CHAPITRE PREMIER
Ie
Mouvement, Attraction, Electricité.
1. L’existence de l’Homme, c’est la mise en relation permanente des facultés essentielles qui sont en lui avec les puissances phénoménales qui l’environnent. Mais ces rapports ont leur loi, et il a été laissé à notre intelligence de la trouver et à notre volonté de la suivre pour qu’ils puissent s’exercer dans les conditions normales, c’est-à-dire dans celles qui favorisent le plus notre bonheur. Ainsi, pour exister dans la plénitude et l’harmonie de son Etre, en un mot pour être heureux, il faut avant tout que I’Homme se connaisse lui-même et qu’il connaisse la Nature.
2. Or ces deux objets généraux de la Science comprennent une infinité de phénomènes. Si, pour arriver à la connaissance d’un tel ensemble, une élude spéciale
était réclamée par chacune de scs parties, comme le nombre en est sans limite, la lâche n’en aurait point non plus; l’œuvre par conséquent serait inexécutable, et l’Homme jeté pour jamais , sans guide et sans lumière , dans le dédale de l’erreur.
Cependant, voici ce qui a lieu. Les phénomènes, sans doute, sont diversifiés à l’infini par les Caractères spéciaux; mais, en même temps, il est des Caractères généraux de différents degrés qui les unissent synthétiquement en une série de groupes progressifs et concentriques où la diversité vient graduellement s’absorber dans une unité de plus en plus vaste. Secondement, il est à observer que l’importance des caractères, c est-a-dire l’utilité qu’il y a pour nous d’en acquérir la connaissance, est en raison directe du degré de leur généralité et en raison inverse de leur particularité.
Ainsi, plus ils sont généraux, autrement dit, plus ils embrassent d’objets, plus il nous importe de les connaître; mais aussi plus il nous est facile de les étudier, puisque, se rencontrant chez tous les objets du même groupe, l’examen de ces caractères opéré sur un seul d’entre ces objets s’applique nécessairement à tous les autres, quelque nombreux qu’ils puissent être. Si donc il existait un Caractère Universel, il serait le nœud unitaire auquel viendraient se relier, en une synthèse suprême, toutes les divisions de la Nature, et, chacune de ses lois allant aboutir à ce principe central, il suffirait d’en connaître une seule pour avoir le chemin de toutes les autres. C’est ainsi que, toutes les sources qui jaillissent dans les cinq parties du Monde étant unies au réservoir commun de l’Océan par le lien progressif des ruisseaux, des rivières et des fleuves, chacune et
la plus infime d’entre elles peut conduire à la découverte de toutes les autres par une continuité d’eau non interrompue.
3. La production de toute manifestation dans la Nature, dans quelque ordre de faits que l’on observe, est accompagnée toujours et nécessairement par le Mouvement de la Matière. Et la cause première d’où dérive tout mouvement s’offre partout revêtue de la même forme, I’Attraction. Et l’attraction est exprimée partout par un même fait essentiel; partout, depuis les derniers confins de l’infiniment grand, où, sous le nom de gravitation, elle porte et distribue les astres dans l’espace , jusqu’à la division extrême de l’infiniment petit, où, sous le nom d’affinité chimique, elle règle avec une précision égale la distribution des immensurables atomes.
4. L’Attraction est ainsi le caractère commun de tous les phénomènes et la manifestation primitive , radicale et universelle de l’activité de la Nature. La science de l’attraction est donc la clef de la science, elle en est l’a et l’a).
Mais qui dit attraction ne dit que l’expression abstraite de l’action exercée par le principe attracteur sur le principe qui est attrait. Quel est donc le Principe de l’attraction, c’est-à-dire quel est le principe attracteur; et quel est Y Organe de l’attraction, c’est-à-dire par l’intermédiaire de quels instruments s’exerce-t-elle ? 11 convient de restreindre d’abord la question au second de ces deux points, car la solution de celui-ci nous rapprochera de la solution du premier, qui est aussi le plus important. Pour arriver à dévoiler Je principe mystérieux de l’attraction, commençons donc par concentrer notre alten-
4 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ ÉLECTRICITÉ.
tion sur l’organe de cette force, que nous confondrons pour le moment avec le principe attracteur lui-même, sous le nom de Force Atlractionnelle , afin de rendre notre étude moins embrouillée , et sauf à opérer plus tard la séparation de ces deux éléments de la question
dans une dernière analyse.
5. La Force Atlractionnelle, puisqu’elle se manifeste partout, nous pouvons l’observer partout. Nous prenons donc un morceau de verre ou de résine, nous le frottons sur la mancbe de notre habit et nous le présentons à un brin de paille : tout à coup ce fétu s anime et vient, de lui-même, se coller à la surface frottée.
La force qui suspend la Terre au Soleil au bout d’un rayon vecteur de cent cinquante-sept millions de kilomètres, et qui, non moins merveilleusement habile que colossale dans sa puissance, d’un gland qui se cacherait dans le creux de la main, fait sortir un géant végétal dont la tête vient se mesurer à celle de nos clochers, celte force, le grand ressort de la Nature, l’expérience vulgaire que nous venons de rapporter la livre tout entière entre nos mains et fait entrer tous ses éléments dans
le creuset de notre raison.
