FONCTIONS EXTRA-NERVEUSES
croyance traditionnelle de tous les peuples , établira la vérité consolante sur les témoignages irréfragables do l’expérimentation et du calcul.
Ces deux fonctions supra-corporelles sont distinguées par ce caractère singulier que l’électricité nerveuse semble en être, à elle seule, l’organe suffisant. Elle s’y montre l’unique agent employé par l’Ame pour l’exercice des rapports actifs et passifs établis entre elle et le monde extérieur. L’une de ces fonctions est de nous faire percevoir l’action sensible des objets sans l’intermédiaire des appareils visibles et palpables que nous nommons les organes des sens, la seconde a pour effet de nous donner puissance d’agir à notre tour sur les objets , et , cela encore, sans invoquer le secours des membres, ces instruments obligés de tous les actes de la vie de relation dans l’Ordre physiologique Corporel.
78. Il s’agit ici de facultés innées à la nature humaine, mais ne se révélant chez « l’Homme Cismondain » (mot de la philosophie moderne) que par l’intervention de l’art, ou quelquefois spontanément, sous l’influence de circonstances anormales ou d’une disposition idiosyncrasique. Grâce cà l’étrangeté et h l’insolite de leurs rares manifestations, elles furent toujours l’objet du scepticisme dédaigneux de certains, et d’autres les contemplèrent djjy^un saisissement de crainte ou d’enthousiasme superstitieux. Néanmoins, les phénomènes par lesquels elles s’accusent ont, à toutes les époques, attiré l’attention sérieuse de quelques libres penseurs de premier ordre; mais à Mesmer et à son école revient l’honneur d’en avoir, les premiers, recherché les lois théoriques et les applications utiles par une série d’é-
tiulcs et d’expériences suivies dont trois générations d’adeptes ont travaillé sans interruption à élargir le champ et à le féconder avec un succès que la renommée proclame maintenant aux quatre coins du Monde civilisé.
Lien des deux Vies Animale et Végétative.
79. Celles des fibres endesthésiques dont le service se fait dans l’épaisseur des tissus, sont, comme toutes les fibres sensitives , une expansion du cerveau ; mais , à l’instar des fibres motrices involontaires, qui appartiennent aussi au système cérébro-spinal, elles sont soumises à une connexion intime avec les fibres ganglionnaires. Cette union hétérogène échappe au scalpel de l’anatomie, mais ne peut tromper l’oeil du microscope : si, par nos instruments les plus délicats, nous ne pouvons opérer le dédoublement de ces fibres mixtes, nous distinguons, à leur double nuance, l’origine également double des différents éléments qui les constituent. La substance blanche provient du système cérébro-spinal , et la substance grise est la substance propre du grand-sympathique. Telle est aujourd’hui l’opinion, générale des Névrologistes.
80. La combinaison des actions dont les « fibres blanches » et les « fibres grises », unies dans le grandsympathique, sont le siège, constitue le lien fonctionnel, jusqu’à ce jour tout mystérieux, établi entre la vie do relation et la vie organique.
C’est, par conséquent, dans l’analyse de ces actions combinées qu’il faut chercher, et c’est aussi là que nous
développements accessoires.
croyons avoir trouve, la solution de 1 un des plus impôt tants problèmes de la haute Physiologie.
§ VI
Développements accessoires.
81. La physiologie des nerfs doit être adoptée comme la base et le critérium de toutes les recherches sur les fonctions de l’électricité nerveuse. — Cette règle a été méconnue par la plupart des Électro-biologistes. C’est ainsi que , sans s’appuyer précisément sur aucune donnée positive , soit physique, soit physiologique , certains auteurs ont imaginé tout un fantastique attirail de « pôles magnétiques » pour expliquer les relations de sympathie constatées de tout temps entre différentes parties du corps, quand la physiologie connue du système nerveux nous donne, sans peine et de la manière la plus satisfaisante, le mot de celte énigme.
C’est ainsi encore qu’un hardi philosophe, dout je ne suis pas le dernier à reconnaître la forte et fine trempe d’esprit, pour rendre compte de l’influence des impressions de l’âme sur le jeu des fonctions végétatives, fait remplir à l’électricité vitale un rôle d’agent intermédiaire qui concorde bien mieux avec la théorie des vases communiquants qu’avec les principes essentiels de la théorie désaxons nerveuses. Voir Electrical Psychology, by D' J. U. I)ods , New-York, 1854.
