LABOUR
FLAMET, etc.
No 46.
Paris, 24 mars 1871.
Chers crroYENS,
 peine arrivé, je tombe dans un lit de maladie, et suis réduit à contempler la lutte où se décide le sort de la République et de la France. Permettez à mon anxieuse impuissance de vous communiquer ses craintes.
Nous touchons à la crise. Le danger n'est plus Thiers, Favre ou Yinoy, pas même Picard.
Les tendres intentions de ces Messieurs, leur bonne îii, leur patriotisme sont appréciés de tous à leur juste nleur.
Le péril est dans l'appui inconscient ou voulu prêté m nomades de Versailles par certains maires et députés de Paris.
Qu'il y ait de l'aveuglement chez quelques-uns, je n'ei doute pas. Ils n'en sont pas moins aujourd'hui le seol espoir de la réaction intelligente, sa carte suprême.
La logique des situations et des partis est impitoyable. La gauche et les maires de Paris, adversaires du mouvement parisien et souteneurs quand même du cabinet Bordeaux-Versailles, avaient derrière eux toutes les nuaneei monarchiques, depuis Trochu jusqu'à Ganrobert, depds Yacherot jusqu'à Conti. Ce sont les alliés qui expliquent le drapeau. Vous ne faites pas preuve de liberté ni de progrès, si vous recevez les compliments du CotistUutionnd et l'aide de Quevaurilliers et de Yillemessant.
Le plan a manqué grâce à l'emportement des hobereau de la droite ; tandis que les malins Thiers et consorts caressaient savamment les recrues de la dernière heure, les ultras, fidèles à la doctrine de Maiiinville, ont repoussé avec violence des auxiliaires où ils ne voyaient que transfuges suspects.
Rendons hommage à la franchise des chouans. Si tous ces marquis de Sottemille et ces barons d'Escarbagna-* n'avaient pas pris par les épaules nos renégats, ils s^ fussent faits avec délices les serfs des Vinoy et des Fa\t«« les rabatteurs des assassins de leui^ frères. Ils ne nem^ aujourd'hui à nous que par dépit.
Cette attitude d'un groupe dont on pouvait espérer
iQieux est douloureuse. Elle ne doit pas arrêter votre marche en avant. 11 faut prendre son parti des défections, it suivre le bon sens et le courant populaires.
Pourtant, on pouvait, à certains symptômes, prévoir ce brusque revirement. Hier encore, les représentants de Paris mendiaient, pour leurs électeurs, à une Chambre inxouvable, la Commune et l'élection de leurs chefs. C'était 'etourner à la Charte octroyée et aux fleurs de lys.
Les droits de commune et d'élection sont imprescripibles et inaliénables. Nul n'a pouvoir de les dénier ni de es accorder. Demander à une autorité quelconque ce qui 5st notre bien, c'est lui reconnaître implicitement le droit le nous le retirer à son heure, et ûez-vous aux paroles des lonnêtes et modérés... Rappelez-vous le 31 octobre.
On m'assure que d'aucuns maires (il en est jusqu'à îeux que je pourrais nommer), grisés par les applaudissements aristocratiques, se sont drapés dans des toges toutes romaines, et ne parlaient de rien moins que de brûler la cervelle à leurs administrés récalcitrants.
Pourquoi réserver ces nobles colères à l'efiet des seuls républicains et ne pas leur avoir donné cours du temps de Favre ou Trochu, où elles auraient pu sauver Paris et la ^%' France? Il ne suffit pas de mettre en accusation sur le '\\ ^ papier un gouvernement auquel on vient ensuite tendre la perche au moment critique.
Pas de pire écueil que l'équivoque; parlez-moi de situalions nettes. Aussi, en dépit des efforts de la ruse et du sophisme, il n'y a que deux partis, l'avenir et le passé ; et jui n'est pas pour l'un est nécessairement contre lui. Tout sssai de conciliation, tenté même de meilleure foi entre i^es champions séculaires, ne recouvre que désastre ouguet-
apcDs. Peu importe la main amie ou scélérate qui tous mène à Tabîme : la chute est la même.