G. Quelqu’un pourra bien se récrier et dire : Prétendez-vous donc que l’électricité est l’universel et unique organe de l’attraction? Mais nous savons que l’électricité est un fluide, et rien ne nous prouve que la planète gravitant sur son soleil , et la pomme se détachant de 1 arbre et tombant à terre, au lieu d’obéir simplement a une force inhérente à tous les corps, cèdent plutôt à l’impulsion d’un agent particulier distinct des corps euxmêmes qu’il agite.
Je crois comme tout le monde, cl plus encore que
beaucoup de monde, que la force primitive qui détermine le phénomène de l’attraction , et dont tous les Physiciens confessent ignorer complètement l’essence et ne savoir même qu’en conjecturer, réside intrinsèquement dans toute substance comme un des attributs constitutifs de toute Molécule Simple. Mais rien n’autorise à inférer de là que cette force soit sans un organe spécial, sans un organe existant séparément et constituant une portion distincte de la matière, et remplissant un lieu déterminé dans l’espace.
En effet, d’après l’idée que les hommes conçoivent des propriétés fondamentales de la Matière, et à laquelle ce mot emprunte tout entière la signification que nous lui attachons, et en dehors de laquelle ce n’est plus qu’un son dépourvu de sens, il est évidemment absurde de supposer qu un corps puisse agir à distance sur un autre corps sans l’intervention d’un troisième corps intermédiaire, pour transmettre au second les actions du premier. L’attraction exercée à distance est donc une action transmise par l’office d’un véhicule. Toute la question se réduit maintenant à savoir quel est ce véhicule. L’alternative suivante est forcée : ou le véhicule attraetionnel est une substance qui s’extrait de l’objet attracteur luimême pour être lancée à travers l’espace vers l’objet attrait, ou c’est une substance répandue continûment entre les corps qu’elle unit, et qui, inerte par ellemême, transmet, par une succession de vibrations l’action attractive, immédiatement reçue du corps qui 1 envoie a celui auquel elle s’adresse.
7. Dans 1 hypothèse de « l’émission » comme dans celle des « ondulations », on ne peut concevoir l’agent vecteur que comme un élément matériel d’une subtilité
G PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ÊLECTRICITÉ.
extrême relativement a toutes les substances connues, c’est-à-dire comme un Fluide impondérable.
8. Ainsi, l’attraction a son Moteur originel dans les molécules simples des corps, auxquelles il n’est point tfc/hérent, mais ««lièrent, et dont il est absolument inséparable , car il entre là dans la formation d’un principe qui ne saurait être décomposé. (En ceci, j’énonce une proposition qui n’est pas encore démontrée, mais qui sera reprise ailleurs.) Elle a son Organe en dehors des molécules des corps entre lesquels elle s exerce, eL cet organe est un fluide impondérable ; nous lui appliquerons la dénomination générique d’ÉLECTRiciTÊ.
9. En adoptant ce terme, nous nous fondons sur l’axiome reconnu de la Proportionnalité des causes à leurs effets. On peut cependant objecter : pourquoi prendre le mot électricité, déjà consacré à la désignation d’une certaine catégorie particulière de phénomènes attractionnels , pour en faire la dénomination commune de toutes les divisions de cette série ? N’est-ce pas ôter a ce mot son sens précis pour le rendre équivoque et en faire une cause de confusion? Je réponds .
En Botanique comme en Zoologie, 011 attribue souvent à un genre le nom de la première espèce découverte qui vient lui servir de type et l’introduire dans le cadre de la classification. Toutes les espèces qui viennent successivement prendre rang dans le genre ainsi commencé reçoivent le même nom générique.
Cette méthode d’affecter au genre le nom de celle de ses espèces la plus familière ou la première en date de découverte offre un grand avantage pratique en ce qu’elle élucide singulièrement la définition pour le vu -
gaire, et c’est encore la plus rationnelle au point de vue de la métaphysique de la nomenclature pour toutes les branches de la science d’observation ; car ici le nombre intégral et la nature des termes qui appartiennent à chaque division ne peuvent être déterminés d’avance par voie de calcul. Etant par conséquent impossible de s’assurer du caractère commun-différentiel qui distingue naturellement le groupe entier dont ce que nous en connaissons actuellement n’est peut-être qu’une fraction, pour dénommer ce groupe, on comprend qu’il est téméraire de le désigner par le nom du caractère qui est son caractère distinctif dans les limites, peut-être beaucoup trop étroites, de nos connaissances présentes.
Ainsi, que l’on définisse génériquement le Couagga ou l’Onagga en disant que c’est un animal du genre des Solipèdes , cette définition n’en sera pas une pour celui qui ne possède point la description entière de ce groupe, et qui, partant, ne peut être conduit, par aucune corrélation nécessaire et évidente , de l’idée du caractère de solipédisme à la conception d’un ensemble complet de caractères concomitants constituant une forme entière d’animal. Que si, au contraire , j’apprends au même que le Couagga est un animal du genre Cheval , son imagination conçoit à l’instant une idée générale du Couagga par l’induction qu’il en tire de celle de Cheval, qui pour lui est un ternie de comparaison parfaitement arrêté et clairement aperçu.
