‹ Elections des 26 mars et 16 avril 1871. Affiches, professions de foi - documents officiels clubsChapitre 29 sur 81 · APPEL SUPRÊME · texte numérisé non relu

APPEL SUPRÊME

A LA POPULATION PABISIENNE.

Nous avons fondé ce journal dans le but spécial de nous interposer pour éviter la guerre civile.

Éviter à tout prix la guerre ci\ile, tel a été depuis le premier jour et tel est encore notre unique programme.

Le salut de la République, de Paris, de la France, sera à ce prix.

La guerre civile, dont la perspective avait été un instant éloignée, devient de minute en minute plus imminente.

Les provocations, venues de Versailles, ont obtenu un premier résultat :

Paris est divisé en deux camps; les deux camps sont en armes et se menacent.

Déjà le sang a coulé aujourd'hui.

Ce n'a été qu'une escarmouche; mais en écrivant ces lignes, nous ne savons pas encore si nous pourrons arriver à la fin de cet article sans que la bataille s'engage.

Et la bataille sera épouvantable, terrible. Nous aurons la guerre des rues, avec des horreurs inconnues jusqu'à ce jour, car on ne se battra plus à coups de fusil, comme autrefois, mais à coups de canon.

Ce qu'il y a de plus terrible, c'est que l'on se battra sans savoir pourquoi Ton se bat; c'est qu'il n'y a aucune cause sérieuse de bataille.

Il n'y a, en réalité, dans la situation, qu'un immense et funeste malentendu.

On veut reprendre THôtel-de-Ville aux hommes qui s'en sont emparé.

Mais ces hommes ne demandent pas à conserver le pouvoir.

Ils y ont été appelés, non par leur volonté, mais par la force des choses.

Us se sont empressés de convoquer les électeurs pour le leur remettre.

Vous êtes la majorité ; ce pouvoir qui vous a échappé par un coup de force ou de hasard, mais surtout par la désertion de ceux à qui vous en aviez confié la garde, vous pouvez le ressaisir en allant déposer un bulletin de vote, et vous préférez le reprendre à coups de fusil !

N'est-ce pas vous qui aurez voulu la guerre civile?

Je vous en conjure, citoyens, si mon langage vous choque, poursuivez néanmoins la lecture de cet article.

Je ne veux qu'une chose, et vous la voulez comme moi : éviter la guerre civile.

Je n'ai pas de- parti pris. Mais il faut bien raisonner un peu, examiner la situation, la discuter pour trouver une issue, et c'est cette issue que je cherche en ce moment avec vous.

Vous ne voulez pas voter, pour ne pas paraître pactiser avec l'émeute, comme dit M. Picard,

Mais, prenez-y garde, en ne répondant pas à l'appel aux armes qui vous était adressé mercredi par le gouverne-

ment, vous vous êtes ainsi rendus solidâres, — il ne faut pas vous le dissimuler, — sinon de l'émeute, du moins de la situation qui a été créée par le triomphe du mouvement insurrectionnel et la retraite précipitée du gouvernement.

Il ne s'agit plus aujourd'hui de récriminer.

Il y a un fait accompli. Il faut en prendre son parti, ou plutôt en tirer le meilleur parti possible.

Il Êiut d'autant plus s'exécuter de bonne grâce, que les plus irrités nous accorderont bien qu'ils l'ont édiappé belle, et qu'ils ont lieu de se féliciter de ne pas en avoir vu de pires depuis dimanche, depuis que le pouvoir, dé« serté par M. Thiers, a été abandonné à l'émeute, à ceux dénoncés à la population parisienne comme des communistes et des pillards.

Mais la j:uerre civile, le carnage, le pillage, les représailles sanglantes, toutes les horreurs qui ont été si heureusement évitées, faut-il, maintenant que le plus grand péril a éié écarté, les provoquer de gaîté de cœur?

Y a-t-il donc à Paris des gens qui soient à ce point altérés de sang et possédés d'une criminelle folie?

