‹ Electricité statique, paratonnerresChapitre 37 sur 40 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

HAGÂSIEfS A POUDRE.

54. — Rappel de la troisième séance de la première section du Congrès international des électriciens en 1881, d'un rapport inédit de TAcadémie des sciences de Paris, de mon livre et de ma conférence.

On me permettra d'intervenir légèrement Tordre des matières de mon livre pour être un peu plus explicite sur la question des magasins à poudre et des poudreries, considérées avec tous les bâtiments, ateliers, etc., que ces établissements comportent.

Après la discussion qui a eu lieu au sein du Congrès des électriciens, en 1881, dans la troisième séance de la première section (*), après avoir pris connaissance d*un rapport, inédit encore de TAcadémie des sciences de Paris, en date du 14 février 1881, je me vois forcé d'être plus explicite que je ne Tai été dans mon livre, d^autant plus que dans la conférence que j'ai faite à Paris et qui a été publiée dans la Revue scientifique (numéro du 20 mai 1882) et dans plusieurs autres journaux, je n'ai pas cru devoir traiter le cas spécial des paratonnerres pour les poudreries et les poudrières.

55. — ilesponsabilité que l'on encourt en donnant des conseils. — Importance d'une faute commise dans la pose d'un paratonnerre dans une poudrerie ou sur une poudrière.

Je l'ai dit et je le répète expressément, quand des savants isolés, ou même des sociétés savantes , sont appelés à se prononcer sur des questions comme celle de l'établissement des paratonnerres sur des monuments historiques, ou sur des édifices importants, on craint d'engager sa responsabilité, qui parfois est énorme et fait trembler vis-à-vis de la

(*) Comptes rendus.des travaux du Congrès intematUmal des électriciens d Paris, 1881 , pp. 175 à 198 et pp. 57, 61, 76, 152, 208, 278, 288.

foudre. En effet, et je demande la permission de répéter ce que j'ai déjà dit plusieurs fois, tout est simple ou parait très simple si Ton peut se borner à donner des formules générales à la hauteur de la science actuelle, et, eu égard aux faits connus, si Ton peut s'en laver les mains après.

Tout, au contraire, peut devenir un motif de crainte, ou de doute, s'il s'agit de se prononcer sur certains cas particuliers bien définis, un monument désigné, une poudrière, par exemple.

Une faute, une erreur, un oubli, une circonstance particulière, parfois très simple, peuvent, par exemple, pour une poudrière ou des magasins à poudre, occasionner de grands et d'irréparables malheurs. Personne n'aime à engager sa responsabilité, toute désintéressée qu'elle soit, et, par cela même, chacun cherche à la faire partager par d'autres; mais de plus, pour la foudre, on croit devoir exagérer les dangers, on a des craintes qui parfois m'ont paru chimériques, lorsque je lisais certains documents émanés, cependant, de savants très distingués; de plus, les innovations sont vues d'un mauvais œil. Le paratonnerre lui-même n'a-t-il pas été combattu dès son origine, même par des sociétés savantes de premier ordre, et ensuite sont venues les discussions sur chacun de ses organes, aériens ou souterrains, etc., etc.

Quant aux administrations, elles doivent mettre leur responsabilité à couvert, en s'adressant, ne fût-ce que par acquit de conscience, aux sociétés savantes qui sont appelées à les couvrir; aussi s'adressent-elles aux savants compétents ou aux Académies. C'est ce qui se fait en France et dans d'autres pays encore.

9^« — Prudence eitreme exigée des rapporteurs des sociétés savantes. — Pai*ole8 de Voltaire. — Inutilité d'exagérer les dangers. — Exemple d'exagération. — Les craintes chimériques seraient capables de s'opposer â tout progrés.

Les rapporteurs doivent mettre une prudence extrême dans la rédaction de leurs rapports ou de leurs avis, et, quoi que l'on dise, ou que l'on pense, ils ont des motifs puissants pour ne pas oublier les paroles de Voltaire :

Il y a des grands seigneurs dont il ne faut approcher qu'avec d'extrêmes précautions f le tonnerre est de ce nombre; mais, est-ce là un motif assez puissant pour créer des épouvantails, plus ou moins imaginaires, pour exagérer, à plaisir, des dangers qui réellement n'existent pas ou que l'on se plait à prévoir à la suite d'éventualités, dont la probabilité serait excès-

sivement faible, ou nulle. Il me serait facile de faire des citations prises dans des œuvres diverses même très recommanda blés, pour prouver ce que j'avance; on fait de la foudre un être erratique, malfaisant, capable de renverser touies nos idées en mécanique, en physique et même en chimie.