Là où les Pachydermes seraient inconnus, le caractère distinctif qui frapperait tout d’abord et le plus vivement le classificateur dans le genre si naturel formé des espèces Bœuf , Lama, Brebis, Chèvre, ce serait, sans contredit, celui qui est tiré de la forme du pied. Néan-
moins, sorait-on fondé à désigner ce groupe le genre des Fissipèdes? Sans doute, tant que, parmi les nouvelles espèces qui se présenteraient pour s’y faire recevoir, on n’apercevrait que le Renne, le Dromadaire, la Gazelle, on ne verrait que des motifs de s’applaudir d’une telle dénomination, dont la justesse semblerait recevoir ainsi une confirmation multipliée ; mais un jour le Porc et ses congénères viennent frapper à la poite de notre genre si étroitement homogène , et réclament leur admission de par le droit de leurs pieds fourchus. On s’aperçoit alors que le fissipédisme n’est pas réellement le caractère propre et distinctif du genre primitif, et pour être autorisé à en exclure des espèces aussi intruses que celle des Pachydermes, il faut que la société abdique le titre générique qu’elle s’était donné avec trop de hâte.
La remarque que je viens de faire sur le mérite relatif de deux modes de nomenclature usités en Histoire Naturelle s’applique avec au moins autant de force à la dénomination du genre des Fluides attractionnels , car nous sommes encore bien éloignés d’être à même d’arrêter avec quelque exactitude approximative le périmètre et les divisions intérieures de cette région naguère entièrement inconnue , et dont les navigateurs ont à peine exploré quelques points sur un étrange rivage où tout révèle l’existence d’un nouveau monde à découvrir. Telles sont les considérations théoriques qui m’ont induit à étendre à ce nouveau genre physique la dénomination appliquée à celle de ses espèces sur laquelle nous possédons les données les plus étendues et les plus certaines, et la seule dont on ait pu jusqu’à ce jour soumettre les caractères à l’analyse directe des cinq sens.
En ceci, d’ailleurs, je ne fais que cheminer dans une
voie déjà ouverte ou pratiquée par tous les physiciens de cette époque. L’Arbre de la Science physique était plongé dans les brouillards de la nuit; le jour naissant abaisse par degrés le niveau de ces vapeurs ténébreuses et met à découvert un premier rameau. L’observateur croit y \roir le sommet d’une lige simple et isolée ; il la nomme Électricité. Mais bientôt un nouveau rameau et puis un autre encore émergent au-dessus de la surface vaporeuse : ils sont pris pour les tètes d’autant de plantes libres aux racines distinctes et séparées, et reçoivent les noms respectifs de Magnétisme et Galvanisme. Mais à mesure que le nuage redescend vers le sol d’où il était monté, les tiges s’élongent de plus en plus à notre vue, et nous ne tardons pas à être frappés de l’inclinaison convergente qu’elles suivent comme à un axe commun. On commence dès lors à soupçonner que ce que l’on croyait isolé se trouve réuni , et que ce que l’on supposait trois arbres distincts n’est en réalité qu’un seul verlicille à trois branches; et à ce groupe de sœurs, dont on ne connaît point encore le père, on donne provisoirement pour nom de famille le nom de l’aînée d’entre elles. L’Electricité de Frottement, le Magnétisme et le Galvanisme sont ainsi considérés comme un triple embranchement d’une seule Électricité Générale.
Le Verlicille des Forces Électriques étant ainsi nommé par les Physiciens du nom de l’un de ses rameaux, il nous semble rationnel d’étendre la désignation générique d’ « électricité » aux nouveaux rameaux qui se découvrent attachés, un peu plus haut ou un peu plus bas, au même nœud d’embranchement, au fur et à mesure que cette souche d’unité se dégage des ombres qui la dissimulèrent aux premiers regards de l’observateur.
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ÉLECTRICITÉ.
Analyse théorique de l’Électricité.
10. Je n’ai pas le dessein de m’engager ici dans une discussion approfondie de la théorie métaphysique de l’électricité. Cependant, comme la thèse à développer dans cet écrit, et dont les lignes qui précèdent sont un simple préambule, repose en grande partie sur les principes de cette division de la Physique, je ne puis me dispenser de préciser, avant d’entrer en matière, le sens que j’attache à un terme sur lequel doit rouler continuellement la dissertation qui va suivre.
11. L’électricité étant définie V Organe matériel de l Attraction , son analyse doit être considérée à deux points de vue tout à fait distincts.
Il est aisé de concevoir que la diversité des effets de l’électricité puisse provenir, ou des différences de composition qu’offrirait la substance électrique, ou bien encore des impulsions diverses que la même substance pourrait recevoir de différentes forces électro-mol) ices , sans que, pour cela, sa constitution moléculaire en fut en rien affectée. C’est ainsi que les variétés du Son tiennent, les unes à la diversité des modifications f/itrinseques de l’Air, c’est-à-dire à la variation de sa densité, et les autres à la diversité de ses modifications CiTtiinsèques , c’est-à-dire à la différence des mouvements ondulatoires qui lui sont imprimés par des corps vibrants de nature ou dans des conditions dissemblables. On doit donc redouter, dans le classement des agents électriques, de présenter comme des substances distinctes ce qui est purement des applications différentes d’un agent de na-
ANALYSE THÉORIQUE DE l’ÉLECTIUCITÉ.
ture identique. L’erreur, en pareil cas, est celle qui consisterait à faire entrer le Son clans une énumération de substances où l’Air figurerait déjà comme un terme particulier.
