‹ Elections des 26 mars et 16 avril 1871. Affiches, professions de foi - documents officiels clubsChapitre 45 sur 81 · A' LA COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

A' LA COMMUNE DE PARIS

€ Ajournpr les élections est plus qu'un crime : c'c une faute, > a dit le Père Duchêne dans son numéro du lundi 10 avril. Nous sommes entièrement de son avis.

On a compris le premier décret d'ajournement. Les impérialistes et les royalistes avaient attaqué. On dut leur répondre. La garde nationale tout entière, debout, se disposait à se porter en masse sur Versailles. La cartouche fut préférée au bulletin de vote. C'était logique.

La Commune de Paris, en décrétant ce premier ajournement, a donc eu raison. Mais cette fois, quand Paris reste sur la défensive, le nouveau décret ajournant encore les élections, basé sur les considérants du premier décret, . est une faute.

A l'exception de quelques bataillons, la garde nationale est rentrée dans ses quartiers. Le service du rempart ou le combat de quelques bastions et de quelques avant-postes ne peuvent être un obstacle sérieux aux opérations du vote. Puis, demain, toute la garde nationale sera peut-être en route sur Versailles.

Qui sait?

L'heure n'étant plus aux professions de foi, Paris connaissant ses hommes et ses candidats, les gardes nationaux de service aux remparts et dans les forts auraient pu voter librement dans des urnes improvisées, et le résultat de

leurs votes eût pu être adressé facilement dans leurs arrondissements respectifs.

Telle est la réponse la plus plausible que nous puissions faire au considérant du décret.

Mais nous avons dit : C'est une faute.

Nous allons nous expliquer :

CrrOYENS DE LA COMMUNE DE PaRIS,

On vous accuse de vouloir accaparer le pouvoir. Le mot de dictature a été déjà prononcé. Dès que l'opinion publique ne sera plus avec vous, l'opinion publique se retournera contre vous. Faites attention !

Quelle crainte avez -vous ? L'idée de la Commune fait son chemin. Le principe électif, sur lequel elle repose, et le nombre restreint des membres qui composent la Commune vous obligent indubitablement à compléter le plus vivement possible les vacances au fur et à mesure qu'elles se produisent. La résolution votée par la délégation des vingt arrondissements (ancien Comité central), dans sa séance du 4 avril 1871, publiée par le journal VAffranchi, le 8 avril, et qui vous a été transmise immédiatement, était cependant basée sur des considérants sérieux, logiques, irréfutables.

Cette résolution ne tendait pas seulement à réclamer des élections complémentaires immédiates ; elle demandait aussi à la Commune le doublement de ses membres.

Nous croyons devoir retracer ici cette résolution.

{Le lecteur la trouvera au n» 65 bis.)

En augmentant le nombre des membres de la Commune, vous faites appel à toutes les intelligences, à toutes

les initiatives, à toutes les aptitudes, à tous les courages. Vous excitez l'ardeur, l'élan, le patriotisme, l'amour de la République.

Les commissions choisies parmi vos membres, et non en dehors de votre sein, deviennent homogènes, et leurs délibérations, approuvées et ratifiées par vous, obtiennent un double caractère de légalité.

Si la Commune, à son début, eût été composée d'un nombre supérieur de membres, la démission, ou plutôt la désertion, ne se fussent pas produites. Les pâles et les timides seuls se seraient retirés.

Si la Commune de Paris eût compté 180 à 200 membres, eussent-ils été tous révolutionnaires et socialistes, l'Assemblée de Versailles, composée de tradtres et de royalistes, se tût bien gardée de faire attaquer Paris, après l'avoir fui si misérablement.

Paris veut ses franchises, incontestablement. La bourgeoisie vient de l'exprimer publiquement. Elle a même déclaré qu'elle prendrait les armes si Versailles s'obstinait à ne pas reconnaître les droits de la première cité du monde. Mais pour que cette déclaration ne reste pas à l'état de lettre morte, citoyens de la Commune de Paris, doublez le nombre de vos membres, et appelez immédiatement les électeurs au scrutin.

Dans la crise exceptionnelle que nous traversons, — unique dans l'histoire, -- la Commune, en reculant une deuxième fois ses élections complémentaires, a fait une faute, nous le répétons; mais la Commune, en ne doublant pas au moins le nombre de ses membres, commet une faute plus grave, assurément.

Eugène Châtelain.

P,'S, La Délégation des vingt arrondissements, après avoir pris connaissance de l'article ci-dessus, déclare y adhérer complètement et a décidé, à l'unanimité, dans la Jéance de ce jour, d'en adresser une copie textuelle à la ^mmune de Paris.

Paris, le 10 avril 1871.

Le président de la séance, Trochet.

Les assesseurs. Le secrétaire.

Rénaux, Gazàls. E. Châtelain.

No 74.

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