Je conviens (les faits comme quelques observations décrites dans ma notice sur le coup de foudre de la gare d'Anvers (33 h 37) me paraissent pouvoir être cités) que la foudre produit parfois des phénomènes bizarres, extraordinaires si Ton veut, mais je n'y vois pas un motif puissant, tant s'en faut, pour traduire en règle quelques exceptions excessivement rares, impossibles à prévoir, mais, qui, tôt ou lard, recevront une explication réelle ; convenons humblement de notre ignorance.

Que l'on s'entoure, pour les poudreries et les magasins à poudre, du maximum de précautions, rien de plus logique; mais qu'on cherche par des phrases à sens douteux, impliquant des possibilités peu probables, ou des craintes chimériques qui ne sont basées sur aucun principe nettement posé ou défini, à jeter des doutes sur les dispositions qui paraissent parfaitement étayées sur les données, actuellement connues, ou admises dans la science, je le dis franchement, il y a dans ce fait un manque de logique capable de s'opposer à tout progrès.

Je me permets de citer le passage suivant qui est un exemple frappant de ce que j'avance.

On peut même se demander si des données pareilles ne sont pas de nature à distraire l'attention de points plus importants à examiner.

En 1858, le Maréchal Ministre de la Guerre de France écrivit à l'Académie de Paris pour la consulter sur une question importante, sur la question de savoir si le passage des fils du télégraphe électrique, dans le voisinage d'un magasin à poudre peut devenir une cause de danger.

La Commission permanente des paratonnerres (*) composée, à cette époque, de MM. Becquerel, Regnault, Despretz, de Senarmont, le maréchal Vaillant et Pouillet, rapporteur, présenta un rapport dans lequel elle proposa :

« l"" De substituer des fils souterrains aux fils aériens dans toute la >» portion de la ligne qui serait à moins de 100 mètres d'un magasin à » poudre;

» S"" De rejeter le tracé des conduits souterrains en dehors de la zone

{*) Comptes rendus de P Académie des sciences de Paris, t. XL VII, p. 287. — Août 1858.

» où il serait dangereux d*admettre les ouvriers qui auraient à les con- » slruire, à les visiter, ou à les réparer;

» S*" D'établir un ou plusieurs paratonnerres sur des mâts^ de 15 à » 20 mètres de hauteur, à proximité de ces conduits souterrains, afin • d'en protéger toute la longueur contre les atteintes directes de la » foudre. »

MM. Leverrier et Piobert présentèrent quelques observations, qui ne furent pas publiées, malheureusement, mais le rapport fut adopté par l'Académie.

Je pense que tout le monde scientifique et militaire admettra que les précautions étaient bonnes à prendre. Cest pour ce motif que je les reproduis ici; personne ne fera la moindre objection, quoique Ton eût pu prendre bien d'autres moyens, par exemple : armer de paratonnerres tous les poteaux sur lesquels les fils télégraphiques reposent; augmenter le nombre des poteaux; placer un fil supplémentaire reliant tous les paratonnerres des poteaux (voir note 39), etc.

Mais, était-il nécessaire de s'appuyer sur les considérations suivantes? « Elle (la Commission) tient pour certain que les courants électriques développés dans les fils du télégraphe pour le service habituel des dépêches ne peuvent jamais produire d'accident; car, en supposant même que ces fils fussent brisés pendant la transmission, soit par le vent, soit par toute autre cause, les petites étincelles qui éclateraient alors aux points de rupture seraient insuffisantes pour enflammer le pulvérin flottant, déposé sur les fils eux-mêmes ou sur les supports.

» Mais il en est tout autrement de l'électricité atmosphérique; son action devient souvent formidable et serait une cause imminente de ilanger pour les magasins à poudre.