12. Suivant mon appréciation , et nul ne saurait émettre encore sur cette matière qu’un avis très-réservé, toutes les variétés intrinsèques de l’électricité se résument en trois types généraux. Ce sont :
1° L’ Electricité essentielle-universelle qui serait, relativement à toutes les substances définies, la première base matérielle de la formation des corps, la source et le récipient communs de toutes les entités auxquelles l’agrégation des molécules donne naissance et que la désagrégation fait cesser d’être. L’électricité essentielle est ce que les Physiciens appellent l’Ether. Les Hermétisles la désignent, je crois, par les litres emblématiques de Mercure Philosophal, et, dans un style plus mystique, de «Réservoir des eaux supérieures et inférieures». Elle établit un lien continu entre tous les points de l’Espace, entre toutes les molécules de la Matière. Tout est immergé dans son fluide, tout en est imprégné, tout en est formé. Ses ondes s’ébranlent sous le choc de la Force Primitive présente dans tous les corps, et animant chacune de leurs molécules extrêmes. Ses vagues, plus rapides que la pensée, transmettent les actions qui s’échangent continuellement entre tous les points de l’étendue. L’Electricité Essentielle-Universelle peut être regardée comme le véhicule de l’induction magnétique et électrique, et généralement de toute influence à distance s’exerçant sans émission ;
2° L 'Electricité commune, répandue dans tous les corps pondérables, et qui me paraît être la première transfor-
12 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ÉLECTRICITÉ.
mation inférieure ( style hermétique ) de l’éther. En physique , on la désigne par l’appellation restrictive d’Eleclricilé de frottement , étant susceptible d’être, par ce procédé, soustraite à un objet et accumulée sur un autre. Nous l’appellerons encore Electricité inorganique par opposition à la suivante ;
3° L’ Electricité vitale ou organique, agent plastique et ordonnateur dans le travail de la vie végétative, agent de la sensation et du mouvement dans les fonctions de la vie de relation. Considérée dans l’économie des Etres Animés, nous la désignerons par le nom d 'Electricité nerveuse, les nerfs étant ici ses appareils sécréteurs et distributeurs, et les associés inséparables de son action.
13. Les modifications extrinsèques de l’électricité représentent la variété des forces électro-motrices qui la mettent en mouvement. Pour arriver à distinguer ces forces d’après la distinction des différents modes intrinsèques d’électricité sur lesquels elles s’exercent, nous devons les classer en — Forces Ethéréo-molrices, agissant sur l’électricité essentielle ou éther, soit directement, soit par l’intermédiaire de l’électricité commune ; — Forces Electro-motrices proprement dites, imprimant leur action à l’électricité commune; — Forces Eleclro- Bio-molrices, opérant sur l’électricité vitale.
14. Envisagées du point de vue de leurs attributs intimes, et sans avoir égard à la nature intrinsèque de l’électricité sur laquelle elles s’appliquent, ces torces se forment en deux catégories qui sont comme perpendiculaires aux trois premières, et qu’elles scindent en deux divisions transversales. Pour éviter une trop grande complication terminologique, nous considérerons ces
l’électricité, agent du mouvement volontaire. 13
deux divisions comme deux espèces d’électricité , et nous les distinguerons en :
1° Électricité posotétique (710001^, quantité), caractérisée en ce que ses propriétés varient, non en raison de la nature des corps, mais en raison de leurs masses ;
2U Electricité péotétique qualité), se distin-
guant de la précédente en ce que ses propriétés varient, non suivant la quantité, mais d’après la qualité, des molécules des corps entre lesquels elle se manifeste.
15. La gravitation planétaire et la pesanteur sont des effets de l’Electricité posotétique éthérée ; ceux de l’Electricité posotéiique commune constituent tout l’ensemble de phénomènes qu’embrasse l’histoire de l’électricité
de frottement.
L’Electricité péotétique représente le principe de l’attraction élective. Elle est l’expression de la Force éthéréomotrice photogène, thermogène et magnétique; de la Force électro- motrice galvanique, chimique, endosmique et nevrhérétique (cette dernière est le principe de l’activité propre des spécifiques); et enfin de la Force électro-6/o-motrice, que nous nous sommes proposée comme sujet principal de ce petit traité.
§ III
Xi’Électricité , agent du Mouvement Volontaire.
IG. Dans le monde matériel, tout mouvement qui se produit en dehors de l’action mécanique des animaux peut être ramené, de près ou de loin, à une cause commune, l’attraction, c’est-à-dire à l’action de l’électricité (4 et 8).
En effet , c’est l’attraction terrestre qui fait tourner
la meule du moulin par l’intermédiaire de la chute d’eau, et qui, en même temps, dans un contraste bizarre, détermine l’ascension de l’aérostat par l’effet de l’inégale intensité avec laquelle elle s’exerce sur deux gaz différents. C’est l’attraction chimique qui fait rouler les wagons sur le chemin de fer au moyen de l’eau qu’elle vaporise, et qui entrouvre le flanc des rochers à l’aide de quelques poignées de poudre qu’elle enflamme. C’est encore l’attraction qui produit la lumière et qui engendre la chaleur, et tous les phénomènes météorologiques sont couvés dans son sein. Et le mouvement de la plus sublime des machines, le mouvement organique, ne consiste-t-il point en un balancement perpétuel d’attraction et de répulsion moléculaires ?
