‹ Élections provinciales de 1892 [microforme]Chapitre 25 sur 47 · EL PE DCE A CR PT · texte numérisé non relu

EL PE DCE A CR PT

a (134) 4,396.11 1888 (6). 558,393.00 (147) 6,565.95 ou 1, 17 % 1889 (6). 144,550.00 (162) 972.26 ou 0, 67 Sous le gouvernement Mousseau, en 1883, les frais de perception L | ont été de 51 Ÿ , c’est-à-dire que pour recevoir une piastre le gouver- ne) nement à dépensé 51 cents. En 1884, on a dépensé $7,632.61 pour percevoir $5,757.40, c’est-à-dire que le gouvernement a dépensé [

$1.32.6 pour chaque piastre qu’il a perçue. Ce n’est pas précisément À ce qui peut s’appeller une opération payante, 11 En 1888, le gouvernement Mercier a dépensé $6,595.95 pour \ percevoir $558,393.00, c’est-à-dire qu’il a dépensé une cent et un sixième pour chaque piastres qu’il a perçue. En 1889, il a dépensé $t72.45 pour percevoir $144,550.00, en sorte qu’il a dépensé moins de ? de cent pour chaque piastre perçue.

En 1885 et 1886, le gouvernement Ross n’a pas perçu un seul sous, mais il a dépensé en frais de perception $12,813.79. Le tableau suivant fuit voir les frais d'avocats qui ont été payés par les gouvernements bleus à l’honorable M. Church, au sénateur Lacoste et à M. Girouard, député tory du comté Jacques-Cartier, à la Chambre des Communes, à propos de ces taxes.

Lacoste Girouard Church Hole ORNE NRA $4,000 00 $1,914 00 $ 500 00 | OST UrUUES 6,000 00 500 00 LOG Hatier 4,635 70 500 00 LABO ur un DORA tie, 1,850 00 AR RS 2,626 31 |

-$21,635 61 $2,914 00 $2,350 00 Sauf une bagatelle de $17.52, M. Lacoste à engouffré à lui seul | tout ce qui a été perçu par les gouverneinents Mousseau et Ross qui, avec toute cette escouade d'avocats si grassement payés, n’ont réussi à percevoir en tout et partout que $21,653 13. M. Girouard s’est fait payer en sus les livres qu’il a dû consulter (Voir Comptes publics, 1853, p. 115.) Pourtant, il n’y a pas que les avocats qui se sont graissé la patte ; plusieurs autres favoris ont aussi eu leur part dans cette aubaine. A M. Machin, le sous-trésorier, on à payé un traitement spécial de $500 en 1883, et de $199.99 en 1884 ; à M, Waiton Smith, en 1883, un traitement spécial de $300 ; à M. Lamb, percepteur pu revenu à Montréal, une commission de 57, formant $730.27, sur “es perceptions.

Et les pillards qui ont commis tous ces brigandages ont aujourd'hui l’effronterie de reprocher au gouvernement Mercier de ne pas administer avec économie, !

M. Mercier ne s’est pas montré aussi libéral envers les avocats. Les seuls qui soient mentionnés dans les comptes publics sont MM. Geoffrion et Beausoleil. Le premier a reçu $1,000 en 1887 (p. 134 des C. P.) et $3,000 en 1888 (p. 147 des C. P.) pour tous les honoraires et déboursés pour aller en Angleterre pleider et gagner la cause de la province devant le Conseil Privé. M. Beausoleil à reçu $500 en 1887 (p. 134 C. P.) et 82,344 75 en 1888 (p. 147 des C. P.), en tout $2,844.75. Et ils n’ont pas fait payer leurs livres de droit par la province comme M. Girouard, mais ils ont fait payer aux débiteurs de la province $7092,943.84, C'est-à-dire que les trois principanx avocats des gouvernements bleus se sont fait paper $26,899.61 pour perdre les causes de la province, au lieu que MM. Geoffrion et Beausoleil, les avocats du gouvernement Mercier, ne se sont fait payer que $6,844.75, pour réparer les fautes des autres, gagner les causes de la province et lui assurer le bénétice d’un revenu de $125,000 à $150,- 009 par année.