« S'il arrivait, par exemple, que la foudre vînt à frapper directement les fils du télégraphe, il est probable qu'au point frappé, ils seraient fondus sur une certaine longueur, enflammés, dispersés, et que les globules incandescents, lancés au loin par le fait même de l'explosion, pourraient être transportés plus loin encore par la force du vent; de plus, les extrémités libres du fil, mises en pleine combustion et poussées par les mêmes causes, ne manqueraient pas de décrire de grandes courbes autour des points d'attache et de porter des flammes à de i!:randes distances.

» Cette probabilité, ne fût-elle qu'une possibilité, il n'en serait pas

» moins indispensable de mettre les magasins à poudre à l'abri d*un tel • danger. »

J^avoiie humblement ne pas bien comprendre tout cela, ni en probabilité, ni en possibilité; d'abord du pulvérin flottant, déposé et adhérent sur les fils, sans doute, après une longue sécheresse, avec un coup de foudre avant la pluie, etc., etc.

Je ne vois pas comment les globules incandescents lancés au loin (sans doute du côté du magasin à poudre) seraient transportés plus loin encore, par le vent, qui ne les aurait ni éteints ni refroidis, en les laissant capables d'enflammer la poudre ou le pulvérin, sinon à Tintérieur des magasins, au moins aux alentours; je ne comprends pas davantage comment et pourquoi des fils tendus brisés décriraient de grandes courbes autour de leur point d'attache, quand il y a des points d'attache, ce qui n'est pas toujours le cas.

En tenant compte de toutes les observations publiées depuis que les télégraphes électriques fonctionnent, l'ignilion du fer et les flammes, qu'elle produirait, me paraissent impossibles. Je laisse à de plus habiles électriciens, physiciens, ou chimistes, le soin d'expliquer ces flammes.

Il m'a paru nécessaire de citer ces passages, ne fût-ce que pour engager les physiciens qui s'occuperont encore pendant longtemps de la question des paratonnerres de se mettre en garde contre les exagérations qui peuvent faire perdre de vue des points plus essentiels et, ceci posé, j'en reviens aux paratonnerres dés magasins à poudre.

99. — Extrait de la troisième séance de la première section du Congrès des électriciens. — Opinions de M. le professeur Helniholtz et de Sir William Thomson sur les idées émises dans la séance par H. Nelsens. — Magasins à poudre de Sir W. Snow Barris et de Sir William Thomson.

Dans une question aussi grave que celle des paratonnerres des magasins à poudre, il me parait nécessaire que les opinions émises par des savants et des sociétés savantes, ne resient pas dans les cartons des Académies, des Ministères et des Administrations; la science d'une part, la sécurité des voisins des magasins, d'autre part, exigent que l'on connaisse les objections et les considérations scientifiques, destinées à rendre la protection plus efiicace, ou plus certaine.

J'ai le devoir, vis-à-vis des appels constants que j'ai faits à la critique scientifique, de citer et d'examiner les opinions émises dans deux rapports

émanant de F Académie des sciences de Paris, en 1875 et en 1881; mais avant cet examen, je pense qu'il est utile de citer, en quelques mots, ce qui s*est passé dans la troisième séance de la première section du Congrès international des électriciens à Paris en 1881 (*).

Dans cette séance, M. Edmond Becquerel est revenu sur Tune des idées émises dans le rapport de 1875, idée que je combats, en m*appuyant sur les expériences de Faraday; mon opinion est du reste partagée par tous les savants que j*ai eu Toccasion de consulter à ce sujet.

On me permettra de citer, dès Tabord, les quelques mots tirés des Comptes rendus de la séance du Congrès :

« Quant à la question des fils multiples^ M. Belmholtz est d'avis que

• l'opinion de M. Melsens a de véritables fondements théoriques... etc. " M. Belmholtz croit donc justes les idées de M. Melsens.

» Pour ce qui est de la protection des magasins à poudre, sir William

• Thomson donne toute son approbation à la solution de M. Melsens ; il

• propose même d'aller plus loin et de construire des magasins entière^ » ment en fer. »

C'est Textension de l'idée de son illustre compatriote sir William Snow Harris qui disait : Un homme dans une armure est parfaitement à l'abri de la foudre (Thus a man iti armour would be perfectly secure in any lightning storm). J'ai discuté cette opinion dans mon étude des paratonnerres des magasins à poudre, dans les deux pages (151 et 152) de mon livre.