On admettra donc sans peine que l’électricité est le grand ressort général de toute impulsion dans 1 ordre des forces dites inanimées; mais, pour regarder l’électricité comme le moteur absolument universel, il faudrait pouvoir rattacher à son action les mouvements par lesquels se manifeste la Volonté de l’Homme et de tous les Animaux, et l’on peut, au premier abord, présumer que ces phénomènes, descendus des hauteurs sublimes d’où rayonne le soleil de la pensée, ont leur source en delà d’une limite extrême et infranchissable que la Nature aurait tracée à l’Électricité par cet ordre solennel : Ton empire n’ira pas plus loin !
17. Un tel jugement, toutefois, serait une erreur d’inattention, car le moins observateur d’entre nous doit avoir fait assez bon profit de son expérience personnelle pour se convaincre que le moteur volitif ne peut, en aucun cas, s’appliquer immédiatement sur la matière
l’électricité, agent du mouvement volontaire. 15
pondérable, et qu’un acte de la volonté, renfermé dans sa formule intérieure, serait impuissant à retourner une paille. Ainsi, les déplacements que notre volonté fait subir à un objet, elle les réalise par Faction intermédiaire de l’appareil locomoteur.
Cette considération nous amène forcément à nous poser la question suivante : Où et comment s’opère l’application de la Force motrice de la Volonté pour que celle-ci imprime le jeu à tout ce vaste assemblage de leviers, de charnières, de poulies et de cordages au moyen duquel elle lance et dirige le vaisseau animal au milieu des flots bouillonnants du monde extérieur, à travers mille écueils à éviter et vers mille rivages à atteindre ?
Il couvient de consulter, en premier lieu, les lumières de l’Anatomie.
18. Demandons -lui donc, par exemple, l’analyse raisonnée du phénomène de la flexion volontaire du bras. Elle se bornera à nous montrer deux rayons osseux articulés comme les deux branches d’un fléau, et susceptibles de se rapprocher mutuellement par le raccourcissement d’un muscle, ou corde contractile, qui les attache l’un à l’autre. Mais par quelle secrète voie la volonté peut-elle faire parvenir son action jusqu’à ce muscle, et par quel procédé merveilleux réussit-elle à le contracter? L’Anatomie ne peut nous offrir, pour la solution de ce problème, que les données de la Mécanique, et ce problème est d’un ordre plus éminent : il remonte jusqu’au mystère de la couche nuptiale de la Nature où, sous le voile protecteur de ténèbres jusqu’à ce jour impénétrables aux plus habiles comme aux plus audacieux, s’accomplit l’éternelle union de l’Esprit et de
16 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ ÉLECTRICITÉ.
la Matière, source universelle des phénomènes. Mais il n’est pas de région si élevée que le raisonnement appuyé sur l’observation n’y puisse atteindre. Essayons au moins, si nous ne pouvons toucher le but, d’abréger quelque peu la distance qui nous en sépare.
19. Pour faire mouvoir instantanément, à la fois, et dans les directions les plus diverses, les différentes parties du corps auquel elle commande à titre de général en chef, la Volonté, établie au cerveau où elle se tient en permanence, doit nécessairement avoir à sa disposition des aides de camp d’une vélocité incomparable , c’est-à-dire un agent si prompt et si subtil qu’il passe, avec la vitesse de l’éclair, du cerveau à tous les points de la fibre musculaire.
20. Il nous reste maintenant à découvrir la nature de cet agent.
21. L’Anatomie a ici un renseignement précieux à nous fournir : elle nous signale la présence d’un filet mettant en communication directe le cerveau, dont il est le prolongement, avec chaque bande du système musculaire. La Physiologie vient ajouter, après cela, une indication qui complète celle de l’anatomie, et nous conduit, sans beaucoup de détours, à une solution lumineuse, vaste et féconde.
Ce filament, jeté entre le cerveau et le muscle, ce Nerf j seul intermédiaire visible unissant, par un lien continu, le centre volitif aux extrémités motiles, doit être dans un état d’intégrité parfaite , sinon l’agent destiné à produire la contraction musculaire cesse de paivenir à son adresse. Le nerf, en effet, ne peut être coupé, ou simplement comprimé, sans que les membres auxquels il se rattache, tout à l’heure obéissant à
l’ ÉLECTRICITÉ, AGENT DU MOUVEMENT VOLONTAIRE. 17
la volonté avec une spontanéité et une précision si parfaites, ne se montrent, dès à présent, complètement indociles et sourds à ses ordres les plus pressants. Le nerf, reliant au quartier général toutes les parties de l’armée vitale , serait-il donc l’aide de camp de la Volonté? C’est une supposition inadmissible, car le nerf reste parfaitement immobile dans le sillon des chairs où il est élongé. Mais alors à quoi lient l’importance de son rôle dans le transfert de l’impulsion volitive? Je réponds : A ce qu’il est Yunique route ouverte aux courriers porteurs des ordres de la Volonté.