Comptes avec Ottawa.—T1 y a entre les provinces de Quéhec et d'Ontario, d’une part, et de l’autre le gouvernement fédéral, un débat de comptes qui dure depuis bien longtemps. M. Mercier s’est occupé activement de règler cette affaire et elle serait depuis longtemps terminée si le gouvernement fédéral n’eût affirmé des prétentions injustes, de nature à faire perdre à notre province des sommes considérables. Pour hâter l’afaire,‘il a été décidé d’en confier la décision à des arbitres et à la session de 1890, le gouvernement Mercier a fait passer une loi l’autorisant à nommer un arbitre, Ila choisi le juge Bourgeois, de Trois-Rivières. ÆEn attendant le règlement final, M. Mercier a fait payer à la province 8100,000 à compte de cette réclamation.

Défense des droits provinciaux

C'est une des parties les plus saillantes de la politique de M. Mercier et si les torys lui font une guerre si acharnée, c’est tout simplement parce qu'ils savaient qu’il est l’adv=saire le plus redoutable des ennemis de nôtre province, le seul homme capable de faire face à l’hydre tory et orangiste, qui ne cherche qu’à écraser tout ce qui est français et catholique,

Augmentation du subside fédéral—Lors de la formation du parti national les bleus, qui se sentaient écrasés et perdus, crièrent bien haut que M. Mercier allait, par cette appellation, soulever contre notre province les préjugés et le mauvais vouloir de toutes les autres parties de la confédération, qu’il allait isoler la province de Québec et lui faire perdre tous ses alliés dans la lutte contre les empiètements du pouvoir fédéral.

M. Mercier s’est empressé de répondre à ces niaiseries par des faits et, au mois d'octobre 1887, seulement huit mois après son avénement au pouvoir, il réunissait la conférence interprovinciale,

c'est-à-dire les chefs et les représentants de tous les gouvernements provinciaux, excepté ceux de l'Ile du Prince Edouard et de la Colombie Anglaise, qui venaient s'entendre, se concerter avec le gouvernement national de Québec, afin de travailler dans une commune entente avec lui pour mieux assurer l'autonomie des provinces, revendiquer avec plus de force et d'énergie l’autonomie provinciale.

Les résolutions adoptées à cette conférence et qui passeront tôt ou tard dans le domaine des faits accomplis, auront pour effet d'augmenter de 8347,968.80 par année le subside que nous paie le gouvernement fédéral.

Lots de grève—Il n’est pas un homme sensé qui n’admette que Acte de l'Amérique Britannique du Nord donne à la province la propriété des lots de gréve comme de tout le reste du territoire non oucupé. Depuis 1867, le département des terres a vendu de ces lots en grande quantité et jamais les autorité fédérales n’en avaient soufflé un mot, avant l'arrivée de M. Mercier au pouvoir. Mais, pour faire des misères au gouvernement national, Sir John Thompson s’est avisé, l'année dernière, de revendiquer la propriété de ces terrains. Mal lui en a pris. Avec cette énergie qu'il met à la défense des droits de la province, M. Mercier lui répondit par un mémoire, écrasant qui est resté sans réponse, comme la province est restée en possession de ses droits sur ceslots de grève. A la dernière session, le gouvernement fédéral à fait passer une loi donuant gain de cause à M. Mercier.

Frontière nord de la province—En 1884, l’hon. M. Mercier, dans une grande assemblée tenue dans le comté de Chateauguay, mit cette question devant le public et en fit un des principaux articles de son programme, Les bleus, à qui cela n'était jamais venu à l'esprit, s'emparèrent de l’idée de M. Mercier et proposèrent en 1885 la formation d’un comité spécial pour étudier cette question. L'affaire traîna en longueur, commetoutcequ’entreprenaientcesadministrations moribondes et le comité ne fit rapport qu’à la session de 1886. Mais tout en resta là ; le gouvernement Ross ne fit pas la moindre démarche auprès du gouvernement fédéral pour obtenir la possession de ce territoire additionnel, comprenant une centaine de mille milles en superficie, ou une étendue presque aussi grande que celle des terres de la province de Québec, dans ses limites actuelless.

À la séance de l’Assemblée législative du 5 mas 1889, M. Mercier a exposé ce qui suit :

Nous sommes en correspondance avec les autorités fédérales depuis 1887, et nous avons beaucoup insisté pour avoir un règlement définitif de cette question. Nous avons pris pour base de nos réclamations le rapport du comité spécial de cette Chambre. Ce rapport a été adopté en 1886 et nos réclamations sont les mêmes que les conclusions que je viens de lire.