Sir William Thomson a été plus loin ; dans la quatrième séance plénière (voir Comptes rendus^ page 57), il rappelle « que l'on a discuté à la » première section la question de la préservation des magasins à poudre. » Il pense qu'on écarte le danger, en mettant la poudre dans des vases » métalliques (2). La vraie protection est d'entourer complètement de fer » le bâtiment. L'addition d'un paratonnerre a même un effet dangereux » plutôt que préservateur :

« Soit un bâtiment en fer placé sur un rocher au bord de la mer. Si,

• à grand'peine et à grands sacrifices d'argent, on établit une bonne

{*) Voir Comptes rendtis des travaux, pp. 175 à 198

(') On sait que plusieurs puissances conservent, au moins en partie, leur poudre de guerre, soit libre, soit , même, en gargousses, dans des caisses en cuivre massif; parfois, on fait usage de barils cerclés en cuivre; à bord, la conservation se fait presque toujours dans des caisses métalliques ou de cuivre massif. Je ne sache pas qu'il y ail un exemple d'inflammation de poudre, produite par la foudre, dans Tune ou l'autre de ces circonstances.

» communication avec la mer, lorsque la foudre va éclater, le toit du » bâtiment est à un potentiel très élevé, et, au moment de la décharge, • un courant très intense passe à travers la maison et le paratonnerre, et » peut occasionner des dégâts, notamment au point de jonction avec le » conducteur de terre. Si, au contraire, on n*établit pas de communica- » tion avec la terre, le bâtiment est soumis à une induction électro- » statique ; le toit se charge, par exemple, de fluide positif, le bas, de fluide » négatif, mais le potentiel est faible, et après le coup de foudre, les » deux électricités se recombinent sans produire d'effet à Tintérieur de » la maison, où le potentiel reste presque constant. »

Je devais citer ce passage pour faire connaître les opinions de Tillustre professeur de Glasgow, dans un cas particulier ayant trait aux magasins à poudre.

Je ne dois pas cacher I émotion que j*ai éprouvée en entendant deux illustrations comme M. Helmholtz et sir William Thomson m'encourager par leur haute approbation; cela m'a un peu consolé de devoir me mettre en opposition avec les deux commissions ofiicielles qui fonctionnent à Paris pour Tétude de rétablissement des paratonnerres.

99. — Examen de l'avis de H. Fizeau , rapporteur de la Commission des paratonnerres en 187 S. — Opinion de quelques physiciens et officiers d'artillerie sur l'un des points principaux de cet avis.

Je cite dans mon livre, qui a paru en 1877, tous les travaux que j'ai consultés et nécessairement les documents émanés de TAcadémie des sciences; je me suis contenté de citer Vavis que M. Fizeau, rapporteur, a présenté à TAcadémie, en 1878, et j'ai pris soin d'éviter toute observation critique.

On pouvait espérer que, tôt ou tard, la Commission, dans un nouveau travail d'ensemble sur les paratonnerres des poudreries et des poudrières, expliquerait, avec tous les détails que comporte une question aussi importante, comment de la poudre emmagasinée dans une poudrière blindée, aérée par des cheminées, mais enfermée dans des réservoirs métalliques, pourrait être enflammée par une décharge de la foudre sur son paratonnerre.

Je ne m'arrête pas à l'examen de la Commission en ce qui concerne les cheminées de ventilation que le Ministre proposait pour les magasins blindés, c'est-à-dire disposés en vue des atteintes des énormes projectiles,

aujourd'hui en usage; je constate simplement que la Commission (*) dit :

« Si le système des paratonnerres établi dans des conditions telles, que » Védifice entier avec le monticule de terre qui le surmonte, ainsi que Vexn trémité supérieure des cheminées, restent toujours largement compris • dans la zone de protection généralement admise (^), la Commission est » d'avis que Feocistence de ces cheminées ne deviendra pas, en temps » d'orage, une cause spéciale de danger d'explosion pour les poudres, »

La Commission indique ensuite quelques précautions; lorsqu'un magasin à poudre n'aura pas de paratonnerre, il faut se garder de lui donner une cheminée.