Nous ne le pensons pas.

Que le gouvernement qui s'est mis à l'abri de Versailles, et qui a une double rancune à satisfaire contre la population parisienne, qui veut se venger de ce qu'elle l'a repoussé aux dernières élections et de ce qu'elle l'a abandonné lorsqu'il lui a adressé son appel contre les faubourgs, — que le gouvernement veuille nous pousser à ces extrémités, qui lui prépareraient sa revanche et satisferaient sa vengeance, cela est peu généreux de sa part assurément, mais cela ne se comprend que trop.

Hais la population parisienne tombera-t-elle dans ce piège ?

Elle a le plus grand intérêt à résoudre pacifiquement la question, tandis que Versailles a intérêt au contraire à ce que la question ne se résolve pas pacifiquement. Le gouvernement a son amour-propre engagé ; or, il n'y a rien d'intraitable et d'implacable comme la vanité des hommes médiocres.

Les membres du gouvernement l'ont répété sur tous les tons : ils aiment mieux affronter toutes les horreurs de la guerre civile, ou plutôt exposer les Parisiens à toutes ces horreurs, que de paraître transiger avec l'émeute.

Et pour Versailles, l'émeute, ce ne sont pas seulement les faubourgs insurgés; ce sont aussi les quartiers du centre, qui ont favorisé l'insurrection en ne prêtant pas leur concours au gouvernement pour la réprimer à l'origine. Il est juste que les uns et les autres reçoivent leur châtiment, un châtiment exemplaire, qui serve de leçon pour l'avenir.

Voilà pourquoi le gouvernement s'est opposé aux élections immédiates, qui étaient le seul moyen d'éviter la guerre civile.

Mais cette obstination de l'Assemblée et du gouvernement ne doit-elle pas nous ouvrir les yeux ?

Allons-nous donc nous entr'égorger par ce seul motif que l'Assemblée de Versailles, au lieu de nous tendre la main pour nous sauver, a voulu se donner le cruel plaisir de nous voir dévorer entre nous ?

Mais pourquoi donc nous dévorerions-nous? pourquoi

nous égorgerions-nous ? pourquoi engagerions-nous la bataille ?

Pourquoi, je vous le demande?

Vous ne voulez pas supporter plus longtemps le gouvernement du Comité de l'Hôtel-de-Ville I

Mais le Comité de l'Hôtel-de-Ville ne prétend point exister comme gouvernement ; il ne demande point qu'on le reconnaisse. Il ne demande qu'une chose : c'est de remettre son pouvoir au suffrage universel librement consulté.

Vous voulez bien voter, mais vous ne voulez pas voter sur la convocation du gouvernement de l'Hôtel-de^Ville.

Vous aimez mieux la guerre civile I

Est-ce bien possible? Y avez-vous bien réfléchi?

Mais enfin, il y a des scrupules qu'il ne faut pas discuter.

D'ailleurs, les événements qui se sont passés aujourd'hui rendent la conciliation très-difficile, sinon impossible, sur ce terrain.

Mais, encore une fois, il faut à tout prix éviter la guerre civile.

Et il doit être facile de l'éviter, puisque personne ne la veut, quoique tous y marchent avec aveuglement.

Il faut aviser au plus vite, car il ne faut pas se dissimuler que les élections d'aujourd'hui, si elles n'aboutissent pas, vont créer une situation extrêmement périlleuse.

Le Comité de l'Hôtel-de-Ville sera en quelque sorte poussé par la force des choses, par le soin impérieux de sa préservation personnelle, par l'impossibilité de donner une issue régulière à la situation ; le Comité de l'Hôtel-de-

Ville, disons-nous, sera inévitablement poussé à agir dictatorialement.

Nous en avons déjà vu quelque chose aujourd'hui.

Et ce n'est que le commencement.

Que va-t-il arriver ?