‘ Depuis que nous sommes au pouvoir, nous avons essayé de régler cette question, mais nos efforts n’ont guère étécouronnés de succés. J’ai rencontré Sir

ohn À. MacDonald il y a quelques mois je luiai demandé si le temps n’était pas

venu de régler cette affaire Il me répondit qu’en effet cula pourrait être réglée prochainement. La question paraît parfaitement réglée avec Ontario, et on nous

mie UT

a demandé de donner acte de notre consentement à cet arrangement. Nous avons 1 efusé jusqu’à ce que nos réclamations soient admises,

‘‘ La question en était là lorsque ces jours derniers j'ai reçu une lettre de M. Mowat me disant qu’il avait reçu une note de Sir John l’informant que l’affaire pouvait être réglée, si nous voulions bien nous rendre à Ottawa pour terminer les négociations. Samedi, nous avons délégué les honorables MM. Garneau et Ross et M. E. E. Taché: Ils sont partis avec des instructions à l’effet de ne rien céder sur les conclusions du rapport du comité spéelal de 1886.

* On a offert à nos délégués de suivre le 52e dégré de latitude nord du détroit de Belle-Ile jusqu’à la baie James, nous enlevant par là même seize milles en dedans des rives de la East-Main river, ce qui nous ferait perdre, nous dit-on, environ vingt mille milles carrés de territoire. De plus, si nous acceptions comme frontière le 52e dégré de latitude nord, nous n’aurions qu’une ligne imaginaire comme délimitation de notre territoire et. il nous faudrait tirer une borne qui nous toûterait un quart de million.

‘* De plus, s’il survenait plus tard des contestations de juridiction, il serait très difficile d'établir ce qui est ou ce qui n’est pas notre territoire et nous serions exposés à des difficultés coûteuses, sans compter les ennuis de ce genre de constatations.

‘ Er définitive, nous avons préféré nous en tenir à Ja 1 relle de la rivière East-Main. Voilà les raisons qui ont motivé notre refus. M. T'aché est revenu soudainement dimanche nous apporter la proposition des au rités fédérales. Nous avons préparé

toires auxquels nous croyions avoir droit.

tions conformes à notre décision.

ario, et nous avons bien l'intention de bersister dans notre attitude,” (Zébats de ta

Comme on le voit, le gouvernement de M. Mercier a fait tout

? Les . . .

ce qui lui était possible de faire pour mettre la province en possession de ces 116,000 milles de territoire qui lui appartient de droit et si

nous ne l'avons pas encore, c’est grâce au mauvais vouloir des bleus d'Ottawa.

M. Mercier et les autorités religieuses

Pour les Canadiens-français, plus que pour tous les autres peuples catholiques, le clergé est la clef de voute, la force de l'édifice social. Après la cession du pays à l'Angleterre, c’est le clergé qui à protégé nos pères contre la tyrannie des conquérants, c’est lui qui & fondé et maintenu tous les établissements d'éducation supérieure où se sonc formés de tout temps et où se forment encore nos hommes publics, c’est lui qui prépare les défenseurs de nos droits, enfin le clergé est le seul corps capable d'offrir une résistance victorieuse aux ennemis de notre race et de notre religion, les deux éléments constitutifs de nationalité. Il est donc du devoir de tout homme publie digne de ce nom de montrer une déférence respectueuse au clergé, de respecter ses droits et de l’aider autant que possible. C’est précisément ce que M. Mercier a fait en toutes circonstances, notamment à propos de l'affaire des biens des J'ésuites et celle de l’université Laval.

Biens des Jésuites—Le règlement final de là question des biens des Jésuites avait été souvent demandé par les autorités religieuses, surtout depuis la confédération. Les gouvernements bleus, qui en

notre

plusieurs occasions promirent d'opérer ce règlement, ne l’exécutèrent Q Q . , e ’ :

Jamais, pour des raisons faciles à comprendre. En prenant l’administration des affaires publiques, M. Mercier résolut d’en finir avec cette éternelle question, de l’aborder courageusement et de lui donner une solution pratique, susceptible de faire disparaître le malaise qui existait depuis si longtemps et il a réussi parfaitement.

Ce règlement, d’ailleurs, était réclamé impérieusement et depuis longtemps par les autorités religieuses. En 1876, l’épiscopat adressa au gouvernement le mémoire suivant :

‘ Déjà, à plusieurs reprises, l'épiscopat, le clergé et les catholiques de cette rovince ont protesté contre l'usurpation des biens appartenant en cette province a l’ordre des Jésuites, au moment de sa sappression duns le siéele dernier. : En même temps, ils en ont revendiqué Ja possession et la propriété comme biens destinés à des fins qui sont du resrort exclusif Ge l'église catholique, selon ia volonté express: ct sacrée des nombreux bienfaiteurs, tous catholiques, de l'Institut, tel qu'établi au Can5da. Ayant appris que le terrain sur lequel était cons. truit le collége des Jésuites, à Québoc, allait bientôt être mis en vente par le gouyernement de cette province, nous, archevêque et évêques de la province de Québec, croyons qu’il est de notre devoir de renouveler et nous renouvelons par les présentes les susdites protestations et revendications des dits biens, et en particulier du terrain en question.’