22. Ainsi, par les canaux du système nerveux, passe, expédié par la volonté, un agent qui a la propriété et l’office de contracter la fibre musculaire. Celte force, conductible et prompte comme la foudre, ne présentet-elle point plusieurs des caractères les plus distinctifs de l’électricité galvanique? En effet, toutes deux sont le produit d’une machine aux lames juxtaposées , et elles se livrent toutes deux à la direction d’un fil conducteur.
Cependant, il y aurait puérilité à se laisser entraîner, par la séduction d’une analogie purement superficielle, à une véritable assimilation de ces deux principes. Mais la Physiologie Comparée , ce prisme merveilleux qui décompose les éléments les plus inextricablement unis de la Physiologie Espécielle, et en révèle ainsi les mystères les plus profonds, intervient ici de la manière la plus heureuse pour éclairer nos doutes et fixer notre jugement.
23. Aucun physicien ne conteste la nature électrique (ce mot pris ici dans son acception classique) de l’action par laquelle la iorpille foudroie, comme une bouteille de Leyde, tout animal qui la touche par certaines par-
ties du coi’ps. Si l’analyse essentielle de ce phénomène singulier et l’analyse essentielle du phénomène de la Motilité Volontaire pouvaient être ramenées «à une même expression générale , il est clair qu’il y aurait obligation de reconnaître que l’électricité est la cause génératrice du second de ces deux phénomènes au même titre que du premier. Comparons donc ces deux analyses.
24. L’action motrice volontaire a son point de départ dans un acte de la volonté , et elle se propage par les nerfs. Tels sont les principaux caractères sensibles de l’action mystérieuse dont la contraction volontaire des muscles est la conséquence.
Or, quel est l’appareil à l’aide duquel la Torpille produit ses redoutables décharges « électriques»? Cet appareil, dont l’analogie avec une batterie galvanique est évidente , n’est autre chose qu’une niasse nerveuse ayant pour appendice une série de gros nerfs qui vont déboucher aux points de la peau siège de l’action commouvante.
25. Voilà donc un cas bien établi où les nerfs remplissent la fonction d’organes sécréteurs et conducteurs de l’électricité.
Maintenant, est-il besoin d’ajouter un trait de plus à ce parallèle pour qu’il soit complet, et pour en rendre la signification décisive et saisissante? Les commotions « électriques » de la Torpille , elle les produit par la voie des nerfs; mais celle coïncidence intime et profonde ne suffit pas pour justifier l’identification des causes : eh bien, ajoutons que ces commotions électriques, la Torpille les produit par un acte de sa volonté.
20. Donc la volonté jouit, dans certains cas, d’une puissance électro -motrice ; donc les nerfs qui admi-
l’électricité, agent du mouvement volontaire. 19
nisfrent les ordres de la volonté peuvent être simplement les conducteurs d’une Electricité émise par le Centre de Volition.
27. Sur quel motif pourrait-on se fonder maintenant pour prétendre que, dans un cas, les nerfs de la volonté sont les conducteurs du fluide électrique, et que, dans tous les autres cas , leur fonction est d’une nature toute difféj'ente , mais d’une nature dont, à la vérité, l’on déclare, en même temps, être dans l’impossibilité de rendre compte? Les effets ordinaires de l’action des nerfs moteurs diffèrent-ils donc essentiellement des effets violents de l’action nerveuse de la Torpille, pour qu’une différence radicale soit supposée exister dans le principe de ces deux actions? N’est-il pas, au contraire, manifeste que toute différence entre ces deux actions porte sur les sièges de leur application et sur l’intensité de leur énergie?
Et, d’ailleurs, de ce que la nature du fluide qui circule dans les nerfs moteurs de l’Homme ne présenterait point des signes physiques d’une concordance absolue avec la nature du fluide conduit par les nerfs commoteurs de la Torpille, la différence des deux agents pourrait-elle être estimée autrement que d’après la différence de leurs effets, c’est-à-dire ces deux agents pourraientils être considérés autrement que comme deux variétés de la même espèce? Si, pour ne pas répondre exactement aux formules de la théorie de l’électricité inorganique, le fluide nerveux devait être exclu de toute parenté électrique, le fluide nerveux spécial qui caractérise la torpille devrait, pour un motif semblable, cesser, contradictoirement à l’accord unanime des Élec-
20 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE l’ ÉLECTRICITÉ.
triciens, cesser, dis-je, de porter la qualification d électrique, car ce dernier fluide se sépare des lois de l’électricité inorganique dans certaines des propriétés les plus fortement accusées de celle-ci : on le sait, en outre que le fluide nerveux commoteur reste invisible dans l’obscurité , il refuse encore de reconnaître la conductivité des métaux.
28. 11 nous appartient donc de nommer électrique le principe actif qui réside dans les nerfs du mouvement volontaire, et cela par une raison identique à celle dont s’autorisent les Physiciens pour appliquer la même qualification à l’agent nerveux, quand il est l’auteur des secousses produites par la Torpille , la Gymnote et certaines autres espèces de poissons.
M. Matteucci est arrivé, par des expériences fort catégoriques, ce semble, à une conclusion semblable quant aux rapports de nature entre le fluide nerveux et
l’électricité proprement dite.