Il y a pourtant une certaine justice dans ces épouvantables catastrophes. Le fléau déchaîné frappe à la fins, mais d'un faix inégal, le guide niais ou traître, et sa trop confiante victime : Cayenne ou la Roquette pour rinsorgé surpris ; les plages de Wight ou la retraite délideose de Spa pour Tambitieux tombé avec la République... Âprts s'être servi de ces précieux instruments, la réaction défiante et furieuse les met vite au rancart jusqu'à nouvelle occasion.
L'impatience des verdicts de la droite a démasqué avant l'heure cette manœuvre chérie des parlementaires.
Les leçons de l'histoire n'en sont pas moins lettre morte. Après quatre-vingts ans de déceptions et de mensonges, nous revoici au baiser Lamourette, qui n'a jamais été qu'on baiser de Judas. Ne lisais-je pas ce matin qu'en ces derniers jours, où Tirard et ses chevaliers de la Banque portaient le rameau d'olivier au Comité central, leur général nautique Saisset allait prendre livraison de quatorze mitrailleuses Montigny, 2, rue Mandar? Veillez, prolétaires, sur ces engins de conciliation et de concorde. Gare aux Saint-Barthélémy bourgeoises, tramées avec les embrassades et les serments ! Vous êtes sur vos gardes. Le serezvous demain ?
Salut et fraternité.
G. TRIDON, Représentant démissUmnaire.
- lîa -
25 mars 1871.
ClTOTENS,
Élu le 7 novembre dernier comme adjoint à la mairie du 20« arrondissement, je n'ai pu prendre possession de mon poste jusqu'au 48 mars.
Depuis ce jour, et ne voulant point entraver par la moindre hésitation l'action qui venait de s'engager par le fait même de ceux qui nous taxaient d'être un gouvernement anarchique, je me suis abstenu de me rendre à la mairie du 20^ arrondissement, ce qui me constitue par le £dt à l'état de démissionnaire.
Aujourd'hui que la révolution du 18 mars est un fait accompli et reconnu, j'ai l'honneur de vous adresser, à vous citoyens, seuls représentants du pouvoir communal à celte heure, ma démission d'adjoint à la mairie du 20e arrondissement, démission que je n'eusse jamais consenti, par respect pour les électeurs qui m'avaient honoré de leurs suffrages, à donner à M. Picard.
Sâlut et fraternité.
G. Lefrançais,
Adjoint démissionnaire à la mairie du 20^ arrondissement.
(Lettre adressée aux meml»^s du Comité central.)
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Gardes nationaux,
On vous ment effrontément ; ne vous laissez pasponaeer dans l'abîme.
On vous appelle en ce moment pour assassiner foi] frères^ et ce sont ceux qui vous ont arrêtés dans votre frj blime élan à Ghoisy, au Bourget, à Montretout.
On vous dit que les hommes du Comité veulent le désordre.
C'est un mensonge. Le Comité réclame et veut un droit que vous avez réclamé vous-mêmes depuis trente ans '.m Conseil communal ou municipal administrant votre dtéet contrôlant vos administrateurs, vos juges, vos générauXi les rendant responsables de leurs actes, de leurs exactions, de leurs détournements, de leurs trahisons.
Ils craignent donc bien ce contrôle, les malheureux qui, pour nous empêcher de manifester notre volonté par i suffrage universel, arment Français contre Français, après avoir mis la France désarmée à la merci de la Prusse!
Ils vous demandent de soutenir vos élus à la municifilité, prétendant que le Comité veut les attaquer. Ils tent encore. Le Comité ne veut que les faire contr61fir] un conseil composé d'autres élus du suffrage uw cela leur fait peur.
Ils se disent vos amis ! Ils mentent toujours, car ils sontiennent, s'ils n'en sont les agents provocateurs, VAssem-
blée monarchique qui a chassé Garibaldi et tous vos députés de son sein, par son ignoble conduite.