Le 8 avril 1885, Mgr Taschereau demanda de nouveau la restitution de ces biens au gouvernement Ross, par la lettre suivante :

‘t Archevêché de Québec, 8 avril 1885, # L'honorabie J.J, Ross, & Premier ministre de la province de Québec. t Monsieur ie Premier ministre,

‘ Le ?fjanvier dernier, j'ai eu l'honneur de vous informer officiellement que» ar un indult du 13 octobre 1884, je suis personnellement autorisé par le Saintiége à traiter avee le gouvernement provincial de Québec et à terminer moyen-

nant juste compensation la question de la propriété des biens autrefois possédés dans cette province par les RR. PP, Jésuites, lors de la suppression de leur institut en 1773. ‘ A x 6

‘{ Depuis cette époque, j'ai cu plusieurs entrevues à ce sujet avec vous et avec Son Honneur le lieutenant gouverneur. Comme l’Assemblée Législative siège déjà depuis longtemps, je désire savoir où est aujourd’hui cette question,

‘{ J'ai l'honneur d’être, ‘* Monsieur le Premier ministre, ** Votre tout dévoué et très-humble serviteur, ‘+ (Signé) E. A. Arch. de Québec.” Le Dr Ross prit près de trois semaines pour donner la réponse évasive que voici :

Québec, 25 avril 1885.

‘+ À Sa Grandeur Mgr E. A. Taschereau, Archevêque de Québec.

‘‘ Monseigneur,

En réponse à votre lettre du 8 de ce mois, je ferai remarquer à Votre Gran; deur que lors du transport de l’ancien collége de Québec ou collége des Jésuites au gouvernement de cette province, par le gouvernement fédéral, le chef dn cabinet provincial a déclaré à la Chambre que toute la propriété de l’ancien ordre des Jésuites, dont le gouvernement de Québec était en possession et les revenus d’iveux formaient, d’après la loi, le fonds de l'éducation supérieure en Canada et que le gorvernement n'était pas tenu d’indemniser une corporation quelconque, et j’attire: ai aussi l'attention de Votre Grandeur sur le fait que cette déclaration retut l’assentiment tacide de la législature.

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Le gouvernement actuel doit en conséquence, avant d'entrer en né ociation au sujet des biens réclamés, considérer sérieusement s’{] est possible et à propos de revenir sur une déclaration si formelle et gi prés, et je regrette d'avoir à vous informer qui m'est impossible, au milieu des occupations plus pressantes,

quoique d'une fportance non Supérieure, du moment actuel, de donner à votre émande une considération im médiate,

Si Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur en conseil décide de rouvrir et reconsidérer cette question de biens des Jésuites, je ne manquerai pas d'en prévenir Votre Grandeur et les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus, afin que, avec votre concours et le leur, il puisse, 8’il y a lieu, proposer à ln législa-

ture une mesure qui devra régler cette question d'une manière satisfaisante et définitive.

J’ai l'honneur d'être, Monsieur, Votre très humble serviteur, JOHN J, Ross,

Cette réponse, frisant l'arrogance et laissant voir un mauvais nie déterminé, provoqua de la part de l'archevêque la réplique suivante :

‘{ ARCHEVÊCHÉ DE QuÉBEc,

27 avril 1885, “ L'honorable J, J. Ross, Québec ‘ Mon:ieur le Premier Ministre, ‘* Le 2 janvier de la présente année, j'aieu l'honneur de vous informe

rqu’en vertu d’un indult du 13 octobre 1884, je suis personnellement autorisé

par le

Saint-Siège à traiter avec le #vuuvérnement provincial de Québec et À terminer moyennant juste Compensation, la question de la propriété des biens autrefois ossédés dans cette province par les RR, PP. Jésuites, lors de la suppression de eur Institut en 1773.

“ Le 8 avril, n'ayant encore reçu aucune nouvelle de ma demande, je vous ai adressé une lettre à laquelle vous m'avez répondu le %5 courant.

‘* Vous me permettrez sans doute de vous communiquer quelques remarques sur Cette réponse...