29. L’on pourrait maintenant se proposer de rechercher si les mouvements de l’électricité vitale se pioduisent par les ondulations d’une colonne de fluide occupant toute la longueur du nerf d’une manière continue et permanente, ou s’ils consistent dans la restauration soudaine de l’équilibre entre deux états électriques opposés, ou bien dans la production d’un courant continu par la mise en rapport de deux pôles contraires, de nature fixe. C’est là une étude bien curieuse à poursuivre, mais les propositions que nous avons à déduire des principes déjà posés en sont indépendantes ; nous ne sommes donc point dans la nécessité de discuter ici ces hypothèses. Bornons-nous à dire que l’action des nerfs moteurs ne peut être comprise autrement que
l’électricité, agent du mouvement volontaire. 21
comme ayant pour effet immédiat une attraction et une répulsion entre diverses parties de l’organe contractile. M. le professeur SmeE, que je cite plus loin, paraît être parvenu à donner à cette opinion les témoignages les plus décisifs, basés sur des expériences purement physiques.
30. Cependant, il est une objection contre l’existence de l’électricité nerveuse qui, sans être bien forte, peut séduire un instant par sa hardiesse. Pourquoi, dira-t-on, invoquer l’intervention d’une électricité quelconque pour expliquer l’action de la volonté sur la fibre musculaire? Agir sur la matière pour agir sur la matière, mieux vaut et plus simple est-il de supposer que la volonté exerce son énergie sur le muscle d’une manière immédiate par le transport instantané du centre volitif lui-même sur le siège de la contraction.
31. Une pareille supposition pourrait être réfutée par des arguments de plus d’un genre. Ainsi, elle impliquerait que, pendant toute la durée de la contraction permanente de deux muscles homologues, le centre volitif se trouve en même temps aux deux extrémités opposées du corps, ce qui est géométriquement absurde. Mais il est une réfutation directe qui, tout en détruisant cette manière d’expliquer la production du mouvement volontaire, vient corroborer et élucider la solution que nous avons donnée de ce grand problème.
Un animal supérieur dépouillé de son cerveau et de son cervelet, soit par l’ablation pure de ces organes, soit par la décapitation , cesse de donner aucun signe de spontanéité; la volonté ne s’accuse plus par le plus léger symptôme ; le principe volitif s’est séparé de ce
corps en même temps que l’encéphale, sa demeure. Si la volonté était l’agent immédiat de la contraction musculaire, s’il n’existait point une Force Nerveuse motrice à côté et indépendante de la Force Volitive, les muscles ne sauraient plus être contractés par aucune action provenant des nerfs. C’est pourtant ce qui a lieu ici. Le savant professeur Flourens a, pendant un mois, si nous ne nous trompons, conservé vivant le corps d’une Poule qu’il avait privé de son encéphale , c’est-à-dire de son âme directrice, et par conséquent de la volonté (de la volonté centrale). Ce corps « inanimé » continuait à « végéter » , et faisait plus , il se mouvait de lui-même , courant sur ses jambes suivant une tendance aveugle et en quelque sorte automatique, toutes les fois qu’on lui communiquait une impulsion.
32. Cette belle expérience prouve que l’agent de la contraction musculaire ne peut être confondu avec le principe de la volonté, qu’il en est parfaitement distinct et occasionnellement indépendant, et tel, pour ainsi dire, qu’un planton à la porte du général, attendant et apportant les ordres de son chef, sans toutefois perdre la faculté d’agir pour son propre compte à l’occasion.
§ iv.
L’Électricité, agent général des Fonctions Vitales.
33. La preuve une fois acquise que l’électricité est l’agent de toutes les actions nerveuses volontaires, une induction qui possède presque l’irrésistible force de l’évidence nous invite à reconnaître , comme un corollaire de ce principe , que le système nerveux tout entier tire son action de cet agent, et que tout son rôle
1 'ÉLECTRICITÉ , AGENT GENERAL DES FONCTIONS VHALES. 2n$
se borne à alimenter et à répandre ce feu subtil , invisible moteur de tous les rouages de la vie.
34 La série des considérations dont je viens de faiic l’exposé nous amène ainsi tout droit, par la voie d une inflexible logique, d’une dialectique droite et claire, à la conclusion Suivante , qui reproduit fidèlement 1 énoncé du théorème que nous avions entrepris , et qu’il semblait si difficile , de démontrer :
Il n’est qu’un Moteur Premier , qui est le Principe de l’Attraction ;
Et l’Électricité est son Levier universel.
35. Du haut de cette notion culminante où nous venons d’atteindre, nous voyons se dérouler sous nos yeux, dans la perspective vaste et lumineuse de scs conséquences, les champs promis de la Vérité vers lesquels toutes les aspirations de la Philosophie la portent sans avoir pu néanmoins , jusqu’à ce jour, la tirer du désert des aberrations. Que le lecteur pèse bien le raisonnement suivant :
36. Puisque l’électricité est l’intermédiaire obligé par lequel s’exercent tous les rapports entre la Grande Cause Première et ses effets consécutifs, les propriétés essentielles de ce moteur universel et suprême, et les lois qui président à la production des phénomènes qu’il engendre, devront nous être révélées conséquemment par l’analyse générale des fonctions de l’électricité.
En d’autres termes, l’électricité est le seul agent immédiat du Moteur Premier; toutes les manifestations, toutes les propriétés objectives de celui-ci, se réduisent donc à celles d’un Électro-Moteur Universel.
