis ce temps, la même personne ne peut vous représenter que dans une des deux chambres, soit dans la chambre des Communes du dans la législature locale. Il a cependant été fait depuis des tentatives pour rétéblir le double mandat. A la page 130 des votes et délibérations de 1884, vous verrez que votre Député favorise l'ancien état de choses. Le croiriez-vous ? Il s’est imaginé pouvoir vous représenter et à Québec et à Ottawa Rien à son épargne. Le fait est qu'il se donne’si peu de trouble si l’on en juge par ses absences, qu'il pourrait bien faire sem-