‘‘ Je ne mets pas en doute la vérité de la déclaration faite par le chef du Cabinet provincial, savoir : que les revenus de ces biens font partie du fonds de l’éducation supérieure ; mais je demande si l’état de choses créé par la loi rend bien justice aux catholiques ! Je demande si un cabinet provincial en Majorité catholique peut équitablementaisser subsister cet état de choses.Je demande enfin si l’assen. timent tecite de la législature suffit nour rendre juste ce qui ne l’est point.!

‘ Le chef du eabinet provincial déclara aussi à la Chambre... que le gouver- ‘ ment n’était pas tenu d’indemniser une corporation quelconque. Et j'attirerai ‘ l'attention de Votre Grandeur sur le fait que cette déclaration reçut l’assen-

‘‘timent tacite de Ja législature.’ ‘* Prise dans un sens absolu, cette partie de la déclaration ne peut être admise

Par un catholique, car elle justifierait toutes les spoliations Passés, présentes et futures.

‘‘ Elle ne peut donc raisonnablement et équitablement signifier autre chose, sinon que le gouvernement fédéral, en remettant ces biens À notre législature, ne lui u pas imposé l'obligation d’indemniser une Corporation quelconque. C’est là une question de fait sur laquelle je ne saurais me prononcer.

Mais reste toujours l’éternelle question de la propriété : celui qui possède le bien d'autrui peut-il le passer en d’autres mains et s’exempter ainsi lui-meme ou exempter le nouveau possesseu: de l’obligetion de restituer. Res clamat domino, dit un axiome bien connu. Le Possesseur est toujours le premier tenu à restitution.

La Providence :emble avoir voulu rendre cette restitution possible et facile en tout temps, puisqu’elle a inspiré à tous les Souvérnements divers qui ont eu ces biens en leur possession la pensée d’en tenir les comptes distincts des autres.

“ Le gouveanement actuel doit en conséquence, avant d'entrer en négociation ‘au sujet des biens réclamés, considérer sérieusement s’il est possible et à pro-

“ pos de revenir sur une declaration si formelle et si précise, et je regrette d’avoir * vous informer qu'il m'est Li agange) au milieu des occupations plus pies- “ santes, quoique d'une importance non supérieure, du moment aetuel, de donner à notre demande une considération immédiate.”

“ Comme j'ai eu l'honneur de le remarquer, il y a instant, ilne s'agit pas d’examiner si cette déclaration, si formelle et sl précise, est conforme à la vérité ou non ; le chef du cabinet a constaté un fait que je ne prétends pas révoquer en doute ; #7 s'agit aujourd'hui de considérer et de réparer les conséquences injustes de ce Jait et de rendre à l'Eglise catholique un bien qui lui appartient.

‘4 De mon côté, je regrette d'avoir à me plaindre de ce qu'après trois mois et demi d'attente et malgré la précaution que j'avais eue de faire ma demande longtemps avant l'ouverture de la session, et malgré les entrevues que j'ai eues aussi avec vous sur ce sujet, je suis informé aujourd'hui que cette demande, quoique d'une importance majeure, ne peut obtenir une considération immédiate.

& Vous m’informez enfin ‘‘ que si son Excellence le lieutenant gouverneur & en conseil décide de rouvrir et reconsidérer cette question des biens des Jésuites, & je ne manquerai pas d'en prévenir Votre Grandeur et les Révérends Pères de la 4 Compagnie de Jésus, afin que, avec votre concours ct le leur, il puisse, s’ily a “lieu, proposer à la législature une mesure qui devra régler cette question d’une “manière satisfaisante et définitive.”

“ Je crois devoir vous informer que je suis seul autorisé par le Saint-Siège à traiter et a terminer cette affaire, moyennant juste compensation, et que les Révérends Pères Jésuites n'ont rien à y voir.

“Je donnerai volontiers mon concours à toute mesure qui pourra régler cette question d’une manière satisfaisante et définitive.

“ Et d'un autre côté, j'aime à croire que le gouvernement catholique d'une province catholique se fera un dcvoir de la terminer aussitôt que possible.

‘J'ai l'honneur d’être, # Monsieur le Premier ministre, & Votre tout dévoué serviteur, («+ Æ, A., ARCH. DE QUÉBEC.

Le Dr Ross fit comme le vendeur de plomb, ne dit ni oui ni non

et se contenta d'envoyer huit jours après la petite note qui suit :

“ Québec, 5 mai 1885.