Si la population parisienne, qui n'a pas voulu soutenir le gouvernement de M. Thiers, ne veut pas soutenir le Comité de l'Hôtel -de- Ville, il faut alors qu'elle s'affirme elle-même ; autrement elle est perdue, car elle est trèsréellement prise entre deux feux, entre l'enclume et le marteau.

Qu'elle se hâte, car tout à l'heure il sera tard. Il ne lui restera plus qu'à se rendre à discrétion à Versailles ou à l'Hôtel-de-Ville. Et, extrémité plus terrible encore, avant de se rendre à discrétion, elle sera massacrée à discrétion.

On frémit d'y penser I

Les députés et les maires ont fait une tentative pour sauver la situation.

Mais leur affiche d'hier matin ne fait que constater le conflit qui rend la guerre civile inévitable.

Ils se bornent à nous supplier d'attendre, en nous faisant espérer une solution.

Mais peut-on attendre?

Les députés ont mal posé la question à l'Assemblée de Versailles.

Us devaient puiser dans la force des circonstances axitorité pour imposer la transaction qu'ils venaient poser.

L'Assemblée de Versailles a bien subi VuUimatum des Prussiens. La concession qu'elle avait cru pouvoir feire pour mettre un terme à la guerre extérieure, à plus forte raison devait-elle la faire pour prévenir la guerre civile, d'autant plus que le droit de Paris n'est pas contesté: il n'y a qu'une simple question de dignité plus ou moins bien placée.

Il n'est pas possible que pour cette simple susceptibilité on s'égorge dans les rues de Paris.

Yoilà ce que devaient dire les députés de Paris.

Et si l'Assemblée s'obstinait dans son funeste entêtement, alors les députés dé Paris devaient déclarer qu'audessus de l'autorité légitime de l'Assemblée il y avait le droit supérieur du salut public.

Et ^'inspirant de cette nécessité, ils devaient prendre l'initiative eux-mêmes pour sauver la situation.

Des manifestations soi-disant pacifiques comme celle d'hier ne peuvent que provoquer le désordre sous le prétexte du rétablissement de l'ordre ; elles ne peuvent que fournir un prétexte à la guerre civile. Il y a des situations où les fusils partent tout seuls. Dans ces situations, il importe d'agir avant tout avec réserve et prudence.

Mais ce qu'il y avait à faire, ce qu'il y a encore à faire, c'est un appel adressé à la population parisienne par les hommes autorisés à lui parler, pour qu'elle nomme sans délai un, deux, trois ou six plénipotentiaires chargés de traiter en son nom, soit avec l'Hôtel-de-Ville, soit avec Versailles, pour mettre fin à une situation qui ne peut se prolonger.

s semblable initiative était prise, cette proposition t tous les hommes des deux partis, et ils forment se majorité, qui sont pris dans l'engrenage de la îivile, et qui cependant ont un désir ardent d'éviter le, car ils sentent qu'elle serait épouvantable, imce qu'elle serait engagée sans motifs, et qu'elle ; totalement sans résultat, ou plutôt que, de quelque î soit la victoire, elle ne pourrait avoir que les plus résultats.

es élus de Paris, qui pouvaient tout sauver en agisle début avec résolution, qui ont tout compromis rs hésitations et leurs indécisions, sachent enfin c vigueur, mmense responsabilité pèse sur eux, la responsa-

i salut de Paris et de la France, du salut de la Ré-

ti

une idée pratique que je viens d'émettre.

t aviser à l'exécuter, et à l'exécuter au plus vite.

is du moins une dernière tentative de conciliation

engager la bataille.

te tentative est faite sérieusement, par des hommes

\ de l'importance de leur mandat, elle aboutira in-

nent.

îz-y, citoyens ; et si ce n'est dans aucun sentiment

3, puisez du moins dans le sentiment de votre

conservation et de la sauvegarde de tous vos inté-

ergie nécessaire pour faire un suprême et décisif

À. Vermorel.

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