82. Un autre vice de même ordre, et tout aussi grave, dans l’écrit que je viens de citer, c’est la confusion absolue faite entre les idées d’électricité inorganique et d’électricité nerveuse dans une dissertation dont l’objet principal ne peut être autre que d’établir les différences
spécifiques de. ces deux agents congénères, pour distinguer le second du premier , en fixer les propriétés caractéristiques, et déterminer nettement la loi homogène de ses fonctions de nature tout à fait hors ligue. Ce quiproquo continuel est propre à créer dans l’esprit de certains lecteurs les idées les plus incorrectes suides principes tout élémentaires de Physique et d’Histoire Naturelle, et à détourner ceux qui sont plus éclairés sur ces matières de l’étude d’une doctrine vraie au fond, mais qui se présente sous la recommandation d’erreurs matérielles. L’article du même ouvrage sur la théorie de la circulation du sang, que je résume ciaprès , mettra en évidence une partie des inconvénients qu’une pareille négligence de didactique peut entraîner.
L’auteur me fera peut-être remarquer que les explications peu précises que je signale dans sa théorie sont tirées d’une leçon orale faite à des personnes du monde qu’une analyse serrée et plus savante eut peutêtre effarouchées. A ce compte , le brillant professeur du Sénat Américain, — car c’est devant cet auguste auditoire, auquel s’étaient réunies un grand nombre de personnes distinguées des deux sexes, que le Révérend M. Dods a exposé la « Philosophie de l’EIectro-Biologie » dans un cours de douze séances, — aurait encore à se justifier d’avoir omis de placer à la disposition des hommes spéciaux, dans une note de son livre, les solutions rigoureuses dont il aurait jugé à propos d’épargner les épines didactiques aux auditeurs, et particulièrement aux auditrices, qui se pressaient autour de sa chaire. En tout cas, pour formuler en peu de mots mon entière façon de penser sur celle œuvre d’un savant dont j’admire d’ailleurs les hautes et vastes connaissances et l’indê-
développements accessoires.
pendante originalité d’esprit , j’y vois 1 exposition prématurée de vérités neuves et saillantes que 1 auleui a eu liàte de nous faire connaître quand il les avait luimême à peine entrevues , et qu’il nous présente dans un enchaînement souvent rompu ou factice , faute de s’être donné le temps de rechercher tous les chaînons qui les lient continûment dans leur coordination naturelle.
Je dois convenir cependant que, par leur imperfection même, certaines des explications de cet auleui , entièrement inacceptables au point de vue de la îigueui scientifique , sont un procédé 1res - heureux que , je l’avoue, j’ai l’habitude d’employer pour donner une idée générale et saisissable de certaines opérations physiologiques dont la plupart des lecteurs ou auditeurs , même de la catégorie la plus intelligente, ne sauraient supporter s’entendre décrire le mécanisme avec une précision technique, faute d’une instruction approfondie sur un sujet tout spécial. Ces moyens sont l’analogue de l’expédient employé par quelqu’un de ma connaissance pour satisfaire la curiosité de certaines gens sur le mode d’opération du télégraphe électrique, et consistant à comparer le fil messager à un tournebroche terminé à ses deux bouts par deux coudes servant chacun d’index à un cadran alphabétique , et imitant chacun le mouvement imprimé à l’autre , décrivant le mêm^-angle autour de l’axe commun, et indiquant actuellement la même lettre sur les deux alphabets opposés. Cette explication , toute grossière qu’elle est, a néanmoins l’avantage de fournir une idée sensible du phénomène à ceux qui ne peuvent prêter l’oreille aux développements de la théorie du Magnéto- Galvanisme.
NERVEUSE
83. Théorie électrienne de la circulation du sang. — M. le docteur Dods était le seul, à ma connaissance, qui eût entrepris de construire une théorie nouvelle sur l’immuable base posée par la découverte de Harvey, quand, lors de mon séjour à Alger, je reçus, d’un honorable médecin de celte ville, communication d’une thèse inaugurale dont il est l’auteur, soutenue il y a quinze ans devant je ne me souviens plus quelle université d’Allemagne, et dont l’idée mère est entièrement celle développée beaucoup plus tard par le physiologiste américain. A M. le docteur Wolters appartient donc la priorité de l’hypothèse que je vais faire connaître; smon cuique. Je prendrai pour guide l’exposé de M. Dods.
84. La Circulation du sang est-elle un fait d’hydrodynamique? Ici on rejette cette opinion générale, qui a été combattue d’ailleurs à d’autres points de vue par différents auteurs. Ce n’est point par une action alternative de l’attraction du vide et de la compression que le cœur fait mouvoir le sang, à la manière d’une pompe aspirante et foulante qui agirait sur ce liquide. Ce viscère est le grand Régulateur de la circulation du sang, et c’est l’électricité qui en est l’unique Moteur.