4 À Sa GRANDEUR MGR E. À. TASCHEREAU,

“ Arcucvêque de Québec,

Moxs£IGNEUR,—J'ai l'honneur d’accuser réception de votre lettre du 27 avril dernier, relative à la question des biens des Jésuites.

“ Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire à la date du 7 janvier dernier, je ferai connaître à Votre Grandeur, aussitôt que possible, les vues du gouvernement sur le sujet.

{& J'ai l'honneur d’être, “ Monseigneur, Votre très humble serviteur, ‘Joux J. Ross.”

Comme on le voit par la signature, cette note n’était pas même officielle, puisque le Dr Ross n’ajoute pas à son nom sa qualité de premier ministre, c’est-à-dire qu’il ne s'était pas même donné la peine

de soumettre à ses collègues la vigoureuse revendication de l’archevêque.

Inutile d'ajouter que le gouvernement Ross ne s’occupa plus de l'affaire et que M. Mercier, en arrivant au pouvoir, trouva cette question absolument dans le même état. Il résolut de suite de la régler, de se rendre aux vœux si formellement exprimés de l’épiscopat,

se mit de suite à l’œuvre et moins de douze mois après, cette affaire qui traînait depuis un siècle était réglée à la grande satisfaction de tous les citoyens raisonnables, protestants comme catholiques. Voici ce que M. Mercier a dit à ce sujet dans son discours au banquet du Club National, le 6 novembre 1889 :

‘Je suis allé À Rome en 1888 exprès pour régler cette question difficile, délicate, épineuse Et j'ai réussi, grâce à l'esprit large de Sa Salnteté Léon XIII, à 11 prudence de Son Eminence le Cardinal Taschereau et à l'habileté du Tres- Révérend Père Turgeon, recteur du collège Ste-Marie, à Montréal. Nous avons réulé cette question, non ne favoriser notre parti, mais bien pour consacrer un grand principe : celui de l1 restitution du bien volé Nous avons toujours cru, mes Collèges et moi, et nous croyons encore, que les rois n’ont pas plus le droit de voler que les particuliers et qu’on n’a pas plus raison de prendre le bien d'un Jésuite que celui d'un protestant. Nous avions danc décidé de restituer, sous forme de Compensation, et nous nons sommes entendus facilement à ce sujet”

Ce règlement peut se résumer dans les sept, propositions suivantes :

1. La province paiera une somme de $400,000 aux personnes indiquées pur le Pape, dans les six mois de la signification de sa décision au secrétaire de la province, faisant connaître cette distribution ;

2. Cette somme ne portera pas intérêt avant la signification au secrétaire de la province de l'acte du Pape sanctionnant l’arrangemeut et après cette signification, jusqu'au paiement du capital, l’intérêt au taux de 47 sera payé aux Jésuites $

3. Si l’arrangement n’est pas ratifié par le Pape, il ne sera rien

. . . . 1 A { payé, ni en capital ni en intérêt J

4. Cession complète, parfaite et à perpétuité sera faite à la province avant aucun paiement, même d'intérêt, de tous les biens qui ont pu appartenir en Canada, à quelque titre que ce soit, aux Pères de l’ancienne compagnie ;

5. Renonciation à tous droits sur ces biens et leurs revenus, tant au nom de l’ancien ordre des Jésuites et de la société de Jésus, incorporée en 1887. qu’en celle du Pape, de ia Propagande et de l'Eglise “atholique en général À

6. Rétrocession à la Société de Jésus des droits du gouvernement sur la commune de Laprairie ;

T. Paiements aux universités et maisons d'éducation protestantes d’une somme de $60,000, suivant ia distribution qu’en fera le comité . protestant du conseil de l’instrnction publique.

À propos de la ratification de cet arrangement par le Pape, M.

ercier a donné les explications suivantes :

# Dans tous les traités importants qui se font par des mandataires, ratification doit être faite par le principal, c’est-À dire par le mandant. Eh bien ! le Révérend'Père Turgeon, qui a été chargé par le Saint-Siége de régler cette affaire avec nous n’est qu'un mandataire, un procureur, Et pour qu’il n'y ait pas de Malentendu, que la transaction soit finale, que le règlément ne puisse plus être discuté par les autorités religieuses, nous exigeons que le Pape ratifie l'arrangement. Il ne s’agit pas de faire sanctionner la loi par le Pape. Il ne faut pas Jouer sur les mots : la loi sera sanctionnée par le lieutenant-scouverneur et ells aura son effet dans les limites de la convention,

“ L'on comprendra, j'aime à le croire, l'importance de la précaution que nous avons prise... nous avons dit * le Pape ’ avec intention. Nous n'avons pas dit la congrégation du la Propagande, nous n'avons pas dit le secrétaire d'Etat, uous avous ditle Pape, Nous voulons que la ratification soit donnee par le chef de l'Eglise, afin que tous les intéressés solent liés.