Il suit évidemment de là que les mouvements de
l’électricilé nous révèlent toutes les propriétés motrices
de la cause première, et expriment toutes les lois de la
phénoménogénie dans l’ Univers.
Il y a plus , l’Economie Universelle est si heureusement ordonnée que tout s’y prête un mutuel appui et que tout s’y trouve fait pour tous, de sorte que, découvrir le secret des forces de la Nature , c’est mettre ces forces au service de nos besoins ; découvrir les lois de l’électricité serait donc placer sous notre direction la première et la plus puissante de toutes les forces secondaires. Eh! si celte électricité inférieure, dont le rôle physiologique est compris tout entier dans les relations -des corps bruts, peut, une fois entrée dans l’intelligence de l’Homme , passer de là dans ses mains comme le sceptre de sa domination sur les puissances de la terre, sur les puissances de la mer, sur les puissances de l’atmosphère, que dis-je! sur l’espace et le temps, de quel immense pouvoir l’Homme ne sera-t-il donc pas revêtu le jour où, se rendant aux efforts persévérants de notre sainte et invincible curiosité , viendra nous livrer son secret et sa baguette cette Fée incomparable qui opère en chacun de nous le prodige de la Vie Humaine !
La science de l’électricité vitale conduira directement l’Homme, — par en haut, à la science de son Ame, cette parfaite intégrité de son être, ce son moi-même tout entier; — par en bas, à la science de son Cours, ce char de l’Ame, char dont celle qui le monte doit connaître à fond la construction et le maniement afin de le pouvoir entretenir dans un état de conservation et de beautés parfaites pour le guider, avec une attitude fière et d’une main assurée, à travers les obstacles de la carrière, jusqu’au but marqué par la Nature.
l’électricité, agent général des fonctions vitales. 25
C’est ainsi que, en découvrant la loi de la gravitation, Newton a trouvé, du même coup, la clef de la mécanique sidérale dont jusque-là on s’escrimait à expliquer le ressort si simple en grossissant de jour en jour un antique fatras d’hypothèses incohérentes.
37. L’Homme, un jour, dévoile le mystère de cette foudre dont le fracas le glaçait d’une terreur sacrée , et aussitôt cette puissance passe entre ses mains, et le tyran, qui tenait l’Homme à genoux et courbé dans un superstitieux respect, se dépouille tout à coup de son prestige et devient le serviteur de son esclave. Pareillement, si la force qui, tantôt nourricière et tantôt op- * pressive , règne en maîtresse absolue au sein de nos entrailles, nous dit une fois le mot de son énigme, elle cesse dès lors d’èlre à redouter ; et comme nous maîtrisons dans l’air les écarts de l’électricité inorganique par l’électricité inorganique, ainsi nous apaiserons, par l’électricité vitale elle-même, les troubles qu’elle soulève dans l’harmonie de nos organes toutes les fois que, déraillant de la voie normale, elle renonce à être le ministre de la vie pour se faire le complice de la mort.
38. Une propriété qui a surgi de la combinaison de deux modes particuliers de l’électricité inorganique a conduit à la construction d’un appareil fort simple , au moyen duquel tous les habitants de la Terre peuvent, sans déranger leurs sièges antipodes, se trouver réunis en un meeting universel où la voix de chaque orateur arrive, phrase par phrase, à tous les yeux de l’assistance en moins de temps encore que l’air n’en met à la transporter aux oreilles des auditeurs d’un bout à l’autre
04 d’une salle de nos parlements; au moyen duquel, don à jamais béni de la tendresse, on peut, d’une extrémité
clu Monde à l’autre , communier avec une âme amie et ressentir à l’instant, et comme sous la main, les battements du coeur qu’un mot vient de faire tressaillir à mille lieues ! L’électricité inorganique a réalisé ce grand miracle, le plus grand, à mon avis, que la science ait encore mis au jour. Pourquoi , dès lors, nous interdirionsnous l’espoir de puiser dans les pouvoirs cachés de l’électricité vitale, dont les attributions naturelles sont, sans contredit, immensément supérieures à celles du galvanisme et du magnétisme, une extension tout aussi immense des ineffables bienfaits de la télégraphie, qui alors porterait peut-être la communication de la pensée, non plus seulement entre la vallée et la montagne, entre deux continents vieux et nouveau , mais entre celte sphère et d’autres sphères humaines, des sphères sœurs que la nôtre , isolée encore dans les ténèbres de la vie^embryonnaire, — ainsi que l’enfant avant de sortir du sein maternel est étranger à tous les siens, — ne connut point et ne sut voir jusqu’à ce jour, mais où, néanmoins, des têtes méditent et des cœurs battent, et que la mort peuple sans cesse de ce qu’elle moissonne ici-bas ?
39. Il est inutile d’insister pour convaincre le lecteur du degré d’importance attaché à l’étude de l’électricité nerveuse. Je la considère comme la route directe qui conduit à la réalisation du Grand-OEuvre poursuivi par la philosophie de tous les siècles, la science intégrale de l’homme, de l’Homme, ce microcosme, résumé de tous les types et formule synthétique de la Nature, où celle-ci se réfléchit tout entière, et s’offre à nous avec d’autant plus d’abandon que nous sommes son miroir lui-même. •