85. Chaque inspiration électrise le poumon de l’électricité de l’atmosphère, et l’état électrique de cet organe se communique au sang dont la mince paroi de ses cellules est injectée. Mais voilà deux corps électrisés de même nom : ils tendent donc à se repousser ; or, comme ils sont de consistance bien différente, il est dans l’ordre que le solide repousse le liquide. Le sang oxygéné et électrisé par l’inspiration est électriquement repoussé dans le ventricule gauche du cœur, et de là,
ÜÉVELOI’PEMEIV fS ACCESSOIHES.
par l’impulsion de chaque inspiration nouvelle , refoulé de proche en proche jusqu’aux derniers ramuscules de l’arbre artériel. Mais, dans cette course, le frottement du sang coutre les parois de ses vaisseaux l’a graduellement dépouillé de son électricité positive en même temps que de son oxygène. Il passe ainsi dans les capillaires du système veineux, désoxygéné, désélectrisé (ne pas prendre à la lettre celle expression libre). Ainsi, voilà le sang des Veines dans un état électrique contraire à celui du sang des Artères, contraire à celui du Poumon. Il doit donc être attiré vers ce viscère par la même force qui en expulse le sang artérialisé. C’est ainsi qu’il arrive, à travers le ventricule droit du cœur, jusqu’au poumon pour y prendre une nouvelle charge d’oxygène et d’électricité, et commencer un nouveau parcours dans les voies de la circulation artérielle. Et de là la révolution continuelle du sang autour d’uu même cercle, sous l’impulsion, à tout instant renouvelée, de l’électrisation des poumons par l’atmosphère.
86. M. Dods pense que la fonction des trajets ganglionnaires qui longent toutes les divisions du système artériel, et qui manquent du côté du système veineux, est de recueillir l’électricité charriée par le sang du premier, pour être soumise à l’élaboration vitale, et être livrée ensuite au cerveau pour servir à l’exercice de la vie de relation. Jtyje saurais nier que l’électricité nerveuse ne reçoive* oes éléments par cette voie, mais si l’on suppose que l’électricité inorganique prise en nature constitue nécessairement sa base, il est à présumer dès lors que l’électricité nerveuse a sa source de formation, non pas seulement dans l’électrisation consécutive des poumons, du sang et des nerfs artério-adjacenls , mais
50 l'IIYSIOLOCIE ÉLÉMENTAIRE DE l’ÉLECTRICITÉ NERVEUSE.
encore dans chacune des operations chimiques, mécaniques et autres s’accomplissant dans l’économie, car tout mouvement donne lieu, comme on sait, à un dégagement d’électricité.
87. Dans l’hypothèse dont je viens de donner un aperçu, c’est évidemment de l’Électricité Inorganique qu’il" s’agit, et nullement de l’Électricité Vitale ; dans telle autre partie du traité de la « Psychologie électrique» , c’est l’Électricité Nerveuse qui sera seule en cause, et, pourtant, dans un cas comme dans l’autre, ou emploie le mot « électricité » tout court, sans accuser, entre ses différentes acceptions spéciales, la distinction si profonde qui les sépare. Comme pour mettre le comble à la perplexité de son lecteur, l’auteur fait choix de quatre mots qui, dans le langage ordinaire de la science, représentent trois ordres d’idées entièrement distincts. Il efface ensuite la limite qui détermiue le sens propre de chacun d’eux , et déclare qu’il va les employer concurremment pour désigner une seule et même chose ; et celle chose, il omet précisément de la définir. Ainsi, ce n’était pas assez pour la confusion d’appliquer le même terme, sans aucune épithète distinctive, à la représentation de deux séries de faits sur la comparaison desquelles roule justement tout le discours; à celte simplification déplorable on a ajouté les inextricables complications d’une quadruple synonymie reposant sur une signification indéterminée ! Je cite .
« I desire it to bc dislinctly understood lhat when I „ gpeak of the electricUy , galvanism , and magnetism of „ the human System, or of the ncrvous-Jluid , I mean one s, and the sanie thing. » Eleclrical Psycology, p. CO:
AI. Dods me pardonnera celle critique un peu vive par la considération du motif qui l’a dictée , l’amour de la vérité scientifique dont, autant que nous, l’éminent théologien physiologiste tient à cœur les grands intérêts.
88. Néologisme. — Le mot primal , employé dans le présent chapitre, est une addition au dictionnaire à la quelle j’ai dû me résoudre. Je le propose, sauf meilleur choix, pour servir de corrélatif inverse à l’adjectif primaire. Ces deux épithètes s’appliquent aux premiers fermes d’une division progressive, mais « primaire » désignera spécialement les premiers termes de division que l’on rencontre en procédant de l’Analyse à la Synthèse, et « prima/ » sera exclusivement affecté aux premiers qui se présentent en procédant de la Synthèse à l’Analyse. Les trois ou quatre grosses branches qui forment le premier partage du tronc d’un chêne sont les branches primates de cet arbre ; ses branches primaires sont les innombrables ramuseules extrêmes terminés par les feuilles et les fruits.
Conditions mathématiques de l’économie de l’Électricité Nerveuse^*- parallélisme de la division des Nerfs et de la division des Fonctions Vitales ; — les caractères Jonctionnels de chaque espèce de Fibres, fixes et immua-
SECTION DEUXIÈME