‘4 Maintenant on dit : pourquoi faire faire la distribution par le Pape — Pour une bonne raison, c'est qne nous ne voulons pas la faire nous-mêmes. qui donner cet argent.là ? Aux Jésuites ? Mais il y a d’autres institutions qui pare prétendre: r proie droit, d'après les lois eanoniques, Alors nous déci-

ons, nous, de laisser la distribution entre les mains lu Pape. Il donnera ce qu'il voudra aux Jésuites, il donnera ce qu’il voudra à Laval, 1 donnera à qui il voudra, mais à une condition, c’est que l'argent reste dans le pays et soit employé dans le payr" ‘Débats de la Lnniaturé, 1888, pages 1260-62. )

Ce règlement, ou plutôt la loi qui l’autorise, fut passée à l’unanimité dans les deux Chambres et à l'assemblée législative, M. Flynn, un des chefs bleus, prit la peine de faire une déclaration aflirmative de son approbation. ‘ En principe, dit-il, j'approuve les résolutions,” (Voir Débats de la Léyislature, 1888, p. 1286.)

Le Pape a distribué de la manière suivante les $400,000 payées par le gouvernement : aux Jésuites, $#160,000 ; à l’université Laval, à Québec, $100,000 ; à l'université Laval, à Montréal, #40,000 ; à l'archevêché de Québec, $10,000 ; à l'archevêché de Montréal, $10,- 000 ; à chacun des évêchés de Chicoutimi, Rimouski, Nicolet, Trois- Rivières, St-Hyacinthe et Sherbrooke, $10,000 ; à la préfecture apostolique du golfe St-Laurent &20,000. Le décret qui ordonne cette distribution est en date du 15 janvier 1889. Et l'argent a été payé depuis par le gouvernement.

Règlement de la question de Laval

Il s'agissait d’un conflit de quinze ani iées d'existence, auquel les plus fortes têtes étaient jusque-là venues se heurter sans succès, et qui portait l'acrimonie au paroxysme. La question universitaire était considérée c.mme l’un des problèmes les plus niveleux à ré‘oudre, C'est dans ces circonstances que l’épiscopat s’adressa à l'honorable M. Mercier, et lui dit : Vous avez réglé l'affaire des Jésuites et bien d'autres difficultés à la satisfaction générale ; nous ne comptons plus

que sur vous pour régler celle-ci.

L'épiscopat de ia province ecclésiastique de Montréal lui écrivit, pour sulliciter son intervention. Les vénérables prélats cxprimaient leur entière confiance dans son zèle pour les causes catholiques, rendaient hommage au courage qu’il avait montré en réglant la question des biens des Jé uites, rappelaie grnudes œuvres de son gouvernement, la création des écoles du 4oi déclarations au congrès de Baltimore sur l'éducation religou:e, enüu s'en remettaient entièrement à lui pour la solution de ce difficile problème.

Au reste, voici le texte de cette lettre mémorable que les catho. liques ne sauraient trop méditer :

Montréal, le 8 novembre, 1890-

A l'honorable Hoxonk Munoren, Prémier Miuistre de la Province de Québec, Honorable Monsieur, ‘

Vous ne pouvez pas ignorer que, dans ces derniers temps, des pourparlers ont été repris en vue d'arriver à conclure entre les deux écoles de médecine de \iontréal, une union définitive qui intéresse, à un si haut dégré, fe bien de ln re. ligion dans ee pays,

Dans une réunion toute récente, tenue en notre présence, par les comités des deux Ecoles, l'entente a fait de tels progrès qu’il dépend désormais d'une seule condition que cette union si désirable passe à l’état de fait accompli : il suffit que la sanction législative soit donnée à un Pros dé bill qui va être soumis aux Chambres pour l'amendement de la charte de l Âvote de Médecine et de Chirurgie de Montréal,

Nous ne pouvons douter, Monsieur le Premier Ministre, que l'attitude que votre gouvernement prendra dans cette question, ne doive exercer la plus hante influence sur la décision des chambres, en sorte que le succès du bill dépendra réellement de l'appui efficace que vous voudrez bien lui donner.