Citoyens, le sang a déjà coulé I Si vous écoutez leur dire, si vous prenez les armes au lieu du bulletin de vote, si vous allez attaquer vos concitoyens au lieu d'aller aux réunions électorales, d'où sort la vérité, ce sont encore vos femmes et vos enfants qui seront victimes de la réaction.
Que leur importe? Ne sont-ils pas derrière les remparts, ou du moins derrière vos sextuples remparts de baïonnettes?
Ah ! qu'ils nous mènent donc plutôt combattre contre la Prusse, que vous ne pourrez jamais satisfaire et que vous pourrez vaincre ; qu'ils nous aident à consolider la République, qui n'est que sur leurs lèvres, tandis qu'elle est dans nos cœurs ; et alors, le premier, je prendrai les armes, pour leur prouver que les pères de famille savent mourir pour la République, mais jamais, non, jamais ! pour assassiner leurs frères !
A bas les armées réactionnaires ! Vive la République ! Vive la Commune !
Lacâille.
No 49.
Aux Électeurs de Paris.
Citoyens,
Vous avez fait une révolution sans exemple dans l'histoire.
Votre révolution du 18 mars a un caractère spécial qui la distingue des autres.
Sa grandeur originale, c'est d'être toute populaire, toute collective, communale..,, une révolution en commandite, anonyme, unanime, et pour la première fois sans gérants.
Rien de personnel, d'individuel! Ni surprise, ni coup de main, ni attentat, ni coup d'État 1... Une œuvre massive et forte comme l'auteur, le peuple.
Un pouvoir naturel, spontané, ni forcé, ni faussé, né de la conscience publique, de la vile multitude provoquée, attaquée, et mise à l'état de légitime défense; un pouvmr qui ne doit rien à l'influence des noms, à l'autorité des gloires, au prestige des ' che&, à l'artifice des partis, qui doit tout au droit.
Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple; votre gouvernement!
Tous ses membres sont inconnus : ce défaut est son mérite !
Quel nom connu aurait groupé dans son halo deux cent vingt bataillons de la garde nationale?
Quel chef de parti aurait attiré tout Paris dans son orbite ?
Les rayons d'astres s'entre-nuisent ; les passions des chefs de parti se repoussent.
Les obscurs seuls peuvent agir par pur amour du devoir, sans prétention ni exclusion, s'entendre et s'associer pour l'action commune : les œuvres immortelles, comme la loi des Douze-Tables, sont de pères inconnus.
Cette révolution neuve, ce pouvoir jeune et rénovateur de notre vieille France, devant lequel tout orgueil tombe, qui rend tout nom modeste et tout génie mineur, ce gou-
vemement m'inspire une telle foi par la force de ses actes, que je me sens devenir ministériel... Mais à quoi bon? Il n'a que faire de mes louanges, et j'y serais gauche ; j'aime mieux lui dire qu'il a manqué faire une faute en écoutant les noms.
Il a hésité un moment devant l'autorité des gloires, qui l'eût mené à l'autorité des ducs.
Heureusement, il est revenu de son erreur; et, sans plus tarder, il vous appelle au scrutin aujourd'hui!
Allez-y I Mieux vaut voter que tuer !
Aujourd'hui le vote! Sinon, demain le fusil ! Et quand l'outil?
Les royalistes, incapables de sauver la France, sont capables de perdre Paris pour tuer la République. Ils ont démembré la France; ils l'ont décapitée. Amis de l'ennemi contre les patriotes, alliés des Prussiens contre les Parisiens. C'est la tradition : mêmes hommes, mêmes haines ! Petits-pères ou petits-crevés, la Banque contre la Commune, la réaction contre la révolution.
Le vote unanime, imposant, écrasant, peut seul empêcher la lutte et assurer le travail.
Pas d'abstention !
Contre cette jeunesse dorée de 71, fils des sans-culottes de 92, je vous dirai donc comme Desmoulins :
€ Électeurs, à vos' urnes I »
Ou, comme Henriot :
« Canonniers, à vos pièces ! »
Félix Pyat.