FIN DE LA TABLE
PREFACE
, . . . prolem sine maire creatam.
Ovide,
La publication de ce livre ayant été amenée par des circonstances exceptionnelles, je suis obligé, pour en laire connaître l’objet, d’entrer dans quelques détails personnels que je rendrai le plus brefs possible.
Au commencement de l’année 1853, dans un voyage que j’étais venu faire sur le continent de l’Europe pour revoir d’anciens amis, en passant à Bruxelles, j’eus l’avantage d’y être mis en rapport avec un homme excellent que les revirements de la politique avaient enlevé à une haute position et a son pays, mais sans avoir pu bannir de son cœur l’amour de l’Humanité et un zèle ardent pour toutes les vérités nouvelles qui, en venant l’eclairer, la rendent meilleure et la rapprochent du bonheur. Comme tout Américain en pareil cas, je fus
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naturellement conduit à m’expliquer sur les phénomènes extraordinaires dont l’avenement dans le domaine de la science expérimentale tenait 1 Amérique enlieie en émoi, les uns y voyant un bouleversement des intelligences ou de la Nature, d’autres les saluant comme les signes avantcoureurs d’une ère de lumière et de paix. Je dus faire observer que ces faits nouveaux, confondus de loin par l’imagination en une seule et même merveille ou en une seule et même folie, appartiennent en réalité à plusieurs ordres tout à fait distincts, et qu’il y aurait grave méprise aies juger au point de vue d’une solidarité de principes. Je déclarai en même temps m’être associé par mes travaux à l’une de ces surprenantes découvertes , et me fis fort d’en établir l’existence , non-seulement par une démonstration expérimentale, mais encore par une explication rigoureusement scientifique des résultats allégués. Ces résultats consistaient à s’emparer, par une action ou concourent les forces électriques, de la direction absolue des fonctions animales et végétatives, et à en modifier a volonté tous les produits, soit réguliers, soit morbides; soit pour faire apparaître momentanément tous les désordres de la pathologie, soit pour les éteindre, et rétablir l’économie dans l’équilibre de la santé. Mon interlocuteur fut fortement d’avis qu’une semblable démonstration était trop importante pour qu’il me lut permis d en réserver le bénéfice au cercle étroit de l’in limité; mon devoir, selon lui, était de la soumettre à l’appréciation
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de tous les hommes compétents, et enfin, ajoutait-il, la France avait mille droits à recevoir l’hommage des primeurs intellectuelles de l’Amérique. Cette manière de voir me parut sans objection, et je m’y rendis.
Après une longue série d’expositions faites à Bruxelles, et qui fixèrent constamment l’attention et méritèrent les suffrages des hommes les plus instruits de cette capitale, je me rendis à Paris pour présenter la nouvelle science sur ce grand théâtre. Mais, depuis longtemps, je nourrissais le désir de visiter le nord de l’Afrique, et je crus pouvoir concilier les devoirs de ma mission avec mes projets de touriste en profitant du mois de mai pour faire une courte expédition en Algérie. Je quittai donc Paris en lui disant : A bientôt! A Alger, je me vis entouré d’une société si intelligente et si sympathique, que mon séjour dans ce beau pays se prolongea au delà du terme assigné dans mes prévisions. Cependant, après avoir formé un grand nombre d’adeptes parmi les médecins et les personnes les plus distinguées par leur savoir, j’étais sur le point de rentrer en France quand un incident singulier vint apporter une complète modification dans mes plans. Un de mes élèves, Espagnol d’origine, me communiqua un journal de son pays dans lequel était rapporté le procès d’un habitant de la Galice poursuivi et condamné à la peine capitale poulie fait atroce, — mais non sans précédent, toutefois, — d’avoir dévoré plusieurs personnes toutes vives ! M. Br.
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avait été frappé de L’analogie offerte par l’état de ce mallieureux avec certaines dispositions morales cpic j avais développées dans mes expériences sur des personnes de l’humeur habituelle la plus inoffensive et la plus bienveillante. Un examen attentif de quelques particularités rapportées dans la défense de l’accusé ne laissa aucun doute dans mon esprit sur la véritable nature de son affreux penchant, et sur les causes auxquelles il fallait attribuer la production d’une aberration mentale aussi monstrueuse. L’anthropophage Blanco était et restera à mes yeux, jusqu’à la preuve du contraire, un véritable Ijjcanthrope j comme il se dit être, c’est-à-dire un homme affecté de la monomanie de se croire transformé en loup. Pour moi, c’était donc un aliéné contre qui un juge de la Galice venait de prononcer un arrêt de mort : je résolus d’empêcher, s’il était possible, qu une méprise judiciaire vint consommer un nouveau malheur en répandant le sang d’un fou pour venger celui des victimes de sa déplorable infirmité. J’écrivis au ministre de la justice en Espagne pour lui exposer mon opinion à ce sujet, en lui offrant de me rendre à mes frais jusqu’en Galice, ou partout ailleurs, pour démontrer, devant telle commission qu’il lui plairait nommer a cet effet, que Blanco, en prétendant avoir contracte ses habitudes anlhropophagiques sous l’influence de ce qu’il appelait un maléfice, pouvait être autre chose qu’un imposteur, contrairement à la décision des médecins
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chargés de vérifier l’existence de la monomanie ainsi alléguée pour sa décharge. Et cette démonstration , disaisje dans ma lettre , devait consister à développer, sur des individus qui me seraient présentés par les commissaires , tous les instincts de meurtre et de cannibalisme offerts par le coupable , et à leur communiquer en outre les hallucinations de lycanthropie sous l’empire desquelles celui-ci affirmait avoir été poussé à la perpétration de ses crimes.