Elle prescrit* d'éviter les grilles et treillis métalliques que Ton se propose de placer aux extrémités inférieures et supérieures des cheminées.

Je copie textuellement la fin de Vavis :

« On pourrait craindre, en effet, dans le cas d'un coup de foudre » essuyé par les paratonnerres voisins, que ces parties métalliques dis- » continues ne puissent, par influence, donner lieu à des étincelles d'in- » duction, toujours redoutables dans le voisinage des poudres.

» A ce même point de vue de la possibilité des manifestations électri- » ques à une certaine distance d'un coup de foudre, la Commission croit » devoir, particulièrement, appeler l'attention sur la nature des caisses en » parties métalliques destinées à renfermer les poudres. D'après le projet, » ces caisses, d'une contenance de 50 kilogrammes, doivent être con- > struites en bois et zinc, et rangées dans les magasins, jusqu'au nombre » de plus de mille, suivant deux piles parallèles pouvant atteindre une » étendue de 16 mètres de longueur sur 1"',60 de largeur et 4 mètres » de hauteur.

» Un développement aussi considérable de surfaces métalliques, même » discontinues, présente des conditions trop favorables aux manifesta- » tiens électriques par influence pour qu'il n'y ait pas à concevoir des » craintes sérieuses dans de telles circonstances, même avec un systèm(^ » complet de paratonnerres, supposés dans le meilleur état possible.

» Il coQviendrait donc de n'employer aucune pièce métallique de

(*) La GommissioD était composée de MM.Becquerel, Edmond Becquerel, Jamin, Berthelot, Desaius, RegnauU, Morin , Charles Sainte-Claire Deville» Fizeau , rapporteur.

(*) Nous avons vu ce qa*il faut penser de cette soi-disant zone de protection (22, 23, 24, 25, 26, 42).

» quelque étendue dans la construetion des caisses destinées à Temma- » gasinement des poudres. »

J'ignore si rAeadémie a donné son approbation à cet avis; cette approbation n'est pas constatée dans les Comptes rendus de TAcadémie. Quoi qu'il en soit et, eu égard à ce que les Ministres de la Guerre ont fait depuis, je serais porté à partager Topinion du général Piobert qui, après la lecture du rapport de Pouillet et les observations présentées par le général Morin et Becquerel (t. LXIV des Comptes rendus, pages H 6 et suivantes), disait : « Je ne pense pas qu'un document aussi important » qu'une instruction sur l'établissement des paratonnerres des magasins » à poudre, demandée par un Ministre, puisse être adoptée, séance » tenante, par l'Académie. »....

Avec trop de prudence dans une instruction, il pourrait se faire qu'il n'y en eut pas assez dans certains détails.

Je m'arrête aux dernières considérations de Vavis de 1875; j'ai voulu consulter des amis physiciens; l'un d'eux qui a fait une étude spéciale de l'électricité statique me disait : Je crois qu'il est impossible d'en' flammer de la poudre par des étincelles, lorsque cette poudre est enfermée dans une double caisse en zinc et en bois, que le bois, soit au dedans, ou au dehors, à moins que dans ce dernier cas le bois ne flambe et ne chauffe le zinc; je n'aurais à ce sujet, surtout si le zinc était extérieur, aucune espèce d'inquiétude.

Ces caisses, si mes renseignements sont exacts, comme j'ai tout lieu de le croire, sont à triple enveloppe ; une intérieure, en bois, d'une épaisseur de 15 millimètres, enveloppée par une seconde en zinc de 0"",8 d'épaisseur et, enfin, une caisse extérieure de bois blanc de 22 millimètres et 26 millimètres (bouts) d'épaisseur^ le fond est garni à l'extérieur de deux tasseaux.

De plus, des officiers d'artillerie et plusieurs autres physiciens de mes amis de différeiits pays, dans lesquels on fait usage de caisses métalliques, ne partagent pas les idées de M. Fizeau, ni celles de M.Edmond Becquerel, exposées au Congrès des électriciens. On m'a assuré que, contrairement h l'avis de M. Fizeau, rapporteur de la Commission des paratonnerres, on faisait, en France, usage des caisses ci-dessus pour la conservation des poudres.

