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Ici, le mot radical a été tiré du nom arbitraire

de l’un des deux termes corrélatifs, du nom de la vue, dans la langue grecque ctyiç; mais il est évident qu’on aurait pu tout aussi bien l’emprunter au nom de l’agent, et il eût été tout aussi logique de traduire Lumière par Agent photique, et Vue. par Faculté photique.

Ou bien encore, pour user des dernières ressources de la langue que l’on parle avant de puiser dans un vocabulaire étranger, nous pourrions, suivant que nous partirions du nom de la faculté ou de celui de l’agent, nous pourrions, dis-je, appeler la Vue « la faculté sensitive de la Vue » , ou la « faculté sensitive de la Lumière » ; et, réciproquement, nous pourrions appeler la Lumière « l’agent sensible de la Lumière » ou « l’agent sensible de la Vue ». C’est ainsi que, par une exception heureuse à une règle générale d’incohérence, la faculté de l 'odorat tire son nom du nom de son spécifique.

254. Celles de nos langues que l’on admire comme les plus riches et les plus savantes ne sont encore que des instruments de sauvage au service de l’esprit humain. Leur mécanisme grossier a pu suffire à l’empirisme, mais il ne peut répondre plus longtemps aux besoins tous les jours plus exigeants de la science. En vain on cherche à l’amender pour le rendre moins impropre à son service : les additions que l’on y fait chaque jour étant sans harmonie avec l’ensemble, on tend à créer une machine monstrueuse dont les rouages disparates arriveront bientôt à s’entre-choquer et à se paralyser mutuellement. Les Métaphysiciens doivent renoncer à perfectionner les langues actuelles, il faut songer à les remplacer en entier, comme l’arbalète a été remplacée par la carabine, comme les rames des anciennes galères, par les roues du vaisseau à vapeur.

255. Par celle dissertation philologique, je n’entends nullement plaider le droit pour mon propre compte de rectifier les expressions consacrées par l’usage; j’ai eu simplement en vue la recherche des moyens rationnels d’exprimer des idées qui n’ont pas été exprimées jusqu’ici. En attendant l’avénement d’une réforme qui se fera tôt ou tard, nous subirons donc la loi commune, et nous continuerons à appeler la Vue et la Lumière, l’Ouïe et le Son, le Goût et la Saveur, par ces noms disparates qui, dans une nomenclature logique , ne représenteraient rien de moins que des idées incommensurables. Mais il se trouve que les cinq sens ne sont pas, comme on le croit généralement encore, les divisions élémentaires de la sensitivité, mais bien les cinq groupes naturels entre lesquels se partage le nombre beaucoup plus grand des facultés sensitives primaires, et ces facultés simples, dont l’existence a été à peine soupçonnée dans ces dernières anriées par quelques physiologistes , n’ont jamais, que je sache, figuré dans les nomenclatures de la Psychologie, et, encore moins, dans le langage commun. Bref, elles sont encore innommées, et, comme elles vont faire ici l’objet d’une dissertation étendue, pour que notre raisonnement ne s’embarrasse point à tout moment dans la répétition continuelle de circoirlocu lions fastidieuses, on admettra la nécessité où nous sommes de donner un nom à ces idées. Maintenant, ce nom, où le prendronsnous?

25G. Grâce à l’enseignement fourni par les considérations qui viennent d’avoir lieu , cette question ne saurait nous embarrasser. Et d’abord, les facultés a nommer, comment les connaissons-nous? Leur existence nous est attestée par l’existence de leurs spécifiques,

car, les propriétés sensibles ne pouvant être que l’écho fidèle des facultés sensitives, à toute propriété sensible correspond nécessairement une faculté sensitive (153).

Ainsi, les propriétés sensibles que nous nommons Couleur Rouge , Couleur Bleue , Couleur Jaune , sont la manifestation et les spécifiques respectifs de trois facultés sensitives distinctes. Or ces spécifiques ont un nom, et de ce nom nous pouvons tirer l’étoffe pour confectionner celui des facultés corrélatives. C’est ainsi que d’ « odeur » , nom de spécifique , a été fait « odorat » , nom du sens correspondant.

Mais une telle forme ne peut guère être prise pouxtype des dénominations nouvelles. Si rationnel qu’il soit, tout néologisme tiré du fond même de la langue que l’on parle est voué à la dérision d’un purisme pédantesque dont nous subissons tous la loi. Que, sur le modèle d 'Odorat, que nul pourtant ne songe à trouver ridicule, je m’avise de prononcer, pour désigner méthodiquement les sous-sens visuels , les termes à physionomie gauloise de Rougeat , de Bleuat , de Jaunat, et ceux de mes lecteurs qui ont le plus de sérieux auront de la peine à le garder en entendant un tel langage, sans faire réflexion que leur oreille n’est cependant nullement choquée par les mots familiers de rougeâtre, bleuâtre , jaunâtre. En revanche, les sons grecs, en raison sans doute de leur mystérieuse obscurité , ont le privilège d’imposer merveilleusement à nos oreilles, nonobstant leur travestissement barbare. Il faut donc continuer à remplir les lacunes de nos vocabulaires en transcrivant le Lexique en caractères latins.

257. Nous avons assemblé les idées corrélatives de Vue et de Lumière sous la qualification commune d’ «Op-

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