C'est pourquoi nous osons recommander cette importante affaire non seule. ment à votre bienveillance pour les causes catholiques, mas, à votre amor du bien public. Au suceès du bill, eu effet, sont attachés de tels intérêts, pairiotl, ques et religieux, que nous avons la conviction de remplir un devoir de notre charge épiscopale en vous adressant, dans cette circonstance, line res puviiieuse requête. Et si nous pouvions hésiter un instant dans ce sentiment, nou y serions aussitôt confirmés par le jugement bien arrêté du Saint.Siège, ut par une inlssion.

0sitive qu’il nous à confiée. Car, à ses yeux, aussi bien qu'aux nô res, ‘* l'union des deux écoles est réclamée par toutes sortes de graves ralsons ;’’ il nous presse ‘: d'user de tout notre zèle et de toute not ‘e autorité pour l’amener à bonne fin, ? et il ne manque pas d'ajouter que cette conclusion ‘ lui serait souverainement agréable.

= Aucun motif, nous le savons, monsieur le premier ministre, ne saurait être Jour vous d’un plus grand poids que cette pressante recominandation du Saint.

iège. Nous n'insisterons pas sur l'honneur qui revienärait à votre gouverne. ment d'assurer le succès d’une affaire aussi épineuse. qu'importante, ni sur la grandeur du service que vous rendriez à votre province. Vous-même avez assez montré coument vous savez l’apprécier, Dans l’éloquent discours que vous adressiez, il y a un an, au Congrés de Baltimore, vous avez relevé, en termes ma. gnifiques, l'importance de l’œuvre de l'université catholique. Vous avez exprimé à ce sujet des vues qui sont à l'heure présentes dans la conscience de toutes les nations catholiques aussi bien que dans les vœux du Saint-Père et vour avez dit aussi ce que l'Université Laval nous inspirait à tous de reconnaissance et de fierté pour les services qu’elle a rendus à notre nation depuis près de quarante ans. Or, C’est précisément au second siège de cette université, créé parmi nous par la volonté de Léon XIII, qu’il s’agit de prêter votre concours.

Nous ne pouvons pas l'oublier, par la restitution des biens des Jésuites, vous avez procuré des ressources importantes à cette institution, en même temps qu'aux œuvres de ces excellents religieux et À celle de nos diocèses ; et vous avez, en outre, par le même acte, fait prévaloir dans la législature un principe d'équité d’une plus grande portée que les subsides matériels, Mais, nous ne craignons pas de le dire, le bienfait que nous attendons aujourd’hui de votre intervention favorable serait encore plus fécond pour la prospérité intellectuelle et moraie de notre pays. Aux discussions et aux rivalités dans lesquelles les esprits s’aigrissent, il ferait succéder une concorde aussi fructueuse qu’'hono. rable ; il assurerait aux études médicales un développement proportionné à tous les derniers progrès de l’art ; il resserrerait les liens précieux qui ont toujours rattaché chez nous ces études à l’esprit religieux et au ministère des Âmes ; il attirerait non seulement à notre faculté de médecine, désormais unie et forte, mais à toute notre œuvre universitaire, des sympathies et un concours que le Spectacle de nos divisions tiennent encore en suspens. Ce que nos concitoyens anglais’et protestants reçoivent des grandes fortunes dont ils ont le privilège, n0$ hôpitaux et nos facultés catholiques pourraient à l'avenir l’espérer du nombre

et de l’union des dévouements, et ce serait pour le plus grand honneur de notre race et de notre foi.

Du reste, monsieur le premier ministre, votre gouvernement ne ferait ainsi que se donner le mérite considérable de continuer dans une sphère plus haute ce qu’il a commencé avec fruit par l'établissement des écoles du soir. Et rien ne manifesterait mieux de sa part ce qu’il a de dévouement pour la nation que d’appuyer de tont son pouvoir cette œuvre catholique de progrès intellectuel et social, œuvre nationale par excellence,

Les oppositions inévitables que le bill soulèvera retomberont d’eiles-mêmes quand vous aurez ainsi soulevé la question à la hauteur quiluiappartient. Aussi, est-ce avec la ferme coafiance que vous voudrez bien l'y placer et l’y maintenir en prenant vous-même le bill aux Chambres, que nous remettons entre vos mains

es intérêts de cette grande cause.

Le Saint-Siège qui l’a déclarée sienne en la jugeant comme vous, vous saura gré de la faire triompher, et notre sincère reconnaissance s’ajoutera aux sentiments respectueux avec lesquels nous avons l'honneur d’être, monsieur le premier ministre,

Vos très humbles serviteurs, (Signé) L. D. A. MAR£OHA , Ev. Administr.

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