L'un d'eux, qui s'est beaucoup occupé de la question des paratonnerres militaires, ajoutait :

Je crois que l'on a bien fait et qu'il n'y a d'ailleurs aucun danger.

99. — Eiamen de quelques poinfs de rinsfi-uctîon ministérielle pour TétaUissement des paratonnerres sur les magasins a poudre en France et Tapplication des principes posés dans Favis de M. Fizean.

Je trouve, du reste, la preuve de ce que j'avance dans Vlnstructioti pratique pour l'établissement des paratonnerres des édifices militaires et principalement des magasins à poudre, instruction approuvée par le Ministre de la Guerre, le 23 mars 1877, et encore en vigueur aujourd'hui; en effet, je lis page 2 :

« Quant à la i" condition (*), elle n'est évidemment réalisable, pour » les magasins à poudre et à munitions, que pour les parties faisant » partie de la construction proprement dite et non pour le contenu » même des magasins, caisses à poudre en bois et zinc et munitions » confectionnées. La présence même de ces dernières masses métal- » liques constituant un danger de plus à raison de l'attraction électrique » qu'elles exercent sur les nuages orageux, la nécessité d'appareils pré- » servateurs établis dans les meilleures conditions possibles de fonction- » nement s'impose plus encore pour les magasins qui renferment des » caisses à poudre et des cartouches que pour ceux qui ne contiennent » que des cartouches en barils »

On voit que ces prescriptions sont contraires à celles du rapport de M. Fizeau.

Je lis, page 3 : « Il y aura lieu toutefois de prendre des précautions » spéciales, qui seront indiquées plus loin, pour les appareils destinés à

> protéger des magasins non voûtés à l'épreuve (du type de 1873 on » autres) qui contiendront des caisses à poudre en bois et en zinc, des » caisses de cartouches ou des caisses de munitions d'artillerie confec-

> tionnées. »

Il est vrai de dire que dans cette même Instruction, page 4, on tient jusqu'à un certain point compte de l'opinion de la Commission. En effet, je lis, page 3. « V : Dans les magasins non voûtés à l'épreuve (tels que » ceux du type de 1873) qui contiendront ou pourront être destinés à » contenir des caisses à poudre ou des munitions confectionnées, la cou- B verture des murs peu épais n'offrirait qu'une faible résistance à la

(') 40 Toutes les masses métalliques de quelque importance entrant dans la constraction d*Qn édifice doivent être mises en communication électrique avec le paratonnerre ou son conducteur.

» production d'étincelles entre le conducteur et les surfaces métalliques » intérieures, dans le cas où, par suite d*une avarie accidentelle ou d'une » communication imparfaite avec le réservoir commun, le fluide élec- » trique aurait une tendance à quitter le conducteur pour se porter sur » les caisses. D'un autre côté, TAcadémie des sciences a signalé en 1875 » le danger des manifestations électriques par influence, qui pourraient » avoir lieu si les électricités contraires, accumulées sur les surfaces » métalliques discontinues des caisses à poudre ou à munitions, venaient » à se recomposer subitement à la suite d'un coup de foudre très rappro- » ché. Dans ces conditions, la prudence exige que, malgré le surcroit de » dépense qui en résultera, on tienne le conducteur à une aussi grande » distance que possible de ces caisses, et par suite, qu'on adopte pour » les magasins dont il s'agit le système des paratonnerres sur mât » recommandé dans l'Instruction de l'Académie de 1823, et prescrit » formellement dans l'Instruction de 1867. »

On voudra bien excuser ces longueurs, ces répétitions et ces citations, car je dois chercher à mettre tous les faits et toutes les circonstances sous les yeux des physiciens qui voudraient étudier la question des paratonnerres des poudreries et des poudrières, avec tous les détails qu'elle comporte et qui seraient appelés à donner un avis motivé sur les paratonnerres en question.

fN>. — Examen et extrait du rapport, inédit encore, fait a rAcadém ie des sciences de Paris par M. Edmond Becquerel, en 1881 .

Par sa dépêche en date du 19 janvier 1880, M. le Ministre de la Guerre priait l'Académie de vouloir bien inviter la Commission des paratonnerres à lui faire connaître son opinion sur les idées émises dans l'ouvrage publié par M. Melsens sous le titre de Paratonnerres a pointes,

Page 1