Beaucoup d’hommes notables de la ville d’Alger avaient été mis à même , en observant mes expériences , d’apprécier les motifs de ma démarche; ils désirèrent s’y associer en prêtant à mon nom l’appui de leur signature. De ce nombre furent les autorités municipales, plusieurs médecins, et le consul espagnol lui-même, qui se chargea avec empressement de faire parvenir ma proposition à son adresse. — On trouvera, dans l’Introduction, un article extrait d’un journal d’Alger, contenant des détails sur cette affaire.
J’allai attendre en Suisse la réponse du gouvernement espagnol , et bientôt j’eus la vive satisfaction de recevoir une lettre de M. Br. , dans laquelle ce monsieur m’annonçait, sur l’invitation du consul, que mon offre avait été pleinement agréée, et qu’un décret de la Reine, publié par la Gaceta de Madrid , ordonnait qu’il lut sursis à l’exécution de Manuel Blanco , le condamné devant , préalablement à toute décision définitive , être soumis
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à mon examen. Mon correspondant ajoutait qu’une communication officielle ne pouvait tarder à m’être adressée, et que je devais me tenir prêt à me rendre à l’appel que j’avais sollicité.
Après un mois passé sans nouvelles, je pris le parti de me rappeler à la mémoire du ministre espagnol, en lui écrivant, une seconde fois, en date du 25 octobre 1853, par l’intermédiaire de son consul de Genève.
J’avais donné trois cours dans cette ville devant un auditoire d’élite qui me prodigua de nombreuses marques d’estime et de sympathie; je pris congé de mes bons et dignes élèves, mes maîtres à beaucoup d’égards, et je me rendis à Marseille pour prendre le bateau d’Espagne au premier signal. Dans l’intervalle, ayant fait la connaissance d’un médecin de haute réputation, honoré des distinctions de son gouvernement et de la confiance d’une nombreuse clientèle, je crus devoir faire profiter ma doctrine d’une conquête avantageuse, et en conséquence j’ouvris un cours qui fut suivi avec l’intérêt le plus marqué et l’approbation la moins équivoque par le docteur C. et quelques autres notabilités scientifiques.
Toujours dans l’attente de mes instructions, je me tenais prêt pour le départ, lorsque des circonstances de force majeure vinrent m’obliger à suspendre tous mes travaux, et à m’exiler momentanément de la science.
Le ministère espagnol a persisté depuis dans son si-
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lence : mon cœur se refuse à y voir le message funèbre d’un événement déplorable : j’aurai la consolation, dans tous les cas , de n’avoir rien négligé pour le prévenir ; et je conserve l’espoir d’avoir réussi à épargner un crime à la justice, et à sauver la vie d’un infortuné qui méritait d’être conduit à l’hôpital, et non pas à l’échafaud.
A la veille de quitter l’Europe, il me restait encore un devoir à remplir. La plupart de mes élèves, et ceux de Genève en particulier, m’avaient instamment sollicité de leur laisser un livre où serait exposée in extenso , et où chacun pourrait méditer à loisir, la doctrine dont mes leçons orales constituaient un enseignement nécessairement imparfait et plus ou moins fugitif par sa nature même : verba volant , scripta manent. Je m’engageai à faire ce livre , si mes forces me le permettaient : j’ai la satisfaction de pouvoir m’acquitter aujourd’hui de ma promesse.
Ceux qui ont suivi mes expositions trouveront que j’ai dépassé considérablement les limites du programme primitif; j’espère qu’ils n’en seront point fâchés. Pour arriver jusqu’au principe supérieur de la science spéciale qui faisait l’objet de mon enseignement, j’ai dû prendre une route que nul encore n’avait suivie, j’ai dù m’avancer à travers les écueils d’une mer inconnue; et, enfin, quand le navigateur a vu la terre, au lieu d’une île qu’il cherchait, c’est tout un nouveau monde qu’il a salué, tout
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un monde nouveau de science pratique et de philosophie positive, et son devoir maintenant est d’en proclamer la découverte. Et, à ceux qui refuseraient de croire, il dit : Venez et voyez, lisez et jugez.
INTRODUCTION